LETTRE DE M. DE MALARTIC, CAPITAINE AIDE-MAJOR AU RÉGIMENT DE BÉARN
De l'hôpital général de Québec, le‘ 17 mai 1760.
J'ai envoyé ce matin par un tambour votre lettre à M. Murray et lui ai demandé la permission de lui parler conformément à vos instructions. J'aurai l’honneur de vous rendre compte de ce qu’il m’aura dit. Tous les officiers anglois conviennent bien que nous avons pris, le 28, la revanche du 13 septembre. Ils rendent justice à la valeur des troupes et à l’habileté de vos dispositions et de votre retraite, qui a été forcée par l’arrivée de la flotte. Ainsi vous devez être bien tranquille sur les relations qui parviendront en Europe ; les Anglois disent qu’il n’y a point de grâce en France à laquelle vous ne puissiez prétendre.
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CXLIITI
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL
Au cap Rouge, le 18 mai 1760.
J'ai l'honneur de vous informer des événements qui nous ont obligés à lever le siège. Je fus averti le 15, à l’entrée de la nuit, qu’il venoit de mouiller deux gros navires à la Pointe de Lévis. On supposa qu’ils étoient anglois, n’ayant mis personne à terre. En conséquence j’envoyai ordre pour que tous nos bâtiments où étoient les vivres et l’artillerie, eussent à se retirer et aux frégates d’être prêtes à appareiller. Je fus informé dans la nuit par un prisonnier que les deux navires étoient anglois. Je donnai de nouveaux ordres pour le déblaiement de la tranchée, et pour que toute notre marine se retirât. Mais le temps étoit si mauvais que l'officier chargé de mes ordres ne put passer. À cinq heures et demie du matin, le 16, on m’avertit que les bâtiments appareilloient et que ceux des Anglois étoient près d’eux. Deux frégates parurent, soutenues d’un vaisseau de soixante canons. Les navires mirent à la voile. La Pomone en appareiïllant s’'échoua sur la côte du nord; l’Atalante, se voyant serrée de près, fit signal aux transports de s’échouer au-delà de la Rivière du cap Rouge, et, se voyant serrée de trop près à la Pointe aux Trembles, elle s’é-
312 LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS om 9 SAS LS NRSNS choua. Je passai toute la journée du 16 à faire déblayer l'artillerie de la tranchée et tout ce que nous pouvions emmener: je fis détruire le reste; et, dans la nuit, je me mis en marche et passai la Rivière du cap Rouge au point du jour le 17, où j'ai fait enlever de dessus les transports qui étoient échoués les vivres et munitions et relever la Marie qui a passé cette nuit à travers les frégates angloises. J’ai séjourné ici toute cette journée, et je me mets en marche dans le moment, pour aller passer la rivière de Jacques Cartier.
LETTRE DE M. DE MALARTIC
De l’hôpital général, le 18 mai 1760.
J’ai l'honneur de vous rendre compte que j’ai eu l’honneur de voir ce matin M. le général Murray, qui m'a reçu très poliment.
Il ma dit que, dès que nos officiers et soldats blessés ou malades seroient en état, il leur permettroit de vous aller joindre; qu’il avoit fait ruiner les vivres que vous aviez laissés à Sillery, qui n’y étoient restés que parce que vous n’aviez pu les faire emporter : que nous ne devons pas compter sur ceux qu’on a achetés à la côte du sud, qui leur appartient, puisqu'ils sont
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maîtres du pays; qu’il ne peut nous en faire fournir malgré le cartel; que c’est à vous à nous en faire passer ; que vous pourrez en envoyer en bateau, et qu’il faudra lui rendre en nature ceux qu’il aura la bonté de nous faire fournir pour quatre jours. Nous lui demandons, pour ce temps là, trois mille livres de farine, et mille de lard. Je joins ici l’état du monde que nous avons, afin que vous puissiez régler ce que vous voudrez envoyer en outre de ce qu’il faudra rendre.
Ce général m’a beaucoup remercié des politesses et des soins que vous avez fait prendre de ses prisonniers. Il m’a chargé d’avoir l’honneur de vous mander qu'il se feroit un plaisir de vous procurer et à vos bons amis toutes les douceurs qui dépendroient de lui, comme sucre, café, liqueurs et vins; il m’a fait les mêmes offres pour nos blessés.
Lorsque j’ai traité l'affaire du renvoi des blessés, il m'a dit qu’il auroïit bien lieu de faire quelque difficulté, qu’il n’en feroit cependant aucune, et, à l'égard des vivres, que nous lui avions refusé de la pruche.
J’ai eu l'honneur de faire à M. Murray toutes les représentations que j’ai cru nécessaires, auxquelles il m'a répondu très poliment et de la façon que je vous explique ci-dessus ; il m’a répété qu’il vous procureroit toutes les douceurs qui dépendroient de lui, excepté les vivres, que nous étions bloqués de toutes parts et qu’il auroit des reproches à se faire s’il nous
en faisoit passer. Nos malades restés à Sainte-Foye vont être transportés ici. .