RÉPONSE DE M. MURRAY
Du 7 juin 1760, reçue le 18.
Je ne puis qu'être supris de l’étonnement que vous marquez au sujet des prisonniers que j’ai faits à l’hôpital général. Les lettres que j’ai eu l'honneur de vous écrire du 23 et 26 du dernier mois vous ont dû avertir de ce que je pensois à cet égard.
Le cartel n’a jamais été observé de votre part ; nos convalescents, que vous n’avez pas voulu rendre, le volontaire, les valets et vivandiers qui ont été détenus tout l'hiver, contre ce qui est expressément stipulé dans le cartel, en font foi.
Les François ont toujours insisté sur ce même cartel, quand il pouvoit leur être de quelque utilité; mais ils ont toujours équivoqué, quand cela pouvoit tourner à leur désavantage.
Pour ce que vous dites au sujet des nations policées et du droit des gens, je vous remets à M. le marquis de Vaudreuil, qui, en dépit de ce même droit et de toutes les règles de la justice, a pris sur lui d’absoudre toute la partie inférieure du Canada d’un serment sacré et solennel, sous la foi duquel ils avoient été conservés et protégés.
Il les a même obligés de faire un pas si glissant sous
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LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS 343 me peine de la vie, dans un temps qu’il ne pouvoit espérer de secours ; et, par un effet de son seul caprice, il les a exposés aux fureurs d’un ennemi à la vérité trop généreux pour punir les petits de la faute des grands.
Je n’aurois jamais pu obliger nos officiers prisonniers de guerre, et vous connoissez trop bien la nation angloise pour croire que j’aurois été le maître de leur faire prendre les armes, quand même j'aurois été assez scélérat pour tâcher de les y forcer.
Quant aux conséquences qui peuvent arriver de linobservation du cartel, dans ce continent ou celui de l’Europe, ceux qui en ont été les premières causes doivent en répondre.
J'ai toujours eu à cœur de l’observer et si j’avois seulement affaire au chevalier de Lévis, je suis très certain qu’il auroit été très ponctuellement exécuté par les deux partis.
Quelles que soient ces conséquences, s0yez assuré que je suis préparé à tout événement et que je ne serai jamais surpassé des François ni en actions de générogité ou de ressentiment. Je me réglerai en tout sur la conduite du marquis de Vaudreuil, bien persuadé que vous ne pouvez rien faire qui puisse en rien changer à la parfaite estime et considération avec lesquelles j'ai l'honneur d’être, etc.
P. S.— J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire par M. Lenoir. Je suis déterminé à ne faire aucune échange de prisonniers, dès que le cartel
USE 344 LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS RO RSR Re EEE D est rompu et vu les demandes importunes qui me sont faites par différents particuliers. Je vous prie de ne pas m'envoyer si souvent de parlementaires.
À M. AMHERST, MAJOR GÉNÉRAL COMMANDANT LES TROU- PES DE SA MAJESTÉ BRITANNIQUE DANS L’AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE.
De Montréal, le 14 juin 1760.
J'ai détaché le sieur Bonneau, capitaine au régiment de Guyenne, pour mettre sous les yeux de Votre Excellence l’état des officiers et soldats anglois de la garnison de Québec qui ont été faits prisonniers par les troupes de Sa Majesté Très Chrétienne, au combat du 28 avril dernier.
Les bontés dont vous avez honoré cet officier pendant son séjour à New-Yorck me font espérer que le choïx que j’ai fait de lui pour remplir cette commission vous sera agréable.
M. le marquis de Vaudreuil l’a autorisé pour traiter l'échange du sieur de Bonnefonds, lieutenant du corps royal d'artillerie ; sa détention retarde son avancement, et je suis dans la confiance que Votre Excellence seroïit fâchée, ainsi que moi, de faire ce tort à la fortune d’un officier particulier. J'espère qu’Elle voudra bien en user de même à l'égard du sieur de la
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LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS 345 A de nr Le le us.
Miletière, lieutenant au régiment de Languedoc. Je supplie d’ailleurs Votre Excellence de s’en rapporter à tout ce que lui demandera le sieur Bonneau, que j'ai autorisé à traiter avec Elle ce qui concerne les officiers et soldats prisonniers des troupes que je commande.
Comme je ne doute pas que M. Murray, qui commande la garnison angloise de Québec, ne soit sous vos ordres, je crois devoir faire passer à Votre Excellence les justes sujets de plaintes que me donne, ainsi qu’à la nation, la conduite extraordinaire de ce brigadier général.
Lorsque j’arrivai devant Québec, le 28 avril dernier, mon premier soin fut d'envoyer à l'hôpital général, qui est près de cette ville, un sergent et vingt soldats, sous le titre de sauvegarde pour empêcher les sauvages qui m’accompagnoient d’insulter les malades anglois qui étoient dans cet hôpital. J'y joignis un officier pour faire les fonctions de commissaire. M. Murray y a tenu une pareille garde et j'ose m’assurer qu'aucun des malades anglois ne s’est aperçu que cet hôpital étoit en mon pouvoir.
En me retirant de devant Québec, le 16 mai, j’y ai laissé conformément aux termes du cartel la même garde avec plusieurs chirurgiens pour avoir soin des blessés françois que j’avois fait transporter audit hôpital, et pour lesquels j’ai réclamé auprès de M. Murray la convention du 6 février 1759. J'ai eu lieu de croire par les différentes lettres que j'ai reçues de lui à cette occasion qu’il étoit disposé à suivre cette convention.
J'apprends néanmoins, depuis quelques jours, par plusieurs voies sûres que, non seulement M. Murray a fait enlever de l’hôpital général les soldats françois dont la guérison paroissoit la plus prochaine pour les ‘faire mettre en prison à Québec, mais aussi qu’il s’est porté à cette extrémité de faire arrêter le sergent et les vingt hommes qui étoient de sauvegarde, et de la constituer prisonnière de guerre.
Ce procédé, que, jusqu’à présent, aucun chef de guerre n’auroit osé avouer, n’a pas été motivé de la part de M. Murray par aucun prétexte possible : il s’est contenté de dire à l’officier commissaire qu’il n’y avoit plus de cartel, n'ayant pas réfléchi sans doute que la détention d’une sauvegarde est non seulement une rupture du cartel, mais une infraction solennel au droit des gens.
J’aurois pu faire ressentir aux officiers et soldats anglois que j’ai faits prisonniers le 28 avril les suites du peu d’égards que leur commandant a eu pour les usages les plus sacrés ; mais j’ai préféré de vous donner connoissance de cette affaire persuadé que vous êtes trop jaloux de la gloire de la nation britannique pour laisser subsister un grief de cette nature.
M. Monckton vous aura sans doute rendu compte de l’ordre qu’il avoit laissé, au mois d'octobre dernier, en quittant la ville de Québec, pour constituer prisonniers de guerre quelques officiers et soldats françois qui avoient été transportés à l’hôpital général après le combat du 13 septembre de l’année dernière, cet hôpi-
tal étant tombé quelques jours après au pouvoir des troupes angloises. Autre infraction qui n’est fondée sur aucun motif. Les articles 26 et 27 sont formellement opposés à la prétention de M. Monckton, et nul blessé ne peut être regardé comme prisonnier de guerre, s’il n’est pris sur le champ de bataille.
Cette affaire a resté indécise jusqu’à ce moment, et la connoissance que j'ai de vos lumières et de votre droiture me fait espérer que vous donnerez ordre que ces officiers et soldats soient renvoyés libres, et que pareille difficulté ne sera point faite à l’avenir, dans les parties qui sont sous votre commandement, comme, de mon côté, je tiendrai la main à l’observation la plus exacte du cartel.
Je prie donc Votre Excellence de m'adresser le plus tôt possible un ordre pour M. Murray, que j'aurai soin de lui faire passer, par lequel il soït obligé de relàcher la garde que j’avois laissée à l’hôpital général, ainsi que les blessés françois qu’il à fait arrêter, et de déclarer libres tous ceux qui restent audit hôpital, et à rendre la même liberté aux officiers et soldats qui ont été trouvés dans ce même hôpital, lors de la retraite de l’armée françoise, qui a suivi le combat du 13 septembre 1759.
Je me félicite d’avoir à traiter avec Votre Excellence une affaire de cette nature, convaincu, par la réputation dont elle jouit dans ce continent, qu’Elle est très éloignée d’approuver de pareils procédés. Je ne me
rl qi oo 9 A A RS 348 LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS RER EN EUREREMRN EEE félicite pas moins d’avoir eu cette occasion de lui faire connoître la considération et la haute estime avec laquelle, etc.