‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 5)Chapitre 4 sur 30 · TS CT DT · texte numérisé non relu

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Je ferai partir incessamment tous les sauvages du Sault. Ils le seroient déjà s'ils n’attendoient le dénouement des paroles des députés des Cinq-Nations. Il paroît qu'ils se sont décidés à rester neutres. Je n’en doute pas ; mais j'élude le départ de ces députés pour donner le temps à M. le marquis de Montcalm de terminer son expédition ou de la bien avancer; c’est le vrai moyen de contenir leur nation, Il n’est point arrivé d’autres sauvages ; je me serois hâté de vous les envoyer.

J’avois prévenu vos intentions à l'égard de M. de Lusignan. Je lui ai témoigné la satisfaction que j'ai de ses services et de son activité à exécuter vos ordres. C'est un très bon officier; j'en connois depuis longtemps le mérite, et il est bien persuadé de la confiance que j'ai en lui.

Peu après avoir fait partir la dernière lettre que j'eus l'honneur de vous écrire, je recus des lettres de la cour par lesquelles j'appris que la guerre avoit été déclarée à la France par l’Anglois le 18 mai.

La citadelle de Port-Mahon n’étoit pas encore prise ; mais la cour étoit assurée qu’elle ne résisteroit pas longtemps.

Je vous envoie vingt-quatre soldats de vos trois bataillons, qui sont sortis de l'hôpital et qui sont en bonne santé. Je fais partir avec eux un officier des troupes de terre et deux officiers de la colonie.

M”° de Vaudreuil est très sensible à l’honneur de votre souvenir. Elle me charge de vous faire mille compliments de sa part. Permettez-moi que je fasse 1c1 les miens à tous vos messieurs.

V'AUDREUIL.

J'ai, Monsieur, fait acquitter les billets que vous avez donnés aux sauvages pour avoir des fusils. Vous voudrez bien que je vous fasse observer que ces billets peuvent tirer à conséquence et que, si vous continuez à en donner, aucun sauvage n'aura de fusil. Ils ont, de tout temps, vendu leurs armes et ils le feroient encore mieux s'ils étoient assurés d'en avoir d’autres. D'ailleurs, il ne part aucun sauvage qui ne soit armé et équipé, et je leur recommande à tous de conserver leurs fusils, Ceux que vous leur avez fait remplacer ne leur étoient pas dus puisqu'ils leur avoient été prêtés et qu'ils n’ont fait que ce qu’ils devoient en les remettant dans les MALASINS.

Vous pourrez néanmoins, Monsieur, accorder des billets aux sauvages lorsqu'il s'agira de changer leur fusil. Ils sont si rares que nous ne saurions assez les économiser.

A Montréal, le 14 août 1756.

Monsieur,

J’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10 de ce mois.

Monsieur l’intendant m'a dit que le sieur Arnoux, chirurgien-major des troupes de terre, avoit donné un mémoire général des remèdes et autres choses concernant son art, nécessaires pour vos hôpitaux. Ce mémoire

fut accompli et le tout envoyé à Carillon et par conséquent, les aides-chirurgiens ne devroient manquer de rien, Monsieur l’intendant doit vous écrire à ce sujet.

Je vois qu’un parti anglois s’est porté jusqu'aux pre-. mières habitations de Saint-Frédéric et a tué quatorze chevaux. dJ’aurois bien souhaité que vous eussiez été informé assez tôt de cette affaire pour envoyer un détachement pour couper ce parti.

Vous avez été informé qu’'hier un autre parti anglois défit trois hommes de la barque au bas de l’Ile-aux- . Têtes à six lieues de Saint-Jean. M. de Bailleul arriva dans ce moment, et ce parti disparut.

L'un des derniers prisonniers m'a assuré que les Anglois avoient formé un corps de volontaires qui sont indépendants et vont en parti tout comme les sauvages, lorsqu'ils le jugent à propos. Il faut, Monsieur, que vous mettiez tout en usage pour multiplier vos partis et les rendre considérables. Ceux de ces volontaires sont au moins de cinquante hommes. Après ce qui s’est passé, il convient que vous ayez toujours des gens prêts à marcher pour aller couper l'ennemi, dès l'instant que vous aurez Connoissance qu'il a frappé.

Je ferai partir au commencement de la semaine prochaine tous les sauvages qui restent dans nos villages et quelques Outaouais qui sont venus de Michillimakinac.

J’avois ordonné, il y a longtemps, qu'il fut établi des signaux entre Carillon et le fort Saint-Frédéric. Il est essentiel que ces deux forts puissent s'informer mutuellement des mouvements de l'ennemi.

Vous avez bien fait, Monsieur, d'aller reconnoître vous-même les chemins des Agniers, qui sont en avant du poste de M. de Contrecœur, et le terrain que les troupes doivent occuper en cas d'attaque,

Il est à souhaiter que vous ayez souvent des prison. niers pour être informé des forces et des mouvements de l’ennemi.

J'espère que le fort de Carillon sera en état de défense avant la fin de ce mois par l'attention que vous avez à en faire accélérer les travaux. Si M. de Lotbinière n'a pas plus avancé son ouvrage, c’est parce qu'il n’a pas eu d’abord le monde qu’il lui falloit et que d’ailleurs il a éprouvé bien des difficultés et petites altercations. Vous savez, Monsieur, qu’il n’est rien de plus contraire aux opérations d’un ingénieur et que la direction des ouvrages le regarde directement. Je vous prie de vouloir bien continuer à lui faire fournir le nombre de travailleurs qu’il aura l’honneur de vous demander et de lui procurer tout l'agrément qui dépendra de vous.

Il est à propos, Monsieur, que vous évitiez autant que vous le pourrez de permettre à Messieurs les officiers de partir de Carillon parce qu’ils prennent des miliciens pour les conduire, Cela cause un grand dérangement. Ceux de Québec doivent venir en droiture à Montréal, où ils trouvent des occasions pour retourner chez eux, si le rétablissement de leur santé l'exige.

Je permettrai au lieutenant de Royal-Roussillon, dont vous me parlez, de passer en France, s’il me le demande; mais je ne lui laissérai point ignorer l’ordonnance du Roi.

Je ferai punir le nommé Philisbrot de sa désertion. Il me sera difficile de le trouver parce que vous ne w’avez pas marqué le nom de sa paroisse.

M. de Gaspé est capitaine de cette année. Je ne puis lui envoyer sa commission parce qu’elle n’est point encore contrôlée, Vous pourrez, Monsieur, le faire servir en cette qualité sans difficulté.

M. Le Verrier * n’a pas laissé ignorer à M”° de Vaudreuil ni à moi les bontés que vous avez eues pour lui. Nous avons l’honneur de vous en remercier et de vous prier de vouloir bien les lui continuer et de lui procurer quelques douceurs pendant sa maladie; nous y serons très sensibles. M°° de Vaudreuil me charge toujours de vous faire mille compliments de sa part.

A Montréal, le 18 août 1756.

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous faire part de l’heureux événement de mon expédition sur Chouaguen. Elle a eu tout le succès que je pouvois désirer. Je vais vous en faire un détail le plus exact qu'il me sera possible sur les premières nouvelles que je viens de recevoir.

* M. Le Verrier était le fils en premières noces de M"* de Vaudreuil. .

J’ai su à midi par un courrier de M. le marquis de Montcalm que l'avant-garde commandée par mon frère de Rigaud prit poste la nuit du 9 au 10 à la petite anse.

M. le marquis de Montcalm y arriva le 10 à minuit et fit débarquer quatre pièces d'artillerie qu'il avoit avec Jui.

Le 11, les barques angloises vinrent nous reconnoître et nous saluèrent à coups de canon. Nous leur ripostâmes, et leur en imposâmes par nos quatre pièces qui étoient en batterie.

Le même jour trois cents soldats de troupes de terre ou Canadiens furent occupés à faire un chemin à notre artillerie, qui ne put arriver que le 12. En vain les barques angloises voulurent-elles s'opposer à son débarquement,

Le soir, M. le marquis de Montcalm fit ouvrir la tranchée par trois cents travailleurs soutenus par trois cents hommes armés.

Notre artillerie devoit tirer le 13 et ruiner le fort Ontario, mais nous nous apercûmes sur les quatre heures que l’ennemi l’avoit évacué. M. de Bourlamaque, colonel d'infanterie, s’en empara. M. le marquis de Montcalm sy transporta sur-le- champ; il y trouva cinq pièces de canon enclouées et quelques munitions.

Mon frère de Rigaud fut dès le même Jour, avec les Canadiens et sauvages, prendre poste pour s'opposer à tous secours et à la retraite de l'ennemi.

Voilà, Monsieur, ce que mes premières dépêches m'ont appris. Ma satisfaction a été parfaite. Le fort

Ontario pris, l’ancien fort, quoique le plus considérable, ne pouvoit que subir le même sort,

Pendant que j'étois à table, on m’a dit qu'il paroissoit cinq drapeaux anglois déployés sur la rivière, C’étoit M. de Villiers qui avoit été détaché avec les sauvages pour me porter ces drapeaux. Il me les a remis avec une nouvelle dépêche qui me combla de joie,

M. le marquis de Montcalm m'écrit que, le même jour de sa précédente, il employa cinq cents travailleurs pour conduire à bras d'hommes notre artillerie et établir nos batteries, sans avoir trouvé aucun obstacle de la part de l'ennemi. Nous commençâmes à le canonner et à le chauffer. Il fit un feu terrible de son artillerie. Mais sur les dix heures, il accepta les articles de la capitulation que M. de Montcalm lui accorda, dont ci-joint copie. M. de Bourlamaque, qui étoit de tranchée, marcha au fort et en prit possession avec nos grenadiers, nos piquets et cent hommès des troupes détachées de la marine.

Je ne puis que me louer du zèle que Messieurs les officiers et les troupes de terre ont marqué dans cette affaire. Cela n’est pas surprenant de leur part; j'en étois plus que persuadé. Messieurs les officiers de la colonie, nos troupes, Canadiens et sauvages se sont également distingués.

Je n’ai pu savoir le nombre d'hommes que l'ennemi a perdus. Le général anglois, qui étoit dans l’ancien fort, fut tué. Nous n'avons eu que trois de nos soldats de tués, M. de Bourlamaque blessé légèrement de même que sept à huit Canadiens; mais, malheureusement, M. Des Combles, ingénieur, a été tué d’un coup de fusil

qu'un de nos sauvages, qui l’avoit conduit à la reconnoissance qu'il fit après notre débarquement, tira sur lui, le prenant pour un Anglois.

M. de Léry est en route pour venir ici avec les officiers Angioïs.

Les prisonniers anglois sont nombreux, il n’en a point échappé.

M. le marquis de Montcalm étoit occupé à faire passer à Frontenac les vivres et munitions de l’ennemi. Il y en a en quantité, et au moins cent pièces d’artillerie. Nous avons toutes les barques, bateaux et berges angloises, rien n’ayant été dénaturé,

M. le marquis de Montcalm m'a écrit à grande hâte. Il me marque qu'il n’a pas eu le moment de vous i donner de ses nouvelles. Il me prie d'y suppléer, et je le fais avec grand plaisir.

J'écris à M. de Montcalm d'envoyer, sitôt après avoir reçu ma lettre, un bataillon à la Prairie, d’où il passera par Saint-Jean à Carillon. Le surplus de son armée, c'est-à-dire les troupes, s’y rendra aussi, sitôt qu'il aura terminé l'évacuation des forts de Chouaguen et

qu'il les aura totalement détruits. J'espère que ce sera dans peu. |

Je fais partir environ deux cent cinquante à trois cents sauvages pour vous aller joindre. Je suis certain que le succès que nous venons d’avoir à Chouaguen, les piquera d'honneur, les animera et leur fera faire des progrès.

Lorsque toutes nos forces seront réunies à Carillon, nous n'aurons pas à craindre le général Loudon, Peutêtre les circonstances nous permettront-elles de faire

LETTRES DU MARQUIS DE VAUDREUIL cs 4

quelque chose de mieux que de l’attendre. C’est bien à désirer, et que nous puissions avoir l'avantage sur lui. La campagne seroit des plus brillantes,

Ayez la bonté de faire part de ma lettre à tous vos messieurs et de leur faire mille compliments pour moi. M"° de Vaudreuil me charge toujours de vous faire les TEL Ds

J'attends incessamment de vos nouvelles.

Ç VAUDREUIL

P. S. — Nous devons, Monsieur, des actions de grâces à Dieu du succès que nous venons d’avoir à Chouaguen. Je vous prie de les lui faire rendre dans votre camp. Monsieur l’'aumônier ne fera pas de difficulté de chanter le Te Deum. Je lui garantis l'agrément de Monsieur l'évêque. Vous ferez tirer du canon et une décharge de toute votre mousqueterie suivant l'usage, sans cependant occasionner une trop grande consommation de poudre.

À Montréal, le 22 août 1756.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l’honneur de

m'écrire le 17 de ce mois.

Je vous sais très bon gré de n’avoir point formé le détachement de mille hommes que j'avois destiné à

aller entre le fort Lydius et le fort Georges, supposé que vous fussiez certain que les forces de l’ennemi n’auroient point augmenté comme elles ont fait. J’avois fait les mêmes réflexions que vous, Monsieur, sur les suites fâcheuses qu’un pareil mouvement pourroit occasionner dans les circonstances présentes, et j’avois eu l'honneur de vous en faire part,

Les nouvelles que j’ai de toutes parts me préviennent que l'ennemi portera ses forces du côté de Carillon; mais je suis dans la confiance qu'avant qu'il soit en état de vous aller attaquer, les troupes qui ont réduit Chouaguen seront réunies à votre armée. Je souhaiterois que nous pussions alors aller de l'avant. Cela dépend de la situation où sera l'ennemi et de l’ordre que nous pourrons tenir dans notre marche pour lui barrer le chemin de Carillon. Vous me ferez plaisir de me dire quel seroït votre projet à cet égard.

Il est fâcheux, Monsieur, que les Anglois fassent quelques petits partis aux environs de Carillon et de Saint-Frédéric. J'espère qu'ils sy méprendront à la fin et que les mesures que vous aurez prises pour les couper auront le succès que j'en attends.

Il me tardera d’être informé du retour du parti de M. du Sablé. Le sieur Perthuis, interprête des Iroquois, part avec les sauvages que je vous ai annoncés. Vous en aurez au moins trois cents, et dans peu je vous enverrai tous ceux qui ont fait la campagne de Chouaguen. Le dit sieur Perthuis est un excellent interprête et il vous sera fort utile, non seulement pour parler aux sauvages, mais même pour aller en détachement. Je vous le recommande.

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