‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 3)Chapitre 15 sur 85 · A M. LE MARQUIS DE PAULMY, SECRÉTAIRE D'ÉTAT DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE PAULMY, SECRÉTAIRE D'ÉTAT DE LA GUERRE

Le 20 juin 1757.

M. le comte d’Argenson m'a toujours honoré de ses bontés. Quoique je me flatte de les retrouver eñ vous, je ne puis qu'être très fâché de sa disgrâce.* Permettez-moi d’avoir l'honneur de vous témoigner la part que j'y prends ainsi que la satisfaction que j'ai de vous voir le remplacer dans toutes ses charges. Trouvez bon que je mette sous votre enveloppe une lettre pour lui que je vous supplie de lui faire passer.

J'ai l'honneur de vous envoyer aussi le duplicata de la dernière lettre que je lui ai écrite. M. le marquis de Montcalm m’a communiqué le compte qu’il vous rend de la situation de cette colonie et de l’état de nos troupes de terre; je n’ai rien à y ajouter, et il est conforme en tout à ma façon de penser. Je puis vous assurer que nous vivons dans la plus grande intelligence et que nous ne négligeons rien pour le bien du service. Je ne puis aussi que me louer de M. le marquis de Vaudreuil. Quand on est aussi éloi-

* Le comte d’Argenson fut exilé le 2 février 1757 et remplacé par son neveu, le marquis de Paulmy, comme secrétaire d'Etat de la guerre.

de RU En ee gné, il faut toujours être d’accord avec tout le monde, lever les difficultés et n’avoir à cœur que le bien du maître.

Je me conduis sur ces principes, dont je ne m'’écarterai jamais. Je vous supplie d’en être bien persuadé et d’en assurer Sa Majesté.

Nous sommes au moment de commencer nos opérations et d’agir offensivement sur la frontière du lac Saint-Sacrement. Le manque de vivres nous a empéché de les commencer plus tôt; et nous ignorions aussi de quel côté les ennemis dirigeoient leurs forces. Il paroït qu’ils ont formé le projet de faire le siège de Louisbourg, ils nous donnent en même temps quelque inquiétude pour Québec. Il nous sera facile de nous opposer à ce dernier et d’y porter nos forces : mais, pour Louisbourg, nous ne pouvons y faire passer que de foibles secours. Il doit tout attendre de nos forces navales d'Europe. Si les ennemis s’étoient postés du côté de la Belle-Rivière, je devois y marcher avec un assez gros corps de troupes, mais commeils ne font aucun mouvement sur cette partie, nous rassemblons toutes nos forces pour agir sur la même frontière. Nous avons quantité de sauvages de toutes les nations. Je partirai dans deux jours pour me rendre au lac Saint-Sacrement.

Je trouverai M. de Bourlamaque au camp de Carillon; M. de Montcalm m’y joindra dans peu de jours avec les dernières troupes. Je vais d'avance tout dis-

LA nes de Ne Ro 114 LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS

UN at ed PR PO RL RE ES poser pour faire passer l'artillerie et des bateaux dans le lac Saint-Sacrement.

Les circonstances nous permettent de faire le siège du fort Georges. Je commanderai le corps de troupes qui fera l’avant-garde et qui sera en observation pour couvrir le siège ; il sera composé de tous les sauvages, des Canadiens et des meilleurs marcheurs des troupes de terre et de celles de la Marine. L’incertitude du sort de ma lettre fait que je n’ose pas entrer dans de plus grands détails. J'espère que cette expédition me mettra à portée de mériter des nouvelles grâces du Roi; je ne les attends que de vos bontés et de votre protection.

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