‹ Collection des constitutions (volume 4)Chapitre 75 sur 131 · SUÈDE · texte numérisé non relu

SUÈDE

DU

Si-

De la Suéde avant 'union de Calmar — 10e. siècle.

L'histoire delà Suède, comme celle de toutes les nations, présente des périodes de gloire , séparées par des intervalles de malheur et d'abaissement. Maîslesmœursetie caractère de ce peuple, des institutions inconnues dans le reste de l'Europe , des révolutions fréquentes et rapides, dans lesquelles on a vu le despotisme le plus absolu succéder à la liberté la plus étendue, et la liberté renverser à son tour le despotisme; les règnes de quelques héros, et enfin les événemens qui, de nos jours , ont placé un soldat français sur le trône de Suède; voilà ce qui est vraiment digne d'intérêt et dé remarque ; ce sont là les points principaux sur lesquels doit se porter l'attention, lorsque l'on cherche à connaître les institutions anciennes et modernes de la Suède, leurs causes et leurs effets»

L'origine des Suédois , comme celle de tous les peuples du nord, est fort obscure et fort incertaine \ des recherches et des discussions à ce sujet ne sauraient entrer dans notre plan ; et nous n'examinerons pas si, comme le prétendent quelques auteurs, la Suède fut d'abord habitée par des colonies de Scythes ; nous croyons également inutile de re-

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chercher ce qu il y a de vrai sur cet Odin , si célèbre dans les anciennes traditions , qui le re résentent comme le premier législateur des peuples du nord, et même comme un Dieu.

La forme de gouvernement, établie dans toutlenord par Odin, fut, suivant les apparences , à peu près la même que celle adoptée par les Germains, telle que l'a décrite Tacite.

Des modifications dont il serait difficile de déterminer les époques , les causes et l'influence , s'introduisirent dans le gouvernement de Suède, pendant des siècles de barbarie et d'ignorance. C'est seulement, vers le treizième siècle, qu'on commence à apercevoir une forme de gouvernement fixe et régulière; les institutions se montrent encore grossières, mais avec des caractères distinctifs. Et dès ce temps, l'histoire de la nation suédoise peut présenter quelque intérêt.

A cette époque, le chef de l'état portait le titre de roi. Il était élu par la nation , qui avait aussi le droit de le déposer. Toutefois c'était ordinairement parmi les enfans ou les proches parens du Roi, qu'était choisi son successeur.

Le pouvoir du prince était limité par celui d'un sénat et par l'autorité des états; il ne pouvait, sans leur consentement, déclarer la guerre, ni conclure la paix, ni lever des troupes , ni établir des impôts.

Dans l'origine, le roi avait auprès de lui un conseil composé des principaux de l'état. Ce conseil , par son institution, était destiné à éclairer le monarque par des avis ; bientôt il réussit à l'enchaîner par sa volonté, et , sous le nom de sénat , il devint un pouvoir politique. Les sénateurs , au nombre de douze , étaient en quelque sorte les surveillans du roi , les représentans des états et les défenseurs des libertés publiques. Le roi ne pouvait rien entreprendre , dans les affaires capitales, que de leur consentement. Les sénateurs prêtaient serment à la diète , et juraient d'être fidèles à la nation plutôt qu'au prince. Enfin ils étaient revêtus d'une partie de l'autorité souveraine, et c était un crime de haute

trahison d'attaquer leur honneur ou leur personne. Leurs places n'étaient point héréditaires , et lorsqu'il y en avait une de vacante , le roi y appelait un des grands du royaume. L'archevêque d'Upsal , primat de Suède , était de droit sénateur.

Le roi était le chef de l'armée , il avait le droit de convoquer les états et il était chargé de faire exécuter leurs résolutions , sous l'inspection et la surveillance du sénat.

Les états étaient composés des députés des quatre ordres , la noblesse, le clergé , la bourgeoisie et les paysans.

Le clergé, par ses richesses et son autorité, avait une puissance fort étendue. Presque toujours il s7en servit contre les intérêts de son pays et dans des vues d'intérêt particulier , et c'est à l'abus qu'il en lit, qu'on doit attribuer l'établissement de la religion réformée en Suède , comme on le verra par la suite.

Les fiefs et les gouvernemens des châteaux avaient d'abord été donnés à vie aux nobles; mais peu à peu ils parvinrent à rendre leurs possessions et leurs commandemens héréditaires : dès lors ils refusèrent de payer les redevances, imitant en cela le clergé, qui prétendait que les châteaux et les fiefs qu'il possédait, étaient devenus la propriété de l'église.

Ainsi les évêques et les nobles , dans leurs châteaux fortifiés, environnés de leurs vassaux ? étaient de petits souverains, unis contre le prince , mais souvent divisés entre eux , et qui terminaient ordinairement leurs querelles par la voie des armes. Dans cet état de choses, que les mœurs encore sauvages des Suédois rendaient plus déplorable, tout était confusion et désordre. On cédait à la force, on n'obéissait à aucune loi.

Les bourgeois ou les habitans des villes, et surtout ceux de Stockholm , qui exerçaient [des professions industrielles , et se livraient au commerce, sentaient le besoin de l'ordre et de la paix; ils désiraient d'accorder au roi une autorité plus étendue et capable de réprimer les brigandages des pe-

tJts tyrans, nobles et ecclésiastiques, qui opprimaient la Suède; mais ils étaient les moins forts, et leurs députés n'avaient que peu d'autorité dans les états.

L'ordre des paysans était le pius nombreux et n'était pas le moins puissant. Ceux qui tenaient leurs terres immédiatement de la couronne, avaient seuls le d it d'envoyer des députés à la diète : ordinairement ils se laissaient guider par les seigneurs de leurs provinces ; mais toujours ils défendaient avec opiniâtreté leurs privilèges et leurs usages.

S il-

Depuis l'union de Calmar jusqu'à Gustave-Wasa. — i3oo —

i5oo.

Tel était l'état du royaume à la fin du treizième siècle et au milieu du quatorzième.

Marguerite, fille de Valdémar, roi de Danemarck , régnait alors en Norvège. A la mort de son père, elle envoya des députés à Copenhague , pour faire valoir ses droits au trône, devant les états. Elle fut déclarée reine d'une voix unanime. Bientôt après , les Suédois mécontens de leur roi Albert de Mecklembourg , vinrent offrir la couronne de Suède à Marguerite. Elle accepta avec empressement les offres que sa politique avait préparées, et ses forces , jointes aux Suédois révoltés , renversèreut Albert du trône. Marguerite réunit ainsi sur sa tête les couronnes de Danemarch , de Suède et de Norwège. Toutefois son ambition n'était pas encore satisfaite, elle voulait assurer pour l'avenir l'union qu'elle avait formée; dans ce dessein, elle convoqua, à Calmar en Suède, les états-généraux des trois royaumes , et leur fit adopter un acte d'union, connu sous Je nom d'union de Calmar.

Les bases de ce traité , signé en 1597 , étaient la réunion des trois royaumes sous un même roi, élu d'un commun accord, parles sénateurs et les états, Le roi devait toujours

être choisi parmi les descendans d'Eric, duc de Poméranie, que Marguerite avait adopté et fait couronner dans l'assemblée de Calmar. Chacun des royaumes-unis conservait ses lois , ses coutumes et ses privilèges ( Voy. Danemarck ).

Les effets de l'union de Calmar ne furent pas tels que Marguerite l'avait espéré; des guerres longues et sanglantes en furent le résultat. Il était difficile que les Danois et les Suédois, ennemis, comme le sont ordinairement les peuples voisins, oubliassent en un jour leurs vieilles haines. Eric, successeur de Marguerite, donna aux Suédois de justes motifs de plainte; il voulut les traiter comme des peuples vaincus, plutôt que comme des sujets fidèles. Canutson, grandmaréchal de la, couronne, leva l'étendard de la révolte; d'abord revêtu du titre de protecteur, puis de celui de roi , il chassa les Danois de la Suède, et fit déclarer, par les états du royaume , que le traité de Calmar était rompu.

Mais bientôt après il fut lui-même renversé du trône par 3e- roi de Danemarck, aidé des intrigues et des armes de l'archevêque d'Upsal ; et jusqu'à trois fois, il quitta et reprit le sceptre ; enfin il mourut snv le trône, laissant pour héritier son neveu Steno-Sture , qu'il recommanda aux états, en les engageant à le choisir pour administrateur ou protecteur de la Suéde.

Cette dignité fut en effet conférée a Steno-Sture ; elle était considérée comme une sorte de royauté provisoire, et conférait, à celui qui en était revêtu, une autorité à peu près é.^ale à celle du roi , surtout en temps de guerre.

Cependant les rois de Danemarck revendiquaient toujours la couronne de Suède , aux termes du traité de Calmar , et soutenaient leurs prétentions par les armes. Ils furent tantôt vaincus par les administrateurs , et tantôt vainqueurs; mais quel que fût le succès de ces guerres, les Suédois n'en étaient pas moins malheureux. Attaqués au dehors par un ennemi dangereux, ils étaient dans l'intérieur divisés par l'esprit de parti ; le clergé, et surtout l'archevêque d'Upsal, favorisaient

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les rois de Danemarck, et contribuèrent beaucoup au succès éphémère de Christian il. Ce tyran fut proclamé roi de Suède à Stockholm.

Depuis Gustave-Wasa , i5oo - 1600.

Christian , maître de la Suède , voulut détruire d'un seul coup tout ce qui lui portait ombrage ; il fit massacrer les sénateurs et les principaux habitans de Stockholm ; il régna par la terreur, et toute la Suède parut soumise.

Mais un homme caché dans les forets delà Dalercalie préparait l'affranchissement de son pays. Cet homme, c'était Gustave-Wasa, qui, poursuivi par les troupes danoises, trahi quelquefois par ses amis , repoussé par ses compatriotes , persévérait dans le noble dessein d'expulser le tyran étranger, et de venger la mort de son père massacré à Stockholm par les ordres de Christian.

Par son éloquence et son audace, il parvint à soulever les paysans dalercaliens, et, suivi de ces nouveaux soldats, il attaqua les troupes aguerries du roi de Danemarck. Il fut vainqueur. Ses succès , en diminuant le nombre de ses ennemis, attirèrent sous ses drapeaux de nombreux renforts; il marcha de victoire en victoire jusqu'aux portes de Stock» holm.

Nous venons de voir le grand capitaine con quérir par l'épée l'indépendance de son pays; nous allons voir le politiquehabile rétablir l'ordre dans l'état, et réparer les maux, suites inévitables des guerres intestines.

Le premier soin de Gustave, lorsqu'il se vit maître de la Suède, fut de convoquer les états. Ils s'assemblèrent à Stegnez. On procéda d'abord au remplacement des sénateurs égorgés par les ordres de Christian ; il est facile de pressentir que l'influence de Gustave dirigea ce choix ; ensuite, sur la proposition du président, on procéda à l'élection d'un

s56 Précis de l'histoire

roi : tous les cœurs étaient pour le héros libérateur de la Suède ; il réunit toutes les voix.

Le nouveau souverain s'appliqua sans relâche à la réforme de l'administration intérieure; il s'attacha surtout à abaisser l'orgueil et la puissance du clergé catholique, qui, dirigé par l'archevêque d'Upsal , avait placé sa patrie sous le joug des Danois.

Toutefois ce projet n'était pas sans difficulté. Les évêques étaient maîtres de plusieurs forteresses ; ils possédaient une grande partie des richesses du royaume; ils percevaient des dîmes, levaient des impôts, imposaient des amendes, et enfin étendaient chaquejour leur juridiction au préjudice des tribunaux civils; d'ailleurs la superstition d'un peuple ignorant et grossier donnait aux prêtres une merveilleuse facilité pour le diriger.

En attaquant de front un ordre aussi puissant, on courait risque d'échouer. Le roi préféra employer des moyens moins prompts, mais plus sûrs; il nomma à tous les bénéfices vacans, notamment aux évêchés de Stegnez et de Westeras, des ecclésiastiques dont il était sûr, et, d'un autre côté, il favorisa les prédicateurs qui, à cette époque, commencèrent à répandre en Suède la doctrine de Luther.

A mesure que cette doctrine fit des progrès, le roi et le sénat publièrent des édits qui tendaient à reprendre au clergé catholique le pouvoir et les richesses dont il s'était emparé à la faveur des troubles; et ces édits, dont les dispositions étaient toujours proportionnées à l'affaiblissement du catholicisme , ôtèrent peu à peu au clergé le pouvoir de résister aux derniers coups que Gustave lui porta., en lui enlevant presque tous les biens qu'il possédait, en lui ôîant tous les droits qu'il s'était appropriés, et en professant enfin lui-même ouvertement la religion réformée.

Le bas clergé et les évêques eux-mêmes finirent par embrasser les nouvelles doctrines, quand ils virent qu'il n'était plus de leur intérêt de soutenir les anciennes; et dans

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la diète tenue à Westeras en i544> ^a religion romaine fut abolie, et la religion luthérienne déclarée religion du prince *t de l'état. Ainsi en Suède, comme ailleurs, ce furent les abus du catholicisme, les vues ambitieuses et la conduite du clergé catholique qui favorisèrent l'introduction du prc-

testantisme

Les vues politiques de Gustave n'étaient pas encore, rem* plies; le désir d'assurer pour l'avenir la tranquillité du. royaume, et peut-être aussi la satisfaction de transm eïtre la couronne a ses descendais, lui inspirèrent la pensée de modifier la loi fondamentale du royaume, et de convertir une monarchie jusqu'alors élective en une monarchie héréditaiie.

Ce projet hardi fut conduit comme toutes les autres entreprises de ce grand homme, avec prudence et fermeté; et lorsqu'il eut suffisamment préparé les esprits, lorsque d'ailleurs il fut sûr de pouvoir joindre la force à la persuasion ^ il assembla les états à Westeras, en i544-

Là fut signé un acte nommé acte de Vunioii héréditaire* La couronne fut déclarée héréditaire et transmissible à, tous les descendans mâles de Gustave Wasa , par ordre de primogéniture, en ligne directe et collatérale, avec stipula^ tion que dans le cas où la maison régnante viendrait à s'éteindre, les états rentreraient dans le droit d'élection. Une disposition expresse excluait les femmes de la couronne, en leur assurant une dot.

Telles furent les principales modifications apportées par Gustave aux lois intérieures de la Suède. Les fondemens solides sur lesquels reposait sa puissance lui laissèrent la liberté dé créer des relations avec les autres nations. Charles-Quinî: protégeait ouvertement Ghristiern , ennemi de Gustave; c'était un motif pour que François Ier rut favorable aux Suédois. Des ambassades et des traités établirent entre la France et la Suède des relations amicales, qui ont subsisté longtemps, que l'aggrandissement prodigieux de la Russie a rett; tome nx» î j

dues peut-être moins importantes pour nous; mais qu'il est

néanmoins utile de conserver. Enfin, Gustave, d'une part,

corrigea les abus dans l'intérieur, et, de l'autre, plaça la

Suède au rang dos puissances influentes dans la politique

européenne.

S iv.

Depuis Gustave Wasa jusqua la révolution de 1680.

Après la mort de ce prince , des dissensions éclatèrent entre ses enfans : l'événement le plus remarquable jqu elles produisirent fut la déposition de son petit-fils Sigismond, prononcée en 1601 par les états de Suède : ils semblèrent, par cet acte , recouvrer les droits des anciennes diètes, qui élisaient et déposaient les rois.

Les causes de cette révolution doivent être attribuées à l'éloignement de Sigismond, qui était en même temps roi de Pologne, où il résidait de préférence, à son attachement pour la religion catholique , qu'il cherchait évidemment à introduire en Suède, et enfin au refus constant qu'il fit de reconnaître les droits et les privilèges de la nation suédoise. Avant d'en venir à une rupture définitive, les états et le duc Charles , oncle de Sigismond, et fils du grand Gustave , essayèrent plusieurs fois de terminer, par une transaction, les querelles qui divisaient la nation et le roi.

Ils offraient de se soumettre, pourvu que Sigismond reconnût formellement leurs privilèges et qu'il renonçât au catholicisme : ils consentirent même à recevoir pour roi son fils Uladislas, à condition que ce jeune prince serait conduit en Suède, et serait élevé dans la religion protestante. Plusieurs délais successifs furent accordés au roi pour faire connaître sa détermination. Enfin , les états le déposèrent, et offrirent la couronne à son frère le duc Jean.

Celui-ci la refusa; alors le sceptre fut remis aux mains du duc Charles. JU résolution des états portait [qu'après la

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ftiort du nonveau roi, son fils Gustave-Adolphe lui succéderait, et après lui Charles-Philippe; qu'au cas où ces princes mourraient sans enfans mâles, la couronne passerait au duc Jean et à ses descendans mâles; que dans le cas où la branche masculine de la famille régnante viendrait à s'éteindre, on élirait un roi parmi les princes d'Allemagne issus par les femmes de Gustave-Wasa ; qu'à l'avenir les rois de Suède ne pourraient épouser que des femmes de la religion protestante; que si un prince héréditaire était appelé sur le trône d'un autre royaume , il ne pourrait parvenir à celui de Suède; qu'enfin un roi de Suède ne pourrait joindre à sa couronne celle d'un autre élat, qu'à la condition de résider toujours en Suède.

Des guerres continuelles contre la Pologne et le Danemarck, signalèrent le règne de Charles IX. Ce prince mourut en 16 n , il eut pour successeur son fils Gustave-Adolphe, dont les armes firent trembler l'Empereur. Il n'entre point dans notre plan, de retracer la vie militaire du vainqueur de Leipsick et de Lutzen; son règne n'eut rien de remarquable relativement aux institutions politiques; cependant la Suède lui doit quelques lois sages sur l'administration intérieure et sur le commerce.

La constitution, comme nous l'avons déjà dit, excluait les femmes du trône de Suède; cette règle fut enfreinte, en faveur de Christine , fille de Gustave- Adolphe ; les états la reconnurent pour reine.

A la mort de son père , Christine n'était âgée que de dix ans , le gouvernement fut confié à un conseil de tutelle, composé du grand bailli, du maréchal, de l'amiral, du chancelier et du trésorier de la couronne.

La guerre contre les impériaux continua avec des succès divers. En 1 654, la reine abdiqua volontairement en faveur de son cousin , le comte Palatin, de la maison de Deux- Ponts , qu'elle avait précédement fait déclarer généralissime de ses troupes et prince héréditaire. Il fut reconnu par les

'affo PîCÈCîS DE LHISTOÏRÈ

états sons le nom de Charles X. L'abdication de Christine îâ rendit plus célèbre que son règne ; on crut y voir le mépris d'un philosophe pour les grandeurs humaines : peut-être ne fut-ce que le caprice d'une femme.

Charles X ne régna que peu d'années, et fut toujours en guerre avec la Pologne et le Danemarck.

Son fils et son successeur Charles XI, était encore mineur, lorsqu'il monta sur le trône» Un conseil de régence fut organisé par les états, qui refusèrent de confirmer celui que Charles X avait établi par son testament.

La paix dOliva suspendit la guerre dans le nord; mais peu d'années après, les hostilités recommencèrent, et les armes de la Suède ne furent pas toujours Pleureuses.

En 1679, après la paix générale, le roi de Suède revint dans ses états et tourna ses regards vers l'administration intérieure.

Son premier soin fut d'examiner la conduite des membres du conseil de régence et des sénateurs, qui avaient gouverné le royaume durant sa minorité. Il crut voir dans leur administration plus que de la négligence, et il résolut de les faire punir. Jusques-là le monarque ne faisait qu'exercer ses droits, ou plutôt il remplissait son devoir; mais profitant de la circonstance, il s'empara du pouvoir absolu, renversa les lois fondamentales de l'état; enleva au sénat ses attributions constitutionnelles, et courba sous sou sceptre les états-généraux et îa nation entière* Cette conduite trouva des apologistes, elle pourra en trouver encore; d'autant plus que Charles XI se servit avec modération du pouvoir qu'il avait usurpé.

Révolution de 1680 , accroissement du pouvoir rojrah

La paix, comme nous l'avons dit, venait d'être signée. En 1680, le roi convoqua les états, il leur exposa la situation fâcheuse dans laquelle était placé le royaume : il n'hé-

DU GOUVERNEMENT T)E SUÉDE. sfrl

sîta pas à en attribuer la cause aux malversations des sénateurs et des membres du conseil de régence. Il demanda que * leurs fortunes particulières fussent consacrées à indemniser l'état des suites funestes de leur administration , et déclara que pour prévenir de semblables malheurs, iL convenait d'ôter au sénat l'autorité qu'il s'était arrogée..

Un comité nommé par les états, examina ou feignit d'examiner les propositions du roi : et bientôt après la diète les adopta, avec un empressement qu'il est difficile de concevoir. Elle déclara non.-seulement que le serment que prêtait le roi, à son couronnement, de gouverner l'état de l'avis de&sénateurs cessait d'être obligatoire pour lui ; mais en outre , que, le roi tenant la couronne de Dieu , était responsable h lui seul de ses actions*.

On ne voit pas d'abord comment les états du royaume, qut s'étaient montrés souvent si jaloux de la liberfé de la nation , en firent à cette époque le sacrifice presque spontané; mais en étudiant avec soin l'histoire de cette révolution , on s'aperçoit que des jalousies secrètes divisaient les ordres de létat. Les nobles et les bourgeois recherchaient la faveur du prince, qui leur était nécessaire pour suppléer à leurs revenus : le clergé, les bourgeois 8et les paysans voyaient avec envie la puissance de la noblesse. Le roi profita de ces dispositions, augmenta sa puissance, et chaque parti aveuglé par ses passions, se félicita de l'abaissement de ses adversaires. D'ailleurs le clergé conservait toujours une grande influence sur les esprits,: c'était un puissant auxiliaire que le prince sut ménager et dont il se servit avec beaucoup d'habileté.

Toutefois et malgré toutes ces précautions , des mesures fiscales d'une sévérité excessive , rendirent le monarque odieux à ses sujets; et sans la. crainte qu'inspirait à la nation une armée nombreuse et aguerrie, il est vraisemblable que Charles XI n'eût pas conservé et transmis à Charles XII, son. fils, l'autorité absolue.

262 PRJÉCIS dé l'histoire

Les diètes qui suivirent celle de 1680, se prêtèrent à toutes les volontés du monarque , et le sénat devenu un conseil privé, ne servit plus qu'à colorer aux yeux de la nation l'usurpation et l'exercice du pouvoir absolu.

En i685, les états déclarèrent cependant que le roi devait gouverner l'état selon les lois; mais ils ajoutèrent que le monarque n'était point enchaîné par les lois existantes ; qu'il était le maître de les modifier et d'en faire de nouvelles, que toutes les instructions données par lui à l'un des collèges , auraient force de loi. On sent ce que devenait le principe, accompagné d'une pareille explication.

S vi.

Charles XI L ( 1 G9 7- 1 .7 1 9 ) .

Charles XI , en mourant, laissa un testament par lequel il reculait jusqu'à dix-huit ans la majorité de son fils, qui suivant les lois étaitfixée à quinze ; il désignait les membres du conseil de tutelle ; mais la volonté de ce monarque si absolu durant sa vie ne fut pas respectée après sa mort, et Charles XII, fut déclaré majeur par la diète au mois de novembre 1697.

Les armes de Charles XII firent trembler la Russie, subjuguèrent la Pologne et la Saxe. Vaincu par le Czar, il sup porta la mauvaise fortune , avec la grandeur d'un roi et l'insouciance d'un soldat; mais sa fermeté inébranlable portée à l'extrême sembla quelquefois un entêtement ridicule. Pendant cinq ans il resta en Turquie , dans une indifférence absolue pour les affaires de son royaume. Tout-à-coup il part à franc étrier, suivi d'un seul officier, traverse l'Allemagne, et arrive à Stralsund , après un voyage de seize jours. La fin de cet homme si héroïque et si bizarre a été digne de sa vie , il fut tué d'un coup de canon au siège de Fréderichsall; son seul et son dernier mouvement fut de porter la main à son épée»

Le pouvoir absolu que lui avait laissé son père, ne pouvait pas facilement être enlevé à un homme de son caractère. Vraisemblablement s'il ne l'eût pas reçu par héritage, il eût bien su s'en emparer. On sait qu'il écrivait aux sénateurs pendant son séjour en Turquie, que s ils prétendaient gouverner , il leur enverrait une de ses bottes et que ce serait délia quil faudrait qu ils prissent des ordres.

Même après ses malheurs, personne ne songea à lui disputer le pouvoir absolu, tant son caractère, ses succès et même ses revers avaient inspiré aux Suédois d'admiration et d'enthousiasme.

Charles XII mourut sans enfans : dans son testament il désignait pour héritier le jeune duc de Holstein, son plus proche parent.

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