‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 4)Chapitre 15 sur 19 · LETTRE DE M. L'ABBÉ PIQUET À M. DE BOURLAMAQUE · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. L'ABBÉ PIQUET À M. DE BOURLAMAQUE

Le 10 juillet 1756.

Tous les prisonniers et les déserteurs anglois s’accordent sur le nombre d'hommes qui peuvent se trouver à Chouaguen, qui est de mille où neuf cents hommes

de garnison. Enfin la question en décide, le sieur Réaume a dû vous en porter les nouvelles. M. de Vaudreuil m'en écrit du 28 juin en me mandant les nouvelles de France; tout est encore sous le secret. Quoiqu'il y ait déjà plus d’un an que l’on se prépare, je pense, Monsieur, que vous n’en êtes pas mieux pourvu, je dis même des choses essentielles. M. de Montcalm me marque, (mais sa lettre est du 25 juin,) qu’il presse fort pour vous revoir; mais alors M. de Vaudreuil ne s’étoit pas encore décidé,

Plus je réfléchis sur la nature du local, moins je vois de ressource ; mais la Providence veut qu'il n’y ait rien à craindre de quelques mois où vous êtes. J’ai envoyé un plan d'attaque à nos généraux. J'espère vous en faire part à la première occasion, ce ne sera que pour vous faire mieux connoître l’endroit ; d’ailleurs, je sais que tout peut servir en pareilles circonstances, surtout lorsqu'il s’agit d'épargner le sang, et c’est le principal objet de mes petites idées. Dans le dernier coup de M. de Villiers, c'étoient deux détachements à la fois qu'il a rencontrés, l’un qui descendoit, l’autre qui montoit la rivière de Chouaguen.

Presque toute la garnison n’attend que le moment de se jeter entre les bras des Francois avec sûreté, et vous verriez bientôt un bon nombre de déserteurs, s'ils ne craignoient de tomber entre les mains des sauvages. Si l’occasion ne me pressoit pas, je serois entré dans un long détail sur tout ce que j'ai appris.

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