‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 5)Chapitre 6 sur 30 · TR · texte numérisé non relu

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Je souhaite que le petit parti de sauvages qui a été du côté du fort Georges, réussisse à faire un prisonnier.

Il n’est rien de mieux que les deux ou trois gros partis que vous devez envoyer en même temps du côté du fort Lydius et du fort Georges. Je suis dans la confiance que non seulement ils reconnoîtront les îles que les ennemis occupent sur le lac Saint-Sacrement, mais même qu’ils trouveront occasion de frapper avec succès.

Je suis bien sensible au triste sort de MM. de Biville et de Tarsac; je les regrette beaucoup. Cet accident est d'autant plus fâcheux qu’ils y ont donné occasion en franchissant les bornes des défenses que vous aviez faites à Messieurs les officiers d'aller à la chasse ni à la pêche. Je suis bien persuadé de l'activité du détachement que vous avez envoyé après ce parti, et que, si l'ennemi avoit eu moins d'avance, il l’auroit joint. Si le vent contraire ne vous avoit empêché d'envoyer du côté des Deux-Rochers, peut-être l'auriezvous Coupé.

J’avois eu l'honneur de vous prévenir que je faisois passer à Carillon les troupes de terre qui revenoient de Chouaguen; jaurois eu celui de vous écrire par le bataillon de Béarn, si mes grandes occupations ne m'eussent privé de ce plaisir.

Je vous suis bien obligé de vos observations sur les mouvements qu’il seroit possible de faire pour marcher en avant ; elles sont justes et faites avec beaucoup de connoissance du local. Vous aurez vu par la lettre que j'ai eu l’honneur de vous écrire à ce sujet que je n’étois point dans le dessein de faire un mouvement décisif, mais seulement de profiter de la situation où l'ennemi

pourroit se trouver pour l’engager dans une action dont l'événement ne pût que nous être avantageux. Je suis bien persuadé, Monsieur, que vous voudrez bien faire part de vos réflexions à M. le marquis de Montcalm et qu'il opérera suivant que les circonstances pourront favoriser ses projets, sans cependant rien donner au hasard, pour ne pas courir le risque de compromettre les armes du Roi.

Je ne sais que penser de l’inaction de l'ennemi. Il est certain que, s’il a envie d’opérer cette année, il est temps qu'il commence. Peut-être n'est-il pas encore prêt ? Peut-être veut-il user de ruse et attendre que je fasse revenir l’armée ? Nous ne serons pas longtemps sans savoir à quoi nous en tenir. Les sauvages ont pris deux Anglois qui, de la façon qu’on me les a dépeints, sont des montagnards écossois. Ils les ont menés à Carillon ; vous saurez vraisemblablement quelque chose par eux.

Agréez, Monsieur, mes remerciements et les assurances de ma vive reconnoissance à la part que vous avez bien voulu prendre à l’heureux événement de mon expédition sur Chouaguen. Je la mérite par mon attachement sincère à tout ce qui vous intéresse et le désir que J'aurai toujours de vous en donner des preuves.

Je suis très sensible aux bontés dont vous avez honoré M. Le Verrier ; M" de Vaudreuil ne l’est pas moins, et je me joins à elle pour vous en faire nos remerciements et vous en demander la continuation.

Vous avez très bien fait de me renvoyer les bateaux qui ont mené le bataillon de Béarn ; c’est ce que nous avons de plus rare.

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A Montréal, le 16 septembre 1756.

Monsieur,

J'ai recu la lettre que vous m’avez fait l'honneur de m'écrire le 11 de ce mois, par laquelle je vois que le parti de huit sauvages n’a pu faire aucun prisonnier.

Ii est bon que le départ des détachements que vous aviez confiés à MM. de la Perrière et de Florimond ait été différé par le désir que les sauvages ont eu d’abord de voir M. le marquis de Montcalm; mais je suis bien persuadé que cette... laura moins flatté que HAPaUE

eu rien de plus pressé que d'aller chercher des prisonniers; j'espère qu'ils répareront le temps perdu.

Je pensois bien que M. le marquis de Montcalm approuveroit vos arrangements et vos dispositions ; il m'écrit qu'il n’est rien de mieux.

M. de Challemaison est revenu avec M. de Bleury.

Je témoigne à M. le marquis de Montcalm combien il Seroit essentiel d'envoyer un détachement de dix-huit cents à deux mille cinq cents hommes sur l'ennemi pour l’engager dans un combat à la Canadienne. Je souhaite que les circonstances lui permettent de faire ce mouvement.

Je vous souhaite toujours la plus parfaite santé.

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* Le bas de la première feuille de cette lettre est déchiré ; ce qui explique les lacunes du texte.

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A Montréal, 16 octobre 1756. ;

Monsieur,

J’ai reçu avec un sensible plaisir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 11 de ce mois, par laquelle vous me faites part de la liberté que vous avez bien voulu accorder à M. d’Albergatti. Il doit vous en avoir bien de l'obligation. J’oublie la faute puisque vous la lui avez pardonnée,

M. le marquis de Montcalm me prévient qu’il partira de Carillon au premier voyage de M. de Bleury. Il vous remettra le commandement de l’armée ; il sera en très bonnes mains, et je ne puis, Monsieur, que *..…. CNLIÉTEMENNT A VOUS. ee ceos reste 2 0 NE UE teneenseeseseress eneeseees esse. Parfaitement cette partie

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il sera essentiel que vous ayez constamment des découvreurs aux environs du camp de M. de Contrecœur pour avoir connoissance des mouvements de l'ennemi, qui pourroit tenter de s’en emparer.

J'espère que vous ne tarderez pas à avoir quelques prisonniers qui vous instruiront de la situation et des vues de l'ennemi. La rivière au Chicot mérite une attention particulière, et même que nous y envoyons

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* Le bas de la première page de cette lettre étant déchiré, il ne reste visible que les mots qui suivent,

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un détachement considérable pour forcer les ennemis qui y sont vraisemblablement établis ou campés à en déloger. J'écris à ce sujet à M. le marquis de Montcalm.

Au surplus, je suis bien persuadé que M. le marquis de Montcalm vous fera part avant de partir de sa façon de penser sur tout ce que je lui écris.

J'ai appris, Monsieur, avec peine que: votre santé avoit été dérangée; je souhaite qu’elle soit actuellement des meilleures, et je vous prie d’être bien persuadé que personne n’y prend plus d'intérêt que mol.

M de Vaudreuil me charge de vous faire mille compliments de sa part.

À Montréal, le 10 juillet 1757.

Monsieur,

Je souhaite que vous soyez actuellement arrivé à Carillon et que vous y jouissiez d’une parfaite santé. Je suis bien persuadé que votre présence aura grandement contribué à la célérité de tous les préparatifs de la campagne et je compte qu'ils seront bien avancés, lorsque M. le marquis de Montcalm arrivera. I] partira d'ici le 12 de ce mois. Nous n’avons aucune nouvelle intéressante de France qui ne vous ait été mandée. Nous sommes toujours bien courts de vivres, et il est bien à désirer que l'expédition en question ne soit point longue, M“ de Vaudreuil me charge de vous faire mille compliments de sa part.

À Montréal, le 19 juillet 1757.

Monsieur,

J’ai eu un vrai plaisir À apprendre votre heureuse arrivée à Carillon. Je suis bien persuadé que votre présence et vos ordres auront fait accélérer tous les préparatifs et que tout aura été disposé pour le départ de l’armée à l’arrivée de M. le marquis de Montcalm. Je suis, je vous assure, Monsieur, dans la confiance que vous allez faire une campagne brillante et décisive pour cette colonie, Je vous souhaite la plus parfaite santé. Je me flatte que vous êtes bien convaincu de tout l'intérêt que j'y prends ainsi que M"° de Vaudreuil, qui me charge de vous faire mille compliments pour elle.

Depuis votre départ, il n’est arrivé aucun navire de France ; on n’a pas même connoissance qu’il y en ait en rivière. La disette où nous sommes de vivres augmente chaque jour. Québec souffre beaucoup et, si SOUS quinze jours, nos bâtiments de transports n’arrivent, nous serons fort embarrassés. Vous pouvez juger de là, Monsieur, combien il importe de ne pas différer l’expédition en question.

Un courrier qui est arrivé de l’Acadie, à rapporté qu'un sauvage lui a dit que la flotte ennemie, au nombre de cent soixante voiles, avoit paru devant Louisbourg, mais qu’elle avoit été obligée de rentrer à Halifax, et qu'il y avoit dans ce fort beaucoup de

maladies occasionnées par la petite vérole. Il est bien à souhaiter dans les circonstances présentes que nous ayons la confirmation de cette nouvelle.

A Montréal, le 31 juillet 1757.

Monsieur,

Je profite avec plaisir de l’occasion de M. de Totabel pour avoir l’honneur de vous adresser plusieurs lettres que j'ai recues pour vous. M. de Paulmy m’a témoigné toute la satisfaction que le Roi a de vos services et des preuves que vous avez constamment données, la ‘campagne dernière, de votre zèle. Je sais, Monsieur, que vous êtes très recommandable par vous-même ; mais je dois à la justice les comptes que je rends à la cour de vos services. J’entre dans la satisfaction que M. le marquis de Montcalm aura à distribuer les grâces du Roi à Monsieur les officiers des troupes de terre pendant son expédition. Je suis bien persuadé qu'elles ne contribueront pas peu à augmenter leur zèle et leur ardeur pour la gloire des armes de Sa Majesté. J’aurois bien souhaité recevoir en même temps la promotion de la marine ; mais je n'ai recu qu'une seule lettre de M. le garde des sceaux, du mois de janvier. J'espère que Messieurs les officiers de ce corps ne perdront rien pour attendre.

Je compte, Monsieur, que lorsque ma lettre vous parviendra, l'expédition du fort Georges sera bien avancée. Les principaux des prisonniers m’ayant assuré qu'il n’y a aucun retranchement, vous ne serez par conséquent pas longtemps à vous porter au fort Lydius. C’est l’objet capital de l'expédition ; car la seule réduction du fort Georges ne pourroit anéantir totalement les projets des Anglois sur la frontière. Je suis très persuadé, Monsieur, que vous en sentez toute la conséquence et que vous aplanirez toutes les difficultés qui pourroient se présenter à cet égard. Vous voyez que je vous parle avec la confiance que je dois à l'amitié dont vous m’honorez, et aux sentiments que je vous ai voués de l'attachement le plus vif et le plus sincère, avec lequel j'ai l’honneur d’être, etc.

VAUDREUIL

P. S. — Permettez, Monsieur, que je place iei mille compliments de la part de M"° de Vaudreuil.

A Montréal, le 31 août 1757.

Monsieur,

Comme nous manquons de vivres et que même il y a grande apparence que nous n’en recevrons point de France, la saison étant fort avancée, je vous prie de faire continuer à ne donner aux troupes que la livre et.

demie de pain et un quarteron de lard, ainsi que M. le marquis de Montcalm m’a dit lavoir ordonné avant son départ. Je vous prie aussi de vouloir bien donner vos ordres pour que l’on ait une attention particulière à faire consommer les lards qui pourroient se garder le moins, ou qui seroient douteux. Je m'en rapporte bien à tout ce que vous ferez à ce sujet, étant fort persuadé que vous en sentez la nécessité et la conséquence qui est

des plus importantes.

VAUDREUIL

P.S. — De la facon dont M. de Montcalm m'a parlé, il me paroît que le Portage doit être fini; cela me donne espérance de vous voir sous quelques jours et de vous embrasser, et ce sera avec bien du plaisir.

A Québec, le 16 octobre 1757.

Monsieur,

Je profite avec plaisir de la première occasion pour avoir l'honneur de vous donner de mes nouvelles, nous avons fait notre voyage très heureusement et, quoique nous ayons eu une journée de vent contraire, nous sommes arrivés mercredi après-midi. Nous nous amusons parfaitement, et la satisfaction de M°*° de Vaudreuil et la mienne seroient parfaites, si vous étiez en cette ville,

Nous n'avons encore aucune nouvelle de France et

nous nous ressentons plus que jamais de la disette des vivres. M. le marquis de Montcalm en est parfaitement informé, et il voit lui-même qu’il est indispensable que nous prenions des arrangements dès à présent pour ne pas nous trouver dans le cas de manquer bientôt totalement, Nous sommes en conséquence convenus, qu’à commencer du 1* du mois prochain, la ration seroit de livrer aux soldats des troupes de terre et de la marine qui tiennent garnison dans les villes, comme il suit, Savoir :

4 livres de pain, à & livre par jour, pour huit jours,

6 livres de bœuf frais à 1 livre par jour, pour six jours, 2 livres morue sèche, à 1 livre par jour, pour deux jours, 2 livres de pois, à 4 onces par jour. |

M. le marquis de Montcalm doit vous écrire à ce sujet, et je donne mes ordres à M. Duplessis. Cette réduction de ration doit d'autant moins faire de diffculté, que le traitement du soldat est incomparablement meilleur que celui du peuple et du bourgeois, qui sont également taxés à un quarteron de pain par jour, et qui vraisemblablement auront bien de la peine à trouver de la viande. Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien prévenir les officiers du bataillon qui hiverne à Montréal de tenir chacun la main à ce que leurs soldats soient contents de cet arrangement,

M”° de Vaudreuil me charge de vous dire mille choses de sa part. Nous comptons avoir l’honneur de vous voir au commencement du mois prochain. En mon particulier, je serai bien flatté de vous renouveler les assurances de l'attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

A Québec, le 19 octobre 1757.

Monsieur,

J’ai recu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 13 de ce mois.

J’envoie à M. Duplessis ma réponse aux paroles des députés onontagués. Je ne tarderai pas à savoir positivement si les Anglois construisent réellement des bateaux du côté de Corlar, parce que, dès l'instant que M. de Lorimier a eu cette nouvelle, il a fait partir dix sauvages pour aller dans ce continent. Le détachement de M. de Bellestre y arrivera fort à propos ; j'espère qu'il produira à tous égards nn bon effet.

Je ne doute pas, Monsieur, que vous n'ayez été informé des nouvelles que nous reçcûmes dimanche au soir de France, et néanmoins je profite avec plaisir de ce courrier pour vous envoyer les gazettes que J'ai reçues. Nos affaires vont parfaitement bien en Europe. Les Prussiens et les Anglois ont été également battus et ces derniers n’ont fait que paroître et disparoître devant Louisbourg. Voilà le résultat de leurs immenses préparatifs ; reste à savoir si ces heureux événements opéreront la paix ou une continuation de guerre. C’est ce que nous apprendrons l’année prochaine. J'ai reçu des lettres bien satisfaisantes du ministre en réponse à celles que je lui avais écrites pour lui rendre compte du succès de l'expédition de mon frère de Rigaud.

Je n'ai point encore travaillé à mes dépêches pour

France ; il me tardera de les avoir finies et d’être à portée de vous renouveler les assurances de l’attache-

ment vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc, VAUDREUIL.

P.S. — Agréez, Monsieur,que M°° de Vaudreuil vous fasse 1ci mille compliments.

A Montréal, le 11 juillet 1758.

Monsieur,

Je me flatte que vous êtes bien persuadé du plaisir que j'ai eu en recevant la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 9 de ce mois. Je suis extrémement sensible au compliment que vous voulez bien me faire sur la brillante victoire que vous avez remportée sur nos ennemis. Recevez, je vous prie, mon cher chevalier, le compliment que je vous fais à mon tour ; il est aussi sincère que les sentiments que je vous al voués, dont vous connoissez toute l’étendue. Qu'il est heureux pour moi d'avoir changé votre première destination ! Vous fûtes témoin de la violence que je faisois au désir que j'avois de vous confier une mission importante. Vous n’y avez rien perdu, mon cher chevalier, puisque, dès votre arrivée à Carillon,

vous avez trouvé matière à exercer votre zèle et que vous l'avez particulièrement fait briller dans l'affaire la plus critique et qui, par l’heureux événement, est devenue très brillante pour nous. Vous avez bien dû juger que les nouvelles que j'ai eues par les deux premiers courriers m'ont fait désirer votre arrivée à Carillon. Je sentois avec raison le bon effet qu’elle produiroit à tous égards; et j'entrois bien dans le plaisir que M. le marquis de Montcalm auroit de vous avoir avec lui. Vous avez, mon cher chevalier, couru de grands risques ; il ne falloit rien moins que votre audace. Je remercie Dieu de vous avoir conservé. Qu'il est fâcheux que tous nos Canadiens et nos sauvages ne fussent pas arrivés également ! Nos ennemis auroient-ils pu éviter de succomber à la vive chasse qu'ils leur auroient donnée ? Je ne perds pas un instant pour augmenter les forces de M. le marquis de Montcalm et, malgré la disette où nous sommes de vivres, J'espère que sous peu de jours il aura environ dix mille hommes à ses ordres, au moyen de quoi, je compte qu'il sera en état de profiter de toutes les circonstances heureuses pour rendre sa campagne décisive pour cette colonie. Je suis très convaincu, mon cher chevalier, que vous le seconderez de votre mieux. Vous savez la confiance que j'ai en vous, et vous connoissez l'attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

VAUDREUIL

P,.S.— La joie de M"° de Vaudreuil est inexprimable. Elle est très sensible à l'honneur de votre souvenir et

me charge de vous dire mille choses de sa part. Elle fait des vœux pour votre santé et votre conservation. Je manque de bateaux; j'écris à M. le marquis de Montcalm qu'il importe qu'il les renvoie à Saint-Jean à mesure qu'ils lui arriveront, sans quoi il ne me seroit pas possible de lui envoyer des vivres ni du monde.

À Montréal, le 12 juillet 1758.

Monsieur,

J'ai eu un vrai plaisir en apprenant par une lettre de M. le marquis de Montcalm que nos ennemis se sont retirés du Portage. Leur retraite et même leur terreur ne peuvent qu’augmenter mon empressement à hâter le départ des forces de ce gouvernement qui me restent à envoyer à M. le marquis de Montcalm. Nous sommes, mon cher chevalier, dans les circonstances les plus favorables pour mettre dehors par la baïe et par le lac des détachements très considérables pour harceler vivement nos ennemis, couper leur communication du fort Lydius à l’ancien fort Georges, intercepter leurs convois et enfin les forcer à abandonner leur artillerie, bateaux, train de campagne, vivres, etc., et à se retirer de facon à leur ôter pour toujours l'envie de renouveler leur tentative. J'écris à ce sujet à M. le marquis de Montcalm. Tout doit nous engager à ne pas perdre un

instant: le peu de vivres que nous avons, et la nécessité. du prompt retour des Canadiens pour faire leurs récoltes. Je suis très convaincu, mon cher chevalier, que, de votre côté, vous ne négligerez rien pour contribuer à l’exécution de mes vues, parce que vous en sentez mieux que personne toute la conséquence. Mes grandes occupations me privent du plaisir de vous faire part des nouvelles que je recois de Québec. Je prie M. le marquis de Montcalm de vous les communiquer. Vous verrez que nous avons des vivres en rivière, et que nous nous défendons bien à Louisbourg. Il ne me reste qu’à vous renouveler les vœux que je fais pour votre santé. Vous savez l'intérêt que j'y prends, et qu’on ne peut rien ajouter à l'attachement sincère que je vous ai voué et avec lequel j'ai l’honneur d’être, etc,

VAUDREUIL

P. S.— M”° de Vaudreuil vous prie d’agréerici mille

compliments de sa part. Elle fait toujours des vœux pour votre conservation.

A Montréal, le 22 juillet 1758.

Monsieur, J’ai recu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de

m'écrire le 14 de ce mois. Je me flatte que vous êtes bien persuadé du plaisir qu’elle m'a fait et de ma recon-

h2 LETTRES DU MARQUIS DE VAUDREUIL

noissance à tout ce que vous m'avez marqué. Vous avez vu mon empressement à augmenter les forces de M. le marquis de Montcalm et à le bien approvisionner. Mon objet en cela, comme j'ai eu l'honneur de vous le marquer, est de le mettre à son aise pour qu'il puisse envoyer de gros détachements pour harceler nos ennemis, interrompre leur communication à Lydius, et enlever quelques convois. Je ne doute pas, mon cher chevalier, que vous ne sentiez toute la conséquence de ces mouvements. Elle est fondée sur la retraite précipitée des Anglois, et rien n’est plus propre à nous donner de grandes espérances que leur consternation et leur découragement. Nous en avons des preuves trop cer-. taines, et nous aurions à nous reprocher d’avoir négligé de semblables circonstances. D'ailleurs vous savez qu'il est des moments heureux qu’on ne trouve qu’en les cherchant. Notre activité à faire harceler nos ennemis ne pourra qu'augmenter leur découragement, tandis que nous leur donnerions à penser par notre inaction qu'il ne nous est pas possible de faire mieux, qu’insensiblement ils reprendroient courage et de nouvelles mesures pour revenir à la charge. Du succès de ces détachements dépend le prompt retour de nos Canadiens pour les récoltes et même la tranquillité de notre frontière. Je ne suis point en peine, mon cher chevalier, que vous ne concouriez de tout votre possible à l’exécution de mes vues. Nous n'avons encore aucune nouvelle de la Belle-Rivière ni de Louisbourg. J’ai envoyé M. de Longueuil en paroles chez les Cinq-Nations, où tout m'annonce qu’il sera bien reçu. Je suis de plus en plus sensible à votre bonne volonté. Soyez, je vous prie,

bien convaincu du désir que j'ai de vous donner une destination aussi importante que vous avez de zèle et d'expérience. Vous connoissez assez mes sentiments à cet égard ; il ne me tarde pas moins qu’à vous de vous en donner des preuves aussi parfaites que l’attachement sincère que je vous ai voué et avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

V'AUDREULL.

P. S. — M"*° de Vaudreuil est extrêmement sensible à l'honneur de votre souvenir. Elle me charge de vous dire mille choses de sa part.

A Montréal, le 8 août 1758

Monsieur,

Tout doit vous persuader du plaisir que j'ai eu à recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 21 du mois dernier.

Le détachement de M. de Saint-Luc a parfaitement bien réussi ; il auroit été à souhaiter qu’il fût plus considérable, parce que les quinze cents Anglois qui vinrent au secours du convoi qu’il défit, auroient vraisemblablement subi le même sort. Vous sentez parfaitement combien il est essentiel de continuer à faire de semblables détachements. La position des Anglois à l’ancien

fort Georges n’exige rien moins que notre empressement à cet égard; car, s'ils s’y fortifioient, ils nous donneroient de l'occupation.

J’ai beaucoup de confiance au détachement que M. le marquis de Montcalm étoit dans le dessein de confier à M. Marin. Ce n’est pas, mon cher chevalier, un petit ouvrage que de vous envoyer des sauvages; vous en savez la raison; cependant je suis enfin parvenu à en faire partir et j'espère que vous n’en manquerez pas,

Je ne suis pas moins impatient que vous d'apprendre quel aura été le sort de Louisbourg. dJ’en ai les

espérances les plus flatteuses. J'aurai un vrai plaisir:

à vous faire part des premières nouvelles que j'en recevrai. Vous pensez bien, mon cher chevalier, que j'ai rendu le compte le plus exact à la cour de vos importants services à l'affaire du 8, que je l’ai entretenue de la confiance que j'ai en vous. Les sentiments que vous me connoissez vous mettront, mon cher chevalier, en état de suppléer ou d'interpréter ce que je ne puis vous marquer 1ci à ce sujet,

M”*° de Vaudreuil est très sensible à l’honneur de votre souvenir; agréez mille compliments de sa part,

Continuez-moi, Je vous prie, votre amitié; il me seroit difficile de rien ajouter à celle que j'ai pour vous ni à l’attachement vif et sincère avec lesquels j'ai l’honneur d’être, etc. |

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