‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 4)Chapitre 10 sur 19 · O9 [RS · texte numérisé non relu

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nos piquets, vous pouvez, quoique je vous les aie redemandés, les garder jusqu’à ce que vous soyez aceulé ; si, alors, vous croyez pouvoir vous défendre avec moins, grand plaisir vous nous ferez.

Nous serons bien courts ici, et vous aussi, il faut se prêter à tout. Cent cinquante hommes qui nous reviendront, ne décideront pas du sort de notre bataille, et peuvent vous servir.

M. de Vaudreuil ne change rien à ses instructions ; Je trouve le premier article de sa lettre amphibologique, mails en voici le commentaire : Comme à la première instruction, laisser une foible garnison, leur donner le temps d’assiéoer en forme, et tâcher de se retirer et évacuer, faire sauter ; en un mot la première instruction, car la lettre est un commentaire pour n’y rien changer. Je crois toujours avantageux d'envoyer, pour requérir l'exécution du cartel, c’est l'avis du marquis de Vaudreuil et le mien; pour la forme du convoi, à votre prudence. Vous avez un soldat à réclamer de Guyenne laissé malade,

Je vous renvoie, mon cher Monsieur, une lettre de M. de Toussuce (7?) Voyez qu'il soit content, vu son âge, la figure n’y faitrien; et, chargé de la nomination des emplois, je dois me déterminer par Justice et non fantaisie des corps. Je voudrois que Layouirier, sergent de la Sarre descendit; envoyez-le en poste-courrier porter de vos nouvelles ; c’est lui rendre service. Il est lieutenant en second des grenadiers.

Le 4 juin. — J’ai l'honneur de vous adresser mon cher Bourlamaque, deux lettres à cachet volant, que j'écris à M. de Roquemaure et M. de Trivio; il est inutile de vous en répéter le contenu. |

Vous avez une commission aussi honorable que brillante. Entre nous soit dit, c’auroit dû être le poste de M. le chevalier de Lévis; mais ce n’auroit pu être en meilleures mains. Assurez bien les troupes et les officiers qui servent sous vos ordres que je serai tout aussi occupé de leur procurer des grâces, que ceux qui pourroient combattre sous mes yeux. Je pense comme un père de famille qui aimé tous ses enfants ; ma conduite, jusqu'à présent, leur en doit être un sûr garant, Vous voyez qu'en vous laissant les piquets de nos cinq bataillons, qui peuvent faire cent cinquante hommes

au plus, je m'occupe de: votre besogne, cependant si vous . -

pouvez vous en passer, principalement quand vous serez acculé dans un poste à vous défendre avec peu, renvoyez-les à leurs corps. Votre besogne, comme vous dites très bien, différente de la mienne, n’est pas de battre, mais de n'être pas battu ; ajoutez-y que votre grande besogne, qui vous couvrira de gloire, sera de retarder par des démonstrations le plus que vous pourrez, l'ennemi, et l’obliger toujours à faire de grandes démonstrations pour vous attaquer ; ainsi, ne négligez pas les travaux inutiles qui souvent en imposent, et ne vous retirez que pied à pied, et le plus tard que vous pourrez, à votre Ile-aux-Noix, puisque ce sera là le dernier point de défense pour votre frontière, et où il faudra vaincre ou périr, et où il faut, par conséquent, arriver le plus tard qu’il sera possible ; ainsi, c’est à

vous, Monsieur, à faire mettre d'avance, dans le meilleur état, ce poste, en le hérissant d'artillerie ; mais arrêtez-vous successivement à tous les points, où vons croirez pouvoir en imposer à l'ennemi, en vous faisant soutenir par votre maïine. La Presqu'ile Hocquart est un poste qui a paru successivement bon et mauvais, mais je ne connois point de poste dangereux, lorsque les troupes sont à la légère, quasi sans équipage, fort alertes, et un nombre de bateaux suffisant pour s'embarquer tous d’un moment à l’autre.

Votre marine peut vous rendré de grands services, et je ne doute pas du zèle de M. de Laubaras et des officiers qu'il a amenés avec lui. Assurez-le et ces messieurs que je serai très empressé à faire valoir leurs services et à en rendre bon compte.

P. S.— Vous voudrez bien, Monsieur, me renvoyer le plus tôt possiole M. Dorseval, pour remplir la lieutenance au régiment de Béarn, à laquelle il à été pourvu, ainsi que M. Krinil, volontaire dans le détachement de Bernard, nommé à une enseigne dans le bataillon ; et y joindre le nommé la Rose, soldat de la compagnie de Jourdeau, destiné à remplir la place de sergent.

Je vous prie d'assurer M. de Laney-Montegron, que je ne le perdrai pas de vue de toute la campagne, et que je lui tiendrai autant de compte des services qu’il rendra auprès de vous, comme s’il les rendoït auprès de moi.

Le 5 juin. — Comme votre marine, Monsieur, doit beaucoup contribuer au salut de la frontière où vous commandez, vous m'en voyez fort occupé. Aussi, outre

vos, trois chébecs vous avez une goélette percée de douze canons ; il faut voir de la faire mettre en état ; j'en écris à MM. Sacépée, du Vernys et de Laubaras, Les bâtiments des Anglois ont augmenté, soit par l'arri-

vée de quelques bâtiments de transport ou quelques

prises. Nos travaux ne vont pas aussi vite que je le voudrois, Cependant, d'ici à dix jours, nous aurons trois ponts sur la rivière Saint-Charles, avec un grand ouvrage pour les défendre ; toute la basse ville et la haute hérissées de canons, toute la haute et la basse ville fermées de maconnerie ou palissades, des maisons crénelées, deux bâtiments dunkerquois coulés à l'entrée de la rivière Saint-Charles, des batteries, trois chaloupes canonnières, douze bateaux jacobites, une batterie flottante portant dix-huit pièces de canon de 24, huit bâtiments armés en brûlots, cent-vingt cajeux qu'il à fallu faire, le Roï en avoit payé pour quarante mille livres, et il n’y en avoit plus ; deux frégates embossées à l’anse des Mères, la rivière Saint-Charles retranchée ; redoute à la hauteur des Parents, redoute à la Canardière, le champ de bataille entre Beauport et la rivière Saint-Charles préparé ; des ponts sur la rivière de Cap Rouge, au cap Santé, des attelages pour l'artillerie de campagne, trente chevaux de selle pour les officiers généraux et officiers majors, deux escadres armées et équipées, cent huit Canadiens choisis, tous tireurs incorporés dans les bataillons ; encore de dix à quinze jours, et tous ces objets seront dans le point de perfection, M. le marquis de Vaudreuil qui commande l'armée, donne le mot, etaura beaucoup d'honneur dans son fait, s’il bat les ennemis.

Le 6 juin. — J’ai recu, mon cher Bourlamaque, une lettre de M. de Laubaras, qui se plaint que les chébecs ne sont pas des mieux construits. Il faut s’en servir tels qu’ils sont. S'il n’étoit question que de faire sauter la chambre pour y placer deux canons de redoute, vous en êtes le maître.

Vous avez des charpentiers et un constructeur en état d'y travailler. M. l'intendant a envoyé tout ce qu'il faut pour gréer le troisième chébec, et vous le faire passer. M. le marquis de Vaudreuil à donné ses ordres pour que celle des deux barques qui peut porter du canon fut armée, si déjà elle ne l’est. Je vous ai écrit fort en détail sur ce que nous faisons, par M. de la Sablonniere.

P. S. — Permettez-vous, Monsieur, que le secrétaire vous souhaite toute prospérité, c’est de bon cœur, et ce n’est pas seulement comme citoyen.

Le 11 juin. — Quoique les ennemis, mon cher Bourlamaque, aient huit bâtiments auprès de la Traverse, je me flatte que nous aurons encore quinze jours bien nécessaires, après quoi nous les attendrons avec grand courage, bonne espérance, malgré l'infériorité de nos forces et de nos moyens.

M. Aubert écrit encore par un courrier, arrivé ce soir, qu'il ny à pas augmentation à leurs forces; ainsi du Bic à la Traverse, ils sont vingt-cinq bâtiments, y compris quatre bateaux ou goélettes qu'ils nous ont pris, sous les ordres du chef d’escadre Durell, qui avoit hiverné à Halifax: les amiraux Holmes, Saunders, Hardy, commandant le reste de la flotte.

Nous avons actuellement trois ponts sur la rivière Saint-Charles ; mercredi, nous aurons trois grandes redoutes et beaucoup de petits ouvrages faits de Beauport à la Canardière, des ouvrages à la tête de nos ponts, et des retrinchements le long de la rivière Saint-Charles.

Je crois que nos brûlots brûleront très bien ; il y en a un qui s’est déjà brûlé, et qui a pensé brûler la rade et la basse ville.

P.S.— Le colonel Bougainville commande le camp d'au delà de la rivière Saint-Charles, pour les travaux : il à à ses ordres cinq compagnies de grenadiers et cinq cents Canadiens, fait meilleure chair que moi, et habite dans la maison de son cousin de Vienne ; j'ai cependant plus de couverts que le modeste intendant, depuis les lettres de M. de Berryer. Quand Cadet demande quelque chose de juste, l’intendant répugne, et Cadet donne un placet à M® le marquis de Vaudreuil, à MF le marquis. de Montcalm et au sieur Bigot, ce qui me fait rire,

Nous avons fait prisonniers trois gardés-marine, dont le petit-fils du chef d’escadre Durell ; il polissonnoit sur l'Ile-aux-Coudres. Mille compliments à Roquemaure. J’ai prévenu ses désirs sur M. de Mellis.

Le 14 juin. — Je crois, mon cher Bourlamaque, que les Anglois m'empêchent de digérer, et c’est assez simple : aussi, ai-je mon estomac dérangé depuis deux jours, et me suis-je purgé aujourd’hui; je me flatte cependant que cela ne m’empêchera pas de sortir demain, et d'agir à mon ordinaire,

Nous n'avons aucune nouvelle du Bic, depuis le 10 au soir. Ces bâtiments anglois, suivant M. Aubert, D'y

avoient pas augmenté, mais un furieux vent de nord-est règne depuis quatre jours et dure encore, ce qui, joint à la manœuvre des dix navires qui étolent au pied de la Traverse, dont huit l’ont fait aujourd’hui, me fait croire que d'ici à deux outrois jours, leur escadre pourroit bien être au Bic; plus nous allons, plus nous voyons qu’il nous reste bien des choses à faire, mais Dieu et la bonne fortune, ainsi soit de vous. Mes compliments à tous vos messieurs.

Le 15 juin. — En réponse à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je n’ai rien à ajouter aux nouvelles que j'ai eu l'honneur de vous écrire hier au soir, si ce n’est que nous comptons renvoyer une partie de nos équipages, dimanche, et faire le même jour un mouvement par notre gauche, qui quittera le camp de la Petite-Rivière pour aller appuyer sa droite à l’église de Beauport; le surplus des troupes restera encore au camp de la Petite-Rivière.

M. de Courtemanche est en observation à l’île d'Orléans, et M. de Repentigny à Saint-Joachim. J’envoie x M. de Trivio les nominations que vous m'avez envoyées, toutes signées, et j'en ai donné une note à M. le commissaire pour qu'il les emploie.

Le 18 juin. — Je dois réponse, Monsieur, à vos lettres du 10 et du 11; c’est un accident fâcheux que celui qui vous fait perdre quasi cinq canonniers; ce qui est. difficile à remplacer, si l’on veut servir ici toutes ces batteries, que l’on a établies à propos ou mal à propos.

I faut neuf cents hommes, et M. Le Mercier a été, sans que j'en aie rien su, faire une petite espièglerie aux bâtiments anglois, qui sont mouillés par le travers de l’île d'Orléans, et il en fait revenir son canon demain, sans leur avoir fait niche, ainsi que je l’avois prévu; il y à des gens qui ne savent jamais s'occuper que des petites choses, et point des objets décisifs. Le dernier nord-est n'ayant pas amené le reste de la flotte au Bic, je suis convaincu qu’il ne se passera rien d’important dans cette partie avant trois semaines, quoique nous ayons trente-six bâtiments depuis le Bic jusqu’à l’île d'Orléans, où ils en ont onze de mouillés. Nous nous portons tous bien ; mille choses à MM. de Roquemaure, de Trivio et de Trécesson, et à tous vos messieurs.

P. 5. — Nous avons fait, hier, huit prisonnniers aux Anglois.

Le 21 juin. — Votre homme de Lotbinière, Monsieur est arrivé avec votre lettre du 14. Ilest mis en besogne, et tous les quatre jours il aura une machine de prête, reste à savoir l’usage que l’on en fera, et que l’on en pourra faire, car je crains que nous n’ayons dépensé un million en brûlots et cajeux, et j'y compte aussi peu que sur les boulets rouges de M. Le Mercier. On doutoit déjà de l'arrivée de la flotte. On parloit de renvoyer le gouvernement des Trois-Rivières et bientôt les Montréalistes, mais un courrier dépêché par M. Aubert, de Saint-Barnabé, nous apprend cent trente-deux voiles, mouillées du 18. Nous avons encore bien des choses à faire; je souhaïiterois du sud-ouest pendant quinze jours. J'ai parlé, et je presse pour ce que vous demandez.

A M. DE BOURLAMAQUE Sol

Le 25 juin. — J'ai l'honneur, Monsieur, de vous envoyer un extrait de la lettre très polie que j'ai reçue du général Amherst; je vous envoie ma réponse à lui faire parvenir à cachet volant ; je vous vois fort occupé et nous aussi, Dieu surtout. Vous voudriez avoir quinze jours, et nous aussi. Vous serez embarrassé, et nous aussi ; il faut dans les affaires de ce monde épineuses et délicates, faire de son mieux et ne pas s’embarrasser de ce qu’on pourra dire.

Je vois, Monsieur, par la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, en date du 19, que vous étiez encore tranquille ; pour ici j4æm proximus ardet.……

Hier, douze bâtiments mouillés par le travers de île d'Orléans, douze au pied de la Traverse, qui lauront peut-être faite cette nuit par la marce ; car ces Anglois, différents de nos Francois, profitent de tous les airs de vent et des grandes marées pour cheminer insensiblement et, pour me servir des termes de M. Aubert, capitaine de navire, ils n’ont pas l’air emprunté dans notre rivière, dont nous aurons, Dieu merci, une bonne carte, l'année prochaine. Nos meilleurs marins ou pilotes me paroissent ou des menteurs ou des ignorants. Le reste des bâtiments anglois, sauf les gros vaisseaux de guerre, qui étoient encore plus loin, étoient répandus le long de notre rivière, depuis la Rivière-Ouelle jusqu’à la Prairie. Les troupes et le gouvernement des Trois-Rivieres iront camper, mercredi et jeudi, à leurs postes, vers Beauport, où le gouvernement de Montréal est établi depuis quelques jours ; à peine songe-t-on à assembler celui de Québec.

M°° de Vaudreuil doit partir cette semaine pour Montréal; mais M. le marquis nous reste ; 1l m'a dit qu'il vous faisoit rejoindre vos deux hommes, et qu’il vous écrivoit une lettre ostensible, telle que vous le désirez.

Des compliments, je vous prie, à M. de Roquemaure, MM. de Trivio et de Trécesson.

P.5S. — Pour vous seul, sauf à dire au public ce que vous voudrez. |

Si nous pouvons sauver le Canada en 1759, on peut prétendre à tout. On s'occupe pour le chevalier de Lévis en renonçant à la brigade, d’en faire un menin; et de moi, un chevalier de l’ordre ; et le premier président croit avoir des paroles,

L’Anglois compte nous envahir Carillon et Québec ; Ambherst à Carillon, Wolfe à Québec. Nous sommes livrés à nous-mêmes, sauf vivres et recrues. Ordre du Roi de n’écouter aucune capitulation, se défendre pied à pied, ne pas imiter la honteuse conduite de Louisbourg. Ordre de Vaudreuil de ne rien faire sans mon avis. L’intendant gronde, un cartel pour l'Amérique, les Indes et la France. Lettre commune. Lettre de la main du maréchal de Belle-Isle, remerciements de sacrifier au service du Roi les griefs particuliers, de orands éloges.

Les Anglois ont mis dans leurs papiers : L’invincible Montçalm succombera. Crémille à dit à Landriève : S'il y avoit un exemple dans la monarchie, on eût dû lui donner le bâton. Le maréchal a pleuré.

La marquise a fait remettre à Bougainville le portrait du Roi, en grand, pour le général. Le vicomte de

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