‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 4)Chapitre 3 sur 19 · SL · texte numérisé non relu

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A l’Ile-aux-Noix, le 5 octobre 1759,

J'ai recu, mon cher général, la lettre que vous n'avez fait l'honneur de m'écrire le 29, et j'exécuterai vos ordres à l'égard de la revue et de l’état des grâces que vous me demandez.

Je ne concois pas comment les Anglois peuvent éluder Particle 27 du cartel à l'égard des blessés qui n'ont pas été faits prisonniers sur le champ de bataille. Quand ils voudroient s'appuyer sur le mot malades, qui est dans cet article, la distinction des blessés qui doivent être prisonniers, et des blessés qui ne doivent pas être prisonniers, établie par l’article 26, lève toute dfhiculté,

Je vous supplie de me mander s’il y aura moyen de faire passer des lettres en France, et par où.

À l’écard du quartier d'hiver, M. de Vaudreuil me mande qu'il me laisse le maître de choisir entre Chambly et Laprairie pour passer l'hiver, ayant la bonté de me continuer le commandement de la frontière,

Je désirerois fort que ma santé me permit de m'en charger; mais il m'est impossible de le faire. Si je n’eusse pas cru que l’armée angloise fera un mouvement avant la fin de la campagne, j'aurois déjà remis à M. de Roquemaure le commandement de lIle-aux- Noix. Ma santé est tellement épuisée par les fatigues de l'été, à la suite d’une maladie de huit mois, que j'ai besoin de remèdes continuels, de beaucoup de repos et de régime. Ma fièvre, depuis que les froids ont commencé, devient plus fréquente. Il m'est survenu, d’ailleurs, un très grand mal de poitrine et un renouvellement d'asthme qui m'annoncent un hiver bien fàcheux. |

J'espère, mon général, que ni vous ni M. de Vaudreuil n’attribuerez à défaut de volonté la nécessité où je suis d’hiverner en ville, et de ne m'occuper que de ma santé,

Je serois d’ailleurs fort inutile à la côte. Il n’y a pas d'apparence que je sois en état de faire aucune marche en hiver, pas même ia plus petite, une partie de ma maladie étant une foiblesse inconcevable, et qui a beaucoup augmenté depuis le mauvais temps. Si les forces me revenoient, la distance de Montréal à Laprairie est si petite, que jy serois avant que les troupes eussent pu faire aucun mouvement pour se porter en avant.

J’achèverai la campagne si je le puis, et comme Je le pourrai, et je serai bien content de moi si je puis aller jusqu’au bout.

François - Charles de Bourlamaque, brigadier des armées du Roi, commandant à l’Ile-aux-Noix.

À l’Ile-aux-Noix, le 7 octobre 1759.

Il est ordonné à Saint-Louis, sergent du régiment de la Reine, de partir aujourd’hui avec deux sergents du régiment de Berry, ‘un sergent de la marine, un canonnier et vingt domestiques de ce camp, pour aller à Québec retirer les effets appartenant aux officiers des troupes de terre et de la marine qui sont à l’Ile-aux-Noix.

Il se rendra le plus diligemment qu'il pourra dans un bateau jusqu'aux Trois-Rivières, où étant, il prendra les ordres de M. de Longueuil pour continuer sa route jusqu’au camp de M. le chevalier de Lévis, qui lui ordonnera ce qu'il aura à faire.

Il veillera, avec les deux sergents de Berry, à la conduite des domestiques qui sont avec lui, et fera punir et arrêter ceux qui ne se conduiront pas convenablement. |

À l’Ie-aux-Noix, le 7 octobre 1759.

Il est étonnant, mon cher général, que vous n’ayez pas recu de mes nouvelles, ayant eu l'honneur de vous écrire quatre fois depuis quinze jours.

Vous aurez su la destruction du village de Saint- Francois. Ce n’est pas faute que les sauvages n'aient été avertis. J’ai donné avis de la marche des Anglois à M. de Rigaud par deux courriers différents, et j'en ai envoyé, moi-même, un au missionnaire de ce village. J’ai trois cent cinquante hommes dans la baie, qui attendent le retour du détachement.

A l'égard des postes d'hiver, je fais entourer de pieux le fort de Chambly comme celui de Saint-Jean. L'on a commencé depuis peu de jours celui de lIle-aux-Noix, ouvrage immense qui finira quand il pourra. Les retranchements d'été sont presque entièrement finis. Je manque de charpentiers et de bûcheurs, et j'en ai demandés à M. de Vaudreuil.

J’ai été tellement occupé depuis la réception de votre lettre du 29, que je n’ai encore pu faire la revue des bataillons. Je compte avoir l’honneur de vous l’adresser dans peu de jours.

Sans doute vous règlerez les quartiers des trois bataïllons qui sont ici, sinon je placerai la Reine à Chambly, l'état-major dans le fort, pour y commander ;

Dé) LETTRES DE M. DE BOURLAMAQUE

Berry dans la grande côte, de Laprairie à Verchères. J’ignore encore à qui M. de Vaudreuil destine le commandement de Saint-Jean et de l’Ile-aux-Noix. Je lai prié de m'en instruire.

Je fais partir aujourd’hui des sergents et des domestiques, pour aller à Québec retirer les effets des officiers. Presque tous les soldats y ont aussi, ou dans la côte, des équipages. ‘ Je n’ai pas osé en détacher un seul dans la circonstance où nous sommes.

Arnoux demanderoit d'aller, à la fin de la campagne, faire un tour à l’Hôpital-Général pour retirer des remèdes qui lui manquent, Mandez-moi, je vous. supplie, si la chose est possible. |

Le nommé Guichot, commis des magasins, très bon sujet et fort utile, a sa femme à Québec. Il désireroit: que vous la redemandiez, et m’a prié d’avoir l’honneur de vous en écrire. Le nommé Dufau, écrivain d’artillerie, demande aussi la sienne.

Les officiers de la marine qui sont ici, n'envoient point de domestiques; ils ignorent où sont leurs effets. Is écrivent à leurs femmes qui adresseront à quelque officier de la marine de votre armée, l’état de leurs effets. Un sergent de la marine part pour prendre cet. état de ceux à qui il sera adressé, et pour aller à Québec avec ceux des troupes de terre.

Il part aussi un canonnier.

J’envoie aussi un domestique à moi. Je yous supplie de lui donner un billet pour avoir sa femme qui est à Québec, s'il veut la faire monter.

Etat des sergents et domestiques détachés cle l’Ile-aux-Noix.

La Reine, un sergent, cinq domestiques; Berry, deux sergents, quinze domestiques, y compris celui de Cadillac, parti devant ; la marine, un. «

Plus trois femmes du régiment de Berry, et un domestique de M. de Bourlamaque et un canonnier.

(Sans signature)

A l’Ile-aux-Noix, le 10 octobre 1759.

J’ai l'honneur de vous envoyer, mon cher général, l’état des grâces, celui des emplois vacants et la revue des trois bataillons qui sont ici. La Reine est complet en officiers. Il restera encore dans Berry des souslieutenances vacantes, M. de Trivio ne proposant que deux sujets. Je l'ai décidé à nommer à l’enseigne du sieur de Chambaran, duquel j'ai déjà eu l'honneur de vous rendre compte, et qui ne doit plus être regardé comme officier.

Sur la revue, j'ai admis un homme de gratification par compagnie dans la Reine, et vingt-sept en tout dans Berry. C’est ainsi que l’avoit décidé M. de Montcalm. Il faisoit passer de plus, deux hommes. dans la Reine et deux dans Berry pour les Rochettes ; je ne les ai point admis, et vous les y ajouterez, si vous le jugez à propos.

L'état des grâces est nombreux, tous les officiers sont persuadés que si M. de Montcalm avoit demandé, l’année dernière, un plus grand nombre de grâces, il les

auroit obtenues. Il est vrai aussi que trois bataillons n'ont pas été traités aussi avantageusement que les autres. |

Vous verrez que je propose des gratifications pour tous ceux qui ont passé l’hiver à Carillon, ou qui y ont été pendant les quatre jours de siège. Je crois qu'il faut quelque distinction à ceux qui ont plus servi que les autres. Au reste, j'ai l'honneur de vous proposer, et vous demanderez ce que vous jugerez convenable.

Wolff, passé en 1755, comme partisan, a bien servi pendant cinq campagnes et n’a encore rien eu. Je lui ai donné, cet été, une compagnie de volontaires; je vous supplie de lui procurer la commission de capitaine. C’est un bon sujet qui pourra servir très utilement pour la petite guerre. Brave homme, vigoureux et intelligent plus qu’il ne le paroît.

Je joins ici, pour vous seul, si vous le voulez bien, un état des grâces que je crois les plus justes et auxquelles, je vous supplie, de vous intéresser d'avantage. Vous verrez aisément que je ne donne la préférence qu'aux bons. D’Hébécourt sur toutes choses, Lou vicourt, Bartouille et Wolff. D’Hébécourt désire fort le brevet ; mais, si la chose ne peut réussir, il voudroit au moins une pension, et c’est bien juste.

Je joins à l’état des grâces les raisons qui m'ont paru devoir être présentées ; vous en ferez l’usage que vous jugerez à propos.

Je ne dis rien à l’article de Roquemaure. L’injustice est manifeste. D'ailleurs vous n'avez pas besoin, je pense, de notes sur son compte.

J’ai proposé pour la croix de Saint-Louis plus de sujets que la cour n’en admettra et, peut-être, que vous n’en demanderez ; mais 1ls sont plusieurs en concurrence pour les services et le rang. J'ai cru devoir vous présenter leurs services exactement, et de tous ceux qui y prétendent; vous jugerez. D'ailleurs, je pense que vous recevrez bien des lettres à ce sujet.

Le sieur Vaudarant, sous-lieutenant dans Berry, vous demande une lieutenance dans quelqu'un des autres bataillons, pour le mettre à l’abri de la réforme, Il est fils d’un aide-major des Invalides, ci-devant officier dans Artois. Obligé de quitter, pour un travers de son père, recretté dans ce régiment, passe sergent dans Berry, fait officier l’année dernière, excellent sujet.

Le sieur Dumesnil demande la croix de Saint-Loui:; et, comme vous verrez, est le plus ancien de service. Mais, comme il a servi dans la milice et qu'il est tel que vous le connaissez, il seroit fâcheux. qu'il fit tort aux autres qui sont très bons sujets. Je désirerois fort que De Laas et d’Asserat pussent être admis.

A l'égard des pensions que je demande pour les premiers capitaines, c’est en conséquence d’une lettre de M. de Montcalm, qui mande que les premiers factionnaires auront la pension après cette campagne.

Je demande une pension pour d'Hert, attendu le détail de ce camp qu'il a fait pendant la campagne, et ses anciens services.

J’ignore ce que vous ferez pour M. de Saint-Félx, capitaine au régiment de Berry ; à tout hasard, je joins ici l’état de ses services.

M. de Montcalm, dans la revue faite, l’année dernière, au régiment de Berry, comprit dans le nombre des présents les prisonniers de guerre et plusieurs hommes désertés dans les côtes. Je n’y ai compris que les effectifs, et J'ai ajouté séparément les hommes de gratification.

Il ne me reste plus, mon cher général, qu’à vous recommander ce petit corps de troupes, qui étoit-inconsolable d’être séparé de la grande armée, avant l'affaire du 13, quoique M. de Montcalm eût promis de les traiter exactement comme ceux qui servoient avec lui. Ils espèrent, ainsi que moï, que vous voudrez bien n’y point mettre de différence. Notre besogne n’a pas été brillante, mais elle a été utile ; et nous ne demandons pas pas mieux que d’avoir, avant la fin de la campagne, des services à rendre d’un genre plus éclatant, En mon particulier, je suis très content de ces bataillons. en général, et des officiers en particulier; et, si je croyois que vous eussiez besoin d’être sollicité pour faire du bien aux troupes, je vous importunerois plus Jlongtemps en faveur de celles-ci. Je n’ajoute qu'un mot, c’est que, quoique notre campagne ne vous ait coûté aucun officier, n’ayant point eu d'action, il seroit. à désirer qu’elle eût été aussi heureuse sur toutes les. frontières,

Pour ce qui me regarde, votre suffrage m'est trop nécessaire pour ne pas vous prier de faire valoir mes services. J’ai fait de mon mieux, et je me trouve heureux si Je finis cette besogne comme je l’ai commencée. J'espère que vous voudrez bien me rendre le service de parler de moi aux ministres, d’une facon

avantageuse. C’est tout ce qu'il me faut pour parvenir à donner de moi quelque opinion et, après les grâces que j'ai eues dans ce pays-ci, il ne me manquera rien si l’on me croit propre à quelque chose.

P. S. — Vous avez les sieurs de Chambaran et Mercy, sous-lieutenants de Berry, à renvoyer en France, J'attendrai vos ordres pour les faire partir, l’un de Saint- Jean, où il est en prison, «et l’autre du camp. Le sieur de la Sorbière demande aussi à partir. Pauvre sujet!

M. de Vaudreuil m'a mandé que je pouvois faire mes lettres pour France; mais 1l ne m'a pas voulu mander par quelle voie 1l éerivoit. Cela est pourtant nécessaire à savoir pour la manière d'écrire,

A l’Ile-aux-Noix, le 17 octobre 1759.

Je n'ai pas eu, mon cher général, un instant à moi pour vous rendre compte, jusqu’à aujourdhui, du mouvement de l’armée angloise. Elle est partie de Saint- Frédéric le 11, au nombre de dix, onze ou douze mille hommes, précédée d’une ‘avant - garde de soixante bateaux ou berges, d’un brigantin, de vingt pièces de canons de 18, d’un senau aussi fort que notre goélette, et de plusieurs bateaux armés de eros canons; un seul en porte six de 24.

Nos chébees ont été surpris, sans doute, et n’ont point vu passer cette avant-oarde. Ils étoient à leur poste ordinaire, près des îles Aux-quatre-Vents, quoique Jeusse mandé au commandant que, pour peu qu'il craignît d’être coupé, il eut à rapprocher sa croisière et sa station, parce que l'essentiel étoit d'entrer dans la rivière avant les Anglois.

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La goélette étoit placée à la pointe de la Grosse-Ile pour garder le passage de la baie de Missiscoui, Le 12, au point du jour, elle fut accueillie par le brigantin et. le senau. Le premier lui donna la chasse et alloit la. prendre, lorsqu'il s’'échoua. La goélette se réfugia dans. le fond de la baie de Missiscoui. LR

Les chébecs, que le brigantin n’avoit pas vus, étoient: aux prises avec les berges et en avoient enlevé une, lorsque le vent manqua tout à coup, puis vint nord-est. Le brigantin déchoué en profita pour retourner sur les chébecs.

A l'entrée de la nuit, M. de Laubara, après avoir vu le corps de l’armée angloise près des îles Aux-quatre- Vents, se réfugia dans l’anse des Tsonnonthouans, où il coula bas ses trois bâtiments, et se mit en marche le 13 au matin, par le bois, ayant précédemment dépêché deux chaloupes pour m’avertir de la marche des. ennemis et du rapport des prisonniers,

Le vent du nord-est qui a duré trois jours avec violence, à empêché cette armée de s'approcher d'ici ; elle a pu marcher depuis hier matin, et je la crois bien près de la rivière.

La goélette, sortie par le nord-est de la baie de Missiscout, est vis-à-vis l’extrémité de l’île laMothe, près de la côte du nord, et attend inutilement depuis trois jours un vent de sud-ouest, le seul qui puisse la faire marcher. Il y a à parier dix contre un qu’elle est prise ou brûlée à présent. La perte de ces bâtiments est un grand malheur pour la défense de la rivière.

J'ai demandé des secours à M. de Vaudreuil, ayant: trop peu de monde pour espérer garder cette frontière.

J'ignore ce qu’il m'enverra. Mes retranchements sont finis depuis quelque temps, et j'étois après le fort d'hiver, tout est suspendu; il faut songer au plus pressé. 51 l’on est assez heureux pour repousser ou lasser l'ennemi, on fera comme on pourra.

Par le rapport des prisonniers, il paroît que M. Amberst s’est consulté avec M. Gage, pour agir en même temps. %

La saison est avancée; malheureusement il fait sec depuis longtemps, et le plus beau temps du monde, quoique froid depuis peu de jours.

Je ne sais pas où l'ennemi veut venir. Quelques prisonniers, partis il y a trois semaines, de Saint-Frédéric, pour aller sur les Rapides, et pris au retour, parlent d’un camp du passage à la pointe aux Fers ; mais il peut y avoir des corps détachés sur d’autres côtés.

Montréal est dans la consternation, et je crains fort que cet abattement n'empêche les miliciens de marcher. Nous avons tôus envie de bien faire. J'ai pris toutes les précautions que le temps, le peu de monde que Javois, et la nature du pays m'ont permis. Nous nous battrons de notre mieux ; arrivera ce qui pourra:

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