‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 4)Chapitre 4 sur 19 · A M: DE RIGAUD · texte numérisé non relu

A M: DE RIGAUD

A l’Ile-aux-Noix, le 19 octobre, à 3 heures après-midi.

L'armée angloise, Monsieur, est partie, hier matin, de la rivière aux Sables et doit être actuellement ou à la pointe aux Fers ou dans la baie de Missiscoui.

On a vu, hier, son avant-varde se mettre en mouvement, et son camp a été apercu par les fumées, à la rivière aux Sables.

Ne tardez pas, je vous supplie, à me faire passer les cinq cents hommes que jai demandés, et les cent cinquante destinés pour Saint-Jean. Je n'ai encore reeu aucun secours, et il est bien temps d’en avoir.

Si vos découvreurs ne vous rapportent aucune nouvelle des ennemis du côté de la rivière Chazy, je vous supplie de vous porter à Saint-Jean avec ce qui pourra vous rester au delà du nombre susdit, laissant seulement à Laprairie deux ou trois cents hommes pour assurer cette partie.

Je n’écris point à M. le marquis de Vaudreuil ; je vous prie de lui rendre compte de ce que J'ai l'honneur de vous mander. |

À M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

A l’Ile-aux-Noix, le 20 octobre 1759, à huit heures du soir.

Vous aurez su, par M. de Rigaud, que mes découvreurs ont été poussés dans la rivière par une vingtaine de berges, qui ont paru à midi à la vue des retranchements, et sont retournées ensuite au haut de la rivière.

Il en est parti, ce soir, un coup de canon de retraite, qui paroît annoncer que l’armée y est campée.

Je n'ai pas encore recu un seul homme de renfort ; il n’en est pas venu non plus à Saint-Jean. Ceux à qui vous avez donné ordre de rassembler les milices, s’acquittent mal, sans doute, de leur besogne,

J'apprends que les Canadiens sont découragés. Il seroit aisé à ceux qui les commandent de leur faire comprendre que, la saison étant avancée, les efforts des Anglois ne seront pas de longue durée. Ce poste-ci est bon ; les troupes sont bien disposées ; mais il faut du secours. On s’y attend, je l'ai annoncé pour donner de la confiance ; s’il ne vient pas, elle manquera.

Il n’y avoit rien encore dans la baie de Missiscoui à deux heures après-midi, J’y ai des découvreurs ; mais quelle ressource de ce côté-là, si je n’ai personne ?

J'ai mandé à M. de Rigaud de se porter de sa personne à Saint-Jean, si ses découvreurs ne voient rien sur la rivière Chazy, et de laisser trois cents hommes à Laprairie ; bien entendu qu’il m’enverra d'avance les six cent Cinquante hommes pour Saint-Jean et ici, Mais comment le fera-t-il, s’il n’a que trois cents hommes en tout? Je le prie, aujourd'hui, de détacher cent hommes de ces trois cents pour me les envoyer.

Les Iroquois s’en vont tous l’un après l’autre ainsi que les Népissings. Je resterai bientôt sans sauvages,

Copie de La lettre écrite par M. de Bourlamaque à M. de Vaudreuil,

A l’Ile-aux-Noix, Le 23 octobre 1759.

Je vois par la lettre que vous me faites l’honneur de m'écrire le 21, que l'équipage des chébecs s’est apparemment rendu à Montréal. J’ignorois le rapport des prisonniers, M. de Laubara s'étant mépris de lettre en m'envoyant son exprès, Je suis Curieux de savoir

TT

quelle a été sa manœuvre, et quelle raison il a eu pour couler bas ses trois bâtiments, à l'entrée de la nuit, sans avoir essayé À se sauver à la faveur de lobseurité, et sans avoir essuyé un coup de canon. Je pense que ses raisons sont bonnes ; mais les apparences sont contre lui, Quoi qu’il en soit, si cet homme est habile, il est encore plus malheureux.

Je vous supplie de faire passer diligemment à Saint- Jean tous les soldats qui montaient ces chébecs, n’en ayant pas trop ici pour la défense de cette partie. Je verrai ensuite à en tirer parti selon les occurrences.

J’aurois aussi besoin des matelots pour renforcer l'équipage de la goélette, et pour armer un petit bateau à canon que je fais finir ici, et qui sera très utile pour la défense de la rivière. Je compte, si vous n'avez pas destiné le sieur Tennet à quelque chose, lui donner le commandement de ce bateau, Comme il est bon serviteur du Roi, je suis persuadé qu'il acceptera cette commission avee plaisir, quoique moins importante, en apparence, que celle qu'il avoit précédemment. Si M. de Basserode s’est rendu avec son détachement, comme je l'espère, et qu’il soit en état de finir cette campagne, je vous supplie de le faire partir promptement pour Saint-Jean, où il attendra de mes nouvelles. Il seroit bon aussi d'envoyer avec lui les miliciens qu'il avoit sur les chébecs. De tous les miliciens. que vous avez commandés, il n’en est encore venu que vingt-six à Saint-Jean; nulle nouvelle des autres.

J’eus l'honneur de vous mander, hier, qu'il avoit paru des Anglois dans la baie de Missiscoui. Quatre à cinq berges ont été au lieu, où les dix-sept débarquèrent le

21, pour aller à Saint-François; ils mirent à terre, firent une découverte, et retournèrent vers le Lac. Les oficiers qui les observoient n'ont pu me dire s'ils étoient retournés par le sud de la grande île ou par le chenal du nord, remarque importante, qui m’auroit donné moyen de conjecturer la situation de l’armée angloise. J’y ai encore une quarantaine de découvreurs, à qui j'ai donné ordre d’abandonner la tête du portage, aussitôt que l'ennemi débarqueroit de ce côté-ei, et de se rendre dans la rivière du Sud, où je compte établir des postes par échelons sur des pointes que j'ai reconnues, pour chicaner l'ennemi dans cette rivière et tâcher de gagner quelques jours ; car il m'est impossible de l’attaquer dans le portage où il a trois lieues d’un beau débarquement à choisir, et où il se retranchera peu à peu et très vite. Encore pour la manœuvre que je me propose de faire, est-il absolument nécessaire d'avoir des renforts considérables.

J'ai deux découvertes sur la terre du nord pour aller voir où est l’armée angloise. J'ai donné ordre à celle de la rivière du Sud d’aller observer du côté du moulin par la baie de Missiscoui.

A l'égard du bombardement et de la canonnade de l’Ile-aux-Noix, je m'y suis toujours attendu. Avec de la patience et des vivres, on prend son parti. Ce derni article me manque.

A l’Ile-aux-Noix, le 25 octobre 1759.

Les Anglois, mon cher général, ont paru à la vue des retranchements avec quinze berges, ont vu tirer un

coup de canon et se sont retirés, Je ne sais s'ils se croyoient aussi près, ou s'ils n’avoient pas été conduits jusque là par la chasse qu'ils donnoient à mes découvreurs. Ce détachement étoit soutenu et suivi d’une cinquantaine de berges, d’un brigantin et de deux bateaux, tous trois armés de canon de 18. Ces bâtiments n’ont pas passé le haut de l’Ile-aux-Têtes.

Une quinzaine de berges a paru,sen même temps, dans la baie de Missiscoui.

Vous croyez bien que ces apparitions, jointes aux rapports des prisonniers, qui assuroient l’armée partie du 11, nous ont tenus alertes. Les cinquante berges et les trois bâtiments sont partis, avant-hier, de l’anse qui est vis-à-vis le moulin Foucaut, pour remonter dans le Lac. Mes découvertes n’ont rien vu depuis, dans cette partie, ni dans celle de la rivière Chazy, non plus que -dans la baie de Missiscoui.

Je crois la saison trop avancée actuellement pour ‘que M. Ambherst entreprenne. Je ne comprends pas trop comment il mettra sa tête en sûreté ; il fait là une sotte campagne. |

La perte des chébecs est une énigme pour moi. Cet ‘homme, aussi malheureux, je crois, qu’il est ignorant, a coulé ses bâtiments sans essayer sa marche, sans avoir -essuyé un coup de canon, et sans avoir cherché à profiter de l'obscurité pour se sauver. IL s’est rendu à Montréal, et sans doute il a des raisons, puisque M. de Vaudreuil me mande qu'il n'a pas pu faire autrement, Je ne lui donnerois pas, je crois, le commandement de la galiote de Saint-Cloud.

Notre établissement d'hiver est furieusement retardé ; nous ferons comme nous pourrons; mais il a fallu songer au plus pressé,

Les colons me paroissent de bien mauvaise volonté, M. de Rigaud a rassemblé trois cents hommes à Laprainie ; c’est tout ce qu'ont pu fournir, en dix jours, tous les soins de M. le marquis de Vaudreuil et des officiers, détachés pour rassembler les milices. J’étois réduit à mon petit camp, sans espérance d’avoir un seul homme. Je pense que les sept cents que vous avez fait partir, seront perdus pour les deux côtés, et qu'ils déserteront tous en chemin.

M. de Vaudreuil m’écrit que tous les habitants sont malades et qu'ils ne peuvent marcher.

Roquemaure paroït désirer ôtre sur la côte du fleuve Saint-Laurent, et, comme vous me laissez le maître de l’arrangement de ces bataillons, je pourrai bien mettre la Reine à Laprairie, parce que cela est égal pour le service. Il est bon même d’avoir là quelqu'un sur qui on puisse compter,

Je vais vousenvoyer quelques officiers à faire repasser en France.

Faites-moi la grâce de me mander, quand vous enverrez en quartiers les cinq bataillons de votre armée, parce que, si je n'ai alors aucune appréhension pour ce côté-ci, je ferai partir les détachements de ces bataillons qui sont ici, pour joindre leurs corps.

Copie d'une lettre de M. de Bourlamaque à M. le marquis de Vaudreuil, du 25 octobre 1759.

Les découvertes que j'avois envoyées par terre jusqu’à la pointe aux Fers, y ont trouvé, le 22, cinquante berges avec les trois bâtiments anglois, lesquels ont disparu le 23, à neuf heures, prenant la route du Lac. Un des officiers que j'avois envoyés, à poussé jusqu’à la rivière Chazy, et en a visité les bords jusqu'aux Rapides, sans y rien apercevoir.

Il n’a rien paru, non plus, jusqu’à hier au soir, dans la baie de Missiscoui, depuis le dernier détachement, dont jeus l'honneur de vous rendre compte. J'ai envoyé, par cette baie, visiter les bords de la grande île, du côté du sud, où je pense que l'ennemi auroit pu camper, s’il avoit voulu opérer dans cette partie. J’attends cette découverte aujourd’hui ou demain matin.

Il paroît que, si l’armée ennemie doit faire le mouvement auquel nous devions nous attendre, il n’étoit pas commencé dans le temps que l'ont dit les prisonniers de M. de Laubara, et que le détachement dont il a eu connoissance sur le Lac, étoit celui de cinquante berges, qui étoient, le 22, vis-à-vis le moulin Foucaut, et dont une partie a donné la chasse à mes découvertes, le 21.

La saison est maintenant bien avancée pour commencer des opérations, et, malgré la conviction où je suis que M. Amherst risque sa tête en n’opérant pas, je commenee à me persuader qu'il ne fera point de mouvement cette campagne.

Les ouvrages d'hiver sont furieusement retardés. Je n'ai pu les reprendre, à un certain point, que depuis

hier matin, et je crains que les pluies ne me gênent beaucoup ; mais.il a fallu songer au plus pressé ; nous ferons comme nous pourrons.

J’ai eu l'honneur de vous prier d'envoyer à Saint- Jean les détachements de soldats et Canadiens qui étoient sur les chébecs, ainsi que leurs équipages. Je vous supplie de ne rien changer à cette destination, parce que je serai à même alors de tirer cinquante miliciens de ce fort pour surveiller ici.

La bonne volonté de M. de Laubara est fort louable.

Je doute que, lorsqu'il sera ici, il entende faire son éloge. Je crois que les sauvages vont me quitter; je ferai mon possible pour les engager à aller faire un prisonnier. La promesse de mille éeus et d’un baril d’eau-de-vie que je leur fais, depuis quinze jours, ne les tente point. Je les trouve toujours les mêmes depuis le départ des Anglois du fort George.

Ce 26 octobre 1759.

Je vous envoie, mon cher général, MM. de Chambaran, de la Sorbière et Mercy, officiers au régiment de Berry, qui désirent repasser en France, et desquels j'ai déjà eu l’honneur de vous rendre compte. Je nai point attendu vos ordres pour les envoyer, parce que la saison est avancée; vous en disposerez comme vous jugerez à propos.

Rien de nouveau depuis la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire.

P. S. — M. Toussac sert depuis 1744 dans le bataillon de milice de Bourg-en-Bresse, — Réformé en 1749, —

ra? LETTRES DE M. DE BOURLAMAQUE

Entré en 1752 dans les milices du Soissonnois, d’où il est passé dans le régiment de Berry, où il est souslieutenant de grenadiers. Bon officier, demande une lieutenance ; et, comme il n'y en a point de vacante dans ce régiment, il supplie M. le chevalier de Lévis de le nommer à une lieutenauce dans un des autres régiments. C’est un brave homme qui a de l'expérience et des années, et dont on est fort content dans son régiment.

Ce 29 octobre 1759.

J'ai oublié, mon cher général, de vous rendre compte que M. de Louvicourt, étant aux batteries des retranchements, le 20, jour auquel les Anglois s’en approchèrent avec une quinzaine de berges, recut un coup de fusil à l'épaule, d’un Canadien qui, maloré la défense que j'avois faite, tiroit son arme pour la mettre en état, Quoique cette blessure ne soit pas dangereuse, elle est. cependant assez considérable ; 11 a eu l’omoplate en partie fracassée, Je ne sais s’il ne seroit pas possible de faire valoir cet accident pour obtenir la croix de Saint- Louis, que j'ai sollicitée pour lui. Il est certain qu'il étoit à sa besogne, puisqu'il venoit de faire tirer un coup de canon sur les berges angloises.

Lorsque j'ai eu l'honneur de vous demander les grâces. pour les officiers de cette armée, Wolff étoit en détachement, et je n'ai pu vous envoyer l’état de ses services. Il est soldat ou sergent depuis vingt-sept ans, et est le seul de tous les officiers qui ont été au fort George avec M. de Rigaud, ou qui ont hiverné à Carillon, et. marché avec vous au siège du fort George, qui n'ait eu aucune espèce de récompense. Il a cependant brûlé

la barque du fort George. Je ne comprends pas pourquoi M. de Montcalm l’avoit oublié de la sorte. J’en ai été très content pendant cette campagne.

Rien de nouveau depuis ma dernière lettre. J’envoie couper tous les bois des environs, pour faire des bâtiments d'hiver. Je ne sais quand tout cela sera fini.

J’ignore encore qui doit commander ici et à Saint- Jean.

Il paroît que l’Ile-aux-Noix sera donnée à M. de Lusienan, du moins c’est le bruit, et il paroît s’intéresser à la commodité du logement. J’ignore aussi ce qu’on y mettra de troupes. J’ai demandé à M. de Vaudreuil de faire réparer le fort, ou enceinte de pieux, qui étoit à Laprairie, pour assurer cette tête de nos quartiers. Il me paroît que nos quartiers seront furieusement exposés aux courses des partis, tant ceux du bas du fleuve que ceux-ci. Je pense que, si vous lui en écriviez, il pourroit y faire attention, du moins pour Laprairie, où cela est aisé; car je me méfie beaucoup de mes représentations ; elles ont peu de poids.

M. de Vaudreuil me paroît dans le dessein de replier cette armée dans peu de jours, quoique les bâtiments d'hiver soient encore dans le bois. Je lui ai mandé ou cela étoit, et M. Le Mercier, qui retourne le joindre demain, sera en état de lui en rendre compte. Je ne pense pas qu'avec du beau temps, trois semaines puissent suffire ; il est vrai qu’on peut laisser quelque chose à faire. Au reste, j'exécuterai l’ordre de la retraite avec d'autant plus de satisfaction que j'ai grand besoin d’aller travailler à ma santé, qui devient tous les jours plus mauvaise, Cependant nous n'avons aucune nouvelle que l’ennemi

ait renoncé au projet d'attaquer cette partie. La grande confiance succède ordinairement aux grandes inquiétudes. Point de prisonnier, ni espérance d’en avoir. Les sauvages sont de la plus mauvaise volonté ; et, maloré tout ce que je puis dire, on ne m'envoie jamais que des. vieillard qui gâtent les jeunes gens et que l’on croit les plus fidèles du monde, parce qu’on ne les connoît que par leurs harangues.

Ce ler novembre 1759.

J’ai recu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 26 du mois dernier.

J'ai eu celui de vous rendre compte du départ de l’avant-carde ennemie. Je ne sais rien de plus nouveau. Les sauvages ne veulent plus aller en guerre. Ils sont d'aussi mauvaise volonté que les colons. Il est vrai que la saison est tellement avancée, qu'il n’y a nulle apparence que les Anglois entreprennent,

J'ai un bateau en chemin pour Saint-Frédérie, qui porte des lettres de M. de Vaudreuil. C’est la seule découverte sur laquelle je puis compter,

Des cinq cents hommes de votre campagne que conduisoit Je sieur Rhéaume, il en est arrivé cent vingt à Saint-Jean ; les autres ont déserté en chemin, ainsi du reste.

Vous m'aviez parlé de loger ici trois cents hommes pour l’hiver ; j'ai agi en conséquence, M. de Vaudreuil m'écrit, aujourd’hui, pour la première fois, qu'il en veut mettre cinq cents, et qu’il vous écrit pour savoir ce qu'on mettra de piquet des bataillons. Les cinq cents hommes seront mal logés.

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M. de Vaudreuil, à ce qu'on m'a mandé, a ordonné aux bataillons de Royal-Roussillon et de Guyenne, de s'établir dans les quartiers de la côte du fleuve, depuis Sorel jusqu'à Laprairie. C’est une suite du mouvement qu'a fait M. Amherst ; il a compté qu'ils serolent à la portée de venir ici, s’il étoit nécessaire ; mais, comme la saison est maintenant un obstacle invincible, je lui ai représenté que ces bataillons-ci sortiroient tard de campagne, et courroient les risques des mauvais temps, s'ils étoient obligés de passer le fleuve et le lac pour oagner leurs quartiers. Je ne pense pas que ma représentation ait d'effet; mais j'ai cru devoir la faire, parce que les deux autres bataillons venant par terre, pourroient être à temps pour recevoir le contre-ordre.

Le fort d'hiver est sérieusement contrarié par Île froid. N'ayant point de pierres, il faut faire les cheminces en terre, et il gèle déjà assez pour faire compter les degrés au thermomètre. Je tâche d'y remédier par de l’eau chaude et du feu. Pas une planche ; les mou- Zins de Chambly n’ont presque rien fourni. J’ai détaché deux cents hommes pour aller en chercher à Maska ; mais les habitants désertent en chemin. D'ailleurs, M. l'intendant me mande que ces planches sont destinées pour Jacques-Cartier, et qu’il désespère qu'on:en puisse fournir pour ici. M. le marquis de Vaudreuilme marque qu’à défaut de planches pour faire des logements, il faut faire faire des baraques. Cet expédient, à coup sûr, ne me tirera pas d'affaire, parce qu'il a oublié de me mander avec quoi on les couvrira.

Je prends la liberté, mon cher général, de vous envoyer un paquet de lettres pour France, que je vous

supplie de faire mettre sur le même bâtiment que les vôtres. J’enverrai les duplicata, au hasard, sur un des bâtiments qui comptent passer sous Québec. Il n’y a rien dans ces lettres que les Anglois ne puissent voir.

Vous ne m'avez pas fait. l'honneur de me mander où vous comptiez passer l'hiver, J'imagine que ce sera avec M. le marquis de Vaudreuil. Je désire fort voir la fin de cet établissement-ci; mais, depuis qu'il fait froid, ma santé va en empirant, et ma petite fièvre devient journalière. Je ferai ce que je pourrai et partirai le plus tard qu’il me sera possible.

Je rends compte succinctement au ministre de ma campagne, Je pense, qu'en gros, on doit être content de ce corps de troupes. Nous avons fait ce que nous devions faire, et il n’est pas mal, avec si peu de monde, d'avoir mis ceci en état d’être respecté. Il est vrai que la position, par elle-même, étoit bien bonne,

Ce 2 novembre au soir.

Je pense, mon cher général, que vous êtes instruit du départ de M. Le Mercier, et ne doute nullement qu'il ne soit arrangé de concert avec vous, Cependant il m’en a fait mystère et, à tout hasaril, j'ai l'honneur de vous donner avis qu’il passe en France, Je l'ai su par voie indirecte ; mais je crois la chose sûre ; si vous le savez, comme il y à apparence, je n’ai rien dit ; si, par hasard, vous n’en saviez rien, il sera bon d’en être instruit.

Les Anglois sont dans le fort des Abénakis, à Missiscout, depuis avant-hier., Je viens d'envoyer reconnoître ce qu'ils y font, et en quel nombre,

M. le marquis de Vaudreuil m’a envoyé un paquet à faire passer à M. Amherst, dont j'ignore la teneur ; mais par des lettres que j'ai eues dé Montréal, il y a apparence qu'il y est question de l'échange des prisonniers. Il est parti avant-hier.

Aujourd'hui, M°° de la Milletière me mande que M. de Vaudreuil ne réclame l'échange que pour les officiers du pays, et elle se lamente de ce que son mari n’y sera pas compris et ne reviendra point.

Je lui mande qu'il n'y a nulle apparence à cela, que sûrement M. de Vaudreuil réclame tous les officiers francois, indistinctement, et que son mari aura le sort des autres. Je pense, en effet, que c’est une inquiétude qu'on lui a donnée, sans fondement, D'ailleurs ils pourroient bien ne revenir ni les uns ni les autres.

P.S.— M. Le Mercier me dit un jour que Bougainville avoit peint, l’année dernière, notre situation comme trop désespérée, et qu’il étoit cause par là que le pays n’avoit point eu les secours qu’on auroit sans doute envoyés, s’il n’avoit pas parlé de la sorte. Je vous répète cette phrase, indifférente en elle-même, parce qu'il passe en France cette année. Je vous supplie que ceci soit

pour vous seul; je n’ai pas envie de faire plus d’inimitiés qu'il y en a.

Ce 3 novembre 1759.

Les Anglois qu'on avoit vus dans le fort de Missis- * coui, se sont trouvés être cinq hommes du détachement - de M. Rogers qui se sont égarés. Trois Abénakis, moins poltrons que les autres, les ont pris sans peine. Ils disent que M. Rogers s’est rendu sur la rivière de Con-

necticut où 1l doit être arrivé depuis longtemps. Son projet n’a jamais été de revenir aux berges qu'ils avoient laissées dans la baie. ITS n’avoient presque plus de vivres en partant de Saint-François.

Un grenadier de Béarn, qui étoit malade aux Trois- Rivières, a eu une permission de M. de Longueuil pour aller à Montréal. Il est gendre de Xaintonge, et est venu voir sa femme dans la rivière de Chambly, puis. son beau-père qui est ici. Je le fais repartir sur le champ pour joindre sa troupe.

(Sans signature)

Ce 5 novembre 1759.

M. de Cadillac, qui arrive, mon cher général, de. Saint-Frédérie, n’a point trouvé l’armée retirée comme on le croyoit. |

Il a même rencontré dans la baie des Tsonnonthouans. deux bâtiments, l’un desquels est un de nos chébecs que l’on a cru avoir coulé bas; les deux autres sont en effet sous l’eau, et les Anglois comptent les relever.

L'aide de camp Abereromby a parlé de la manœuvre de ces chébecs avec bien peu d'estime, et assure avoir été bien surpris qu’on les eût abandonnés, Rien ne leur étoit plus aisé, selon lui, que de se sauver.

Il a dit aussi que l’armée angloise étoit venue jusqu’au près de la baie de Tsonnonthouans, et que M. Amherst ayant recu un courrier de Boston, qui lui apprenoit la prise de Québec, s’en étoit retourné tout de suite, ne voulant pas perdre du monde pour prendre un pays qu’il regardoit comme rendu,

Sir Abercromby étoit sur les berges qui ont reconnu VIle-aux-Noix, le 21, et a, dit-il, été fort surpris de voir vinot pièces de canon dirigées sur l'entrée de la rivière. Il a conclu que nous en avions beaucoup ici, quoiqu'il crut le contraire, sachant que j'avois eu ordre d'envoyer deux convois d'artillerie aux Rapides et à Jacques- Cartier.

Il paroît que le maréchal de Contades à été battu près de Minden.

Je vous prie de me permettre de quitter l’Ile-aux- Noix, lorsque ma santé ne pourra plus en soutenir le séjour. Ma fièvre devient tous Les jours plus forte, et je’crains de ne pouvoir finir la campagne jusqu’au bout,

M. de Vaudreuil m'ayant mandé que vous arriviez incessamment à Montréal, je vous y adresse cette lettre, et vous supplie de lui faire agréer mon retour au cas que j'y sois forcé. Ce sera le plus tard que je pourrai.

A l’'Ile-aux-Noix, le 18 novembre 1759.

Sur les lettres réitérées, mon cher général, de M. le marquis de Vaudreuil, par lesquelles il me pressoit de renvoyer les troupes, sans vouloir me donner d'ordre, j'ai pris sur moi, pour épargner les vivres, de faire partir Berry le 15, la Reine, le 17, et la plus grande partie des milices ; il ne me reste plus que la garnison de VIle-aux-Noix, les cent trente hommes de surplus de la marine, et deux cents miliciens avec lesquels je tâche de finir les logements et l’arrangement du fort.

Je souhaite que les Anglois, dont je n'ai aucune nouvelle, ne viennent pas m'attaquer dans cette CITCON-

stance, cela seroit très fâcheux. Le temps qui étoit très froid quand j'ai commencé le déblaiement, leur est maintenant bien favorable.

Nulle nouvelle de nos prisonniers, ni de ceux qui ont conduit les Anglois ; ils devroient être de retour.

Je ne sais quand je partirai; ce ne sera pas sans avoir, si je puis, des nouvelles des Anglois, à moins que le temps ne change.

__ Je ferai part de ce que vous me mandez à M. de Roquemaure, lorsque je passerai à Chambly. Il est fort difficile de décider la manœuvre qu’il doit faire pour lever les quartiers, et se porter ici. Il est nécessaire pour cela de savoir comment on pourra s’y prendre, par eau ou sur les glaces. D'ailleurs, s’il faut venir en bateaux, il n’y en aura pas assez, à moins que M. de Vaudreuil ne donne ordre d’en faire passer à Saint- Jean, ou il n’y en aura pas suffisamment,

J’ai l'honneur de vous représenter que toutes ces instructions devroient émaner de M. de Vaudreuil. Parti d'ici, je ne suis plus rien, Cependant j'en laisserai une telle quelle à chacun des commandants des forts. Celle de M. de Lusignan sera bientôt faite, il est rompu au commandement, D'ailleurs, tout ce que je pourrai lui prescrire, ne le rendra ni actif, ni plus prévoyant, ni moins occupé de ses intérêts que je l’ai vu à Carillon et à Saint-Frédéric. Ceux, ou plutôt celles qui l’ont fait nommer, n'ont pas choisi comme il aurait fallu dans la circonstance où nous sommes. J’ai tâché indirectement de parer le coup ; mais on ne m’écoute en rien.

M. de Roquemaure m'a dit qu’il se logeroit hors du fort de Chambly ; et en effet il n’y a dans le fort que

des petits trous à poêle. Il prétend que le poêle ne convient pas à son asthme; je le crois, parce que je suis un peu asthmatique.

Le fort de l’Ile-aux-Noix pourra être en état dans peu de jours. Il est bien foible contre l’ennemi, n'étant que de pieux debout, et bien mal construit quant aux logements, ayant été fait très pressé, et n'ayant pas un seul charpentier. J’en avois demandé cinquante ; mais, de tout cela comme tout le reste, on m’a répondu que les Canadiens étoient charpentiers, et il paroît bien qu'ils ne le sont pas assez pour une telle entreprise,

Pas un seul sauvage depuis quinze jours, quoique M. de Vaudreuil m'en ait annoncé depuis longtemps.

Sans doute vous enverrez ordre aux bataillons de Royal-Roussillon et de Guyenne, de marcher sous les ordres de M. de Roquemaure.

J’ai beaucoup d'impatience de partir d'ici, et grand besoin de quitter un tracas aussi désagréable et pour lequel il faut tout faire, sans recevoir secours de personne.

P,S.— Il s’en faut bien qu'il y ait iciassez de vivres pour l’hiver. J'ai écrit là-dessus à M. Landrière, il y a longtemps; mais il n’en est pas venn.

A Sorel, le 12 août 1760.

Depuis ma lettre d'aujourd'hui, mon cher général, je recois celle que m'apporte M. de Beauclair, Vous paraissez ne pas approuver que Je retire les deux piquets que j'ai dit. Vous ne pensez pas que je n'ai que trois cent quatre-vingts soldats, et que M. Dumas a cent

cinquante hommes de Languedoc, de bataillon de la marine a cinquante hommes près, et huit piquets de soixante hommes chaque, en tout à peu près huit cent quatre-vingts soldats, sans compter les trente hommes de Berry, restés à Berthier.

Au reste, la communication est rompue à présent, et. je ne sais comment je ferois pour avoir ces piquets. |

Je vais tâcher de me rendre par terre jusqu'à Lonogueuil avec mon canon et mes munitions. Les vivres m'embarrassent beaucoup.

Je me trouverai sans aucun bateau à la côte de Lo ogueuil, étant obligé d'envoyer les miens à Chambly.

A Sorel, le 12 août 1760, à 5 heures du soir.

Il vient de passer dans le chenal, des barques, mon cher général, vingt-sept ou vingt-huit voiles dont Je ne vous ferai pas le détail, et un grand nombre de carcassières ; elles sont plus que moitié au-dessus de Sorel et continuent à marcher; je ne sais où la tête mouillera ; mais, pour la queue, je crois que ce sera. vis-à-vis Sorel, car le vent est bien foible.

J'apprends qu’il paroit dans le moment au même chenal, des barques, un grand nombre de bâtiments ; c’est sans doute la seconde division qu'annoncoit M. Dumas.

Je suis fort embarrassé ; quel parti je prendrai. J'ai sur la rive gauche de la rivière Sorel, un parti de quatrevingts volontaires. Il me reste environ sept cents hommes, dont trois cent cinquante miliciens de mauvaise volonté. Je suis très fâché d’avoir du canon;

J'en suis embarrassé, Je comptois avoir plus de monde. Il paroît que cette première division va à Montréal. Je ne sais ce que fera la seconde, Nulle nouvelle de M. de Rennepont à qui j'envoie courrier sur courrier ; nulle de M. Dumas qui ne peut plus communiquer avec moi, et qui n'est pas encore à Berthier. Trente soldats que J y ai laissés font toute la défense de cette côte.

Si le vent du nord-est souffle demain, ni M. Dumas ni moine pourront côtoyer la flotte angloise ; il n’y à pas un chemin fait, qui mène de la rivière Sorel au grand fleuve. T1 faut pourtant y mener les vivres, le canon, les munitions. En vérité, il est fou de vouloir garder autant de pays avec huit cents mauvais hommes. Presque pas de voitures sur cette route.

Les premiers navires Anglois ont tiré sur nous quelques volées de canon, peut-être pour avertir M. Amherst. J'ai entendu, en même temps, un coup de canon vers lIle-aux-Noix. |

J'envoie cette lettre par la côte du sud, ne pouvant plus communiquer au nord,

Tâchez, je vous supplie, de me mander ce que Je dois faire. Dois-je marcher tant que je pourrai vers Longueuil et Laprairie pour vous joindre, si le vent contraire retarde la flotte ? Dois-je rester à hauteur, au risque d’'êcre primé par un bon vent? Où ferai-je la jonction ? Dois-je passer dans l’île de Montréal, si je puis arriver ?

J'apprends, avec la plus grande surprise, que les soldats de la Reine qui étoient à Saint-Ours, en sont revenus, Je ne sais s’il en est de même de ceux de

Saint-Antoine et de Saint-Denis. Je les avois envoyés joindre leurs bataillons à Chambly, en arrivant 101.

Nulle volonté chez les habitants, Que l’on n’espère pas que j'emmène un seul de ceux qui se trouvent audessous des Anglois. Je ne puis compter arriver à la vue de Montréal qu'avec trois cent quatre-vingts soldats qui peuvent être diminués par les ennemis; encore faut-il que j'en laisse à Sorel.

Je crois que je prendrai le parti d'envoyer mes quatre pièces de canon à Chambly.

P.S.— Je recois dans le moment une lettre de M. de Rennepont que je vous envoie. Son exprès m'apprend que les bâtiments qui passent actuellement le chenal, avoient joint, hier, dans le Lac, et sont au nombre de dix, dont deux gros, non compris la frégate qui est restée dans le Lac, escortée de plusieurs berges. J'écris à M. de Rennepont de laisser là cette frégate, et de venir avec les soldats et le plus d'habitants qu'il pourra.

Je joins ici l’état des bâtiments qui ont passé où passent encore devant Sorel :

Cinq à trois mâts, dont un de seize canons ; les autres, transports ; Dix-neuf à deux mâts, portant des troupes ; Dix à un mât, dont un de huit canons; Vingt et une carcassières ou bateaux à canon, sans compter‘les berges, chaloupes et canots, non compris la frégate restée dans leLac, et les dix voiles qui sont actuellement dans les chenaux.

J'ai demandé des souliers à M. lintendant. Cette troupe-ci est nu-pieds.

CO QL

Saint-Ours, le 13, à 5 heures et demie du soir.

L’escadre angloise ayant dépassé Sorel, hier, mon cher général, je crus devoir faire le portage de Saint- Ours, et me rendre de Saint-Ours, sur le fleuve, pour la devancer vers Montréal, Je suis arrivé ici ce matin, vers onze heures. La première division étoit mouillée devant le bas de Lanoraie. A midi, le vent s'étant élevé, plusieurs bâtiments mirent à la voile. Sept goélettes ou brigantins joignirent la première division, et je ne doutois pas que le tout ne continuât de monter.

Enfin, après avoir bien tourné et changé de manœuvre, Je viens d’apercevoir que tous ces bâtiments se laissent dériver et retournent vers Sorel, Je prends le parti de retourner sur cette rivière, non pour défendre Sorel, je compte trouver le détachement que j'y ai laissé, replié ; mais je tâcherai de m’établir sur la rivière que, malheureusement, je ne connois pas, l’ayant montée cette nuit et ce matin, par une brume effroyable,

Songez, Monsieur, que je n'ai qu'une poignée de monde, et qu'il est temps de prendre le parti de manger nos vivres.

P. 5.-— Je ne me reproche rien pour avoir été trompé par les manœuvres de l'ennemi. Je n'ai jamais compris que sa marche fût décidée; mais il falloit abandonner Sorel pour défendre le haut de la rivière, et je ne suis ici qu'à trois-quarts de lieue de l’île Deschaïllons qu’on m'a dit être le meilleur poste, et dont l'ennemi est encore à trois lieues au moins.

A Sorel, le 14 août 1760, à dix heures du matin.

Je suis arrivé à Sorel, mon cher général, à trois heures après minuit, n'ayant laissé à Saint-Ours que les miliciens du lieu. Je comptois être attaqué au point du jour. Toute la flotte angloise est mouillée devant la rivière de Sorel. Une frégate de dix-huit canons à la portée de la carabine du moulin, (Grand mouvement de berges, de grands bateaux de débarquement et de chaloupes ; sept ou huit carcassières, fort en avant, hors de la vue de Sorel.

Ils viennent de mettre à terre beaucoup de monde à l’île Saint-Ienace, vis-à-vis de nous. Je ne sais s'ils ne veulent pas se pourvoir de fascines.

Le piquet de la Sarre et celui du second bataillon de Berry, viennent de me joindre. lJ’attends tout le régiment de la Reine, excepté ce qui est à Chambly.

Il m'est arrivé cinquante-six soldats de Languedoc avec MM. de Rennepont et Calan ; c’est tout ce qu'il y avoit au sud. Les habitants de Maska ont refusé de marcher ; quarante-deux sont venus de Saint-François, dont vingt-deux ont déjà fait retraite.

Comme la rivière Sorel est essentielle, Je tiens ce poste par moi-même, avec presque tout mon monde, J'ai, à la tête de l’escadre, cent cinquante hommes qui observent les mouvements qu’elle fait jusqu’à Saint- Ours. A;

Une fois Sorel dégagé, je ferai comme hier, et je prendroi pour moi, la partie de l’avant-garde.

Je mène mon canon; mais ce n'est pas sans peine, Je n'ai pas encore fait tirer un coup sur les bâtiments,

TJ

persuadé que, quand j'en incommoderois quelqu'un, je ne ferois pas manquer l'expédition, mais notre poudre,

Il fait le plus beau nord-est du monde; je ne sais à quoi s'amusent ces gens-là.

En mettant ce mot, j'entends qu’il s'amusent à nous canonner. Ils tirent aussi de petites bombes de dessus leurs bâtiments, et il paroît qu’ils ont envie de nous déloger d'ici.

Le peu de temps que l’on a eu pour se couvrir, fait qu'on est fort mal.

Je recois, dans le moment, votre lettre du 14. Desjarlais a raconté juste, excepté que je n’avois eu d'autres nouvelles que la manœuvre des bâtiments Anglois, et qu'ils n’ont point encore débarqué à Sorel même,

Hier au soir, seulement, ils jetèrent trois cents hommes à la pointe de la rive gauche, qui chassèrent un petit poste et empêchèrent mes volontaires qui redescendoient avec le flot, de s’y. placer, comme Je l'avois ordonné. Ils n’y sont plus.

Cinquante ou soixante Canadiens, partis de Montréal pour conduire des bâtiments, les ont laissés dans la rivière et se sont retirés chez eux, n'ayant pu passer. Un des bateaux de M. de Barolon à été perdu.

Mon détachement est déjà sur les dents. Je suis excédé de fatigue, n'ayant personne sur qui compter et ne dormant point,

À Sorel, le 15 août 1760.

Un matelot de la Pomone, partant de Nicolet pour aller chercher sa vie dans les côtes, a été arrêté par les

patrouilles du bas de Sorel. T1 dit avoir vu dix-huit vaisseaux mouillés dans le Lac, près de la rivièré du Loup.

J’envoie cette lettre par un officier de milices que tous ses gens ont abandonné, et qui me propose de les aller chercher. Je vous supplie de donner ordre qu'ils reviennent. Je n’écris point à M. de Vaudreuil sur la désertion des Canadiens, parce que j'en sens l’inutilité. D'ailleurs vous êtes sur les lieux.

Plus je réfléchis sur la manœuvre des Anglois, et plus je pense qu’ils ont dessein de s'établir ici. Ils ont passé droit, sans s’y arrêter, parce qu'ils craignoïent d'y trouver du canon. Ils sont revenus quandils ont vu qu'il n’y en avoit point, et font, sans doute, leurs dispositions pour m'attaquer, ou attendent les dix-huit valsseaux.

Ils ont tiré trois ou quatre coups de canon, et quoi qu’on nous voient partout, ils paroissent n'avoir pas envie de tirer en ce moment.

P. S.— Il manque beaucoup d'habitants de Berthier, désertés d’ici. Je vous supplie d’en faire faire la recherche par le capitaine. Il y en a aussi plusieurs de Berthier qui ne sont pas partis avec Berry, dont les capitaines. ont connoissance.

A Sorel, le 15 août 1760.

Je recois, mon cher général, la lettre que vous me: faites l'honneur de m'écrire ce matin de Berthier. J'ai répondu à celle que m’apporta hier Desjarlais.

Les ennemis m'ont canonné, hier, et jeté de petites.

bombes. Ils n’ont encore dit mot aujourd’hui, D'ailleurs, ils ont conservé leurs mêmes positions.

Le temps affreux d'hier a empêché qu’on ne travaille à se couvrir. On commence actuellement et la- pluie recommence aussi,

J'ai détaché M. Lecomte avec trente soldats de la Reine, à Saint-Ours, sur le fleuve, pour tenir les habitants en armes et même à cheval. J’ai d’ailleurs cent cinquante hommes sur la rive gauche de la rivière Sorel,

Je recois nouvelle qu'on a vu descendre, au point du jour, devant la Petite-Misère, trois berges conduites chacune par deux hommes, et remplies de beaucoup de rames. Il paroît que les hommes qu’elles menoient, ont débarqué quelque part. Seroit-ce à la pointe nord des îles, ou seroit-ce un parti qui iroit trouver M. Amherst ? J’envoie ordre à Saint-Ours de chercher ces gens-là, s'ils ont passé. Je pense que vous feriez bien de demander à M. de Vaudreuil d'envoyer un parti sauvage sur leur route. Si M. de Saint-Luc, avec des sauvages, n'est pas passé, il faudroit qu'il cherchât ou fit chercher leurs pistes. |

Il paroît une berge qui vient du Lac; elle ne sera pas seule, sans doute. C’est, peut-être, l'avant-garde de la dernière division, sur laquelle on dit qu'il y à deux mille hommes.

Les Anglois travaillent beaucoup sur leurs bâtiments ; ils établissent des batteries sur ceux qui n’en avoient point. S'ils veulent débarquer à la pointe de Sorel en force, je ne puis m'y opposer. Quand même les cent cinquante hommes que j'ai, depuis la Misère jusque là, pourroient s’y rassembler, ils ne feroient pas grande

résistance ; et, cette pointe, prise une fois, je suis tellement écharpé par le canon qu’ils mettroient à terre, que je ne pourrois tenir 101.

Ce débarquement n’est même pas nécessaire ; il leur suffiroit de beaucoup de canon sur leurs vaisseaux.

Mon canon est foible, je n’ai point de batteries et très peu de coups à tirer, que je conserve pour une affaire décisive.

Il faudroit une bonne redoute à la pointe gauche de la rivière, et être bien établi ici avec du canon; on obligeroit les Anglois de s'éloigner.

J'ai rassemblé ici environ cent quatre-vingt-dix hommes du régiment de la Reine, et une centaine de miliciens de cette partie. J’ai, au total, six cent quatrevingt-cinq soldats et quatre cents miliciens ; mais ceux-c1 désertent par bandes, et la pluie d’hier a achevé de les dégoûter. J’en perdrai beaucoup aujourd’hui ; il m'en est déjà déserté plus de deux cents.

Je pense que les sauvages seroient plus utiles à Berthier qu'ici, Ils ne pourroient traverser la rivière ici, Les Anglois sont dans les îles; on peut aisément y aller de Berthier.

Des gens de Sorel que j'avois envoyés en découverte sur le Lac, dans un canot, ont été pris par une berge angloise. Le bruit court que les Anglois ont débarqué "au bas de Sorel; je n’ajoute pas foi à cette nouvelle. J’envoie savoir si cela est vrai.

S'il me vient des sauvages, j'en posterai une partie à la rive gauche de la rivière Sorel, et l’autre à la rive droite.

TS

eo

P. S. — Si le projet des ennemis étoit de s'établir à Sorel, et qu'ils n’entreprissent pas de quelque temps de m'en chasser, peut-être auroit-on le temps de s’y établir solidement; mais il faudroit plus de monde et dix pièces de canon de 12 ou au moins de 8.

Je désirerois fort que vous vinssiez faire un tour ici,

nee

À Sorel, le 16 août, à 5 heures et demie du soir.

J'ai recu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire hier au soir.

L'on est si occupé ici, et il y a si peu d'officiers, que nous ne pouvons suffire à tout. Je n'ai encore pu avoir l’état des miliciens désertés ; nul rôle juste, parce qu'au moment du départ les officiers, autorisés par une lettre de M. le marquis de Vaudreuil, ont changé un grand nombre de ceux qui étoient commandés.

J’eusse déjà exécuté l’ordre que vous me donniez de faire battre un ban pour la désertion des miliciens, et j'aurois mis le ban à exécution, si votre lettre eût été signée ; malheureusement, vous l'avez oublié, et je n'ai pas cru devoir passer outre dans une affaire de cette conséquence, et dont les suites sont incertaines. Au reste, comme je pense que vous aurez fait battre le même ban au corps qui est à Berthier, vous devez savoir à quoi vous en tenir. Pour moi muni de votre ordre, je ne tarderai pas d’avoir occasion de l’exécuter.

La division de dix-huit vaisseaux est depuis hier à midi, à l'entrée du chenal de lIle-aux-Barques ; trois heures de bon vent nous l’amènent,

En total, la position des ennemis est la même ; mais

ils firent, hier, un mouvement de vaisseaux qui me fit craindre d’être attaqué cette nuit. Tous les gros bâtiments sont en ligne devant Sorel; on met du canon sur ceux qui n'en avoient pas. Les carcassières vont et viennent; les grands bateaux de débarquement sont. cachés derrière les navires, Nous sommes fort alertes, au bivouac, nuit et jour ; et, quoique dans une position assez mauvaise, si les forces étoient plus proportionnées, ou que les combattants fussent d’un meilleur genre, nous pourrions attendre l’ennemi avec succès. Mais les miliciens marquent beaucoup d’étonnement et tiennent de mauvais propos. Je ne sais si les troupes vaudront mieux, et je prévois que je ferai retraite en mauvais ordre, si l’ennemi m'attaque. D'ailleurs, toute la poudre est mouillée, et les coups de fusil seront, foibles.

Je vous supplie de me faire passer quelques mains de papier. Les majors des corps manquent absolument de papier, et ne peuvent faire aucun état,

Je n'ai point commandé la compagnie des grenadiers de la Reine, ni les quatre compagnies de Chambly, parce que J'ai cru devoir laisser quelques forces de ce côté. Pour la même raison, je ne prends que le premier commandement des paroisses de Saint-Charles, Saint- Antoine et Saint-Denis.

Je joins ici l’état des miliciens désertés du bataillon de Berry. Je vous supplie de me les envoyer, ainsi que ceux qui sont marqués avoir refusé de marcher.

Je prends le parti, sur votre dernière lettre, de faire venir là compagnie de grenadiers du régiment de la Keine.

À Sorel, le 17, à 6 heures du matin,

La nuit a été fort tranquille, mon cher général, J’envoie à Berthier deux déserteurs anglois, du moins se disant tels, qui ont été traversés par un habitant de l’île Saint-[onace.

Je ne vous répète pas les dépositions, puisque vous les pourrez interroger.

M. de Lapause vous aura rendu compte de ma position et du désir que j'ai que vous en jugiez par vous-même.

Si l’on sen rapporte à ces déserteurs, l’escadre angloise n’a pas envie d'aller à Montréal, mais bien de prendre poste 101.

P. S.—A l’arrivée de la deuxième division, la première appareille et la seconde paroît suivre ; je prends le parti de marcher, en laissant ici deux cent cinquante hommes.

Les deux déserteurs disent que M. Murray ne va point à Montréal, et reste ici pour attendre des nouvelles de M. Amherst ; qu'il y a sur la première division deux mille hommes de troupes sans les matelots. Ils ignorent la deuxième division,

Un habitant de la rivière Laprairie, manchot, arrive présentement, disant avoir été pris à Saint-Jean Deschaillons par M. Murray, et s'être sauvé, hier, à l’île Saint-Ionace, et dit que M. Murray doit aller à Montréal et ne veut point attaquer ici, et en effet l’escadre appareille ; que la seconde division amène deux mille cinq cents hommes ; que la première en a trois mille, Cet homme est suspect, connu pour un mauvais sujet et se coupe.

A Sorel, le 16 août 1760, après-midi.

Je ne balance pas, mon cher général, à vous deman- * der M. de Fouilhac. Il m'est très important de lavoir avec moi, non pas que je ne sois très content de M. de Preissac, qui commande très bien ce bataillon ; mais il est aux grenadiers et dans le cas de le quitter souvent.

Les Anglois sont en grand nombre sur l’île Saint- Ionace ; des sauvages dans l’île Dupas, sans passer le chenal qui sépare ces îles, les empêcheroient d’un bord à l’autre, d'aller aux habitations.

P.S.— Les Anglois font des fascines dans l'ile Saint-Ignace. Rien de plus aisé que de les inquiéter en faisant passer des sauvages ; ceux de M. de Saint- Luc y seroient plus utiles qu'ailleurs.

Il paroît qu'ils ont projet de s'établir ici solidement et, par conséquent, de l’attaquer. |

A Sorel, le 17 août, à une heure après-midi.

Je vous envoie, mon cher général, une lettre que portoit le Canadien, dont j'ai eu l'honneur de vous parler ce matin. Comme je m'en méfois, je l’ai menacé de le faire pendre dans une heure. Il m’a montré cette lettre qu'il avoit recue de M. Murray pour le commandement de l’armée du lac Champlain. Il a traversé seul dans un canot, avec si peu de précaution, qu'il a tombé à vue de nos gardes. Il me dit qu'il avoit eu le bonheur de se sauver, et point parlé de sa lettre. Je le soupconne fortement d’avoir eu intention de la jeter quelque part où on pût la trouver; et vous jugerez peut-être comme moi qu’elle a été écrite pour

me tromper, et me faire abandonner la position de Sorel. Voici le précis de la lettre qui est en anglois : “Qu'il veut lui faire savoir ses progrès, et que le pre- -mier bon vent doit le mettre devant Montréal; qu’au moment que le lord Rollo le joindra, il attaquera cette ville; que le lord est sur la rivière avec la garnison de Louisbourg, et ses deux bataillons complets d’Angleterre ; que, comme son corps sera alors de six mille cinq cents hommes de vieilles troupes, il lui déclare qu'il ne l’attendra pas longtemps, lui, ou M. Amherst, bien persuadé qu’il est bastant pour M. de Lévis et son armée canadienne ; qu’il est beau à lui de faire connoître son dessein, et que ceux qui arriveront trop tard pour cueillir des lauriers dans l’île de Montréal, ne pourront pas le blâmer ; qu'il a beaucoup de provisions pour l’armée du lac Champlain; que, si une marche forcée est nécessaire, il ne doit pas être inquiet sur cet article, parce qu'il lui en fournira suffisamment ”,

Je recois une lettre de M. de Roquemaure qui m’apprend que les Anglois paroïissent devant l’Ile-aux-Noix avec des barques et des bâtiments, qu’ils tirent même du canon sur cette île, qu’il rassemble quatre-vinots hommes qui composent son régiment. Je fais partir les huit compagnies que j'ai ici avec tous les Canadiens qu’elles avoient, à la réserve d’une soixantaine que je garde. Elles prendront, en passant, les Canadiens du second commandement, qui n’avoient pas encore marché,

“et le tout pour se rendre à Chambly, le plus diligemment possible.

Les trois derniers bâtiments de la dernière division paroïssent suivre toute la flotte; ïils se sont laissés dériver et sont mouillés actuellement devant Sorel, J'apprends, en même temps, que la flotte paroît continuer sa route, et qu’elle est en vue à une lieue et demie d'ici. Je ne doute pas que ce ne soit une second feinte. Un nouveau courrier m’apprend que toute la flotte est mouillée, ou prête à mouiller à une lieue et demie d'ici. Ils pourroient cependant marcher. Je vais me tenir prêt à passer par le fleuve si la flotte continue sa marche, ou à revenir ici si elle redescend. Le départ de la Reine m'affoiblit de plus de huit cents hommes : et vous jugez bien que si l’ennemi veut, il forcera bientôt Sorel. Je crois qu’il faut chercher à se rassembler, et j'attends là-dessus, vos ordres.

À Sorel, le 17 août, à 5 heures et demie du soir.

Cette lettre, mon cher général, est le duplicata d’une écrite à midi, que j'ai lieu de craindre avoir été perdue par le porteur.

Le Canadien, arrêté ce matin, et que je jugeois espion, étoit porteur d’une lettre de M. Murray à l’officier commandant l’armée du lac Champlain, écrite en anglois, dont voici extrait : |

“J’envoie le porteur pour vous faire savoir mes progrès, et que le premier bon vent me portera devant Montréal. J’attaquerai cette capitale sitôt que le lord Rollo m'aura joint ; il est sur la rivière avec les troupes de Louisbourg, et les deux bataillons complets d’Angleterre, bien portants, quoique entassés dans les transports.

Comme mon corps passera six mille cinq cents hommes, vieilles troupes, je vous déclare que je n’attendrai ni vous, ni M. Amherst, Je me crois plus que bastant pour M. de Lévis et son armée canadienne, et Je suis impatient de lui prouver que c’est par un malentendu, et non par la valeur des François, qu'il a pris notre eanon le 28 avril dernier. Il est beau de faire connoître son intention, et vous ne pourrez me blâmer si vous arrivez trop tard pour cueillir des lauriers sur l’île de Montréal.

“ P.S.—J’ai beaucoup de provisions pour votre armée ; si une marche forcée est nécessaire, ne vous inquiétez pas de cet article, je vous fournirai suffisamment.

‘ Devant Sorel, le 16 août 1760 ”.

Le porteur, soit disant pris à Saint-Jean Deschaillons, s’est chargé de la lettre pour la porter au lac Champlain. Il dit que c’est pour avoir occasion de s'échapper ; maïs je ne lui en ferai pas moins casser la tête, parce qu'il à fallu le menacer de mort pour lui faire avouer sa mission, et que nous sommes entourés d’espions pour lesquels un exemple, quoique rigoureux, est salutaire. Vous soupconnez, comme moi, que cette lettre a été écrite pour tomber entre mes mains et me faire abandonner Sorel.

La flotte angloise y touche presque encore par ses derniers bâtiments, et je m'attends à voir revenir les milices ici, cette nuit ou demain. dJ’ai plus de huit cents hommes qui côtoient la flotte.

fé

J'apprends, par une lettre de M. de Roquemaure, que l’armée angloise est devant l’Ile-aux-Noïx et y tire du canon, Il me mande qu'il ne lui reste que quatrevinots hommes de son régiment, Je viens de faire partir ce que j'en ai ici avec les miliciens, excepté soixante que j'ai gardés. Les compagnies prendront en passant tout ce qui reste de miliciens dans les paroisses, et le tout ira diligemment à Chambly. Ceci me prive de huit cents bons hommes. Je ferai comme je pourrai. Je pense qu’il faudroit nous rassembler.

Si, comme je n’en doute pas, le projet de M. Murray est de revenir sur Sorel, la chose une fois décidée, nous ne pourrons faire autre chosé que de replier vers Chambly tout ce qui est dans cette partie, et de camper le reste à Longueuil, en faisant accommoder un chemin entre Chambly et Longueuil, et il nous sera facile alors de passer de Longueuil à l’île de Montréal, si la flotte angloise vouloit y monter.

J'attends vos ordres, si ce que j'ai l'honneur de vous proposer est accepté eb que vous jugiez quil y ait quelque chose à changer dans mes dispositions, soit en me repliant au plus vite, ou en me mettant à même de recevoir le corps de M. Dumas. Vous trouverez peut-être extraordinaire que je propose d'abandonner la côte du nord; mais je ne crois pas plus difficile de courir au secours de l’île de Montréal en partant de Longueuil, qu’en courant à hauteur de la flotte.

À Sorel, le 19 août 1760, à midi.

Je recois dans le moment, mon cher général, votre lettre d'hier; elle est venue lentement, parce que le courrier avoit son ordre pour les capitaines et non pour la poste.

Je ferai le mouvement que vous m’ordonnez, ce soir et demain matin, Le vent est contraire, et je suis presque sûr de gagner la tête de la flotte; le pis-aller, s’1l changeoït, seroit de marcher la nuit.

Comme on a commandé tous les habitants de la grande côte, je suis très embarrassé pour l'artillerie et les subsistances, parce que je ne trouverai personne pour emmener les voitures; je ferai comme je pourrai,

Je compte laisser à Sorel cinquante soldats de Berry et cent Canadiens, dont cinquante, placés à la gauche de la rivière Sorel, feront partie de la communication sur la grande côte, Ce détachement se repliera le long de la rivière Sorel, si l'ennemi en attaque l'embouchure, et Jenverrai le renforcer, lorsque j'en serai instruit, Bellot commandera ici.

La partie des vivres sera fort embarrassante ; je vais faire monter à Chambly la plus grande partie de mes farines.

Soyez assuré, mon cher général, que je ferai mon possible pour être avant la flotte ennemie à Longueuil. J’ai grande impatience de vous rejoindre ; mais je serai foible. Cinquante soldats de la Sarre et de Berry, non compris ce qui restera à Sorel, soixante de Languedoc, et au plus trois cent cinquante miliciens, non compris ceux qui resteront à Sorel, voilà tout ce que je vous méneral; sur quoi il faudra déduire les petits postes

de communication. Il est vrai que, la flotte montant, tout montera; mais l’ennemi peut laisser une divison vis-à-vis Sorel.

La flotte est au même lieu où vous l'avez laissée, excepté que cinq bâtiments, avec nombre de chaloupes, sont redescendus et occupent depuis la rivière Sorel jusqu’à la pointe au-dessus. |

Hier, je vis un homme attendre, sur le bord de File Saint-Ienace, une chaloupe angloise et s’y embarquer. I1 fut rapporté le soir. J’ai envoyé cette nuit l'enlever. C’étoit M. de Chambaran. Quoique ses raisons parussent plausibles, je l’ai envoyé à Montréal, craignant qu'il ne vous pût nuire.

Les déserteurs ne sont partis que ce matin. Je n'ai pu les envoyer plus tôt; vous n’en auriez tiré que ce que j'ai mandé.

Vous m'ordonnez, si l’ennemi alloit prendre poste à Sorel, de jeter des détachements dans cette rivière pour la disputer le plus longtemps possible. Je ne dois pas la défendre en personne et avec tout ce que J'ai; vais-je vous joindre avec le reste des troupes que j'aurai après avoir fait ces détachements ; et ces détachements serontils forts, eu égard à mon petit corps ?

Réponse, je vous supplie, sur cet article.

À Sorel, le 19 août 1760.

J'ai l'honneur de vous rendre compte, mon cher général, que j'envoie à Montréal M. de Chambaran, qui étoit ci-devant dans l’île Saint-Ignace. Je lui ai donné quatre-vinot-seize livres pour sa route, et je lui ai dit

de s'adresser à vous et de prendre vos ordres à son arrivée.

Je suis toujours dans la même situation; il ne s’est passé rien de nouve#u depuis ma dernière lettre.

À Saint-Ours, le 22 août 1760.

M. Bellot, mon cher général, abandonné de tous les Canadiens, et réduit à cinquante soldats, au premier bruit d’un débarquement à une lieue au-dessous de Sorel, à cru devoir se replier ; il l’a fait un peu loin et un peu vite.

L’ennemi ayant brûlé les maisons du bas de Sorel, dont les habitants étoient avec les troupes, et épargné celles des fuyards qui étoient chez eux, s’est rembarqué ; et la flotte ne s'étant pas apercue que les retranchements étoient abandonnés, j'ai envoyé M. Bellot, après cinq ou six heures, reprendre son poste. Ce ne sera pas pour longtemps sans doute, car M. Murray, qui sait nos moindres mouvements, le chassera bientôt de la même manière et s’établira, sil en a envie.

11 nous en coûte une centaine de miliciens désertés et qui ne sont point revenus. Les autres se sont éparpillés et n’ont pas paru pendant la marche.

Vous m'ordonnez de jeter trois ou quatre cents hommes dans la rivière Sorel, si la flotte angloise y redescend, et d'aller avec le reste à Verchères. Si je veux qu'il y ait trois cents hommes, il faut y envoyer trois cents soldats; car les miliciens ne peuvent être comptés. À moins que vous n’y soyez vous-même, une berge les fera tous fuir Jusque chez eux. Peut-être aurez-vous plus de crédit sur eux.

Si M. de Bougainville étant blessé, je vous prie de m'envoyer à sa place ; je trouverai le moyen d’arriver ; et pour fuir avec les Canadiens et vous mener deux ou trois cents soldats qui resteront après que J'aurai garni la rivière Sorel, un commandant de bataillon est plus que suffisant.

J’ai fait arrêter trois miliciens déserteurs de Sorel qui passoient dans le bois à la hauteur d'ici. Ils sont attachés, suivant vos ordres, et j'attends que vous ou M. de Vaudreuil prononciez sur leur sort.

Les habitants de Sorel qui avoient très bien servi jusqu’à cette heure, sont tous retournés chez eux. Ceux de Saint-Ours, que j'avois gardés chez eux pour le service de l’armée, refusent tout service, et je suis obligé d'envoyer un détachement de soldats dans cette paroisse pour en tirer quelques secours. J’ai fait, à main armée, une levée dans Maska et les autres paroisses ; ils désertent tous, Agréable besogne ! On mandera sans doute à la cour que j'avois deux ou trois mille Canadiens qui ont fait merveille *,

* Bourlamaque, sous le coup de la défaite et d’une déroute générale, se montrait sévère jusqu’à l’injustice envers les Canadiens. On le verra dans une des lettres qui suivent (2 septembre), pester tout autant contre ses propres soldats. ‘Il faudrait bientôt, écrit-il à Vaudreuil, faire fouetter toute la troupe ”.

Bourlamaque, de retour en France, et écrivant de sang-froid, disait des Canadiens : |

. # Les milices du Canada sont très bonnes : il y a dans ce pays-là beaucoup plus d'hommes naturellement courageux que dans les autres. Lorsqu'on les accoutumera à l’obéissance, on en tirera un grand parti à la guerre. Le Canadien est ennemi de la guerre et inconstant, mais très docile, lorsqu'il trouve fermeté et justice dans ses chefs. Il aime la petite

. guerre de préférence et y est très propre: cependant il ne

P. S. — Je vous envoie l’état des habits à fournir au piquet de Berry que j'aiici. Je n’ai encore que l’envoi de celui qui est resté à Sorel ; on dit que c’est la même chose,

Copie de la lettre écrite par M. Bellot à M. de Bourlamaque.

Le 22 août 1760, à six heures et demie du soir.

Quelques représentations et menaces que je puisse faire aux habitants de cette paroisse, je ne puis les empêcher de rendre les armes aux Anglois. Dans le moment on m'avertit que vingt hommes de la compaognie de Cormier y portent leurs fusils. J'écris à M. Denos pour qu'il les arrête en leur faisant dire que le premier qui le fera, je ferai brûler sa maison.

À Saint-Ours, le 23 août 1760.

Je recois, mon cher général, votre lettre d'hier. Je serai fort embarrassé si l’ennemi porte ses plus grandes forces dans la rivière Sorel, la plus grande partie des farines destinées à ce corps de troupes étant passée à Varennes ou à Longueuil sur les premiers ordres que vous m’aviez donnés. , Il ne me restera que les cent

sera pas difficile de le faire combattre en ordre, sous l'appui des troupes réglées, lorsqu'on le prendra par l’amour de la gloire qui est naturel aux habitants du Canada”. Mémoire sur le Canada, adressé au ministre de la Marine, le duc de Choiseul, et daté de Paris, le ler août 1762.

cinquante quintaux que j'ai fait passer à Chambly ; encore le commis que l’on m’a envoyé, il y a quatre jours, m'a-t-il dit qu’on en avoit besoin pour les troupes de Saint-Jean.

Si je vais avec mes plus grandes forces dans la rivière Chambly, que ferai-je des quatre pièces de canon ? Les. enverrai-je à Longueuil ou à Chambly ? mandez-le moi ; parce que l'ennemi m’ayant poussé trois lieues dans la rivière Chambly, trouve des portages très beaux par lesquels il peut, en me présentant toujours une tête sur la rivière Chambly, percer sur la grande côte, joindre sa flotte qui aura fait tous ses mouvements sans que jen sache rien, et enlever le canon que conduiroit le. foible détachement que j'aurois sur la grande côte. Ce détachement sera au plus de deux cents hommes, et il m'en restera quatre cents pour défendre la rivière Sorel ; car les miliciens qui prennent ici les vivres ne doivent être comptés pour rien du tout. |

Je ne connoïs pas la rivière Chambly, que je n'ai jamais eu le moment d'aller reconnoître, ne pouvant m'absenter d’un instant, et n'ayant personne sur qui compter. J’ai oui parler de lIlet-Vert ; mais on dit qu'il est commandé de droite et de gauche. Je viens d'y envoyer M. Desandrouins. D'ailleurs, des îles à occuper n’empêchent pas l’ennemi de pénétrer par terre ; il chemine derrière vous et votre retraite est ôtée, à moins qu'on occupe les terres à droite et à gauche ; mais alors on multiplie les inconvénients puisqu'il faut. plus de monde.

J'apprends par M. Bellot que les habitants de Sorel, même ceux qui sont couverts par les troupes, portent.

leurs armes aux Anglois, tant a fait d'impression la conduite de ceux qui brûlent les maisons et qui ont épargné les habitants fuyards de l’armée. Je lui mande de brûler, à son tour, ceux qui tomberont dans le cas de porter leurs armes, mais je pense qu’au recu de ma lettre, ils auront tous été à bord de la flotte, et qu’il faudroit tout détruire.

A l'égard de la défense de la rivière Sorel, il ne faut pas se flatter qu'avec quatre cents soldats je puisse arrêter l'ennemi. Il marquera ses campements comme si je n’y étois pas. Si j'occupe un des côtés, il passera par l’autre, et quand même il craindroit d'attaquer quatre cents hommes pour n'être pas gêné sur la rivière, il cheminera par le sud et pourra communiquer avec lIle-aux-Noix, quoique, à dire vrai, je ne sais ce qui l'empêcheroit de marcher du même côté que moi, ayant une si grande supériorité, et derrière lui partie de sa flotte, tandis que l’autre partie remontant le fleuve à hauteur, il sera maître de l’entre-deux des rivières, et viendra tomber, en douze heures, sur l’île de Montréal: par le portage qui lui paroîtra le plus commode, et enlever, chemin faisant, mon détachement,

J'ai vu cinq Abénakis qui m'ont dit qu'ils alloient voir Saint-François, et qu'ils avoient voulu me voir en partant. Ils m'ont regardé une demi-heure et sont partis ; c’est tout le secours que j'en ai recu.

J’ai donné ordre, il y a longtemps, de faire remonter la plus grande partie des bateaux jusqu'à Chambly ; 1l n’étoit pas encore exécuté hier ; les habitants de Saint- Ours refusent d’obéir. J'ai envoyé M. de Cléricy avec quelques soldats pour les contraindre.

À qui jugez-vous que je doive donner le détachement où je ne serai pas ? Je n’ai que M. Duparquet, et, si je suis tué ou blessé, personne pour contenir cette troupe, si je le détache. J’avois compté sur M. Bellot pour la rivière Chambly; mais son début ne me donne pas grande confiance. Je n’ai pas un homme d’expérience,

À Saint-Ours, sur le fleuve, le 24 août 1760, à sept heures du matin.

J’ai négligé, mon cher général, de vous rendre compte que la flotte a mouillé, hier après-midi, aux îles Plates, à un quart de lieue plus haut que l’église de Lanoraie. parce que j'ai pensé que M. Dumas vous en écriroit, et que J'ai été occupé excessivement, hier, toute la journée,

Le vent étoit fort près, et il peut se faire que la plupart des vaisseaux ne fussent pas en état de suivre. C’est dommage, car ils étoient tous partis très vite, et Javois peine à les suivre,

Trois navires sont restés devant Sorel. M. Bellot mande qu'ils n’ont pu doubler la pointe, le vent étant trop près. Je pense qu’il en est redescendu quelquesuns de plus; mais je n’en ai pas de certitude,

Depuis que l’escadre angloise est mouillée, une multitude de carcassières et de chaloupes sont en avant pour sonder le passage des îles. Il y a même des chaloupes à deux lieues de la tête de la flotte. Je crains qu’elles n'enlèvent de nuit quelques habitants ; car je ne puis garder si loin. Je ne sais ce que font nos felouques et la carcassière ; elles empêcheroient bien toùs ces voltigeurs de quitter le gros, la Cutiche même y serviroit

très bien. J’avois compté trouver les felouques sur le fleuve ; mais personne ne peut me dire où elles sont.

J’ai toujours les trois Canadiens déserteurs. M. le marquis de Vaudreuil devroit bien se déterminer sur leur compte. Ce ban que j'ai fait battre à maintenant l'air d’une plaisanterie. Si on ordonne de le mettre à exécution, il faudra sans doute assembler un conseil de ouerre, Mandez-moi comment il faut s’y prendre, si on veut faire un exemple de ces gens-là.

P. S. — L’artillerie part pour Longueuil.

À Saint-Ours, le 25 août 1760.

La flotte angloise n’a pas bougé depuis avant-hier, mon cher général; les trois navires qui étoient devant Sorel se sont fait remorquer et sont devant les îles de Berthier. J'ai retiré une partie des détachements qui étoient à Sorel.

Comme j'ai fait passer à Chambly une partie des farines que j'avois à Saint-Ours, il ne me reste sur la grande côte à Varennes et Longueuil que cent cinquante quintaux, ce qui peut faire pour dix ou douze jours, Je pense que dans ce temps-là, nous serons réunis ; mais si nous ne l’étions pas, il seroit nécessaire d’y pourvoir.

Je n'ai ici ni commissaire ni écrivain. Le sieur Feuilt (?), avec un petit commis qu’on lui à donné, ne peut suffire à faire les levées de viande, aux distributions et aux courses continuelles qu'exigent des vivres placées si loin des troupes. Il lui faudroit deux commis de plus sous lui.

Je n'ai point d'armurier pour la réparation des armes. Je ne me souviens pas s’il y en avoit un dans la division d'artillerie qu'on m’avoit donné, et que j'ai envoyé, hier, à Longueuil. Quoi qu'ilen soit, j'ai oublié de le faire rester ici, s’il y en a un, et je vous supplie de m'en faire passer avec les outils nécessaires.

Il ne seroit pas mal d’avoir ici un où deux officiers de navire pour juger de la manœuvre des Anglois. Il n'y a pas un seul homme ici qui connoisse assez la marine pour prévoir leurs mouvements.

Les habitants de Sorel n’ont point livré leurs armes aux Anglois. On vient de me dire qu’on les en avoit empêchés, et qu'ils ont été obligés de s’en tenir à lintention.

Un officier de milice de Terrebonne se plaignant à moi qu'on avoit puni sa compagnie mal à propos, pour avoir été accusé de pillage dans un jardin, s’est avisé de me menacer de déserter avec sa troupe; je l’ai fait attacher à un piquet, ne le connoissant pas pour officier, faute d’un hausse-col. Pour réparer l’injure faite à son grade, Je vais l’interdire de toute fonction, et le tenir simplement arrêté. Je vous supplie de demander sa casse à M. le marquis de Vaudreuil. Il s'appelle. Pierre Lapointe, enseigne de la compagnie de Terrebonne. On en est d’ailleurs très mécontent depuis son départ; sa compagnie qu'il commande ici, ayant pillé partout, et servi moins bien que toutes les autres.

Le lieutenant de la compagnie de Deschamps, à Repentigny, et le passager Belle-Humeur, ont refusé d’obéir à un ordre que je leur avois donné. L'objet est peu essentiel; mais il pourroit arriver que j'eusse

quelque chose à leur ordonner d’intéressant, et ils prétendent ne devoir obéir qu’à M. le marquis de Vaudreuil et à M. Dumas.

J’ose vous supplier de vouloir bien faire remettre le billet ci-joint chez moi.

La flotte Angloise vient d’appareiller (10 heures) ; mais le vent est foible, et s’il n'augmente pas, ils feront peu de chemin.

À Saint-Ours, le 26 août 1760.

J’ai recu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, hier.

J’ai gardé ici six cents livres de poudre et douze cents livres de balles, et suis d’ailleurs assez mal pourvu ; les soldats n'ayant que dix ou douze coups chacun à tirer.

M. Du Vernys a dû prendre vos ordres en arrivant à Longueuil. Je ne lui ai rien prescrit autre chose. Je pensois que vous laisseriez cette artillerie à Longueuil pour combattre sur la terre du sud. Si vous êtes dans ce cas, et si la poudre n’est pas retournée à Montréal, je pense qu'il seroit bon d'en laisser une partie à Longueuil.

La flotte n’a avancé, hier, que d’un demi-quart de lieue, le vent étant trop près.

. Je n’ai jamais compté faire exécuter plus d’un Canadien lorsqu'il en sera arrêté plusieurs; ce seroit une boucherie,

P.S.— Je désirerois que M. l’intendant me fit

passer quatre cents paires de souliers tannés, je vous supplie de lui en parler.

Une fois l'ennemi vis-à-vis de l'Ile de Montréal, il y a apparence qu'il s'arrêtera pour essayer un débarquement et rester au sud en présence. Dois-je traverser à l’île de Montréal ? Aurai-je des bâtiments pour cela ?

À Saint-Ours, le 26 août 1760, à 6 heures du soir.

J’ai recu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, ce matin, et je me dispose à partir cette nuit pour exécuter vos ordres. Je laisserai ici M. de Rennepont, avec cinquante soldats de Languedoc et cent cinquante Canadiens, plus M. de Troron (?), avec le piquet du bataillon de Berry, qui est à l’Ile-aux-Noix; 1l observera la flotte angloise.

Elle appareille actuellement ; mais le vent est foible,

J’ai eu l'honneur de vous rendre compte que j’avois envoyé à Chambly, il y a huit jours, cent cinquante quintaux de farine, comme vous me l'aviez mandé.

J’y ai aussi envoyé la plus grande partie de mes. bateaux. Je pense qu'on donnera des ordres pour mettre cette farine en sûreté.

À Longueuil, ce 27 août, à 4 heures après-midi.

J'arrive dans le moment, mon cher général, suivi de quelques grenadiers et volontaires.

Une partie de mes petits bataillons arrivera ce soir. J’en ai laissé cent hommes à Varennes pour garder pe vivres qui seront évacués cette nuit,

J’ai laissé cinquante hommes à Boucherville pour garder cette paroisse, avec les habitants qui s’y trouvent.

Il m'a paru que si les Anglois mouilloient, comme ils le peuvent, entre l’île de Montréal et les îles de Boucherville, ce village pourroit être brûlé aisément,

M. de Rennepont, qui avoit ordre de suivre la flotte, aura eu de la peine à le faire ; elle marchoiït bien vite, ce matin. Je lai perdue de vue derrière les îles de Varennes. Je ne sais où ils sont à présent ; je comptois les apercevoir dans le chenal de la Longue-Pointe.

Ma position, ici, ne me paroît pas trop appuyée ; je ne puis empêcher les Anglois de débarquer au-dessous de moi, où ils voudront ; et, s’ils marchent ensuite, étant si supérieurs, je serai forcé de me replier sur Laprairie, et là je ne sais ce que j'y ferai, ni si jy trouverai de l'appui.

J'espère que vous aurez la bonté de me mander pourquoi je suis 1ci, et ce que j'y dois faire,

P. 5. — Pardon de mon griffonnage; mais je suis excessivement fatigué, et les troupes aussi; elles ont fait dix lieues sans s'arrêter.

À Longueuil, le 27 août 1760, au soir.

11 me paroît impossible, mon cher général, de placer des troupes depuis Boucherville jusqu’à Longueuil, d’une facon passable, à moins d’en avoir beaucoup plus que j'en ai. Il y a deux lieues très fortes, selon moi.

J'en ai bien gardé autant vers Sorel; mais 1l y avoit des bois mêlés de déserts, et nul objet de l'ennemi pour débarquer. Ici, s’il veut joindre le corps de l’Ile-aux- Noix, il cherchera à se rendre maître de la terre du sud, et il me sera impossible d'empêcher le débarque-

ment dans une étendue si immense. (Cependant, pour me conformer à vos instructions, J'eusse laissé la tête de mes troupes à Boucherville, et je me serois allongé de mon mieux vers Longueuil, si vous m'aviez mandé de me rendre à Longueuil. Actuellement, j'occupe le fort de Longueuil avec la plus grande partie de ce que j'ai ici, et je m’allonge vers le passage des Ormes.

Il est trop tard, et les troupes sont trop fatiguées pour changer aujourd'hui. J’ai deux cent cinquante hommes qui observent la flotte ; j'espère qu'ils joindront demain. J’en placerai cent à Boucherville, et le reste voltigera d'ici là.

J’ai apercu la tête de la flotte, avec une lunette; elle m'a paru être entre les îles de Varennes et la pointe de île de Montréal. Un des officiers que j'ai laissé à Varennes me fait dire que la frégate s’est échouée sous voiles, vis-à-vis Varennes, et que tout a mouillé. Je la juge relevée depuis, et je crois que tout a appareillé, mais n'a pas fait grand chemin.

Voulez-vous bien me mander si j'ai à craindre pour mes derrières ?

P. $. — J'ai amené cinquante bœufs de Maska et de Saint-Ours. Seulement je n’ai rien levé dans toutes les paroisses en deca. J'ai laissé les deux où j'ai levé, encore assez approvisionnées, et j'ai vécu vinot jours. Vous verrez qu'on n’est pas fort au fait des ressources.

A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL À Longueuil, le 28 août 1760.

Je recois les deux lettres que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire aujourd'hui, et je fais partir six charrettes pour Chambly.

A l'égard de l’état du monde à faire passer, j'ignore ce que c’est ni où ce monde doit passer. Je ne sais non plus à quoi sont destinés ces canots d’écorce.

M. le chevalier de Lévis m'’ordonna, avant-hier, de quitter la flotte et de venir sur le champ à Longueuil, ne laissant que deux ou .trois cents hommes pour lobserver. J'arrive à tire d’aile, et il me mande alors qu'il faudroit avoir laissé la plus grande partie de mon détachement à Boucherville, et que ma besogne est d'empêcher que M. Murray ne débarque au sud. En conséquence, sans donner le temps aux troupes de se reposer, Je fais repartir cent hommes pour joindre à deux cents, qui observent à Varennes; j'envoie cent hommes entre Boucherville et Longueuil, et j'allois faire repartir encore une partie de ce qui me reste pour aller à Boucherville, joindre cinquante soldats qui y sont déjà; votre lettre m'arrête, Je ne sais si votre intention est de rappeler ce détachement, et je reste ici avec plus de la moitié pour être à portée de le faire. Les souliers tannés ne seront donnés que par mon ordre. Il faudra bien en donner aux miliciens qui sont partis de chez eux nu-pieds, et ne peuvent marcher longtemps sans s’estropier.

L'observation du sieur Dussault est juste; je n'ai Jamais pensé que les Anglois passeroient par le chenal

de Boucherville. Ils mouilleront à la première marche entre la Longue-Pointe et l’île Saint-Hélène; mais ils n’en sont que plus à portée de faire leur débarquement à la côte du sud, parce que les îles cachent leur manœuvre, qu’ils ont quatre chenaux pour les traverser, et que d’ailleurs ils peuvent doubler le haut des îles.

La: preuve que les îles ne peuvent les arrêter, est la descente qu’ils ont faite cette nuit. Les deux cent cinquante hommes chargés d'observer n’ont pu garnir tout, et il est impossible que cela n'arrive souvent.

Il seroit très essentiel d’avoir quelques fusils. J'ai une douzaine de soldats désarmés ou de tambours sans caisses, auxquels il seroit bon de donner des armes.

À Longueuil, le 28 août 1760.

J’appréhende, mon cher général, de n’avoir pas l’honneur de vous voir aujourd’hui. On m'a dit que vous n’aviez pu partir qu’à huit heures pour la pointe de l’île.

J'ai parcouru, ce matin, les environs de Boucherville. et le chemin d'ici là, Tant que la flotte angloise sera mouillée où elle est, il est aisé d'empêcher que l’on débarque entre Boucherville et Longueuil ; mais une fois. placée entre la Longue-Pointe et l’île Sainte-Hélène, 1l est impossible de s’opposer à aucun débarquement, et 1k est facile partout ; la plus belle grève du monde et un terrain immense.

J’ai placé M. de Rennepont à Varennes avec deux cents hommes pour observer la flotte. J’y ai joint les volontaires. Entre Boucherville et Longueuil, deux

compagnies de grenadiers et les habitants de la côte. A Boucherville cinquante hommes,

Je reste ici avec le fond des bataillons et leurs milices.

J'attends avec impatience d’avoir l'honneur de vous Voir.

À Longueuil, le 29 août 1760.

M. Du Roquan, mon cher général, se trouve sans souliers et est hors d'état de marcher. Il ne peut se servir de souliers tannés, quoique bon marcheur.

Vous lui feriez grand plaisir si vous pouviez lui faire fournir une paire de souliers françois. On ne peut en trouver à Montréal pour de l'argent, et ses jambes sont cependant fort utiles. C’est un très bon officier.

A Longueuil, le 29 août 1760, après-midi.

J’ai été voir le passage, mon cher général; il n’y a encore que onze canots d’écorce. Les gens qui les ont amenés disent qu’ils n’en doivent fournir que vingtquatre. Je n'aurai que six ou sept bâtiments; ainsi je ne puis faire passer à la fois que la moitié de mon déta chement.

Il me faudroit encore une vingtaine de bateaux, sans quoi je serai obligé de me retirer plus vite et ne pourrai risquer la moindre fusillade. Il faut deux bonnes heures pour passer et ramener les bateaux. Vous voyez bien dans quelle presse pourroient se trouver les derniers.

J’aurois besoin d’un peu de brai et d’étoupe pour les six ou sept bateaux que j'ai ici. On pourroit en envoyer

par le retour des gens qui mènent les canots. On à pris un de mes bateaux pour passer les malades; Je vous supplie de donner ordre qu’il revienne,

Je joins ici une note que m'a remise M. Duparquet.

Vinot-quatre canots à vingt ou vingt-cinq hommes chaque, font cinq ou six cents hommes au plus; dans six bâtiments, cent quatre-vingts hommes ou deux cents au plus. C’est beaucoup si je passe huit cents hommes à la fois.

J'ai appris de Laprairie que M. de Roquemaure avoit donné ordre d’y faire faire tout le pain que l’on pourroit. On croit qu'il va bientôt y revenir. C’est M. de Blainville qui m’écrit,

A Longueuil, le 29 août 1760, au soir.

Vous avez bien raison, mon cher général, d’être plus inquiet du passage de M. de Roquemaure que du mien; il n’y a pas de comparaison. Vingt-six bateaux le passeront tout au plus en trois voyages, et c’est l'affaire d’un jour entier. Pourquoi ne le feriez-vous pas descendre à Longueuil par terre, ainsi que ses bateaux ?

Quoique lembarquement ne soit pas beau, on peut ‘s'étendre à une ou deux maisons plus haut que l’Espérance. D'ailleurs, en nous réunissant, si l’ennemi nous suit, la confiance renoît dans les esprits et la besogne est meilleure.

Si je passe en deux fois, ce ne sera pas à l’île Sainte- Hélène ; la traversée est difficile de chez l’Espérance. Ce sera à une petite île au-dessus de celle-là; assez bien placée pour mettre en dépôt les premiers passés. I] faudra, si l'ennemi me gêne à l’embarquement, don-

AU CHEVALIER DE LÉVIS hs

ner ordre à l’île Sainte-Hélène, de mettre de la mousqueterie sur une pointe qui commande le petit rapide, pour empêcher les Anglois de faire remonter quelques carcassières, ce que je crois difficile,

J'ai fait une réflexion effrayante. IL faut, dit-on, avoir recours à la récolte et faire battre pour vivre : mails, où faire battre si l’ennemi est maître de toutes les terres, ou s’il coupe les communications ?

‘île de Montréal même sera pour la plus grande partie en son pouvoir, lorsqu'il aura débarqué. Le grenier sera bien petit alors.

P. S. — J'apprends, par des miliciens venus de l’Ileaux-Noix, et que j'ai arrêtés ici, qu'il avoit passé aujourd'hui de Laprairie à Montréal, sept à huit bateaux chargés de monde; il est à craindre que les vingt-six bateaux sur lesquels on compte, ne s’en aillent ainsi.

L'officier m’avoit pourtant mandé qu'il arrêteroit tout le monde.

À Longueuil, le 30 août 1760, au soir.

J'apprends, mon cher général, par M. de Roquemaure, qu'il a abandonné Saint-Jean et brûlé ce matin : qu'il est derrière la rivière de Montréal; que les ennemis paroissent à la Savane et y mènent du canon; que je dois prendre garde à moi par le chemin de Chambly ; que sa position est mauvaise, et qu’il a peu de monde.

J’avois déjà posté une grand’earde sur le chemin de Chambly. Je vais placer mes volontaires À portée d'y faire des découvertes. J’ai cinquante hommes à Varennes, cinquante hommes à Boucherville, deux cent

cinquante hommes depuis Boucherville jusqu'ici, pour garder la côte; le reste est dans le fort, et depuis le fort jusqu’au passage.

Mandez-moi si je dois passer lorsque M. de Roquemaure sera à Laprairie ; il ne tardera pas à y être ; si je dois attendre les ennemis au débouché du chemin de Longueuil , s'ils sy présentent. Je pense que si cela étoit, je ne serois pas bastant ; il est vrai que M. de Roquemaure pourroit me joindre. mais la flotte ?

En un mot, vos ordres pour ce que je dois faire, M. de Roquemaure étant à Laprairie, ou l'ennemi pénétrant par Je chemin de Chambly à Longueuil.

On vous dira que ce dernier chemin n’est pas praticable. Fausseté fondée sur l'intérêt des jésuites, qui vouloient faire un chemin dans la savane. Il n’y à que quatre lieues de Chambly à Longueuil, et, dans l'état où est le chemin, les gens de pied y peuvent passer. Si M. Amherst savoit cela, et que sa flotte ne pût monter jusqu’à Laprairie, il seroit fou de ne pas pénétrer par là Il la joindroit demain matin, s’il vouloit.

ee

A Longueuil, le 30 août 1760.

Il me manque, mon cher général, cinq soldats des deux bataillons, ou passés à l'ennemi, ou cachés dans les bois.

Un soldat de la Sarre est soupconné d’avoir été chez sa femme à l’île Jésus, J’envoie un sergent le chercher; je voudrois en faire un exemple. J’ai renouvelé fréquemment la défense de s’écarter, et j'ai annoncé que tout soldat qui s’éloigneroit d’une demi-lieue, seroït

regardé comme un déserteur. Voyez ce que vous voulez que je fasse.

Un tambour de la Sarre déserta, cet hiver, du piquet de Jacques-Cartier. On dit qu'il a été arrêté et qu’il est dans les prisons de Montréal. Si cela est, M. Duparquet demande qu’on-le lui envoie pour en faire justice.

J’envoie à Montréal un soldat de Béarn, arrêté ici, qui a passé le fleuve sans permission pour aller voir sa femme. Incessamment, les Canadiens donneront lexemple de la stabilité ; cependant j'en ai déjà arrêtés 11 une vingtaine, venus de l’Ile-aux-Noix, qui alloient chez eux pour chercher des vivres. Cette raison, très édifiante, ne m'a pas séduit, et je les garderai si je puis, jusqu’à ce que j'aie occasion de rendre à chacun ce qui lui appartient. A propos de cela, M. de Fouilhac n’a pas joint.

J’ai répandu dans les côtes de Longueuil et de Boucherville un grand nombre de Canadiens pour battre ; mais les propriétaires ne sont pas pressés de faire battre, et les travailleurs sont très fainéants.

J’ai envoyé faire une levée de bœufs dans les côtes d’en bas. Je continuerai à épuiser le sud, tant que les Anglois le trouveront bon.

P. S.— Il n’y a que dix-neuf bateaux à Laprairie,

Lettre de M. de Bourlamaque à M. le marquis de Vaudreuil.

À Longueuil, le 31 août 1760, au matin.

J’envoie à Montréal M. de Revillasse (sic), capitaine au régiment de Berry, malade. J’ai donné ordre aux

hommes qui le conduisent de ramener un bateau qui servit, avant-hier, au transport de quelques malades, et n’est point revenu. Je vous supplie de permettre qu'ils en prennent un pour le remplacer.

L'on m’a dit qu'il y avoit plusieurs bateaux dans le passage de Repentigny. S’il étoit possible de les faire montér à Montréal, ils seroient fort utiles pour la communication, Il y en à un aux environs de la Longue- Pointe, que l’on a vu hier et qui est en état.

J’ai vu un ordre de vous, Monsieur, au capitaine de Longueuil, pour renvoyer à Chambly tous les Canadiens qui ont quitté le détachement de M. de Bougainville. J’ai cru devoir changer cette disposition, et je lui ai dit de les envoyer par Laprairie au-devant de M. de Roquemaure. Le chemin de Chambly les exposeroit à être enlevés en détail.

J'apprends dans le moment que les Anglois ont débarqué à Varennes en très grand nombre ; ils pillent et ravagent les maisons, Cinquante hommes que M. le chevalier de Lévis m’avoit ordonné d’y laisser, paroissent avoir été coupés ; car on n’a point de nouvelles de M. de Calan, capitaine au régiment de Languedoc, qui les commandoit. La nouvelle est venue par le capitaine de la côte ; il prétend que les Anglois s’y établissent.

J’ai mandé aux troupes que j'ai vers Boucherville, d'aller en découverte de ces côtés.

P, S. — J'apprends que.le débarquement des Anglois. à Varennes est général

À Boucherville, le 31 août 1760.

Les Anglois, mon cher générak ont débarqué, ce matin, à Varennes, un peu avant le jour, Comme ils ont mis à terre à plusieurs endroits à la fois, M. de Calan n’a pu les empêcher de débarquer. Il s’est sauvé dans le bois. Quelques soldats de son détachement qui arrivent disent que les Anglois étoient au nombre de cinq cents hommes. Depuis ce moment, ils ont continuellement fait arriver des chaloupes à terre ; plusieurs retournent. Le va-et-vient est continuel. Je n'ai pu voir ce qu'ils débarquoient parce que leur mouvement se fait derrière le cap et l'église de Varennes.

J’ai cent habitants du pays en avant qui fusillent avec les troupes avancées, des découvreurs dans le bois pour m'assurer de cette partie, où ils pourroient pénétrer. Je n'ose m'avancer vers Varennes, parce qu’ils pourroient, en m'amusant là, pousser des troupes au-dessus de leur flotte et prendre poste à Longueuil, D'ailleurs, 1l ne me seroit pas possible de les forcer à Varennes, ils y sont sans doute bien arrangés; on leur a vu créneler les maisons,

S'ils marchent à moi, je me replierai à Longueuil, et ferai bonne contenance, lorsque j'y serai rassemblé, pour faire mon embarquement en ordre.

À Longueuil, le ler septembre 1760.

Je dois, mon cher, général, vous rendre compte que les soldats des deux bataillons que j'ai ici, désertent journellement. Depuis l'évacuation de Saint-Jean, il en est parti cinq de la Sarre et trois de Berry. Les

officiers disent que la plupart des soldats ont résolu de ne pas retourner en France,

A l'égard des Canadiens, la désertion va son train. Il s’en est échappé trente ce matin d’une même paroisse ; il en manque bien autant depuis hier sur toutes les autres.

J’aï commandé quarante miliciens, ce matin, pour battre des orains ; ils ont refusé nettement de le faire, et ont menacé de déserter tous,

J'écris à M. de Roquemaure et le prie d’engager des sauvages à arrêter les soldats qu’ils rencontreront dans leurs découvertes, passant à l'ennemi. Je souhaite qu’ils me procurent les moyens d’en faire un exemple,

Rien de plus facile aux déserteurs que de se rendre à Saint-Jean ; il passe journellement, par le bois, des milièiens qui viennent de chez Jacot. Le chemin de Chambly à Longueuil est mauvais ; il en est venu cependant une femme, ce matin, portant un très gros paquet.

La position des Anglois à Varennes va me faire perdre tous les miliciens du sud, qui étoient au nombre de deux cents, et sont actuellement cent trente,

Je vous serois bien obligé si vous pouviez m'envoyer un peu de papier. Je n’en ai pas d'autre que celui-ci, et 1l n’est pas praticable. |

Je recois, dans le moment, les deux lettres que je joins ici. L'une est de M. de Rennepont, qui a environ cent vingt hommes à Boucherville et observe les ennemis ; l’autre est de M. Desplaines, que je ne connois pas.

P. S. — Le porteur de ma lettre est celui qui a été en découverte au-dessous de Varennes.

OS

À Longueuil, le ler septembre 1760.

Les Anglois, mon cher général, sont encore à Varennes, dans la même posture qu'hier. Ils m'ont paru avoir le même nombre de bateaux de ce côté-ci du cap. Nul mouvement d’ailleurs. Lorsque les navires ont appareillé, ils ne m'ont paru rien changer à leurs dispositions. Ils remuërent de la terre, hier après-midi. Cet ouvrage ne paroît pas augmenté ce matin, Un homme dit avoir vu le détachement de M. de Calan dans les profondeurs ; je lui ai envoyé un guide; on le croit tué.

Quel mouvement doit faire M. de Roquemaure, s1 la flotte approche Longueuil ? Viendra-t-il me joindre ou passerons-nous tous deux tout de suite ?

Sans doute vous êtes assuré que l’armée de M. le chevalier de La Corne empêchera les Anglois de tomber à l’improviste sur l’île de Montréal ; sans quoi l’embarquement à Laprairie ne seroit pas sûr. :

P. S. — Quoique la flotte monte, je reste dans la même position; s'ils débarquent entre Longueuil et Boucherville et que je ne puisse l'empêcher, je replierai sur Longueuil ce qui ne sera pas coupé, et J'enverrai dire à M. de Roquemaure de me joindre. |

D'ailleurs, je tâcherai de me maintenir Jusqu'à ce que Jj'ale recu des ordres.

Ce 2 septembre 1760.

J'ai l'honneur de vous envoyer, mon cher général, une lettre que je recois de M. de Vaudreuil.

Celle que j'avois eu celui de vous écrire ce matin a

été remise chez vous. Je vous y rendois compte de la désertion de quatorze grenadiers des deux compagnies. J'attends vos ordres que m’annonce M. de Vaudreuil.

P. 5. — La frégate, un gros vaisseau, deux goélettes et nombre de bateaux de débarquement ou carcassières, sont mouillés fort en decà de la Longue-Pointe.

en

À Longueuil, le 2 septembre 1760.

Les Anglois, Monsieur, ont paru, hier au soir et cette nuit, faire passer beaucoup de monde à Varennes, et les découvreurs assuroient que toutes les troupes angloises y avoient débarqué. Il n’a paru cependant encore aucun mouvement de leur part, ce matin, dans cette partie. Je ne crois pas cependant que nous soyons longtemps maîtres de Boucherville,

Quatorze grenadiers ont déserté cette nuit des deux compagnies; mauvais exemple pour les autres: quelques soldats l'ont déjà suivi, et les officiers assurent tous qu'il y en à un grand nombre dans les mêmes. dispositions. J'ai regret à ces grenadiers, c’est la seule troupe sur laquelle je comptois. On dit qu’il en manque vingt de la compagnie de Guyenne, et beaucoup aussi des autres; je ne sais si cela est vrai. |

On ignore si ces grenadiers ont passé à l'ennemi, ou s'ils ont été chez leurs hôtes ; plusieurs sont mariés. A tout hasard je vous envoie leurs noms et celui de leur demeure ; il seroit bon d’en arrêter quelques-uns.

P. S. — La maraude se joint à la désertion; je viens de faire passer par les verges, mais il faudroit bientôt fouetter toute la troupe.

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