LETTRE DE M. MURRAY, GOUVERNEUR DE QUÉBEC
Du 29 avril 1760.
Dans le moment, je suis informé par le colonel Young qu’on avoit tiré sur le transport qu’on faisoit des blessés. Je puis vous assurer que je n’en ai aucune connoissance et que cela. doït avoir été fait par mégarde. Je suis très reconnoissant de la politesse dont vous en avez usé envers les prisonniers. Je vais envoyer les vivres de nos malades et le bagage des officiers, dans un bateau, jusques à l’hôpital général,
si vous ne vous y opposez. Je vous prie de me donner un mot de réponse sur cet article.
A M. MURRAY
Le 30 avril 1760.
Je n’ai pas doute que ce ne fût contre vos ordres qu'on tirât sur le transport qu’on faisoit des blessés. Nous n’y avons perdu qu’un seul homme de ceux qui transportoient les vôtres à l’hôpital. Ce petit accident a failli en occasionner un plus grand, ayant renouvelé parmi nos troupes le ressentiment qu’elles ont du mauvais traitement qu’on prétend avoir été fait cet hiver à de nos prisonniers, qui ont eté enfermés dans une maison où il y avoit de la poudre, qui a sauté. Je vous rends trop de justice, et à votre nation, pour avoir ajouté foi un instant à un procédé si inhumain, dont j'ai déjà détruit l’opinion qu’en avoit mon armée.
L’exacte discipline que je fais observer et l’attention que je porte à contenir les sauvages ne me laissent pas douter que tous les prisonniers qui tomberont dans nos mains ne reçoivent tous les traitements et égards usités parmi les nations policées. J’aurois souhaité d’être à même de pouvoir procurer à M. Young, Messieurs les officiers et aux soldats de vos
troupes, de plus grands secours qu’ils n’ont; mais ils ont été traités de même que les nôtres.
Vous serez le maître, lorsqu'il vous plaira, de faire passer à l’hôpital par eau les vivres que vous jugerez devoir envoyer à vos malades, de même que les équipages des officiers.
Je vous prie de donner vos ordres pour qu’il y ait un tambour, pour rappeler, afin que ma garde puisse les recevoir et les remettre à la vôtre.