‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 4)Chapitre 16 sur 19 · LETTRE DE M. DE MONTCALM A M. DELISLE · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DE MONTCALM A M. DELISLE

Le 11 août.

Je n'écris, mon cher Delisle, ni à M. le chevalier de Lévis ni à M. de Bourlamaque. Vous pourrez dire ou écrire au premier, qu'étant arrivé hier au soir au saut, j'ai préparé, avec M. de Repentigny, la seconde édition de la fusillade du 26 juillet, qui a bien réussi ; nous avons un Canadien qui manque, et sept Canadiens ou sauvages blessés légèrement. Nous estimons la perte des ennemis de cent trente À cent quaïante tués ou blessés,

Nous avons sur le chantier un détachement assez bien combiné, qui devroit donner un coup de porte-voix si nous étions heureux. Nos sauvages, à qui on à annoncé, hier, la prise de Niagara, ont fort bien pris cela. Mes compliments, je vous prie, à M. de Rigaud, mes respects à M°° la marquise de Vaudreuil.

LETTRE DE M. DELISLE A M. DE BOURLAMAQUE À Montréal, le 20 août 1759.

M. le marquis de Montcalm, qui me fait l'honneur de m'écrire, me marque qu'il à si peu de temps à lui pour vous mander les nouvelles, qu’il me charge d’avoir celui de vous faire part de celles qu'il n’envoie, “ qui sont, qu'il a envoyé le 17 de ce mois, un gros détachement, commandé par M. de Repentigny, de l’autre côté de

la rivière du saut Montmorency, et plusieurs petits vers le sud: qu’un d’eux à ramené quatre chevelures et trois prisonniers, dont les dispositions unanimes sont que la petite affaire de M. Bougainville a coûté aux Anglois cent hommes tués et blessés, que les Anglois font beaucoup de ravages, brûlent les maisons ”.

Je vous ajouterai, Monsieur, un petit supplément aux nouvelles de M. de Montcalm : les Anglois ont vis-à-vis la Pointe-aux-Trembles, à Saint-Antoine, un camp de mille à douze cents hommes bien retranchés, qui se répandent dans les campagnes, qui récoltent tous les grains de toutes les habitations qu’ils occupent, et brûlent toutes les maisons. Cela sembleroïit annoncer qu'ils ne seront pas longtemps sans lever le pied, et qu'ils ne comptent plus sur la jonction de M. Amherst.

LETTRE DE M. DE RIGAUD A M. DE BOURLAMAQUE A Montréal, le 20 août.

Je viens dans le moment de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 19. Les soixante hommes que j'avois celui de vous demander, étoient pour le même objet des cent vingt que M. de Lévis vous avoit demandés ; mais j'ignorois qu'il eût fait, et soixante bons hommes auroient suffi.

Voilà plusieurs partis sauvages qui partent avec Kisensik. Un parti, il y a deux jours; ce matin, un paiti de vingt-cinq du Saut, et demain un autre de douze. Je vois que je serai obligé de vous envoyer des sauvages des pays d'en haut pour les occuper, car

ils s’ennuient ici, et ce n’est qu’à force de boisson que l’on vient à bout de les retenir.

Je vais donner des ordres pour faire arrôter les déserteurs. |

LETTRE DE M. DELISLE À M. DE BOURLAMAQUE À Montréal, le 24 août.

M. le marquis de Montcalm qui veut bien me faire l'honneur de m'écrire par le courrier qui arriva hier au soir, m'a chargé d’avoir celui de vous marquer les nouvelles.

Dans la nuit du 18 au 19, l'ennemi a fait une pointe de mille hommes à Deschambault, qui aboutit à brûler trois maisons et les équipages des cinq bataillons, ils n'ont pu amener une centaine de bêtes à corne, grâce à MM. de Bougainville et de Ja Rochebeancour, qui ont fait quatorze lieues en un jour. On a tué du monde À leur arrière-garde, et fait deux prisonniers. Et M. de Montcalm avec M. de Montreuil ont fait dix-huit lieues, depuis six du soir jusqu’à cinq heures du matin, précédant des grenadiers et des Montréalistes. Le courrier qui est arrivé, rapporte que lorsqu'il a passé à Deschambault, il à vu: plusieurs berges qui revenolent, et que tout le monde étoit retiré; si cela est, il est bien à craindre que l’ennemi n’achève de ruiner cette paroisse, et ne brûle les récoltes qui sont mûres. Toutes les manœuvres des ennemis sont: se réduire à brûler et ravager nos campagnes. Plusieurs disent

qu'ils partiront le premier du mois prochain, mais M. de Montcalm n’est pas tout à fait de cet avis ; 1l pense qu'ils pourroient bien rester jusqu'au 15 ou 20.

LETTRE DU CHEVALIER DE BERNETZ À M. DE BOURLAMAQUE À Québec, le 14 septembre 1759.

Vous apprendrez avec une douleur égale à la nôtre la perte que nous venons de faire, aujourd’hui, à cinq heures du matin, de notre respectable général, M. le marquis de Montcalm. Vous m'a... sur ces temps vivre plus longtemps que lui; quant à moi, J'ai trop vécu et fait un... inutile, mais J'achèterai avec courage, peut-être point avec succès. de Québec; l’honneur, cependant me guidera toujours.

M. de Ramesay est ici, je ne suis qu’en second, daignez vous contenter d’une... comme dans la présence, des bontés dont tant de fois vous m’avez comblé. Je voudrois bien que l’attachement de mon cœur me rende digne de vous. |

M. de Senezergues mort de ses blessures entre les mains des Anglois. M. de Privat, blessé à la cuisse dangereusement, est ici à Québec. M. de Fontbonne blessé et prisonnier, |

LETTRE DE BOUGAINVILLE A BOURLAMAQUE À Charlesbourg, le 18 septembre 1759.

Vous savez, Monsieur, les détails de notre malheureuse aventure, la perte de notre général, de la plus belle position du monde, et je dirai presque de notre honneur. Un homme se laisse surprendre à l’anse des Mères; je suis au cap Rouge. L’ennemi débarque a minuit, on ne m'avertit qu'à huit heures. M. de Montcalm marche etse croit forcé d'attaquer sans m’attendre, quand j'arrive à portée de combattre, l’armée est en déroute, et toutes les forces ennemies reviennent à moi. Je me retire en mon poste de manière à remarcher, si Jon eût voulu remordre, ou à faire ma jonction avec notre armée ou à couvrir sa retraite. On se détermine à une déroute, dont je n’apprends rien que par les débris de nos troupes qui arrivent à moi au point du jour. On n'ose se croire en sûreté que derrière Jacques- Cartier. Je prends sur moi, et M. de Vaudreuil lapprouve fort, de maintenir le cap Rouge et Lorette. Par là, je sauve les magasins de Charlesbourg, du cap Rouge et de Saint-Augustin, qu'on abandonne, et Je suis à portée d'introduire des vivres dans Québec.

Aujourd’hui, je marche pour reprendre notre camp de Beauport, qu’on a laissé tout tendu, canons encloués magasins détruits, et M. le chevalier de Lévis, arrivé hier à Jacques-Cartier, fait remarcher l’armée. de crains qu'il ne soit trop tard. Ah! Monsieur, quelle journée cruelle et qu’elle a détruit tout ce qui nous intéressoit !

Mon cœur est déchiré par tous ses endroits sensibles : le vôtre ne le sera pas moins. Nous serons heureux si la mauvaise saison qui s’avance sauve le pays d’une ruine totale. MM. de Senezergues et de Fontbonne sont morts de leurs blessures. M. de Privat est pris et blessé: mon pauvre ami Cornier l'est, je crains, mortellement, Je n'ai pas la liste des autres, liste nombreuse, et qu’on a sans doute envoyée,

——…——…—+ mn

RÉPONSE DE M. DE BOURLAMAQUE À M. DE BERNETZ À l’Ile-aux-Noix, le 22 septembre 1759.

Je recois, Monsieur, la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire. La mort de M. de Montcalm m'a pénétré de douleur, C’est une perte pour l'Etat, pour‘ses amis et pour les troupes qu’il commandoit, que je dirois irréparable, si nous n’avions M. le chevalier de Lévis, qui ne mérite ni moins d'estime ni moins de confiance. Je regrette véritablement M. de Montcalm comme un général de distinction, et comme mon ami.

Je regarde votre position comme très brillante, parce que je suis persuadé qu’elle aura le succès que méritent votre courage et vos talents, et jy compte d'autant plus que M. le chevalier de Lévis me paroît dans la résolution de ne pas laisser les Angloïs dans la position qu’ils ont prise, après l'affaire du 13.

La mienne est, ici, beaucoup plus tranquille que je ne le voudrois ; j'attends l'ennemi avec impatience, et Je doute qu’il ose attaquer un poste retranché jusqu'aux dents, hérissé de cent pièces de canon, et défendu par

des troupes à qui on a lié les bras toute la campagne, et qui meurent d'envie de voir les Anglois, et d’avoir la permission de se battre.

Notre affaire du 13 est plus fâcheuse par la qualité des personnes qu’elle nous coûte, que par aucune influence qu’elle puisse avoir sur le sort de cette colonie,

Nous avons perdu en M. de Senezergues un officier de distinction, et aussi vertueux que brave ; je le regrette infiniment.

Conservez votre santé qui nous est nécessaire. Conservez-moi votre amitié, je vous supplie, et soyez persuadé de mon inviolable attachement.

Lettres de M. de Bourlamaque au chevalier de Lévis

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