‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 3)Chapitre 26 sur 85 · LXX VIT · texte numérisé non relu

LXX VIT

A M. DE MORAS

Le 12 juillet 1758, à Carillon.

Permettez-moi d’avoir l’honneur de vous rendre compte des services de M. Le Mercier. C’est un officier des plus actifs et de la meilleure volonté; je l’avois demandé à M. le marquis de Vaudreuil pour venir avec moi au détachement qu’il m’avoit confié pour aller vers les Cinq Nations Iroquoises. Aussitôt que ma destination eut changé, il demanda à venir à Carillon pour y mettre l’artillerie en état de servir aux différentes opérations de M. le marquis de Montcalm. Il a servi très utilement la journée du 8; il aeu la plus grande attention à nous faire porter pendant le combat toutes les munitions nécessaires, dont nous avions besoin. Je seroïs bien flatté si le témoignage que j’ai l'honneur de vous en rendre pouvoit lui procurer la continuation de vos bontés.

LXXVIIT AU ROI DE POLOGNE

Le 12 juillet 1758, de Carillon.

Sire, 3 Sur l'avis que nous reçûmes à Montréal que les ennemis s’avançoient à grands pas vers notre fron-

tière du fort de Carillon et que M.le marquis de Montcalm avoit été obligé de se replier sur ce fort, j’en partis avec toute la diligence qu’il me fut possible le 5 de juillet et jy arrivai le 8, sur les trois heures du matin. À midi l’ennemi parut sur les hauteurs où nous nous étions retirés la veille et s’avança en bon ordre sur quatre colonnes. Je commandoiïs notre droite, M. de Bourlamaque la gauche et M. de Montcalm le centre. Nous étions deux mille neuf cents combattants de troupes de terre et environ quatre cents hommes tant des troupes de la Marine que Canadiens.

Les ennemis, au nombre de vingt mille hommes de milice de la Nouvelle-Angleterre et cinq mille de troupes réglées de la Vieille, engagèrent une affaire générale, où notre petit nombre a fait des prodiges de

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valeur et a obligé l’armée angloïse à se retirer avec précipitation, et, à neuf heures du matin le lendemain, elle a entièrement évacué notre frontière et s’est retirée de l’autre côté du lac Saint-Sacrement. Cette brillante victoire, qui a sauvé le Canada, ne nous a coûté que trois cents hommes tués ou blessés ; les ennemis en ont perdu plus de trois mille. Je ne manquerai pas d'informer Votre Majesté, pour obéir à ses ordres, des différents événements qui pourront être

intéressants.

A M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE

Le 12 juillet 1758, de Carillon.

Permettez-moi de me joindre à la demande que M. le marquis de Montcalm a l’honneur de vous faire en faveur de MM. de Roquemaure et de Sénezergues. Ce dernier étoit de mon détachement l’année dernière, qui a marché par terre et qui a fait l’avant-garde de l’armée pour l’expédition du fort Georges. Quoique ce ne fût pas son tour à marcher, il se trouva le seul commandant de bataillon en état de me suivre. La même chose est arrivée cette année, lorsqu'il a été question de mon détachement pour aller aux Cinq Nations Iroquoises. J’étois charmé de l’avoir avec moi; c’est un homme d’un vrai mérite à tous égards; je fais grand cas de ses talents et de ses lumières. Il est depuis onze ans commandant de bataillon et la plupart de ceux qui sont ici ne l’ont été qu’en passant en Canada; mais, comme ils y ont passé un an plus tôt que lui, ils se sont trouvés en même temps commandants et lieutenants-colonels, et par conséquent plus anciens que lui pour ce dernier grade. Il sembleroit que vous pourriez lui faire la grâce de lui tenir compte du temps qu’il a été commandant de bataïllon. Il est fort à son aise ; il ne sert que pour parvenir aux grades supérieurs; j'ose vous assurer qu’il est en

état de les remplir. Je serois bien flatté si ce que jai l'honneur de vous en marquer pouvoit contribuer à

son avancement.

À M. DE CREMILLE

Le 12 juillet 1758, de Carillon.

J'ai l'honneur d’écrire à M. le maréchal de Belle- Isle conjointement avec M. le marquis de Montcalm, en faveur de MM. de Roquemaure et de Sénezergues. Permettez-moi de vous demander votre protection pour eux. Je serois bien flatté si ma recommandation pouvoit leur procurer vos bontés et les grâces du Roï qu’ils ont lieu d'espérer de leurs services.

A M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE

Le 8 septembre 1758, de Carillon.

Jai l'honneur de vous rendre compte, que depuis le départ de M. le marquis de Montcalm, je suis resté chargé du commandement de l’armée. Il a été le 6 de

ce mois à Montréal pour y conférer avec M. le marquis de Vaudreuil sur les arrangements à prendre dans la situation où se trouve cette colonie, sur laquelle je n’entrerai dans aucun détail. M. le marquis de Montcalm vous en rendra un compte exact et, par le moyen de son chiffre, il ne vous laissera rien ignorer. Je pense comme lui sur tout ce qu’il aura l’honneur de vous mander. Je compte qu'il pourra être de retour ici sous peu de jours. En attendant, j'occupe la même position et je fais travailler sans relâche à nos retranchements. Le général Abercromby est toujours à la tête du lac Saint-Sacrement, où il s’est retranché.

Quoique son armée soit forte au moins de dix mille hommes, je ne pense pas qu’il vienne nous attaquer, à moins qu'il ne soit renforcé par les troupes qui ont fait le siège de Louisbourg; car, pour celles qui ont fait l'expédition au lac Ontario, je ne crois pas qu’elles reviennent dans cette partie, et je ne doute pas qu’elles ne soient actuellement occupées à rétablir Choagen. Je dois ne pas vous laisser ignorer que nos troupes conservent le même zèle et la même bonne volonté; et je ne doute pas que, si les ennemis viennent nous attaquer de vive force, en quelque nombre qu’ils puissent être, nous ne les battions comme nous ayons déjà fait.

Je vous supplie d’assurer Sa Majesté que je ferai de mon mieux et que je ne négligerai rien pour soutenir

la gloire ét la réputation de ses troupes, et je me flatte que je mériterai que vous me conserviez vos bontés et votre protection.

(Semblable lettre à M. de Moras.)

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