‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 3)Chapitre 44 sur 85 · A M. LE DUC DE CHOISEUL, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

A M. LE DUC DE CHOISEUL, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

Du 21 mai 1760.

Les troupes que j’ai l’honneur de commander ont fait tout ce qu’il est possible de faire pour mériter les grâces du Roi. Je vous supplie de vouloir bien vous employer pour elles et pour moi; l’occasion est des plus favorables. Vous connoissez mieux que personne

fu he.

LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS 323 PTT RE mener ce qui peut me convenir et je m’en rapporte entièrement à ce que vous ferez. Les bontés dont vous m'avez toujours honoré me font espérer que vous voudrez bien vous y employer; je vous prie de me les continuer.

A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

Du 25 mai 1760.

J'ai recu la lettre dont vous m'avez honoré du 19, qui m'a fort satisfait en voyant que vous approuvez les manœuvres et les dispositions que j'ai faites ; et je vois aussi avec bien du plaisir tout ce que vous faites avec Monsieur l'intendant pour recouvrer des vivres. Cela est bien essentiel ; car il faut tenir le plus longtemps que nous pourrons, premièrement pour faire diversion aux forces des ennemis, secondement c’est que je crois que la paix est faite ou qu’on est en pourparlers, et troisièmement parce que, si elle ne l’est pas encore, la bataille de Québec déterminera les Anglois à la conclure, attendu qu’ils croiront Québec pris et qu’ils sauront cette nouvelle sans que la France la sache, ils croiront faire une bonne affaire, vu qu’il n’est parti depuis aucun bâtiment pour leur apprendre

le contraire.

Tous les bataillons finiront demain de se mettre en marche pour se rendre à leurs quartiers. Je n’ai rien changé aux dispositions que j'ai faites pour cette frontière et que j’ai eu l'honneur de vous mander par ma dernière lettre.

Tous les miliciens sont partis sans congés, même les officiers de la milice de Montréal, à la réserve de M. Dufay, à qui j’en ai donné la permission. Cette contagion s’est étendue sur nos soldats mariés. J’ai donné des ordres pour qu’on les arrêtât ; et il faut les faire décimer, si le nombre en est trop grand.

De toutes les milices, je n'ai pu en rassembler qu’environ trois cents, dont la plus grande partie est de la Rivière de Chambly. Je ne puis assez vous dire du bien des milices de cette côte; mais, en revanche, ceux des autres paroïsses se sont très mal conduits. J’ai promis à ceux qui restent ici que vous les feriez relever incessamment. Je pense que c’est absolument nécessaire, et vous pourriez prendre de préférence ce détachement dans la ville de Montréal, attendu qu’ils ne sont point occupés à faire des semences et qu'ils sont partis les premiers sans permission. Vous pourriez en envoyer une partie dans la galère et faire conduire le reste par des bateaux avec des officiers capables de les maintenir. Cette galère servira ici pour toutes les opérations qu’il faudra faire. Il faudroit envoyer trois cents bons miliciens ;: car d'en envoyer de médiocres ce n’est rien faire.

Il est très nécessaire de faire occuper la Pointe aux

Trembles et qu’il y ait beaucoup plus de miliciens que de soldats par rapport à la désertion, et que c’est une troupe beaucoup plus légère pour se retirer.

C’est à vous à décider de la punition qu'il y a à faire aux miliciens qui ont déserté; il faudroit de préférence punir les officiers, tant des côtes que de la ville, qui, au lieu d’arrêter le désordre, en ont donné l'exemple.

Je crois que, pour épargner les vivres, il faudroit tenir le moins de troupes que vous pourrez en garnison à Montréal, et je pense que la compagnie de grenadiers du premier bataillon de la Marine suffira.

Nos bateaux sont fort en désordre. Il faudroit que Monsieur l’intendant en fit faire le plus tôt qu’il sera possible, ou des galères, ce qui vaudroit beaucoup mieux, en voyant à proportion des hommes qu’on peut y embarquer, s’il ne faut pas plus de temps que pour faire les bateaux.

Les nouvelles de Québec sont toujours les mêmes. Les Anglois paroissent fort consternés ; ils continuent à faire évacuer la ville aux habitants; j'attends aujourd’hui une réponse de M. Murray au sujet de la dernière lettre que je lui ai écrite concernant les hôpitaux. M. de Bellecombe est reparti; si on le fait passer en Europe, je lui ai fait la leçon pour tout ce qu’il aura à dire.

M. de Bourlamaque est parti aujourd’hui pour Montréal; je compte que, dans deux ou trois jours, j'aurai fini tous les arrangements à faire sur cette

frontière, et j’en laisserai le commandement à M. Dumas, auquel j’ai donné, à sa demande, M. de Fouillac pour second. La besogne sera en très bonne main. Après quoi, je me mettrais en chemin pour aller prendre vos ordres.

Permettez que M" de Vaudreuil trouve ici des assurances de mon respectueux attachement.

J’ai donné ordre à Messieurs les commandants de ne permettre à aucun officier de coucher à Montréal ; s’il y en avoit quelqu'un qui y fût avant mon arrivée, je vous prie de le faire mettre en prison.

LETTRE DE M. MURRAY

Du 23 mai 1760.

J’ai l’honneur de vous mander que j'ai reçu votre lettre de Jacques Cartier du 21 de ce mois.

Je ne suis point responsable de l’inexécution du cartel ; il a été rompu, quand on n’a pas renvoyé le volontaire fait prisonnier à Lorette au mois de novembre dernier, ainsi qu’il est porté par l’article 21°. Il a été rompu aussi, quand vous avez refusé de rendre nos convalescents qui étoient à l’hôpital géné-

ral. Vous n’avez jugé à propos de leur permettre de

rentrer dans une ville assiégée ; la ville de Québec ne mérite pas ce nom ; c’est tout au plus un poste.

Je regarde ce pays bloqué de tous côtés, et ne suis pas obligé de fournir des subsistances aux hôpitaux, excepté que vous ne preniez le parti de les abandonner ; en ce cas, j'en prendrai soin et les traiterai sur le pied de prisonniers de guerre.

Je serois très blâmable certainement de les laisser rentrer dans un pays dont les vivres sont coupés, après leur en avoir fourni jusqu’à ce qu’ils soient en état de me nuire. |

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