‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 3)Chapitre 1 sur 85 · A MADAME DE MIREPOIX · texte numérisé non relu

A MADAME DE MIREPOIX

A Brest, le 5 avril 1756.

Nous sommes au moment de partir, Madame, et l’escadre appareïlle pour mettre à la voile. Ce sera vraisemblablement la dernière lettre que j’aurai l’honneur de vous écrire de Brest et c’est une grande satisfaction pour moi que de pouvoir avant de partir vous faire mon compliment sur la grâce que je viens d'apprendre qui à été accordée à M. de Mirepoix d’une place de capitaine des gardes du corps ; je crois que vous ne doutez point de toute la part que je prends à tout ce qui peut vous arriver d’agréable.

Quoiqu'il y ait une escadre angloïise qui croise devant

rm 6 LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS

la rade de Brest, nous espérons que la nôtre pourra sortir pendant la nuit à la faveur du bon vent ; et une fois que nous serons en pleine mer, nous n’aurons plus grand chose à craindre. La saison n’étant pas encore avancée, les Anglois ont fort peu de vaisseaux en mer; et, en arrivant sur les côtes du Canada, nous n’aurons qu’à nous débarrasser des bancs de glaces. Si nous avons une navigation heureuse, nous arriverons à Québec en quarante ou cinquante jours.

Je pars, Madame, dans la confiance que vous me conserverez vos bontés et que vous êtes bien persuadée combien elles me sont gracieuses ainsi que du respectueux attachement avec lequel j’ai l’honneur d’être, Madame la Duchesse, etc.

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A M LE DUC DE MIREPOIX A Brest, le 5 avril 1756.

C’est pour moi, Monsieur, une grande satisfaction de pouvoir avant mon départ vous faire mon compliment sur la place de capitaine des gardes du corps: que j'apprends que le Roi vient de vous accorder ; je ne crois pas avoir besoin de vous prier d’être persuadé de toute la part que je prends à cet événement comme de toute celle que je prendrai toujours à tout ce qui pourra vous arriver d’agréable.

M. de Montcalm est parti, il y a trois jours, sur la frégate la Licorne, escortée de deux vaisseaux de guerre qui sont armés en flûte, où il y a le second bataillon du régiment de la Sarre. Nous appareïllons dans le moment pour mettre à la voile. Je suis embarqué sur la frégate la Sauvage ; M. de Bourlamaque est dans la Sirène. Nous serons escortés par deux vaisseaux de guerre armés en flûte, où est embarqué le second bataillon du régiment de Royal-Roussillon.

Il y a des compagnies franches de la Marine et des recrues qui passent dans des bâtiments marchands et des corsaires. La totalité du renfort que nous menons en Canada sera d’environ trois mille hommes, si tout y arrive à bon port.

Quoiqu'il y ait une escadre angloise qui croise devant la rade, nous espérons que nous pourrons gagner pendant'la nuit la grande mer, sans être vus ; et, si nous avons une bonne navigation, nous arriverons à Québec dans une cinquantaine de jours.

J'ose me flatter que l’éloignement où je vais me trouver de vous ne diminuera rien de l’amitié et des bontés dont vous m'avez toujours honoré. Soyez bien persuadé de ma reconnaissance ainsi que du tendre et inviolable attachement que je vous ai voué pour la vie et avec lequel j’ai l'honneur d’être, etc.

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A M. LE MARQUIS DE PAULMY

À bord de la Sauvage, 5 avril 1756.

J’ai l'honneur de vous informer du départ du vaisseaux le Héros, commandé par M. de Boissier, à bord duquel il y a neuf compagnies du régiment de la Sarre, et de la frégate la Licorne commandée par M. de la Rigaudière, où sont embarqués M. le marquis de Montcalm et M. de Bougainville, un de ses aides de camp, ils sont partis à cinq heures du matin avec un très bon vent et un fort beau temps.

Il n’y a que trois hommes du régiment de la Sarre qui ne se soient pas trouvés en état de s’embarquer. Le vaisseau Illustre, commandé par M. de Montalais, qui à à bord neuf compagnies du régiment de Royal- Roussillon, et la Sauvage, commandée par M. le chevalier de Courville, où je suis embarqué avec M. Descombles, ingénieur, M. de la Rochebeaucourt et M. de Fontbrune, capitaine au régiment de la Marine, vont partir dans le moment ; vraisemblablement dans une heure d’ici nous serons sortis de la rade.

M. de Bourlamaque, qui doit partir quelques heures

* Le marquis de Paulmy, fils du comte d’Argenson, ministre de la guerre, était chargé, sous son père, du détail de la guerre et spécialement de ce qui regardait le Canada.

après nous, vous rendra compte positivement du temps de notre départ.

Je sais l’intérêt que vous prenez à M. de la Rochebeaucourt ; c’est un titre vis-à-vis de moi pour que je lui rende tous les services qui pourront dépendre de moi pendant la traversée et jusqu’à ce que nous soyons réunis à M. de Montcalm.

Permettez-moi de vous supplier de me conserver vos bontés.

(Semblables lettres à M. de Machault, garde des sceaux, et à M. le comte d’Argenson, ministre de la guerre.)

A M. LE MARQUIS DE MONTCALM

A Québec, le 31 mai 1756.

Me voilà enfin arrivé, mon cher général, et je débarque dans le moment de la Sauvage, que je quitte avec grand plaisir, ayant été malade pendant toute la traversée ; MM. Descombles, la Rochebeaucourt et de Fontbrune sont en parfaite santé. Je ne puis assez me louer de toutes les politesses et attentions de M. le chevalier de Courville, commandant la Sauvage, ainsi que de tous les officiers de marine qui étoient avec lui.

J'aurais eu une bien grande satisfaction de vous trouver ici. Bourlamaque est parti ce matin pour vous aller joindre, et il me tarde bien que vous me mandiez d’en faire autant. En attendant, je vais me conformer à tout ce que vous me mandez par la lettre que vous m'avez laissée ici à votre départ.

Par l’état que vous devez avoir reçu, vous aurez vu que nous avons beaucoup de malades, surtout parmi les troupes qui étoient embarquées sur le Léopard. M. Bigot, intendant, m’a dit que les hôpitaux étoient bons ici. Je donnerai tous mes soins pour q ue nos malade y soient traités et aient tous les soulagements possibles.

J’ai trouvé ici à mon arrivée une lettre très honnête de M. le marquis de Vaudreuil. Je compte que d'ici au 10 du mois prochain toutes les troupes seront en marche pour se rendre dans le gouvernement de Montréal, ainsi que vous me le mandez. Au moyen de quoi je ne vois pas que ma présence soit plus longtemps nécessaire ici ; le commissaire Doreil, que vous me marquez qui doit arriver, pourroit y suppléer. Enfin, faites-moi partir d'ici le plus tôt qu’il se pourra. Vous ne devez pas douter de l’empressement que j'ai de vous rejoindre et d’être à portée de vous renouveller les assurances de mon attachement et de mon amitié pour vous, avec lesquels j’ai l'honneur d’être, mon cher général, etc.

M. Descombles ne pourra partir qu'après demain pour se rendre à Montréal. |

Je ne puis que me louer des politesses que j'ai reçues de Monsieur l’intendant, de Monsieur l’évêque et de M. de Longueuil, lieutenant de Roi de cette place.

A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

De Québec, le 31 mai 1756.

J'ai reçu ce matin, à mon arrivée ici, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Permettez-moi de vous en remercier et de vous prier d’être persuadé du désir que j’ai de mériter vos bontés. Il me tarde fort d’être à portée de vous témoigner la satisfaction que j'ai d’être à vos ordres.

J'ai trouvé, à mon arrivée, les bataillons dela Sarre et de Royal-Roussillon débarqués ; j’ai l'honneur de vous en envoyer ci-joint l’état ; je me conformerai pour leur départ aux ordres qu’il vous plaira m’envoyer ou que je recevrai de M. le marquis de Montcalm.

M. Descombles, ingénieur, partira jeudi matin pour se rendre à Montréal, en suivant la route de terre.

Monsieur l’intendant m'a dit que le régiment de Royal-Roussillon ne pouvoit pas partir encore sitôt, à cause de la difficulté de lui faire fournir l'étape. Je crois que ma présence ne sera pas utile ici après que

l’incorporation des recrues aura été faite, et que j’aurai pris tous les arrangements nécessaires à cet égard avec M. Doreil. Si vous l’approuvez, je pourrai partir après le départ du bataïllon de la Sarre.

M. le chevalier de Bernets, commandant du bataillon de Royal-Roussillon, est fort en état de faire partir d'ici son bataillon et de le conduire dans la route ; c’est un très bon officier et qui est à même d’exécuter tout ce qu’il vous plaira lui ordonner.

Je ne partirai cependant pas que je n’aie reçu vos ordres ou ceux de M. de Montcalm ; je les attends avec impatience par l’empressement que j’ai d’avoir l’honneur de vous voir et de vous assurer du respect avec lequel, etc.

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