A M. DE MALARTIC
De $Saint-Augustin, le 19 mai 1760.
J’ai reçu, mon cher Malartic, votre lettre. Je m’attendoiïs bien à toutes les politesses que vous avez reçues du général Murray; je vous prie de lui en témoigner ma reconnoissance et de le remercier de ce qu’il nous a prêté, j’avois pourvu à cet objet ne m'’attendant point qu’il y auroit des difficultés, attendu que, par le cartel, les deux couronnes se sont engagées à la fourniture des vivres pour les malades qui resteroient dans les hôpitaux, en les payant suivant les prix des lieux où l’on se trouve. D'ailleurs cet objet est de si peu de conséquence qu’il ne peut influer en aucune façon pour la défense du pays; et, si c’étoit autrement, attendu l'embarras du transport, j’aimerois mieux retirer mes malades, quoique je fusse très peiné du mal que ce transport leur procureroit, et je ne puis penser que M. Murray ne se rende aux nouvelles représentations que je vous charge de lui faire.
Pour ce qui concerne le blé acheté dans la côte du
sud, il a été acheté pour le compte des religieuses, sur les représentations qu’elles m’avoient faites qu'elles n’en pouvoient trouver elles-mêmes et fournir les vivres aux malades, ainsi qu’il est d'usage dans tous les hôpitaux de cette colonie.
Vous remercierez M. Murray des offres qu’il vous a faites de me procurer des douceurs, tant pour moi que pour les officiers de mon armée. Je n’en mésuserai point. Quant aux vivres, j'espère n'être jamais dans le cas de lui en demander.
A M. MURRAY
De Jacques Cartier, le 21 mai 1760.
Sur le compte que me rend M. de Malartic, il me paroît que votre intention n’est point de fournir des vivres à nos malades laïssés aux hôpitaux près de Québec, sur la foi du cartel, qui dit très positivement que l’on en fournira aux hôpitaux restés en possession de l’une des deux parties belligérantes, en les payant aux prix des lieux où l’on se trouve. Si votre intention est de le suivre, vous ne pouvez vous dispenser de fournir des vivres ; et, si au contraire vous ne vou-
lez pas le suivre, nos hôpitaux sont dans le cas d’être
faits prisonniers de guerre, et, dans ces circonstances, vous vous trouvez toujours obligé de fournir à leur subsistance, et vous resterez alors responsable vis à vis des deux couronnes de l’inexécution du cartel. Quel parti que vous preniez, je suis très tranquille sur le sort de nos hôpitaux, étant bien sûr que vous ne les laïsserez pas manquer. Votre humanité et votre générosité m’en sont un sûr garant. Si vous prenez le parti de ne pas suivre le cartel, je donne ordre à M. de Malartic de vous demander un passeport et de se retirer avec sa garde.
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL
De Jacques Cartier, le 21 mai 1760.
L'armée a repassé avant hier au soir la Rivière de Jacques Cartier avec beaucoup de peine; il n’a pas été possible d’y construire ni ponts ni pontons, et nos bateaux mêmes n’ont pu servir, attendu la rapidité du courant. Tout le passage s’est fait par une chaloupe et quelques bateaux, dans le large sur le fleuve. Cet inconvénient fait qu'il est très dangereux et presque impraticable d'occuper la Pointe aux Trembles.
Cependant, voici le parti que j'ai pris relativement
à notre situation et position et à l’état de nos vivres, n'ayant d'autre subsistance à donner à l’armée que du pain, joint aux nouvelles que nous avons de Québec : je laisserai à Dechambeau aux ordres de M. Dumas et de M. de Fouillac un corps d'environ quinze cents hommes de troupes de terre et de la Marine et d’environ quatre à cinq cents Canadiens, dont M. Dumas tirera un détachement d’environ deux cents hommes pour occuper la Pointe aux Trembles et autant à Jacques Cartier. Il ne m’a pas été possible de prendre davantage de troupes, attendu leur foiblesse et qu’il faut les ménager pour faire respecter la colonie et pour les derniers coups à frapper. Je vais faire filer l’amée pour retourner dans leurs quartiers, le premier bataillon de la Marine partira demain, et successivement les autres. J'espère que vous approuverez cet arrangement, n’en voyant point d’autres relativement aux vivres. |
Si j'eusse été à portée de vous, j’aurois attendu vos ordres à ce sujet ; mais le temps presse.
M. Cadet m’a promis de faire donner le quarteron de viande au détachement qui restera dans cette partie.
Les nouvelles de Québec sont qu’il est beaucoup question de la paix, que les ennemis n’ont pas reçu de secours en hommes, qu’ils sont fort tristes et paroissent mécontents (on n’en sait point le sujet), qu’ils font démolir les fortifications de Louisbourg et qu’ils attendent cette garnison. Ils ont reçu quatre
vaisseaux de guerre, trois frégates et un bâtiment de transport. [ls ont perdu une des deux frégates qui étoient vis à vis la Pointe aux Trembles. L'autre, on la dit incommodée. La première a été remplacée depuis. Ils n’ont aucun poste hors de la ville; ils font sortir tous les habitants qui y restoient; on n’en connoit point le sujet. Ils font l’éloge de notre armée. On assure qu’ils ont perdu de mille à douze cents hommes à Québec pendant le siège. Les nouvelles que l’on débite d'Europe sont que le roi de Prusse a battu l’armée du général Daun, qui a été tué; on confirme aussi le combat de M. le maréchal de Conflans.
M. de Bellecombe, aide-major du régiment de Royal-Roussillon, a eu permission de venir ici; M. Murray l’a menacé de l’envoyer en Europe.
Je vous envoie copie de la lettre que j'écris à M. Murray au sujet des blessés laissés à l'hôpital de Québec, auxquels il ne veut pas fournir de vivres, ni moi non plus, n’étant pas en état de le faire.
A M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLÉ
Du 21 mai 1760.
M. de Bellecombe, aïide-major au régiment de Royal-Roussillon, aura l’honneur de vous remettre
ma lettre. Il est envoyé en Europe par le général Murray, commandant les troupes angloises à Québec. Cet officier est un de ceux que les Anglois ont retenu comme prisonnier après l'affaire du 13 septembre, quoique resté dans l’hôpital sur la foi du cartel. Jai été très content de la conduitequ’il a tenue pendant sa détention et il s’est aussi attiré l’estime des Anglois. J'ai l'honneur de vous le recommander; c’est un officier de mérite et de distinction ; il a servi avec le plus grand courage à l’affaire du 31 juillet et du 13 septembre où il a été blessé. Quelque grâce qu’il vous plaise lui accorder, je puis vous assurer qu’elle sera bien placée, et je vous en serai particulièrement obligé.
(Semblable lettre à M. de Cremille et à M. Berryer.)
A Mme LA MARÉCHALE DE MIREPOIX
Du 21 mai 1760.
Je profite avec grand plaisir de l’occasion que me fournit M. de Bellecombe, capitaine aide-major au régiment de Royal-Roussillon, qui passe en Europe,
pour me rappeler à l’honneur de votre souvenir. Je n’ai point reçu de vos nouvelles depuis dix-huit mois
Je suis dans la plus vive inquiétude pour votre santé, personne au monde ne s’y intéressant plus que moi. Je me flatte que vous me rendrez bien cette justice.
Le corps de troupes que j'ai l'honneur de commander a fait tout ce qu’il est possible de faire pour mériter les grâces du Roï. Je vous demande votre protection pour elles. Je ne vous demande rien pour moi ; vous savez mieux que personne ce qu’il me convient, et l’occasion est favorable.
Je vous recommande particulièrement M. de Bellecombe ; il mérite votre protection, tant par sa bravoure que par ses talents dans l’art militaire ; c’est un officier que. j'aime d’ailleurs particulièrement, et je vous serai très obligé de ce que vous ferez pour lui.
Vous trouverez ci-joint, une lettre pour Me la marquise de Pompadour; vous la lui remettrez, la lui ferez remettre, ou point du tout, comme vous le jugerez à propos.
A Mme LA MARQUISE DE POMPADOUR
Du 21 mai 1760.
Permettez que je profite de l’occasion de M. de Bellecombe, capitaine aïide-major au régiment de
Le
Royal-Roussillon, qui passe en Europe, pour me rapler à l'honneur de votre souvenir et vous demander la continuation de vos bontés pour moi, et votre protection pour le corps de troupes que j’ai l'honneur de commander, qui a fait tout ce qu’il est possible de faire pour mériter les grâces du Roi.
A M. LE PRINCE DE BEAUVAU
Du 21 mai 1760.
C’est avec un grand plaisir que je saisis toutes Les occasions où je puis me rappeler à votre souvenir, et je profite de celle que me procure M. de Bellecombe, aide-major au régiment de Royal-Roussillon, qui passe en Europe. Il vous donnera de mes nouvelles. Je souhaite que votre santé soit aussi bonne que la mienne. Vous connoissez l’intérêt que je prends à tout ce qui regarde M° la maréchale de Mirepoix, sur le compte de laquelle je suis on ne peut pas plus inquiet ; il y a dix-huit mois que je n'ai pas reçu de ses nouvelles.
M. de Bellecombe est un officier de mérite, etc... (comme dans les lettres précédentes).
RE RE SE en nn 3922 LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS