‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 3)Chapitre 27 sur 85 · A M. DE MASSIAC, SECRÉTAIRE D'ÉTAT DE LA MARINE · texte numérisé non relu

A M. DE MASSIAC, SECRÉTAIRE D'ÉTAT DE LA MARINE

Le 28 septembre 1758, de Carillon.

Agréez que j'aie l'honneur de vous faire mon compliment sur le choix de Sa Majesté en vous faisant remplacer M. de Moras à la charge de secrétaire d'État de la marine. J’en suis d’autant plus charmé qu’occupant la seconde place dans les troupes de terre qui servent en Canada, j’ai l’avantage de servir dans votre département de la marine. Permettez-moi de vous demander vos bontés et votre protection. Je me flatte de pouvoir y prétendre par l’amitié que vous aviez pour M. le maréchal de Mirepoix; je ferai aussi de mon mieux pour les mériter par la même attention que j’ai eue pour M. de Moras, en lui rendant exactement compte des différentes opérations dont j'ai été chargé. J'espère que les bons témoignages que M. le marquis de Vaudreuil voudra bien vous rendre de moi, de même que M. le marquis de Montcalm, vous persuaderont de mon zèle pour le service du Roi.

Par la dernière lettre que j’ai écrite à M. de Moras, le 8 du mois de septembre, je l’informois que M. de Montcalm avoit été à Montréal pour y conférer avec M. le marquis de Vaudreuil au sujet de la situation de cette colonie, et que j’étois resté chargé du commandement de l’armée. M. de Montcalm 2 rejoint le 16 de ce mois. Pendant son absence, il ne s’est rien passé de considérable. J’ai fait travailler avec la même célérité à nos retranchements, et j’ai fait harceler les ennemis par différents détachements sur le chemin du fort Lydius au lac Saint-Sacrement, qui ont tué quelques hommes et fait des prisonniers sans que nous ayons perdu personne.

Les ennemis occupent toujours leur même position à la tête du lac Saint-Sacrement ; nous occupons celle de la décharge du même lac. La saison déjà avancée nous fait croire qu’ils n’entreprendront plus rien sur nous de cette campagne. Je n’entrerai pas dans d’autres détails sur la situation de cette colonie. MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm, au moyen de leurs chiffres, ne vous laisseront assurément rien ignorer.

Par les dernières lettres que j’ai reçues de M. de Moras, il me témoignoit la satisfaction que Sa Majesté veut bien avoir de mes services. Je m'’étois flatté d’être fait maréchal de camp ; je croyois devoir prétendre à cette grâce, tant par mes services que par la promesse que M. d’Argenson m’en avoit faite si je restois seule-

ment deux ans en Amérique; j'y ai déjà fait trois campagnes qui ont été remplies d’heureux succès.

J’ose me flatter que ceux de cette dernière, si vous voulez bien avoir la bonté de m’accorder votre protection, pourront me procurer cette grâce. Je serai bien charmé de vous en avoir l'obligation.

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