‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 5)Chapitre 3 sur 30 · PIERRE DE RIGAUD DE VAUDREUIL · texte numérisé non relu

PIERRE DE RIGAUD DE VAUDREUIL

Gouverneur et lieutenant général pour le Roi en toute la Nouvelle- France, terres et pays de la Louisiane

Nous ordonnons à M. le chevalier de Lévis, brigadier des armées du Roi, de prendre le commandement de l’armée campée à Carillon et dans ses dépendances aux Beu et place et après le départ de M. le marquis de Montcalm, maréchal des camps et armées du Roi.

Enjoignons à M. de Lévis de se conformer aux ordres et instructions que nous avons remis à M. le marquis de Montcalm concernant le dit commandement et en outre aux articles que M. de Montcalm trouvera à propos d'ajouter aux dites instructions, suivant que les

circonstances l’exigeront, V'AUDREUIL,

Fait à Montréal, le 10 juillet 1756.

A Montréal, le 26 juillet 1756.

J’ai recu avec plaisir les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire les 5 et 19 de ce mois.

M. de Montcalm, Monsieur, ne m'a point laissé ignorer la confiance qu’il avoit en vous pour vous bien acquitter du commandement de l’armée de Carillon, Celle que j'ai en lui, jointe au zèle et à l'expérience que vous avez, me persuade que je ne pouvois mieux le placer qu'entre vos mains. Il m’a communiqué les instructions qu’il a ajoutées à celles que je lui avois données, qu'il vous à remises. Je les trouve à tous égards conformes à mes intentions. Je ne doute pas que vous vous y conformiez autant que les circonstances le permettront.

Vos forces doivent avoir insensiblement augmenté par les recrues qui vous ont été envoyées de Québec. Elles ne sont pas éloignées du nombre de trois mille hommes que M. le marquis de Montcalm et vous, Monsieur, estimiez être suffisant pour vous mettre en état de remplir l'objet de la défensive; je travaille à les compléter jusqu’à environ trois mille cinq cents, jusqu’à ce que les circonstances me permettent de faire davantage.

Je fais passer à Carillon tout ce que vous demandez, tant pour la subsistance que pour les autres besoins du service.

Pour que les transports ne soient désormais susceptibles d'aucun retardement, Monsieur l’intendant s’est donné la peine d’aller lui-même à Saint-Jean, en passant

par Sorel, pour établir l’ordre nécessaire, afin qu’il ne se glisse plus aucun abus dans ces transports et qu'ils soient accélérés.

Vous trouverez ci-jointe, Monsieur, une lettre que M. le marquis de Montcalm vous écrit, Il m'en a fait part; mais, réflexion faite, je pense qu'il convient que vous n’annonciez point trop aux sauvages que vous voulez marcher à l’ennemi, parce qu’ils s’y attendroient et qu'ils ne seroient pas peu surpris de voir le contraire, Ces nations sont malaisées à mener et il est de notre politique de ne point chercher à les amuser par des projets que nous ne devons pas mettre à exécution. Vous ferez, Monsieur, ce que votre prudence vous suggérera suivant le bon effet que vous penserez que cela devra faire.

Le parti de M. de Saint-Martin n’a pas aussi bien réussi que je l’aurois espéré; mais je suis bien certain que cet officier a fait de son mieux. Votre attention pour le sauvage blessé dans cette action doit leur avoir fait plaisir. Je désire qu’ils ne tardent pas à marcher pour aller venger leur blessé.

Le parti de M. de Pécaudy de Contrecœur a mieux réussi. .J’ai interrogé séparément les deux prisonniers qu’il a faits; leurs réponses sont conformes à celles qu'ils vous ont faites. Nous n'apprenons par eux que ce que nous savions déjà, c’est-à-dire que le gros de leur armée est toujours campé en deca d’Albany. Nous sommes fondés à croire qu’elle ne sera pas de sitôt prête à vous aller attaquer. |

Je suis bien aise, Monsieur, que vous ayez vousmême visité les deux camps avancés et que vous ayez

donné vos ordres pour faire embarrasser les endroits où l'ennemi pourroit tenter son débarquement, |

Je sais qu'il est assez difficile de retenir les sauvages après qu'ils ont fait coup ; mais je suis dans la confiance que vous rendrez les vôtres constants.

Je m’acquitterai de la promesse que M. le chevalier de la Corne a faite à un chef népissing.

M. le marquis de Montcalm est parti du 23 de. ce mois de Lachine. Je vous ferai part des premières nouvelles que je recevrai de lui après son arrivée à sa destination.

M”° de Vaudreuil est très sensible à votre souvenir. Elle me charge de vous faire mille compliments de sa part. Faites, je vous prie, les miens à tous vos messieurs.

VAUDREUIL

P. $S. — Je compte, Monsieur, faire partir dans deux ou trois jours environ quatre cents hommes de milice. du gouvernement de Montréal. Vous pourrez les. employer à former divers partis, à la tête desquels vous mettrez des officiers de la colonie. Vous pourrez aussi en placer dans les camps avancés, selon que vous jugerez à propos pour le bien du service. …

J’envoie aussi tous les officiers de la colonie en état de servir.

À Montréal, le 26 juillet 1756.

Je recois dans le moment la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire par M. de Bleury, le 22 de ce MOIS.

Nous ne devons plus craindre que l’ennemi fasse aucun mouvement du côté de la rivière à la Loutre puisque M. Duplessis, qui l’a parcourue, n’a trouvé aucun vestige d'établissement de la part de l’Anglois, pas même aucune trace qui dénote que cette partie soit fréquentée.

Le rapport du capitaine de Royal-Roussillon qui a eu connoissance de quelque apparence d’ennemi à la rivière Boquet, ne paroît point douteux. Je souhaite que le détachement que vous y envoyez joigne l'ennemi et le mette en fuite, de facon à lui faire perdre l'envie d'y revenir.

J'espère que le détachement commandé par M. de la Colombière pour aller faire coup dans le fond du lac Saint-Sacrement auprès du fort Georges ne reviendra point sans avoir frappé. Ilest important de faire des prisonniers et d’inquiéter l'ennemi sur cette partie ; c’est le vrai moyen de l’empêcher de porter son attention ailleurs. Il auroit été bon que ce détachement fût plus considérable.

Il est certain que nos travaux pressent et qu'ils ne doivent être assujettis à aucun retardement. Cependant, Monsieur, je m'en rapporte à vous pour les mouvements

en avant que vous jugerez à propos d’ordonner relativement aux nouvelles que vous pourrez avoir de la situation de l’ennemi, étant plus qu’assuré que vous ne vous déterminerez à un semblable mouvement qu'avec connoissance de cause et apparence de succès.

J'ai lu avec plaisir votre ordre de marche et de bataille. Il ne peut qu'être au mieux dès que vous l'avez fait. Vous avez prévu à assurer votre retraite ; C’est bien essentiel ; car, si, par un événement fâcheux, vous étiez repoussé et que vous ne pussiez avoir une position favorable pour arrêter l'ennemi, cette frontière seroit à découvert pendant qu'une partie des forces de la colonie seroit occupée de l’expédition de Chouaguen.

Si le mouvement que vous pourrez faire, lorsque toutes les forces que je vous envoie, et principalement quatre cents bons Canadiens de ce gouvernement, seront arrivées, pouvoit avoir quelque succès, il opéreroit un très bon effet, parce que vous mettriez l’ennemi dans le cas de craindre que vous ne tarderez pas d’aller sur lui avec un corps d'armée considérable, et que, par conséquent, 1l seroit obligé de garder ses forces plutôt que de donner du secours à Chouaguen.

Mais, si vous étiez obligé de vous retirer sans succès, il y a lieu de penser que l’ennemi craindroit moins et feroit un effort pour secourir Chouaguen. Il est à souhaiïter que cela n'arrive pas ; car vous savez, Monsieur, combien l'expédition de cette place intéresse cette colome, et que, si elle peut être finie à bonne heure, je serai en état d'augmenter votre armée, surtout en bonnes troupes.

Ne gardez, je vous prie, que les bateaux nécessaires pour les va-et-vient. Nous en avons besoin à Saint-Jean pour être en état de vous faire passer les secours dont vous aurez besoin. M. Varin fait partir ce qu'il faut pour les calfater.

Le rapport des trois sauvages du détachement de M. de Saint-Martin change bien celui de nos prisonniers, puisqu'ils disent avoir vu arriver plus de deux mille hommes à Orange, qui, vraisemblablement, ne tarderont pas à se rendre au fort Georges.

Les bateaux de M. de Bleury sont toujours bien armés, et ce n’est que dans des cas extraordinaires qu'il peut être obligé de changer un ou deux hommes qui serolent fatigués. Il pourroit se passer des quatre hommes qu’il vous a demandés, puisqu'il n’a ramené que trois bateaux de plus et qu'il a même eu les vingt hommes de M. de la Perrière.

Je ne puis, Monsieur, que vous réitérer que je m’en rapporte entièrement à vous. Vous avez pris toutes les précautions que j'attendois de votre expérience et de votre zèle,

À Montréal, le 7 août 1756.

Je réponds aux lettres que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire les 24 juillet, 2 et 3 de ce mois. J'apprends avec peine la désertion de quelques soldats

de la marine. Faites-leur faire leur procès par les officiers

de ce corps, suivant les intentions du Roi et les ordonnances de Sa Majesté, Vous fîtes très bien, Monsieur, de mettre leur tête à prix pour engager les sauvages à faire leur possible pour les rattraper.

Vos dispositions, en cas d'attaque, sont au mieux et je ne puis que m'en rapporter à vous par rapport aux changements dont elles pourront être susceptibles, eu égard aux mouvements que l'ennemi pourroit faire et auxquels il n’auroit pas été possible de prévoir.

Monsieur l’intendant a recu votre lettre ; 1l vous écrit. Tous les secours qui vous sont nécessaires pour les hôpitaux et pour le camp ont été accomplis, autant que la situation de la colonie peut le permettre,

Je crains que la maladie de la plupart des miliciens ne provienne de leur nonchalance à se tenir proprement et à faire un ordinaire réglé. Prenez la peine, Monsieur, de vous en faire rendre compte et d'établir un bon ordre à ce sujet. |

J’avois espéré que M. de la Colombière vous auroit mené quelque prisonnier, Il n’y a pas de sa faute ; il a certainement fait de son mieux. C’est un officier très zélé.

Je souhaite que le détachement que vous avez fait partir, commandé par M. de Beaujeu, ait plus de succès. Il est très à ‘propos que nous fassions frapper entre le fort Lydius et le fort Georges. C’est là où nous pouvons espérer d’intercepter quelque convoi et d’y faire des prisonniers ; mais il faut que ces détachemnents dirigent leur manœuvre de facon à ne pas être coupés par l'ennemi.

Il est déjà parti des sauvages pour vous aller joindre et dans peu d’autres suivront la même route, J’ai lieu de croire par les soins que je me donne, que vous n’en manquerez pas.

Je ne puis, Monsieur, que vous rappeler ce que j'ai eu l’honneur de vous marquer par ma lettre du 26 du mois dernier sur vos mouvements pour aller sur l’ennemi. Suivant l’état de vos forces que vous avez envoyées à Monsieur l’intendant, vous avez environ trois mille trois cents hommes. Lorsque toutes vos forces seront arrivées, il sera fort aisé de fournir à M. de Lotbinière le nombre de travailleurs dont il à besoin et de compléter un détachement d'environ mille hommes des troupes de terre, de la colonie, Canadiens ou sauvages, en prenant sur chaque camp proportionnément À ses forces. Vous prendrez, Monsieur, le commandement de ce détachement après avoir prévu à la sûreté du camp et à la célérité des travaux du fort. La route que vous projetez de tenir paroît la plus sûre pour avoir occasion de frapper entre le fort Georges et le fort Lydius, Il faudroit tendre une embuscade à l'ennemi, le faire attaquer par une centaine d'hommes qui, battant en retraite, l’amèneroient au piège et alors vous pourriez en tirer bon parti. (Ce mouvement ne doit point être différé à moins que vous ne sussiez par quelque prisonnier ou déserteur que les forces de l'ennemi ont augmenté, Je vous exhorte à vous ménager. Je ne suis point en peine du succès ; il suffit, Monsieur, que vous soyez à la tête de ce détachement. Il est à souhaiter qu'il puisse opérer la diversion des forces qui iroient au secours de Chouaguen. Je pense que, lorsque vous

frapperez, M. le marquis de Montcalm commencera son expédition. Je m'en rapporte à votre prudence et à.

vos lumières et je suis bien persuadé que vous prévoirez à tout, pour ne pas compromettre les armes du Roi.’

Je sais, tout comme vous, qu'il seroit dangereux de faire passer des bateaux sur le chemin du Portage, parce que vous ouvririez ce passage à l'ennemi.

Dès que M. Duplessis n’a trouvé aucun vestige d’ennemi sur les deux rives du lac Champlain, il y a lieu de croire qu’il n’est point dans le dessein d’y envoyer de détachements ; cependant 1il sera bon d'envoyer de temps en temps des découvreurs de ce côté-là.

J’ai l'honneur de vous envoyer ci-jointe la liste de la promotion, conformément à laquelle vous voudrez bien faire recevoir les officiers qui servent sous vos ordres qui s’y trouvent compris.

Il vaque une lieutenance par la mort de M. le chevalier de Gannes, et par conséquent il est juste que M. de Saint-Vincent, fils, en vertu de son expectative, soit recu et serve en cette qualité.

Je suis bien sensible à la perte de M. de Contrecœur, fils; cet accident est bien fâcheux et j’entre bien dans la peine de Monsieur son père.

Les bateaux de M. de Bleury doivent être sujets, tout comme les autres, à l'exécution des ordres que vous avez donnés à M. de Lusignan. C’est le vrai moyen d'arrêter les fraudes et les vols qui se sont faits jusqu’à présent. Aussi approuvé-je la conduite de M. de Lusignan.

cs

Je compte recevoir incessamment des nouvelles de M. le marquis de Montcalm. Tout étoit prêt pour son expédition ; il n’attendoit que l’arrivée des barques,

M”° de Vaudreuil est très sensible à l’honneur de votre souvenir; elle me charge de vous dire mille choses de sa part. Mes compliments, je vous prie, à tous vos messieurs,

V'AUDREUIL.

J’oubliois, Monsieur, d’avoir l'honneur de vous marquer que j'ai ici depuis quelques jours environ quatrevinots sauvages des Cinq-Nations. Je les retiens pour donner le temps à M. le marquis de Montcalm de commencer son expédition, C’est ce qui empêche environ cent sauvages du Sault de partir, attendu qu'ils doivent être témoins de leurs paroles. J'espère cependant qu'ils partiront dans peu.

À Montréal, le 10 août 1756.

Monsieur,

J’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 5 de ce mois, par laquelle vous m'informez .du retour du détachement commandé par M. de Beaujeu. Il est fâcheux que les sauvages n’aient pas voulu le suivre pour attaquer le détachement anglois ; il y a lieu de croire qu’il auroit fait un joli coup. Il a cepen-

dant assez bien réussi puisqu'il vous a mené six prisonniers. Je suis bien aise que vous ayez reconnu son zèle et sa bonne volonté.

J’ai interrogé exactement et séparément les prisonniers anglois. Leurs réponses ont été conformes à celles que vous avez pris la peine de m'envoyer. Je crois bien que les principales forces de l’ennemi sont destinées pour attaquer Carillon ; mais je ne pense pas qu’elles aillent à quinze mille hommes.

Je suis, Monsieur, dans la confiance qu'avec les forces que vous avez, vous serez en état de l’empêcher de faire aucun progrès. 51 vous jugez qu'elles ne soient pas suffisantes, je ferai un effort pour les augmenter, quoique ce gouvernement-c1 soit bien dégarni, lorsque vous le Jugerez absolument nécessaire.

Vous ne sauriez, Monsieur, vous donner trop de soins pour accélérer les travaux du fort. J’espère qu'il sera en état de défense avant que l'ennemi puisse y venir.

Tout me confirme dans la bonne opinion que j'ai de l'expédition de M. le marquis de Montcalm sur Chouaguen. Le capitaine anglois a parlé contre ses propres lumières, lorsqu'il a dit que les Anglois ne s’en embarrassoient pas. Il pense bien différemment et, s’il disoit la vérité, il conviendroit qu’ils n’en retirent les troupes que dans ‘la fausse persuasion où ils sont que je me bornerai à la défensive. Je me flatte qu’ils ne tarderont pas à reconnoître leur erreur, M. le marquis de Montcalm est parti le 4, et son arrière-garde le 7. Je compte qu'il a déjà fait son débarquement ou qu’il ne tardera pas.

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