LETTRE DE BOUGAINVILLE À BOURLAMAQUE
À Montréal, le 20 juin 1756.
M. le marquis de Montcalm, qui est parti dimanche matin avec M. le chevalier de Lévis, m'a chargé, Monsieur, de vous écrire qu'il croyoit qu'il y avoit du changement à l'égard des projets formés pour votre parti et dont vous étiez instruit. Cependant, comme vous connoissez le terrain et la coutume de ce lieu-ci, vous penserez aisément que ce changement pourroit
encore être changé. M. de Montcalm restera peut-être
toute la campagne à Carillon. On dit que les Anglois feront tous leurs efforts de ce côté-là et que ces efforts seront grands. Au reste, il n’y a rien de nouveau. Le sous-lieutenant de grenadiers de la Sarre est mort cette nuit. M. de Berval est aussi en danger. C’est la maladie du léopard qui fait du ravage. Il est arrivé une goélette partie de Rochefort, qui nous à appris que le débarquement avoit été fait à Mahon, que la ville à apporté les clefs à M. le maréchal de Richelieu et a prêté entre ses mains serment de fidélité au Roi. L'on fait actuellement, c’est-à-dire quand la goélette est partie, le siège du fort dans lequel il y a trois mille six cents hommes de garnison. M. le duc de Mirepoix est capitaine des gardes du corps. Le maréchal de Noailles retiré du conseil. M. de Séchelles a entièrement quitté les finances. Voilà, Monsieur, les nouvelles de France, M. de Vaudreuil m'a paru fort mécontent du plan d'ouvrage que M. Desandrouins a envoyé. Je suis ici commissaire des guerres et major général, et déjà ce métier m'ennuie. C’est qu’il n’est pas bon à faire pour les autres M. Doreil, heureusement, va revenir me donner mon congé. Jusqu'à mon départ, Je ne manquerai aucune occasion de vous donner des nouvelles.