‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 4)Chapitre 12 sur 19 · C9 OX · texte numérisé non relu

C9 OX

ligne armés à Brest et à Rochefort, quatorze à Toulon. Voilà tout ce que je me rappelle. Nous sommes sur le trône ou dans la boue, cela dépendra de cette campagne. J’ai cinq lieutenants généraux après moi. On crie contre Monteynard, qui m'a écrit qu'il me voyait avec plaisir répandre mon rang sur lui. Voici la promotion qui a aidé à vous faire, et où vous n'êtes pas, grâce à l’antidote, car vous êtes du même travail, c’est-à-dire du 16 (sic).

Au camp de Beauport, le 2 juillet 1759.

L'armée est campée en front de la Canardière, depuis le Montmorency jusqu’à la rivière Saint-Charles, depuis vendredi 29 ; le chevalier de Lévis et moi y sommes depuis jeudi 28, et M. le marquis de Vaudreuil du 30.

Les ennemis varient beaucoup dans leur mouvement ; ils sont à cheval sur le fleuve Saint-Laurent, un corps campé dans l’île d'Orléans et un autre à la Pointe-Lévis. Leurs bâtiments entre deux. Quoique nous ayons eu quelques légers avantages dans l’escarmouche qu'il y a eu de l’autre côté, vers la Pointe-Lévis, cela ne vaut pas la peine d’en parler. Nous passons toutes les nuits au bivouac, ou couchés habillés. Vous en faites peut-être autant, mon cher Bourlamaque.

Le 5 juillet après-midi. — Même position, peu ou point de garde des travaux et des bivouacs ; idem de la part des ennemis.

Ambassade et politesse avec l'amiral Saunders et le capitaine Douglas.

S'ils veulent débarquer à haute mer, deux belles nuits du à au 6, et du 6 au 7.

Dieu vous garde de malencontre, mon cher Bourlamaque, et vos troupes à qui mille choses.

Le 7 juillet. — Celle-ci n’est que pour vous, et vous accuse la réception de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27.

Vos travaux sont incroyables. Vos dispositions très bonnes ; Je n'ai pas le temps d'écrire à M. Desandrouins. Je passe les nuits au bivouac, même lorsque l’armée ne [y passe pas. Je suis accablé de travail ; la présence du généralissime l’augmente ; l’opiniâtreté,entre nous, du chevalier de Lévis, dont l’opinion prévaut à celle de l’armée et à la mienne, ne me déplaît que pour le bien. Je viens de faire trouver trois mille minots de grain dans le gouvernement de Montréal, où l’on continue à en acheter.

Le 16 juillet. — Pardon, mon cher Bourlamaque, si je ne vous écris pas; mais il y a trois lieues de la droite à la gauche, il faut veiller et dormir. Jusqu'à présent nos entreprises n'ont pas réussi; les brûlots ont fait long feu, et un gros détachement de nuit est rentré après s'être fusillé de peur. Nous avons eu un petit choc et des fusillades à la Pointe-Lévis, il en doit coûter à l'ennemi, mais beaucoup moins que les Canadiens diront. La ville, depuis quelques jours, est canonnée et bombardée joliment, de la Pointe- Lévis. Sept maisons ont été réduites en cendres; aujourd’hui nous sommes en présence, le saut Montmorency entre deux.

Les volontaires de Duprat fusillent journellement avec les postes avancés; le camp de la gauche est canonné et bombardé : nous faisons plus de traverses que dans aucun chemin couvert.

Je ne sais point comment tout ceci finira, mais le Canada me paroît vivement attaqué. Je ne vous parle pas de ma santé, elle fatigue trop pour être bonne. Il n’y a que le gain d’une bataille qui peut la rétablir.

Au camp, sur les hauteurs de Beauport, le 20 juillet 1759.

En vous remerciant, mon cher Bourlamaque, des nouvelles que vous m’avez fait l'honneur de m'écrire le 10, Nous sommes comme nous étion:, sauf M. de Boishébert, arrivé avant-hier au soir avec cent hommes, Jusqu'au cap Rouge, pour nous; et pour l'ennemi, depuis le saut Montmorency jusqu’à la rivière Etchemins. C’est une partie d'échecs, nous voudrions faire mat, et il semble que Wolfe voudroit faire pat. Il a plus de facilité à faire mouvoir ses pions que nous. Ses pions semblent lui valoir mieux; on diroit qu'ils ont été à dame, et il les soutient assez bien par ses tours, Nous ne faisons pas autant d'usage de nos fous que nous voudrions ; nos cavaliers n’agissent pas beaucoup. Notre Roi a une marche grave et lente, belle partie à gaoner. Ma santé soutient assez bien les fatioues.

Au quartier-général, à Beauport, le 27 juillet 1759.

Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 23. Je ne puis qu'en approuver le contenu; pour ici, tout est dans la même position.

Hier, l'ennemi a eu une petite correction qui, sans limpatience des sauvages, se seroit tournée en une affaire quasi générale, J’estime leur perte à une centaine d'hommes, tant tués que blessés, et nous n’en avons eu que huit, Affaire dans les bois.

Au camp de Beauport, le 30 juillet 1759.

J’ai l'honneur, mon cher Bourlamaque, de vous adresser une lettre à cachet volant pour le général Ambherst, en réponse à la sienne du 17, que je vous prie de lui faire parvenir, quand vous le jugerez à propos. Notre position est toujours la même, et le général anglois ne paroît songer qu’à écraser et ruiner la ville. Nous avons eu, il y a quelques jours, une fusillade où l'avantage a été de notre côté : mais tout ce que, les uns et les autres, nous avons fait jusqu’à présent, ne déeide rien.

P, S. — Voilà l’occasion où votre marine peut servir utilement, si elle en à envie, et se procurer gloire et avancement.

Le 1% août, — Hier, 31, les ennemis commencèrent la journée en démasquant diverses batteries le long des hauteurs du saut Montmorency, de vingt pièces de canon et six mortiers.

À neuf heures, un vaisseau de ligne et deux frégates appareillèrent et vinrent ranger la côte dn nord. Les deux frégates se firent échouer pour s’embosser À la portée du fusil de nos retranchements, de sorte que je ne crois pas trop dire d'assurer que, dans la journée d'hier, les ennemis ont tiré deux mille cinq cents boulets ou bombes. Le régiment de Béarn étant de garde à la gauche, M. le chevalier de Lévis mit les troupes qui le composent, en mouvement, sur les dix heures. A onze, Je fis avertir le reste de la ligne de se tenir prêt à marcher. Les ennemis firent une démonstration pour nous tourner par le côté des gués que garde M. de Repentigny. Je fs passer à M. le chevalier de Lévis les compagnies de grenadiers; et cent hommes des Trois- Rivières.

Nous avions peu de sauvages, presque tous seuls, une partie à la guerre de l’autre côté du saut avec M. Florimond, beaucoup avee MM. de Boishébert et Dumas, sur notre droite, depuis le cap Rouge à Jacques- Cartier, À midi, comme je vis le camp de la Pointe- Lévis s’embarquer dans des berges, je fis battre la générale, J’avois déjà fait passer à M. le chevalier de Lévis Royal-Roussillon, et je me portai à cette même gauche en faisant appuyer successivement, suivant la manœuvre des ennemis, Guyenne, Languedoc et la Sarre. Les Trois-Rivières et Québec furent laissés flottants depuis Beauport jusqu'à la rivière Saint- Charles. Sur les quatre heures, le camp du saut Montmorency descendit sur la grève, pour se former en bataille et profiter de la basse mer, qui leur donnoit la facilité de passer le saut Montmorency jusqu’à la

ee

rivière de Beauport. Alors M. le chevalier de Montreuil, qui avoit fait mouvoir toute la journée les troupes, avec autant d'activité que d'intelligence, fit avancer le gouvernement des Trois-Rivières, qui fut mis en réserve derrière les troupes qui devoient soutenir l’attaque. Le gouvernement de Québec resta pour ne pas dégarnir entièrement la droite,

Les troupes du camp de la Pointe-Lévis débarquèrent sous la protection du vaisseau et des deux frégates, et se formèrent en colonne; celles du saut étoient formées en bataille, et prêtes à se mettre en colonne pour se jomdre à celles de la Pointe-Lévis. (Ces dernières abordèrent de bonne grâce une de nos redoutes qui fut inême abandonnée ; on les en chasse de suite, en y marchant baïonnettes au bout du fusil ; deux cents volontaires de nos bataillons qui étoient sur la grève, dans des fredoches, les fusillèrent, ainsi que les troupes de terre et de la colonie, qui étoient sur la hauteur, bordant le retranchement ; un orage arriva presqu’en même temps. La colonne ne tint pas un quart d'heure; elle se retira avec précipitation, et se rembarqua dans ses berges. Les équipages des deux frégates, les troupes du camp du saut, qui avoient toujours restées en bataille, voyant, sur les sept heures, que la mer alloit monter, se retirérent à leur camp.

Voilà le détail d’une journée qui annoncoit une affaire plus considérable ; il ne nous en coûte que cinquante hommes tués ou blessés. Je n’estime pas la perte des ennemis à plus de trois cents hommes, tués ou blessés ; nous avons un capitaine blessé et prisonnier, que nous avons arraché des mains des sauvages. C’étoient

les Ecossois qui avoient la tête de l’attaque de la Pointe- Lévis.

La contenance des troupes et des Canadiens a été très bonne, maleré une canonnade qui pouvoit étonner aussi M. le marquis de Vaudreuil, à qui j'en fus rendre compte sur les neuf heures, après avoir fait rentrer toutes les troupes, en a paru content. Vous voyez Monsieur, que notre affaire n’est qu’un petit prélude dune plus considérable, sans doute, à laquelle nous nous attendons.

P. S.— Indépendamment de ceux que les ennemis ont emportés à la marée, nous avons enterré, hier, soixante-huit Anglois, nul officier blessé; mais je reorette mon sergent de Guyenne copiste Plant.

Le 6 août. — Rien ne me paroît mieux, mon cher Bourlamaque, que votre conduite, qui me paroît approuvée ici. Notre aventure du 31 est plus étoffée que Je ne croyois. Suivant le rapport uniforme de onze déserteurs, au moins quatre cents tués et blessés. Le brigadier Monckton blessé, et le colonel Murray. Je crois qu'avant peu, le général Ambherst tâtera encore votre Ile-aux-Noix, ils viendront vous y bombarder. Avezvous du terrain et des blindages? n’y a-t-1l pas à craindre qu’ils vous tournent ? c’est là le point ; ouvrage cependant que je crois difficile. Je vous écris à la hâte en tenant un conseil d'Outaouais.

Le 8 août. — J'ai raisonné, d’après votre lettre, mon cher Bourlamaque, avec le chevalier de Lévis, qui connoït le poste de l’Ile-aux-Noix mieux que moi, puisqu'il a été chargé, avec M. de Lapause, de l’aller reconnoître. 1° Votre présence et les bras hâteront l'ouvrage pour mettre le poste en état de se défendre ; 2° ilme parott difficile de vous tourner par les droites et les gauches, que vous prétendez être plus marécageuses, ayant du canon, À l'égard du chemin connu 1° quoiqu'il le soit de nos sauvages, il peut ne pas l'être des ennemis ; 2° le fût-il, c’est un portage de dix lieues à faire, et pour lequel ils n’auroient pas les ressources qu'ils ont eues de Lydius au fort George, qui a beaucoup de chevaux et de voitures. Je voudrois bien qu’ils prissent ce parti; il me semble que voici alors la manœuvre que je ferois : je quitterois mon poste où je laisserois, au plus, trois cents hommes ; je marcherois et je ferois marcher M. de Rigaud pour, en me combinant, attaquer l'ennemi fort ou foible, dans la marche ou opération du portage. Je crois cela possible, c’est à vous à l’examiner. Vous m'objecterez peut-être que la perte d’un combat détruit la seule espérance que la colonie ait du côté de cette frontière ; ma réponse est que si le portage se faisoit, l’Ile-aux-Noix et votre corps deviendroient inutiles, et une attaque dans la marche, pour peu que vous ayez de sauvages, doit réussir, malgré l’infériorité du nombre.

La seule chose qui nous fâche, ici, c’est d’être séparés de l'ennemi, car après ce que j'en ai vu l’autre jour, s'ils se commettent, ils seront battus: mais eux qui devroient nous attaquer, ont pris des points de défensive

inattaquables. Lisez ma lettre aux commandants des corps et que l’on (encourage) les troupes. Il faut combattre pour l’honneur, pour l'intérêt et pour la derniere fois. Quoique votre marine ne soit pas des meilleures, tâchez d’en tirer parti, même des barques, et assurez bien tous vos marins, à commencer par M. de Laubaras, que le moindre succès de leur part (deviendra) une rare fortune pour eux.

Je ne dis rien sur les Rapides; je ne dis pas cependant que d'ici à quelques jours on ne voit pas à faire

passer quelque chose de vos côtés.

Le 9 -Je maintiens la colonie perdue, et cela est dû à l'ignorance et à l'intérêt. L'armée de la Belle- Rivière battue et défaite ; Niagara pris, et sa garnison prisonnière de guerre; le chevalier de Lévis part à minuit, et mène huit cents hommes; c’est beaucoup d'une petite armée, obligée de garder depuis Jacques- Cartier au saut Montmorency. La basse ville est incendiée d'hier au soir. Bougainville a, hier, repoussé deux fois les ennemis, qui vouloient débarquer à la Pointeaux-Trembles; ils étoient douze cents hommes, et peuvent avoir perdu cent cinquante hommes, Je ne sais qui de nous trois sera le plus tôt défait.

Le 19. J'ai lu avec plaisir, Monsieur, votre relation ; quoique je sois persuadé que vous l'avez envoyée x M. le marquis de Vaudreuil, je la lui ai fait passer, soyez tranquille. Nous en savons tout ie contenu. Toûtes les lettres de notre armée étoient conformes,

jusqu’à présent, Votre campagne vous fait beaucoup d'honneur, et je ne doute pas qu’il n’en soit de même à l'avenir. Ici nous vous avons tous rendu Justice, Francois et Canadiens. M. le marquis de Vaudreuil pense comme moi. Je ne vous réponds pas des bavardages de Montréal ; où n’y en a-t-il pas ?

Consolez-vous. Si M. le marquis de Vaudreuil et moi eussions accédé aux impatiences et raisonnements du publie, la colonie n’existeroit plus. Je ne sais si nous la conserverons. Nous ferons, du moins, de notre mieux, Elle existe encore, J’ai toujours pensé et pense encore que M. le chevalier de Lévis, qui a un ordre pour commander sur cette frontière, ne vouloit que faire une tournée à votre camp, et non y résider, Quoiqu'il en soit, le mérite de cette campagne, sur cette frontière, et des dispositions pour se défendre, vous seront dus ; outre que M. le chevalier de Lévis est de vos amis, je ne le crois pas curieux de gagner de la gloire aux dépens d'autres. Pour moi, je ne sais que faire valoir ceux qui servent sous mes ordres, et avouer que je dois le peu de réputation que j'ai acquise en Amérique, aux troupes et aux principaux officiers qui ont servi avec moi, qui m'ont secondé au mieux; et vous ne devez pas être en peine du plaisir que j'en ai, quand cela vous regarde,

Au camp de Montmorency, le 24 août 1759.

L'ennemi à fait une ineursion à Deschambault, qui nous à coûté nos équipages ; je n’ai jamais vu un meilleur ton et moins de regrets sur pareille perte. Bougainville, qui fit une marche de quatorze lieues, depuis

sept heures du-matin jusqu’à minuit, leur à empêché de prendre racine; j'accourois pour le même objet, je fis dix-huit. lieues. Retour encore à Deschambault; la cavalerie les a empêché de débarquer. Nous n'avons eu aucun homme ni tué ni blessé. L’ennemi en à perdu quelques-uns, on lui a fait deux prisonniers. L’ennemi brûle et ravage, tire moins sur la ville et sur le camp. J'ai neuf partis à la guerre qui ne guériront pas de la brûlure. Voilà, mon cher Monsieur, ce qu'il y a de plus intéressant À vous écrire, en réponse à votre lettre du 18. Vous avez bien fait de décacheter la lettre du oénéral Amherst, dont le style est toujours aussi poli que celui du général Wolfe à M. le marquis de Vaudreuil ; c’est peu, la lettre du général Amherst n’exigeant aucune réponse. Je ne lui en fais point, Je me réserve, si nous sommes entiers, comme il faut l’espérer, le 1* octobre, de lui écrire pour lui dire que la saison s’avancant, il y auroit de l’inhumanité à renvoyer les prisonniers pendant l’hiver, et qu’ainsi, si l'échange ne peut être consommé avant le 20 octobre, je renverrai tous les siens dans un paquebot, en Angleterre, et que je le prie d’user de même pour les miens, et de les renvoyer en France; je suppose pour cela que nous serons intacts dans les trois points, le 1° octobre, alors Je commencerai à espérer pour le salut de la colonie, jusque là, rien; et j'aime quasi mieux qu'il laccepte le renvoi en France, | |

26 août 1759.

Voici, mon cher Bourlamaque, réponse à votre lettre du 21. J'ai insisté auprès de M. de Vaudreuil qui vous eût rappelé, sans la crainte, qu’il ne faille que le chevalier de Lévis ne se porte aux Rapides; cependant je crois avoir obtenu de lui un ordre conditionnel, mails à moins qu'on ne vous le dise, n’en faites semblant, car je vous écris comme votre ami, et non votre général. M. de Vaudreuil avoit peur que vous ne vinssiez sans ordre, je l'ai bien rassuré, Pour ici, si vous y venez de suite, je vous donnerai le poste du chevalier de Lévis, où je me suis quasi (établi), et je laisse, entre nous, souvent le commandement de l’armée au chevalier de Montreuil, qui s’en acquitte bien, C’est la charge de pourvoir à tout sur le champ, vu mon absence. Une lettre pour Amherst à cachet volant, vous ou le chevalier de Lévis l’enverrez quand vous voudrez ou croirez devoir l'envoyer. Soyez tranquille sur tous propos; s’il y en a eu, point d'humeur, mon cher Bourlamaque. Jusqu'à présent nous n'avons pas perdu notre temps, et fiez-vous à moi, quoiqu'il arrive, nous ne le perdrons pas; je n’ose (rien) vous dire, parce que vous en savez plus que moi. Laissez-vous conduire, mais le ciel sait toujours mieux, et si l'humeur me prend jamais, je vous prierai de me conduire. On ne peut vous être plus dévoué, et en faveur de cette sincère déclaration, faites grâce au manque de cérémonial avec lequel je finis ma lettre.

Le 2 septembre, à trois heures après minuit.

Les manœuvres des Anglois, mon cher Bourlamaque, sont si équivoques, qu’elles exercent souvent la cavalerie qui fait au mieux. La Rochebeaucour a de lhonneur dans son sac. Bougainville et les troupes de la communication (sic). Il y a cinq jours que les cinq bâtiments au-dessus de Québec faisoient mine de redescendre ; depuis, il en a passé toutes les nuits, et ils étoient, hier, vingt grands ou petits, avec un joli nordest. Hier au soir, ils étoient tous vers le cap Rouge, faisant mine de descendre. Il y a quelques jours qu'ils faisoient encore des batteries à leur camp du saut. Il ne leur restoit plus, hier au soir, que le canon de retraite et deux obusiers : ils avoient passé devant nous six à sept cents hommes à l’île d'Orléans, trois cents la veille. Ils avoient encore, hier au soir, quarante à cinquante berges à pouvoir embarquer, La nuit obscure ; il pleut, nos troupes habillées et éveillées dans leurs tentes ; la droite et la ville des plus alertes. Je suis botté et mes chevaux sellés, c’est à la vérité mon allure ordinaire la nuit. Suite des interruptions, signatures, visites et conseils des sauvages, questions, minuties, billets continuels à MM. de Vaudreuil, Montreuil et Repentigny, et quelques courses chez le généralissime, En l’aisance alors dans ma maison ; mon lieutenant de roi Poulhariez.

Voilà l’état des choses dans le moment. Il me reste à répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 29 : iln’y a qu’à louer votre vigilance et activité. La prise de l'ingénieur me fait

plaisir. Si Ambherst attend son retour et son plan, il n'agira pas de sitôt. Vous paroissez ne pas croire la marche d’Amherst par la rivière Saint-Jean; j'en suis fort aise quoique vous l’eussiez bien recu ; pour ici, je crois que Wolfe fera comme un joueur de tope et tingue qui, après avoir topé à la gauche du tope, et à la droite, tope au milieu, Nous tâcherons de le renvoyer de notre mieux, Cependant, différence en cela de M. Johnson. J’aimerois autant qu'il penseroit en cela comme Amberst, et qu'il ne voulût pas nous attaquer, car Jaime toute besogne facile,

Nul passeport pour les domestiques qui veulent retourner en France, et j'en accorderois, que M. de Vaudreuil refuseroit. D'ailleurs, la place sur les bâtiments ? et il y aura à renvoyer les équipages de huit bâtiments brûlés ou naufragés, et peut-être les Anglois prisonniers, si on n’accède pas au cartel,

Le lendemain que j'ai pris possession de la gauche, j'ai donné une très petite lecon à des travailleurs. Cent hommes tués ou blessés. Je crois toujours une tentative avant le départ qui sera tard. J’espère que tout ira bien, pourvu que M. du Four (?) fasse son devoir. Agissez comme vous l'avez pensé, et je vous en écris dans le cas d’un portage. J'ai six cents hommes à la ouerre. Bougainville toujours en communication. Je suis en. état de vous louer, justifier, wbique et coram ommnes. Le chevalier de Lévis a un commandement général qui s'étend jusque sur votre corps, mais personne ne doit agir séparément. Je vous voudrois ici, où mon plus capable, et j’en suis content, est le chevalier de Mon-

Page 1