QUÉBEC
IMPRIMERIE DE L.-J. DEMERS & FRÈRE 30, rue de la Fabrique, 30
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A Carillon, le 26 mai 1759 *
J'ai recu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22, ainsi que les instructions de M. de Vaudreuil. Vous verrez par celle que jai eu l'honneur de vous écrire, il y a deux jours, que je pensois à peu près tout ce qui est dans cette instruction.
Je vais faire travailler à la redoute. Le projet en étoit déjà fait. J’en ferai tracer une grande en avant sous prétexte de soutenir les retranchements ; mais on n'y travaillera pas ; c’est pour donner le change.
* Quelques lettres de Bourlamaque au marquis de Vaudreuil se trouvent intercalées dans ce volume. Note de l'auteur.
M. de Vaudreuil ne m’annonce plus de sauvages : n'en viendra-t-il point ? Je serai embarrassé, si je n’en ai pas, lorsque l’ennemi sera en mesure.
Quelle est votre destination, mon cher général ? Devez-vous venir ici avec les troupes du gouvernement ? allez-vous à Québec, ou restez-vous chargé des Rapides ? M. de Montcalm me mande que vous venez ici; cependant vous ne m'en dites rien, et il paroîtroit, par linstruction du gouverneur général, que vous ne venéz pas.
Je dis tant que je puis que vous viendrez aux premières nouvelles des mouvements de l'ennemi. Il faut persuader qu’on veut soutenir ceci, et il m'est arrivé une chose qui divulgue le contraire,
M. de Vaudreuil ne croit pas pouvoir laisser en garnison un ofticier de la marine sans lui écrire une lettre. Il m'en envoie, dit-il, une pour M. de Gaspé qu'il y destine, et me recommande de ne la lui remettre qu'en temps et lieu; c’est fort bien. Je ne me souviens pas d’avoir vu cette lettre. Vous savez comme on est entouré à l’arrivée des paquets. Chacun désire avoir ses lettres, qui sont, la plupart, sous l'enveloppe du commandant.
Je les distribue à l’ouverture pour me débarrasser des importuns, et pouvoir lire les dépêches qui sont pour moi. Je ne sais si j'ai donné la lettre de M. de Gaspé comme les autres. Je ne m'en souviens pas. Tant il y a qu’il l’avoit lue et répétée à tout le monde, avant que j'eusse lu celle de M. de Vaudreuil. Il suffisoit
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de m'envoyer la liste des officiers qu'il destinoit à la garnison ; un ordre de moi suffisoit pour les faire rester. Mais c’est un usage, et voilà l'inconvénient.
Je mande à M. de Vaudreuil ce qui est arrivé pour qu'il tâche de détruire ces bruits-là ; je ferai de mon côté tout ce qui dépendra de moi ; mais il sera toujours très difficile de donner le change, Il y a telle reconnoissance, telle précaution nécessaire qui démasque tout. Je vais voir, au premier jour, la rivière à la Barbue, j'irai jusqu’à Saint-Frédéric, sous prétexte de voir les ouvrages qu’on y fait, pour tromper sur l’objet de ma reconnoissance, |
Les officiers de la marine me dirent, hier au soir en arrivant, que vous reconnoissiez le poste que l’armée de Carillon alloit occuper. A propos de cela, vous aurez vu, sans doute, la pointe à Margot, demi-lieue au-dessus de l’Ile-aux-Noix. J’avois mandé à du Vernys de l'aller réconnoître exactement. Cela est bon, ou je suis bien trompé, quand ce ne seroit que pour mettre une tête avec du canon.
P. S.— J'ai eu l’honneur de vous rendre compte que Wolff était revenu, et n’avoit trouvé personne au fond du lac. | |
J’envoie, pour porter ma dépêche, Bourgeois, sergent de la Reine, avec dix miliciens ; je vous supplie de me les renvoyer aussitôt. Nous avons ici orand besoin de chevaux et d'avoine. |
J’ai l'honneur de vous adresser toutes les lettres pour Québec et autres, et vous supplie de les faire passer.
Bourgeois porte l’ancre prise au fort George pour les chébecs. |
A Carillon, le 28 mai 1759.
J'ai fait, mon cher général, précisément les mêmes. réflexions que vous sur l’Ile-aux-Noix: trop grande et beaucoup trop éloignée de la terre ferme. C’est ce qui me feroit préférer la pointe à Margot, où la rivière est plus étroite. Je ne croyois pas qu'il fut si aisé d'y arriver par les profondeurs; mais ne pourroit-on s’y retrancher ? En tout cas, une tête y seroit bien.
Le pis de tout, dans l’une ou l’autre de ces positions, est la rivière du Sud qui communique à la baie de Missiscoui, et donne à l'ennemi un passage pour entrer dans la rivière Saint-Jean au-dessous de l’Ile-aux-Noix. Je ne connnois pas cette rivière du Sud; mais l’on m'a dit qu’elle étoit large et navigable; beau chemin par terre pour le portage jusqu'à la baie. C’est une chose à voir. ES
Si vous n'avez pas de connoissances plus particulières que les miennes, je pense qu'il seroit bon d'y envoyer quelqu'un de sens. L'on m'a dit quatre à cinq lieues de portage, où passent les traînes à chevaux en hiver; rivière ensuite très belle jusqu'à son embouchure et très large à bien des endroits. Si cela est, vous voyez que le poste de l’Ile-aux-Noix n’est pas soutenable. Il ne reste que Saint-Jean. Ce n’est pas qu’on puisse avoir continuellement des découvreurs sur ce portage et sur la baie; mais si l'ennemi s’avise de cette partie et qu’il y vienne en force, il faut dénicher de l’Ile-aux-Noix. |
J’ai commencé la redoute sur le rocher ; mais les
pluies continuelles arrêtent tout, inondent le camp et donnent beaucoup de malades.
J'ai l'honneur de vous envoyer la déposition d’un prisonnier fait par M. de Langy ; c’est un homme fort. intelligent; vous pourrez l’interroger.
(Sans signature)
A Carillon, le 11 juin 1759.
J’ai recu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire de Québec, et je profiterai des réflexions que vous avez la bonté de me faire faire. A l'égard de l'Ile-aux-Noix, je crois qu'avec des estacades, des redoutes sur l’eau et beaucoup d'artillerie, on aura l'air d’être bien. Pour la rivière du Sud, il est heureux que le portage ne soit bon qu’en hiver; car si vous étiez sur le lac Champlain, vous connoîtriez bientôt la baie de Missiscoui et cette rivière, et, en présentant une tête à l’Ile-aux-Noix, vous réussiriez à prendre Saint-Jean sans vous embarrasser de cette île, ou au moins vous forceriez l’eunemi à renforcer considérablement l’armée de Saint-Jean. Mais heureusement, on vous a dit le portage mauvais, et ils ne feront pas ce qu'on peut faire.
J'ai eu, ici, votre ami Anectogon, qui m'a fait beaucoup rabattre de l’estime que j'avois pour lui. Ila commencé par faire le malade pour retarder le départ d'un parti dont il étoit chef, et qui devoit aller frapper près de Lydius, puis a cabalé le lendemain pour faire
prendre une route plus longue, moins intéressante, mais plus sûre pour sa personne, parce qu'on dit qu'il a plus de jambe que de courage. Enfin, à force de conseils et de travail, j'ai renoué la partie. Il s’est mis en marche avec Laney qu'il a mené à Corlar, assurant toujours qu’il alloit près de Sarasto; et, avec un beau parti de gens choisis, 1l a fait prisonnier un malotru qui ne sait pas grand’chose.
Revenu plein de gloire et de satisfaction, 1l a demandé et obtenu tout ce qu’il a voulu, force eau-de-vie, ete.…., puis en a demandé encore. Il étoit tard, les jeunes gens perdoient l’esprit, J'ai refusé poliment et en le caressant, remettant à en donner au lendemain matin. Piqué qu’on osât le contredire, 1l a cabalé toute la nuit, et a. forcé de partir, sans prendre congé, beaucoup de ses jeunes gens qui ne demandoient pas mieux que de rester, leur disant que je lui avois dit que je ne voulois pas les voir davantage, qu'ils eussent à s’en aller, que je n’avois que faire d'eux. J'ai été étonné de tous ces mensonges, et J'ai appris par tous les officiers canadiens, qu'il étoit devenu coquin, fourbe et menteur. Langy est furieux contre lui. Je pense qu'il ira à Québec : méfiez-vous en. On dit à présent qu’il entretient intelligence avec les ennemis. Je ne vous fais ce long détail que parce que Je vous ai vu beaucoup de confiance en lui.
AU CHEVALIER DE LÉVIS ho
À l’Ile-aux-Noix, le 7 août 1759.
J'ai l'honneur, mon cher général, de vous faire mon compliment sur votre affaire du 31. J'espère que celles qui pourront suivre, ne seront pas moins heureuses. Bonnes dispositions, fermeté dans les troupes et supériorité en nombre, voilà de quoi assurer de la bonne besogne. (Celle que j'ai été obligé de faire jusqu’à présent n’est pas flatteuse, et, maloré tout le désir que j'ai de ne pas finir la campagne d’une facon aussi humiliante, je ne puis répondre d’être en état de rendre des services utiles. A
L'Ile-aux-Noix a bien changé depuis que vous en avez fait la reconnoissance, Les terres sont sèches à droite et à gauche, Un chemin magnifique, qui commence une bonne lieue au-dessus, mène à Saint-Jean par les profondeurs, cinq ou six lieues au plus.
Le portage par la baie de Missiscoui, très aisé depuis la dite baie jusqu'à la rivière Saint-Jean, tombe à une lieue au-dessous de l’Ile-aux-Noix ; beau chemin, trois lieues et demie d’une eau à l’autre, un seul pont à faire pour traverser la rivière du Sud, de laquelle on n'est point obligé de se servir.
La pointe en avant de l’Ile-aux-Noix fournit un beau débarquement à couvert de mes retranchements, et mène par les profondeurs jusqu'à un endroit de la rivière du Sud, enfoncé d’une lieue dans les profondeurs, d’où les bateaux peuvent venir dans la riviere de Saint-Jean.
Tout ceci pris sur les connoissances des gens du pays les 1 lus entendus. Je vais envoyer voir si cela est vrai.
Voici donc trois portes pour entrer dans la rivière Chambly ou pour gagner le fleuve Saint-Laurent. Je ne parle pas de l’île qui ne sera sûrement pas attaquée de front, mais qui pourroit l'être par des batteries le long -de terre des deux côtés, tout étant sec à présent, malcré les pluies qui ne cessent pas depuis mon arrivée.
Les retranchements sont mal faits, sans solidité, sans règle ; des défauts essentiels. Je les fais allonger de droite et de gauche. C’est un ouvrage immense, Le bois est d’une nature difficile pour cet ouvrage, Je voudrois faire refouler les eaux du lac pour noyer les bois en avant, comme ïls étoient au printemps ; mais c’est un ouvrage bien long, et je n’espère pas d'y parvenir. Cependant l’on travaille. i
J'ai mis M. de Rigaud à Laprairie avec quatre ou cinq cents Canadiens et les sauvages qu'il pourra ameuter. |
J’ai ici environ deux mille huit cents combattants, compris onze ou douze cents miliciens.
Voilà ma situation que je vais tâcher de fixer en prenant un parti relatif aux mouvements de l’ennemi : S'il m'attaque dans l’île, je m'y défendrai bien; sil cherche à pénétrer par le bois à Saint-Jean, je laisse moitié de mon monde dans lîle, et je vais avec le gouvernement de Montréal, tomber sur le portage par le bois.
S'il évente la baie de Missiscoui, je fais descendre barques, chébecs, et je l’attends dans son portage; s’il cherche, par la grosse pointe, la rivière du Sud, je J'attends à la sortie de cette rivière.
Voilà en gros mes première idées, mandez-moi ce que vous en pensez, [1 me faudroit mille bons hommes de plus, au moins. Je dis mille, parce qu'on pourroit me les envoyer, et autant vers les Rapides, sans perdre un pouce de terrain à Québec. Que sert de garder la grande porte si on laisse enfoncer les petites? Le chevalier de La Corne avec onze cents hommes vis-à-vis six imille, n’est pas en état de défendre les Rapides. Il n'a pas même encore de poste reconnu.
P. S. — Mandez-moi, je vous supplie, à quel endroit vous vous établirez de votre personne. Comme j'ai opinion que les Anglois ne passeront pas le lac cette année, si vous veniez prendre le commandement de l'Ile-aux-Noix, je pense que ma présence y sera inutile, et alors je pourrai bien vous demander la permission d'aller finir ma triste campagne à Québec. Si vous ne venez pas ici, jy restera. En attendant, je vais continuer à mettre ceci en état de recevoir l’ennemi.
Je viens de m'instruire encore plus à fond de l'affaire de M. de la Colombière ; il a le plus grand tort du monde. Sa vivacité est venue à l’occasion du travail des soldats ; il s’est échauffé contre un homme qui travailloit mollement, l’a battu, et ensuite, voyant M. Clapier, qui ne se remuoit pas beaucoup, lui a demandé, en jurant, pourquoi il ne faisoit pas travailler. L'autre a répondu, en remuant sa baguette sans dessein, et de là il est parti pour le frapper. |
Troupes cammpées à l’Ile-aux-Noix,
La: Reiné”......, se RSR EURE DÉTENU T Tenues desert ER TO 10070 | Volontaires en. deux.:compagniés 120008 Piquet de la brigade de Royal-Roussillon, 64 “
PANDANIETE C0 RO NET DES 32100 Idem de milice qui ne valent rien... 101288 Bataillon de/la:marine net ovese 1 UNE NiiGIens 22:20 0 RME TR PRET NT RE TE 1,220
Cet état est À peu près. Les milices ont varié continuellement depuis mon arrivée, et je n’ai encore pu en avoir un rôle exact. On y travaille. D'ailleurs, dans le nombre de 1,220, il y a près de deux cents vieillards ou enfants que je renverrai dès que je pourrraï en faire la revue, Cependant ces enfants travaillent assez bien.
Le 6 août 1759.
Etat des troupes campées à l’Ile-aux-Noix.
Trois bataillons des troupes de terre... 1,665 hommes. Un bataillon des troupes de la marine deBUIICON PATIO RAT RCA 417 5
Deux compagnies de volontaires, composées en partie du piquet des cinq batMilons dé Québec 98 É
* Le manuscrit porte, par erreur 2,923.
COTTON A dansante ouest 34 hommes -Soldats des piquets attachés au service LASER PES 64 é CAnONMErS émMmIICE 0.4... 10 “ Ouvriers aftachés au génie .........,.... 70 d
Miliciens attachés aux compagnies de
volontaires ...….. RER PRE SRE OPEE : 25 i Miliciens en huit brigades à la suite
des compagnies du bataillon de la
marine, dont grand nombre d'enfants
EN ET 0 CRT RO ent ls DO R ce Hotalres: 2 BE ST ÉRE RRS GS UPUR ER
Sur les trois chébecs et la goélette armée en querre.
Équipages. 1... D 22 honiines, Soldats détachés des cinq
THOSE Re.» : | 178 hommes.
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Dans Pétat ci-dessus ne sont point compris cent soixante-treize officiers, et cent trente-un domestiques, non plus que les commis et employés du magasin.
Au camp de l’Ile-aux-Noix, le 6 août 1759.
Près de deux cents malades à l’hôpital; le nombre en auginente tous les jours.
* Il y a erreur dans le premier chiffre de ce tableau: au lieu de 1665, lisez 1165 ; 3040 est répété p. 19.
Déposition d'un déserteur anglois arrivé le 1* juillet à Carillon.
Irlandois de nation, catholique, soldat du régiment de Bordax, (sic) ci-devant How. |
L'armée angloise que commande le général Amherst, est toute rassemble au fort George.
Elle est composée des régiments de Blackney, de Royal-Ecossois, de Royal-Montagnards, de Montgomery, de Forbes, de Bordax, et du nouveau régiment de Gage, en tout sept régiments de troupes réglées.
Plusieurs régiments provinciaux.
Huit cents hommes aux ordres du major Roger.
Il croit que le total de cette armée est de quinze mille hommes. |
Il y a en outre près de cent sauvages moraïgans.
Environ soixante pièces de canons ou de mortiers.
Les régiments sont complets, soit de recrues du pays ou de leurs prisonniers, que ‘nous avions renvoyés en Europe, et qu’ils ont enlevés dans la traversée.
Ii y a neuf cents bateaux au fond du lac; partie de leur armée doit venir par terre. |
Cette armée arrivera au portage au plus tard le 5 juillet ; elle est moins forte que l’année dernière, mais composée de bien meilleurs hommes,
Ils mènent avec eux un bâtiment, portant cent hommes et de l'artillerie.
Il ne sait si l’on veut entreprendre le siège de Carillon et de Saint-Frédéric en même temps.
Il assure seulement qu'il doit venir de German Flats un corps d'armée à travers les bois pour couper la
communication entre les deux forts. Ce corps d'armée, celui ou partie de celui qui est en mouvement vers Chouaguen, c’est M. Johnson qui doit mener ce corps, et ils prennent ce grand détour pour cacher la marche de ces troupes.
Cette armée qui est en mouvement vers Chouaguen est composée de six bataillons de troupes réglées, savoir : Webb, Abercromby, deux de Royal-Américain, Otway et Fraser ; plusieurs provinciaux.
En total, le même nombre que celui du lac Saint- Sacrement, et une infinité de sauvages attachés à Johnson.
Cette armée mène beaucoup d'artillerie, des bateaux d’une grandeur extraordinaire, qui se demontent et portent soixante hommes.
Il ne sait quelle est la destination de l’armée de Chouaguen. IL n’avoit pas ouï-dire que l’escadre angloise fut en rivière.
L'on croit que les différentes armées ont ordre de commencer leurs opérations le même jour.
À M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL Au camp de l’Ile-aux-Noix, le 7 août 1759.
J'ai l'honneur de vous adresser l’état des troupes et des milices qui sont à l’Ile-aux-Noix.
Quoique le total des hommes, y compris les ouvriers et l'artillerie, soit de trois mille quarante, il n’y a pas ce nombre de combattants, la plupart des miliciens du gouvernement de Montréal sont vieillards ou enfants.
Je crois que le nombre est environ de deux cents à renvoyer.
Je suis occupé à ouvrir des embrasures le long de la partie des retranchements qui est faite, pour y placer l'artillerie, et à allonger ces retranchements de droite et de gauche, pour me mettre en état de m’emfermer dans l'Ile-aux-Noix, sil est nécessaire; j'en ai pour longtemps avant d’être fermé. J’entreprends aussi une estacade pour fermer la rivière des deux côtés de l’île et faire refouler les eaux du lac pour inonder les bois qui sont au-dessus de l'île, ouvrage le meilleur qu'on puisse faire ici, mais dont la réussite est fort incertaine, et que je n’espère pas d’avoir le temps de finir.
Je trouve, Monsieur, dans votre instruction du 20 mai, que vous me prescrivez de tenir dans l’Ile-aux- Noix jusqu’à l'arrière saison, quand même je ne pourrois soutenir le poste de Saint-Jean, je travaille, en conséquence-à faire amasser des vivres, n'en ayant dans la rivière que pour jusqu’à la fin d'août,
J'aurai l'honneur de vous faire observer qu’en abandonnant le fort de Saint-Jean, qui en effet ne se peut défendre, je n’empêcherois pas les Anglois de descendre la rivière de Chambly pour exécuter la jonction projetée avec les troupes qui sont devant Québec.
L'on pourroit chercher une position sur la rivière Chambly ; mais, quand même il s’y en trouveroit une, elle ne couvriroit ni Laprairie ni Montréal.
Voici, d'après les connoissances que J'ai prises des gens du pays les plus au fait et les plus intelligents, quels sont les moyens que l'ennemi peut prendre pour pénétrer dans la colonie sans passer à l’Ile-aux-Noix.
Je fais reconnoître par des officiers pour vérifier si ces dépositions sont vraies.
Les Anglois mettant à terre À une lieue au-dessus de l’Ile-aux-Noix, vis-à-vis l’île Langevin, trouvant un coteau sec et élevé, qui les mène, par un portage de six petites lieues, au fort Saint-Jean ; nul obstacle qu’un ou deux petits ruisseaux à ponter.
Ils peuvent encore mettre à terre à une pointe élevée, à demi-quart de lieue au-dessus des retranchements, sur la côte du sud, Ils y seront à couvert des dits retranchements. (Cette pointe les mène par un terrain sec, jusqu’à une partie de la rivière du Sud, enfoncée d’une baie dans les profondeurs ; elle y est navigable encore, et ils peuvent entrer par là dans la rivière Saint-Jean, derrière l’Ile-aux-Noix.
De tous les moyens, le plus aisé est la baie de Missiscoui. Le portage, depuis cette baie jusqu’à la rivière Saint-Jean, est de trois lieues et demie. Il traverse la rivière du Sud, sur laquelle 1l est aisé de faire des ponts, et dont on n’est nullement obligé de faire usage pour descendre dans la rivière Saint-Jean, le portage étant très beau jusqu’à cette rivière. Il tombe à une lieue au-dessous de l’Ile-aux-Noix.
Il y a encore un autre coteau qui, partant depuis la pointe aux Fers jusqu’à la rivière à la Colle, peut conduire à la Tortue et à Laprairie ; mais on assure qu'il n’est bon que pour des partis, et qu'on n’y peut faire de portage à cause des savanes.
Les chébecs et la goélette que J'ai fait armer en guerre peut incommoder les Anglois dans le lac ; mais ils n’empêcheront pas leur mouvement, s'ils sy prennent bien.
D'ailleurs, depuis la pointe aux Fers jusqu’à Saint- Jean, ces bâtiments ne peuvent être d’un grand secours. Le chenal est étroit, et ils ne peuvent courir de bordées ; ils ne vont point à la rame.
Jé pense que si les Anglois veulent pénétrer par les bois, ils masqueront l’Ile-aux-Noix avec un corps, pendant que le oros de leurs troupes fera le portage.
Mandez-moi quelles sont vos intentions. Au cas que les Anglois prennent ce parti, dois-je rester dans l’Ile-aux-Noix comme vous le prescrivez dans vos instructions ? Ne seroit-il pas mieux d'y laisser une partie de ce qui y est à présent, et de me joindre avec le reste au petit camp de M. de Rigaud, pour incommoder les Anglois et tâcher d'empêcher leur portage ?
J'aurai lhonneur de vous représenter qu'il seroit nécessaire que cette partie fut renforcée de mille bons hommes. J’ai déjà eu celui de vous en parler dans une lettre écrite avec M. de Rigaud, et je réitère là-dessus mes représentations, parce que je crois cette précaution indispensable.
Je dois avoir l'honneur de vous prévenir que l’armée de M. Ambherst est partie du fort George avec trois mois de vivres. |
J’ai celui de vous faire mon compliment sur le petit avantage du 31 juillet. Je ne doute pas qu'il ne soit suivi de plus considérables. |
P. S.— L'on vous assurera peut-être que les bois de la rivière Saint-Jean sont tous marécageux; cela est vrai au printemps; les eaux ont baissé de quatre pieds depuis le mois d'avril. |
Copie de la lettre de M. de Bourlamaque à M. de Rigaud.
À l’Ile-aux-Noix, le 8 août 1759.
Je m'attendais, Monsieur, à la prise de Niagara, et ne suis pas plus surpris de la défaite de M. Des Lioneris.
Nous voilà sans aucune ressource de ce côté-là, si M. le marquis de Vaudreuil persiste à ne pas renforcer l’armée du chevalier de La Corne. Dieu nous préserve de plus grands malheurs ! N’espérons pas qu'il tire un grand parti du peu de troupes qu'il a. Cette poignée d'hommes sera étonnée de l'échec que nous avons recu à Niagara, et le découragement, surtout pour les milices, est le pire de tous les maux. Vous ne pouvez trop représenter à M. votre frère qu'il est nécessaire de pourvoir à cette partie et à celle-ci. Il voit les Canadiens braves, pleins de bonne volonté à Québec, ainsi que les sauvages; qu’il ne juge pas de même de ceux qui sont ici. La supériorité ou l'égalité du monde donne de l'assurance. Une infériorité trop marquée ôte toute la fermeté, et tel qui sera brave à Québec, avec dix mille autres, ici sera poltron, parce qu'il verra l'ennemi quatre ou cinq fois plus fort que nous.
D'ailleurs, vous savez comme moi que cette inégalité est décisive pour les sauvages. Il est bien à craindre que nous n’en tirions aucun parti, quand ils nous verront s1 foibles.
Il est de notre devoir à l’un et à l’autre de représenter le bien à M. le marquis de Vaudreuil. Vous avez vu les deux lettres que je lui ai écrites à ce sujet, aidezmoi, je vous prie. : #
Méfiez-vous des bois. Johnson peut envoyer un corps par terre, sur la rive droite du fleuve qui tombe sur Châteauguay et Laprairie. Il seroit bon d’avoir toujours des découvreurs dans cette partie pour avertir à temps.
À M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL À l'Ile-aux-Noix, le 10 août 1759.
J'ai l'honneur de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 6 de ce mois.
Vous me mandez qu’il œuroit été bien à souhaiter que M. d'Hébécourt eût pu soutenir encore une quinzaine dejours, ce délai pouvant produire un excellent effet dans la saison où nous sommes.
Cela est vrai, Monsieur, et peut-être le fort de Carillon, quoique avec une garnison moitié trop foible, eût pu se défendre quinze jours, si votre instruction du 20 mai, dont vos affaires ne vous ont pas sans doute permis de vous rappeler la teneur, ne me prescrivoit de faire évacuer lorsque l’ennemi auroit établi des batteries pour battre le fort. L'ordre que j'ai donné à M. d'Hébécourt étoit copié mot à mot sur votre instruction, et je pense qu'il n’a pu mieux faire que de s’y conformer.
Je vous supplie même de vous rappeler que j'eus l'honneur de vous mander que le fort de Carillon pourroit arrêter les Anglois douze jours. Vous me répondites, par une lettre datée du 1% juin, que je devois me conformer à votre instruction du 20 mai, et que vous aimiez mieux sauver la garnison que de gagner quelques jours.
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Avec des ordres si précis, Monsieur, je me flatte que personne ne pourra rien imputer à M. d’Hébécourt ni à moi sur l'évacuation de Carillon. On ne s’est pas flatté, sans doute, que les Anglois fussent plus de quatre jours à établir des batteries pour battre le fort.
Avec bien moins de monde, et vis-à-vis une garnison six fois plus forte, M. de Montcalm en a établi en trois jours au fort George, et à Chouaguen avec. plus de disproportion encore, en aussi peu de temps.
A l'égard de l'évacuation de Saint-Frédérie, que vous avez la bonté d'approuver, elle n’est pas précisément conforme aux termes de votre instruction du 20 mai, puisque vous m'y prescriviez d'attendre que l'ennemi eût fait ses dispositions pour m'y attaquer, en prenant néanmoins mes mesures pour profiter d’un vent du sud-ouest pour dégager les barques et chébecs. Ces deux circonstances, qu'un hasard heureux auroit pu rassembler, mais dont on ne pouvoit se flatter sans courir des risques, jointes à beaucoup d’autres que je prévoyois, me firent vous représenter qu'il n’étoit pas de la prudence de rester à Saint-Frédéric jusqu’à ce que l'ennemi marchât à moi, et vous me fîtes l'honneur de me répondre le 5 juillet, que vous me laissiez entièrement le maître de faire ma retraite à l’Ile-aux-Noix, lorsque je le jugerois à propos, et que vous n’entendiez me gêner en aucune facon. J'ai agi en conséquence et jai fait pour le mieux. J'ai eu l'honneur de vous rendre compte de mes motifs, et je vois avec bien de la satisfaction que vous les approuvez. L'état où j'ai trouvé l’'Ile-aux-Noix justifie encore plus ce mouvement que toutes les raisons que j'ai alléguées. Quoi-
qu'on me mandât souvent que les retranchements étoient à hauteur et les batteries établies, je pense qu'avec douze cents travailleurs commandés chaque Jour, je n’aurois pas mis ceci en état de recevoir l'ennemi dans six semaines, Je prends le parti de faire marcher les bataillons en entier au travail, et j'espère accélérer la besogne. Depuis vingt ans que je vois travailler les troupes, Je n'ai jamais rencontré de terrain aussi contraire, et d'ouvrage aussi rempli d'obstacles. Au reste, avec du temps et du travail, l’Ile-aux-Noix seroit un poste imprenable l'épée à la main, s’il y eu avoit à la guerre. Il n’est pas même vraisemblable que l'ennemi l'attaque de cette manière, Ce sera par des batteries de canons et de mortiers qu’il s’efforcera de m'en éloigner, s’il s’obstine à pénétrer par la rivière. De la patience et une contenance assurée sont le seul remède que j'y puisse employer, et vous pouvez être persuadé que l'ennemi auroit éprouvé de même à Carillon, si vos ordres ne m'’avoient prescrit de l’abandonner.
Vous aurez vu, Monsieur, par mes précédentes, qu’il est à craindre que l’ennemi ne tourne la rivière Saint- Jean, ou n’envoie dans le gouvernement de Montréal des partis considérables qui désoleront les campagnes, peuvent même insulter la ville et empêcher les récoltes. La prise de Niagara et la perte des douze cents hommes qu'avoit M. Des Ligneris, réduisant la partie des Rapides à un si petit nombre, il n’est pas possible d'en espérer une grande résistance, J'ai eu l’honneur de vous faire là-dessus les représentations que le bien de l'Etat m'a dictées. A mon évard, que vous m’envoyez des renforts où non, je ferai pour le mieux.
J'attends vos ordres au sujet des projets dont j'ai l’honneur dé vous faire part dans ma lettre du 8 août.
P.S.— M. de Rigaud m’annonce la noblesse de Boucherville aux ordres de M. de La Corne. Il compte être obligé de marcher aux Rapides, si ennemi sy présente, avec les Iroquois du Saut et du Lac; et 1l m'enverra les sauvages d'en haut et les Népissings. Je ne puis qu'approuver cette disposition. Laprairie, Longueuil, Châteauguay et toute la côte de la rivière ne seront plus à couvert des partis anglois, aussitôt que M. de Rigaud sera parti, et 11 ne me sera guère possible d'y pourvoir.
Mais les Rapides ont besoin de secours, et je me garderai bien d’arrêter le peu de monde que M. de Rigaud compte y mener, quoiqu'il puisse arriver dans cette partie-c1.
Je n’ai point recu de réponse à ce que J'ai eu l’honneur de vous écrire au sujet de MM. Monette et Villeray. |
À M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL À l’Ile-aux-Noix, le 12 août 1759.
J'ai recu les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 8. J'’exécuterai vos ordres à l’écard de la diminution de la ration qui ne sera plus à l'avenir que de cinq quarterons de pain.
À légard de l’Ile-aux-Noix, j'attends vos ordres au sujet des dispositions que j'ai eu l'honneur de vous proposer dans ma lettre du 6, supposé que l'ennemi tente un portage par le bois, que les pluies qui n'ont
pas cessé depuis mon arrivée, rendent tous les jours plus difficile.
Le coteau de la côte de l’ouest qui mène à Saint- Jean a été reconnu. Il faudroit bien du travail, à certäins endroits, pour y mener du canon. J'ai envoyé reconnoître le portage. de la baie de Missiscoui ; l’on n’est pas encore de retour.
Il ne restera à craindre de la part de l'ennemi qu’une canonnade et un bombardement dans l’Ile-aux-Noix qui n’aboutiroit à rien. La place est grande, et il n’est question que de s’armer de patience, Mais il seroit nécessaire alors d’avoir un corps à Laprairie pour empêcher les détachements anglois d’y pénétrer et de ravager toutes nos côtes.
Je persiste done, Monsieur, à demander que les Rapides soient en état de se passer du camp qui est maintenant à Laprairie. Au reste, je pense que les succès que vous avez eus à Québec, arrêteront toutes les autres entreprises, et qu’ils ne tenteront rien ni ici, ni ailleurs.
Les troupes qui sont ici paroissent attendre l’ennemi avec impatience. IL seroit à souhaiter en effet qu'il entreprit d'attaquer le poste de l’Ile-aux-Noix.
Depuis ma lettre écrite, j'apprends que M. Le Mercier est arrivé à Montréal et est suivi de M. le chevalier de Lévis avec un corps de troupes. Il n’y a pas apparence que les Anglois fassent des progrès plus considérables, maintenant que toutes les parties seront suffisamment pourvues.
J’ai eu nouvelle qu’un petit parti sauvage, que j'avois envoyé en découverte vers Saint-Frédéric, y à
trouvé l’armée ennemie campée en partie. Ce détachement a été découvert et suivi par vingt-cinq berges. M. dé Langy, qui le commandoit, l’avoit quitté pour aller par le bois, avec trois sauvages, reconnoître vis-à-vis le fort, J'attends son retour incessamment,
À M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL A l'Ile-aux-Noix, le 12 août 1759.
Je dois avoir l'honneur de vous rendre compte de l’action que fit à Carillon le nommé Joseph Fauclon dit Sanschagrin, sergent de l’ancienne compagnie de Cabanac.
Ayant été en découverte aux retranchements, au moment que les ennemis y parurent, le 23 au matin, il enleva une sentinelle angloise à la tête de cinquante hommes de troupes qui avoient poussé cette sentinelle à quelques pas en avant d'eux. Il répondit au “ Qui vive ” ? * Déserteur ” ; et lorsqu'il fut près de la sentinelle, il la prit par les cheveux et l’amena à M. d'Hébécourt,
Cette action mérite récompense ; et j'ai eru devoir vous en informer. Cet homme est déjà connu de ses officiers pour avoir très bien fait à l’affaire du 8 juillet de l’année dernière; il y fit un prisonnier, quoique d’une facon moins brillante.
A l’Ile-aux-Noix, le 13 août 1759.
J’ai recu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur. de m'écrire le 12, de Montréal, par
à, LETTRES DE M. DE BOURLAMAQUE
laquelle j'apprends votre arrivée pour prendre le comnmandement du gouvernement de la frontière.
Je ne doute pas que votre présence n’y soit très nécessaire, quand ce ne seroit que pour rassurer les femmes qui ont grand'peur.
J’envoie à Saint-Jean quatre pièces de fonte de six sur affûts de campagne, avec cinq cents boulets et deux canonniers.
Je fais partir, demain matin, M. Desandrouins pour vous aller joindre. C'est celui qui me seroit le plus nécessaire.
L'autre à malheureusement commencé cette besoyneci, et c’eût été lui dire trop clairement qu’il ne vaut pas erand’chose que de ne la lui pas laisser finir ; mais c’eût été lui dire vérité,
A l'égard de l’[le-aux-Noix, je n’ai pas encore pu y faire grand’chose, parce que les pluies continuelles ont empêché le travail. Mais à quelque chose malheur est bon : elles ont goûté les bois, et le vent du sud-ouest prodigieux qui dura tout hier, a fait refouler les eaux du lac et monter la rivière d’un pied et demi; elle a déjà rebaissé et rebaissera encore, s'il fait sec: mais l’eau est entrée dans le bois à bien des endroits.
Je suis occupé à faire continuer les retranchements, les faire munir sur le devant d’un fossé palissadé, barrer la rivière par des caijeux. Le fond est roc et on ne peut y mettre de pieux. J'ai trois chébecs et une barque de huit pièces de canon sur le lae, qui se replieront sur moi, lorsque l'ennemi viendra, s'ils ne peuvent l'arrêter, et s'ils le voient passer, comme je l’espère. Je les embosserui par le chenal pour garder le passage au-
dessous de mes batteries. J’ai une gabare dont je fais une redoute avec cinq pièces de canon sur un bord, que je placerai à même fin, plus la redoute flottante, que vous connoissez, que J'arme aussi de deux pièces,
Si j'ai le temps, je rendrai l’Ile-aux-Noix une forteresse imprenable l'épée à la main, et la rivière impossible à passer devant l’île. Mais il faut du temps, ce qui est de sûr, ést qu'on n'en perd point. La générale tous les matins; les officiers y sont tous; chaque bataillon a sa tâche; mais la pluie n’a pas cessé, et cette île est un eloaque ; 1l faut ponter partout. A l’écard des substances, M. Pénisseault vous dira que j'en ai demandé dans la rivière pour quatre mille cinq cents hommes d’iei huit à dix Jours. |
À l'égard du canon et des bombes qui sont à craindre dans lIle-aux-Noix, cest bagatelle. On se tient derrière les retranchements ; la terre est molle; les bombes n’y font pas orand chose, et puis l’ennemi n'aura pas plus de canon que moi. D'ailleurs, ceci est vaste, de la patience, et voilà tout.
L’ennemi peut venir par le bord de la rivière aboutir au-dessous de l’île; mais si les bois restent comme ils sont à présent, il y auroit bien de la difficulté. Cela étoit très aisé quand je suis arrivé, et le seroit devenu bien plus, sile beau temps eût continué ; voici le temps où les bois ne séchent guere.
Le portage de la baie de Missiscoui, qui n’est que de quatre lieues, eût étéibeau aussi, sil eût fait sec. Il a été reconnu hier, Il y a trois-quaïts de lieue qui paroissent impraticables à présent. Saint-Jean seroit bon, si on avoit le temps d'y faire des ouvrages, puisqu'il
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est en plaine ; mais on ne peut y songer à présent, Il est habillé de neuf sur sa vieille forme. J’y ai fait passer en arrivant ici quatre pièces de fer de 4 et des pierriers ; j'y joins encore deux petites de 2 ; c’est autant qu'il en faut contre un coup de main, et 1l n’y a que cela à craindre. M. du Vernys y va de temps en temps pour faire faire les embrasures et les plates-formes. Je pense qu'outre trente hommes de garnison, 1l peut y avoir cent cinquante miliciens, dont environ quarante vieillards ou infirmes ; mais tout cela peut faire le coup de fusil Mon projet est d'y envoyer, lorsque l'ennemi approchera, un officier intelligent avec un piquet. Jusque là je garde tout le monde ici, parce que j'en ai besoin pour le travail.
Un ban, sous peine de la vie, pour empêcher les soldats et miliciens de déserter, seroit fort bien fait. Mais je ne le ferai point battre sans un ordre, par écrit, de M. de Vaudreuil ou de vous, puisque vous en avez un pour commander dans le gouvernement, parce que, si je l’avois fait battre, je le ferois exécuter, et vous comprenez bien que, pour mettre à mort un milicien, il faudroit un ordre du gouverneur général, et, si Je ne mettois pas au conseil de guerre le milicien fuyard comme le soldat, ou si je le renvoyols au gouverneur général pour l'exécution, il vaudroit. mieux ne l'avoir pas fait battre.
Je fais mettre au piquet le fuyard, quand on peut le rejoindre ; d’ailleurs j'ai deux bateaux de garde sur la rivière avec un officier, et personne ne passe sans un billet de moi.
M. de la Colomhière’a eu une vivacité ce matin avec un M. Clapier, officier de la marine, auquel, de sang-froid, il a donné des coups de bâton bien appuyés. Le jeune homme, qui n'avait point tort, a voulu le tuer; mais on l’a arrêté. Je l'envoie à Montréal pour y recevoir vos ordres. Je pense que vous ferez bien de l’envoyer aux Rapides pour y servir, et il y servira bien, car il est très bon officier. Il s'excuse en disant que M. Clapier, qui gesticuloit avec une baguette, l’en avoit menacé. D'ailleurs, il ne refuse pas de donner satisfaction à cet officier et est fort fâché de sa sottise. Si vous n'étiez pas à Montréal, j'aurois peut-être pris un autre parti; mais vous déciderez de son sort, puisque vous êtes à portée,
J'envoie ce soir M. du Vernys à Saint-Jean pour arranger le départ des quatre pièces de fonte que j’envoie et leur faire sauter les rapides.
Vous n'aurez pas, sans doute, recu une lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire à Québec, où je vous instruisois de la situation de ce poste et des moyens que je croyois les plus propres à arrêter les ennemis.
Un beau coteau, m’a-t-on dit, mène à Saint-J ean, en débarquant à une lieue d'ici. Six lieues de portage en tout. Je l'ai fait reconnoître ; 1l y a un endroit, sans doute, gâté par les pluies, où il faudroit un travail immense pour y faire des transports.
Les Anglois peuvent débarquer à la pointe où étoit la croix, en avant de l’Ile-aux-Noix, et se rendre en suivant la rivière, à cinq ou six cents toises dans le bois, à la rivière du Sud, demi-lieue au-dessus de son embou- . chure, belle eau qui les mène dans la rivière Saint-
Jean, au-dessous de l’Ile-aux-Noix. J’ai reconnu l’embouchure et je suis sûr qu'ils n’y passeront pas.
Ils peuvent débarquer au fond de la baie de Missiscoul, suivre le portage, qui est magnifique, jusqu'à la rivière du Sud, descendre cette rivière une demi-lieue, belle eau ensuite, débarquer et faire un portage jusqu’à la rivière Saint-Jean. Ils tomberont une lieue au-dessous de l’Ile-aux-Noix. J'ai fait reconnoître, comme j'ai eu l'honneur de vous le mander, et ce dernier portage est actuellement fort mauvais,
Voilà les trois seuls moyens par lesquels l'ennemi peut pénétrer avec du canon dans la rivière Saint-Jean, sans attaquer l’Ile-aux-Noix. J’ai mandé à MM. de Vaudreuil et de Montcalm qu’au cas qu’ils entreprissent Jun ou l’autre de ces portages, il convenait que je laissasse douze ou quinze cents hommes à l’île, et que je joignisse, avec les troupes les plus lestes, M. de Rigaud, pour tomber sur l'ennemi par le bois, tandis que les chébecs et barques garderoïient la rivière. J'ai même demandé un ordre en conséquence à M. de Vaudreuil, parce que son instruction du 20 mai y est contraire.
Maintenant que les chemins sont reconnus, il y a moins à craindre, à moins qu'il ne vienne un temps bien sec. Mais l'ennemi peut envoyer par terre de gros détachements par le bois, tomber sur Châteauguay, Laprairie et les côtes de Chambly, désoler les habitations et empêcher la récolte, Voilà pourquoi j'ai demandé à M. de Vaudreuil de mettre la côte des Rapides en état de se passer du camp de Laprairie, parce que, lorsque l'ennemi fera cette manœuvre, il masquera l’Ile-aux-
Noix par une démonstration d'attaque, et je ne pourrai me dégarnir. ” J’ai mandé à M. de Rigaud d’avoir de fréquentes
découvertes sur les derrières de la Présentation et la
rive droite du fleuve, parce que M. Johnson peut envoyer par là des détachements qui se joindroient peut-être à ceux partis de Saint-Frédéric,
M. de Langy est arrivé, hier, d’une découverte vers Saint-Frédéric, avec quinze ou vingt sauvages dont Kisensik faisoit nombre. Il a vu les Anglois campés au fort avec grand nombre de bateaux, sur quelquesuns desquels il pense qu’il peut y avoir du canon.
Je n’ai pas trouvé moins ridicule que vous la chambre du capitaine dans les chébecs. J'écris à
M. Levasseur de la faire sauter pour y mettre du
canon, si la chose peut se faire sans retarder leur départ. D'ailleurs je ne connois pas le modèle sur lequel ces bâtiments sont faits ; mais c’est peu de chose.
Il n'y à point de tabac ici, chose nécessaire. Je ne sais sil en vient. Je vous supplie d’en parler à M. Martel. Au cas qu'il n’y en auroit pas à Montréal, on pourroit en trouver chez la Porte, habitant de la paroisse Saint-Sulpice, qui à offert à M. de la Colom-
bière mille livres de tabac à acheter, et quatre à cinq
cents minots d'avoine,
Corame les sauvages me pressent pour partir, je vous prie d'envoyer à M. de Montcalm la déposition du prisonniér, que j'ai l’honneur de vous adresser; car je n'ai pas le temps de la faire copier, et je ne lui en envoie point. Cependant elle est importante.
J’ai permis à Chassignoles de descendre pour ses affaires. Il restera même tant qu’il voudra, si vous le trouvez bon. |
A l'égard de ce que vous me mandez d'envoyer à l'Ile-aux-Noix, je compte faire partir dans quelques jours.
P. S.— Je vous supplie de faire passer les lettres ci-jointes.
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL A l'Ile-aux-Noix, le 15 août 1759.
Si vous n'avez, Monsieur, point recu de réponse à la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire le 12, c’est qu’elle n’avoit pas eu le temps de vous être rendue. J'ai fait partir cette réponse deux heures après la réception de votre lettre, et je l'ai remise à M. Aubert.
Je souhaite que M. de Rigaud puisse rassembler sept À huit cents hommes ; et en ce cas, il est bien peu instruit des forces de son gouvernement; car il s’en faut presque de moitié qu'il compte sur ce nombre avant son arrivée. Et, en effet, pour tirer. huit cents hommes du gouvernement de Montréal, il faudroit qu'il y en eût plus de mille par là non-valeur des fuyards et des malades, ou soit disant tels.
J'ai eu l'honneur de répondre à tous les articles de la lettre que vous me fites l'honneur de m'écrire le 12 ; ainsi je n’entrerai pas dans un plus grand détail.
Il faut espérer, pour votre gloire, que M. Amherst attendra que vous ayez battu M. Johnson aux Rapides, où vous ne lui donnerez que le temps nécessaire pour
cela, pour venir se faire battre aussi par vous dans la rivière Saint-Jean. Puisque vous voulez bien cependant, qu’en attendant nous les battions, s'ils se présentent, je tâcherai de faire pour le mieux.
. J’ignore encore si je pourrai trouver ici les cent vingt hommes, devant et derrière de bateau, que vous m’ordonnez de faire passer à M. de Vassan. La plus grande partie des miliciens que vous avez ici, sont du gouvernement de Québec, où il n’y a ni devant ni derrière ; ce qui est de ce gouvernement est presque tout vieux ou enfant. D'ailleurs, vous me mandez que je les tirerai du camp de M. de Vassan, si j'en ai besoin dès à cette heure pour les travaux; mais je m’en passerai.
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL À l’Ile-aux-Noïix, le 17 août 1759.
Je viens, Monsieur, en conséquence de vos. ordres, de détacher cent vingt miliciens, pour servir de devant et de derrière à Laprairie. Ce sont de très bons hommes; mais aussi ce sont les seuls du gouvernement de Montréal qui valussent quelque chose. Les autres font pitié, mais cela est égal.
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL A l’Ile-aux-Noix, le 21 août 1759.
J'ai prié M. le marquis de Montcalm de vous demander un ordre pour me rendre à Québec, et y aller servir sous vos ordres et les siens, aussitôt que M. le chevalier de Lévis sera de retour des Rapides, ce qui est fixé aux
derniers jours de ce mois. Ma présence sera très inutile ici, lorsqu'il sera ici ou à Montréal, prêt à s’y porter à la première nouvelle. Il est très incertain que l’ennemi s'approche de l’Ie-aux-Noix, et il est très sûr qu’il est en‘présence de Québec. Aïnsi, Monsieur, il seroit peu convenable que je restasse ici dans ces circonstances. Je compte done partir aussitôt que j'aurai des nouvelles du retour de M. le chevalier de Lévis; et, en partant, s’il n’est pas arrivé, je ferai part à M. de Roquemaure des ordres que j'aurai recus de lui pour qu’il sy conforme.
La bonne volonté et le zèle, à défaut de talent, avec lesquels jai servi jusqu'ici en Canada, me font espérer, Monsieur, que rien ne s’opposera de votre part au désir que j'ai d'aller servir à Québec jusqu’à la fin de la campagne. Bien entendu que si les Angloïs s’approchoient de l’Ile-aux-Noix, j'y resterois pour faire nombre jusqu’à ce qu'ils fussent éloignés.
P.S.— Une lettre de M. de Rigaud m’apprend que M. le chevalier de Lévis doit arriver à Montréal le 25 ou 26; ainsi, si nous n'avons ici aucune nouvelle de l’arrivée des Anglois, je compte pouvoir être à Québec au commencement de septembre.
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL À l’Ile-aux-Noix, le 29 août 1759.
J’ai recu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 25 août.
J’ai eu trois déserteurs anglois le 20, que j'ai envoyés
à M. de Rigaud, en le priant de vous faire passer leurs dépositions.
Les Anglois construisent à Saint-Frédérice une barque de. dix-huit pièces de canon, et deux bâtiments plats portant chacun quatre pièces de 24. Ils prétendent
qu'ils viendront prendre le fort Saint-Jean aussitôt que ces bâtiments seront à l'eau. Les gens sensés croient
qu'ils remettront la partie au printemps. Un prisonnier, peu instruit d’ailleurs, m'a dit, hier, qu’on avait donné à chaque régiment provincial une tâche en pièces de bois, après laquelle fournie, chaque régiment auroit congé de retourner dans sa province, M. Amherst fait réparer ce qui à été détruit à Carillon, et construire un grand fort à Saint-Frédéric. L'on ne parle pas à l’armée
qu’il doive arriver d’autres troupes.
Je m'apercois que, maloré la vigilance des chébecs que je suppose telle qu’elle doit être, après les ordres que j'ai donnés au commandant et réitérés chaque semaine, les Anglois se font un jeu de passer le lac, Un parti s’est rendu à Saint-François, où il à été. arrêté ; un autre est, à l'heure qu'il est, débarqué au sud de la rivière Saint-Jean, marchant vers Chambly, et un autre encore à débarqué au nord, vis-à-vis le moulin Foucault, où l’on a trouvé une manière d'ingénieur et une berge, et va faire coup sur nos habitations, à la rive gauche de la rivière Saint-Jean, J'ai des partis sauvages après ces deux poignées d’Anglois qui, pour peu que nos gens se conduisent bien, ne peuvent échapper. Ceux arrêtés à Saint-François ont dit avoir passé dans le portage de Missiscoui, où il y avoit tous les jours des Abénakis de la baie, qui n’en ont rien vu
ou rien voulu voir. Tous ces partis ont traversé le lac. J’ai toujours pensé que des barques étoient des épouvantails. On passe la nuit,
Il n’y à pas d'apparence que les Anglois viennent cette année entreprendre sur la rivière Saint-Jean. Ils n'auront sans doute pas assez tôt construit leurs barques, quoique les déserteurs disent que M. Amherst annoncçoit qu’elles seroient prêtes à la fin d'août, et qu'il partiroit tout de suite.
J'ai envoyé M. d'Hébécourt à Saint-Jean, comme vous me l’avez ordonné, et j'ai cru devoir y faire faire un entourage de palissades pour mettre ce fort à l’abri de surprise. |
Quoiqu'il y ait encore ici bien des choses à faire pour mettre l’île en état, elle est assez arrangée pour désirer que l’ennemi s’y présente.
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL A l’Ile-aux-Noïix, le 5 septembre 1759.
J’ai recu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 30 août, et la déposition du prisonnier qui y était jointe. Ceux que j'ai eus 1c1 étoient fort peu instruits de ce quise passe sur le lac, Ontario. Je ne vous ai point envoyé leurs dépositions, parce que je les ai fait passer, sur le champ, à Montréal,
«où je vous comptois toujours arrivé, suivant les lettres de M. de Rigaud. Je l'ai cependant prié de vous envoyer les dépositions des déserteurs et des prisonniers, au cas que vous n’arriviez pas aussi promptement qu'il me le mandoit.
Comme il m’est venu de toutes parts des représentations sur la récolte, j'ai pris sur moi, quoique je n’en eus recu aucun ordre de vous, d'envoyer environ cent cinquante habitants du gouvernement de Montréal, travailler à la faire. Vous pourrez les faire revenir lorsque vous le jugerez à propos, parce qu’ils sont, la plupart, peu éloignés.
La construction d’un fort pour l'hiver, sur le pied de trois à quatre cents hommes, n’est pas chose aisée, à moins qu'on ne se contente d’un entourage de pieux.
Je ferai travailler à en ramasser aussitôt que J'aurai fini. les retranchements d'été, J'espère qu'ils le seront dans quinze jours, s’il fait beau. Il seroit nécessaire aussi pour se déterminer là-dessus, de savoir ce que l'on mettra à Saint-Jean, et quels moyens on aura pour faire marcher un corps de troupes, si l'ennemi attaquoit V’Ile-aux-Noix pendant l'hiver.
Si l’on fait un fort de pieux ici, ce sera bientôt fait, et je crois, en effet, que c’est tout ce qu'on y peut faire. Les logements seront bien peu longs à construire. Au reste, vous serez, sans doute, à temps de décider, lorsque vous serez ici.
Le scorbut a commencé à attaquer le corps de troupes qui était à Carillon dès le mois de juin, et il y a apparence que cette maladie, qui devient tous les ans plus fâcheuse, détruira, à la fin, la meilleure partie de nos bataillons. Le flux de sang fait des progrès depuis que je suis à l’Ile-aux-Noix; vous trouverez ici ou à Chambly, plus de deux cents malades.
Suivant ce que j'ai pu tirer des déserteurs et prisonniers, il y a à parier que M. Amherst n’a pas dessein