‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 5)Chapitre 7 sur 30 · XX VIII · texte numérisé non relu

XX VIII

A Montréal, le 12 septembre 1758.

Monsieur,

J'ai recu les deux lettres que vous m'avez fait lhonneur de m'écrire ; celle du 5 de ce mois ne m'est parvenue que dans ce moment,

Je me suis satisfait moi-même, Monsieur, en rendant compte à la cour de votre zèle, de votre expérience et de vos services dans cette colonie. J'aurai une vraie joie si je puis enfin contribuer à vous procurer le grade de maréchal de camp, que vous méritez à tous égards.

J'espère que les petits partis que vous avez en avant vous mèneront quelques prisonniers qui pourront vous instruire plus positivement des forces et des vues de nos ennemis. Je n'ai jamais été plus tranquille que je le suis sur tout ce qui concerne notre frontière ; il me suffit que vous y commandiez pour que je me repose entièrement à votre prévoyance et à vos lumières. M. le marquis de Montcalm n’a pas fait ici un long séjour ; il m'a annoncé son départ pour demain. dJ’ai conféré avec lui sur la situation présente de la colonie. Je ne vous entretiendrai pas exactement de mes dispositions et des mouvements que je médite parce que je suis bien persuadé que M. le marquis de Montcalm vous en fera part. Je lui ai témoigné le désir que j'ai de vous voir à la tête des forces que j'aurai dans peu sur le lac Ontario ; je vous ai même demandé, Monsieur, par un mémoire que je lui ai remis. J’aurai l'honneur de vous

faire part dans cette même lettre de ce qui aura été déterminé, Soyez, je vous prie, bien convaincu de la sohdité des sentiments que je vous ai voués, et qu’on ne peut rien ajouter à l'attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

VAUDREUIL

P. S. — M°de Vaudreuil, Monsieur, est très sensible à votre souvenir ; elle me charge de vous dire qu’elle le mérite par les vœux qu’elle fait journellement pour vous. Agréez ici mille compliments de sa part. |

AUTOGRAPHE. — Je finis dans le moment, Monsieur, ma dernière conférence avec M. le marquis de Montcalm. Il vous rend la justice qui vous est due ; mais il m'a témoigné qu’il seroit flatté d’être chargé de la mission en question, si elle a lieu, connoissant cette partie. Cependant, mon cher chevalier, je ne désespère pas de vous la faire échoir. Tout ce qui peut tendre à votre satisfaction fera toujours la mienne. Cette lettre vous sera remise par mon frère qui en ignore le sujet, Vous sentez bien qu’elle ne doit être vue que de vous seul,

A Montréal, le 18 septembre 1758, Monsieur,

J’ai reçu les deux lettres que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire. Je suis très sensible à l'attention que vous avez bien voulu avoir de me donner de vos

nouvelles. Elles m'ont fait un vrai plaisir. dJ’étois bien tranquille pour notre frontière du lac Saint-Sacrement, connoissant tout votre zèle et votre expérience. J'espère que M. de Repentigny nous procurera au moins des prisonniers. Je suis persuadé qu'il fera de son mieux pour se bien acquitter de la mission que vous lui avez confiée. Les Anglois ont brûlé nos deux arandes barques qu’ils avoient prises à Frontenac, de même qu’un plus grand nombre de leurs berges. Ils n’ont pas fait un grand séjour à Chouaguen ; 11 paroît qu'ils se sont retirés avec beaucoup de précipitation. Je n’entre pas, Monsieur, ici en détail sur les réflexions que je fais concernant Carillon, persuadé que M. le marquis de Montcalm vous fera part de tout ce que je lui écris à ce sujet. Agréez, Monsieur, que je vous renouvelle les assurances de la solidité des sentiments que je vous ai voués. Je ne serai jamais plus flatté que lorsque je pourrai vous en donner des preuves ainsi que de l'attachement vif et sincère avec lequel j'ai

l'honneur d’être, etc.

| VAUDREUIL

P. S.— M"° de Vaudreuil est très sensible à l’honneur de votre souvenir; elle me charge toujours de vous dire mille choses pour elle.

Je m'imagine bien, Monsieur, que vous êtes très persuadé du plaisir que j’aurois eu à vous fournir l’occasion de vous signaler dans la partie du lac Ontario, si les choses eussent tourné différemment. Il faut espérer que je serai à même de vous dédommager l’année prochaine, et même avant, si les circonstances me le permettent,

[Autographe]

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