À M. DE MORAS, SECRÉTAIRE D'ÉTAT DE LA MARINE
Le 20 juin 1757.
Les bontés que vous m'avez fait l’honneur de me témoigner dans toutes les occasions, m'ont fait apprendre avec grand plaisir que vous étiez chargé du département de la marine, et je me félicite d’être du nombre des troupes qui sont sous votre direction. Je suis cependant fâché de la disgrâce de M. de Machault. Il est ami de mes parents et m’a honoré de ses bontés. Permettez-moi de mettre sous votre enveloppe
une lettre pour lui. J’ai l’honneur de vous envoyer le duplicata de la dernière que je lui ai écrite.
M. le marquis de Montcalm m'a communiqué le compte qu’il vous rend de la situation de cette colonie et de l’état de nos troupes de terre ; je n’ai rien à y ajouter, et il est conforme en tout à ma façon de penser. Nous ne négligeons rien de tout ce qui peut tendre au bien du service.
Quoique je ne puisse que me louer des attentions que M. le marquis de Vaudreuil a pour moi et que je connoisse le désir qu’il a de m'obliger, je vous serai cependant bien obligé de m'y recommander et de lui faire mention des bontés dont vous voulez bien m’honorer. Je vous supplie de vous ressouvenir que vous m'avez permis de m’adresser à vous directement sans vous faire solliciter par M. le prince de Soubise ni par d’autres personnes qui veulent bien s'intéresser à ce qui me regarde.
L'incertitude où je suis du sort de ma lettre, n’ayant pas de chiffre, m’empêche d’entrer dans de plus grands détails. J'espère que cette expédition me mettra à portée de mériter de nouvelles grâces du Roi; je serai bien charmé de les devoir au compte que vous en rendrez. Je vous supplie d’être persuadé de toute ma reconnaissance, comme du respectueux attachement avec lequel, etc.
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À M" LA MARÉCHALE DE MIREPOIX
De Montréal, le 20 juin 1757.
J'ai eu la plus grande joie d'apprendre de vos nouvelles et que votre santé étoit meilleure encore que quand je vous ai quitté; je crois que vous ne doutez pas non plus du plaisir que j'ai eu d'apprendre que M. de Mirepoix étoit fait maréchal de France. Le voilà parvenu à tout ce qu’il désiroit. Je désireroiïs à présent être de retour en Europe et de le voir chargé du commandement d’une armée et servir sous ses ordres.
Nous allons commencer la campagne en ce pays-ci par la frontière de la Nouvelle-Yorck, où nous allons ramasser nos plus grandes forces pour entreprendre le siège du fort Georges, situé sur le bord du lac Gaint-Sacrement. Je me propose bien de profiter de toutes les occasions du retour de nos vaisseaux pour me rappeler à l’honneur de votre souvenir et de vous renouveller les assurances du respectueux attachement avec lequel, etc.
LE A 4 te So A ee AL AAR LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS 117
A M. LE MARÉCHAL DE MIREPOIX
De Montréal, le 20 juin 1757.
Je me flatte, Monsieur le maréchal, que vous me rendez bien la justice d’être persuadé que personne ne prend plus de part que moi à la justice que le Roi vient de vous rendre en vous faisant maréchal de France. Vous voilà parvenu à toutes les dignités que vous pouviez attendre ; il ne s’agit plus à présent que de continuer à vous bien porter, ce que je souhaite pardessus tout; et, comme je compte que vous ne tarderez pas à avoir le commandement d’une armée, je voudroiïs bien que d’avance vous eussiez la bonté de demander mon rappel, afin que j'aie le plaisir et la satisfaction de servir avec vous; et j'ose même être persuadé que vous ne seriez pas fâché de m'avoir auprès de vous.
Nous allons rassembler toutes nos forces sur la frontière de la Nouvelle-Yorck, et notre première opération doit être le siège du fort Georges, situé sur le lac Saint-Sacrement. Par les nouvelles que nous avons de la Nouvelle-Angleterre, les ennemis se disposent à porter toutes leurs forces à l’Ile-Royale, pour faire le siège de Louisbourg ; et c’est milord Loundon, gouverneur de la colonie angloise, qui doit être chargé de cette expédition. On assure qu’il doit aussi arriver des
RD NL Pen a en as et — 118 LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS
PR ur: out cat lien 2e re" forces considérables de la Vieille-Angleterre, et qu’elles doivent se réunir avec celles de la Nouvelle au port d'Halifax en Acadie, d’où ils seront à portée d'opérer sur Louisbourg. Il n’y a que nos forces navales qui partiront d'Europe, qui peuvent sauver cette place: etil est bien à souhaiter qu’elles soient parties d'Europe à temps ; car, si nous avions le malheur de perdre Louisbourg, l’entrée de nos secours en Canada deviendroit encore bien plus difficile.
Je vous supplie de ne point m'oublier et de me donner le plus souvent de vos nouvelles; je serai exact à vous donner des miennes et à vous faire part de nos expéditions.
Je compte toujours bien sûrement sur vos bontés et votre amitié et vous prie de croire que rien ne peut égaler l’attachement inviolable et respectueux avec lequel, etc.
AU ROI DE POLOGNE
De Montréal, le 30 juin 1757.
Sire,
Avec l’agréement que Votre Majesté m'a fait la grâce de me donner de me permettre de me rappeler dans son souvenir et lui demander la continuation de sa bienveillance, je ne manquerai aucune occasion de faire part à Votre Majesté des vœux continuels que je fais pour sa conservation. J’ose la supplier d’en être persuadée, comme du très profond respect avec lequel je suis, etc.