PRISE DE LOUISBOURG PAR LES ANGL0I
La cour d'Angleterre, malgré les projets d'offensive sur le Canada, n'avoit pas perdu de vue Louisbourg,
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connoissant de quelle conséquence leur étoit ce poste pour la prise de ce pays. Ses forces et escadre dévoient s'assembler à Halifax. Notre cour, qui n'ignoroit point ces préparatifs crut qu'en envoyant un renfort en troupes et cinq à six vaisseaux de guerre on seroit en état de faire échouer l'entreprise de nos ennemis; qu'à l'égard du Canada, on se tireroit d'affaire avec des vivres, croyant d'ailleurs que si les Ânglois attaquoient Louisbourg, ils attaqueroient faiblement cette colonie. Quatre vaisseaux et une frégate aux ordres de M. Boissier, portant un bataillon de volontaires royaux furent envoyés en escadre et suivis par un vaisseau et trois frégates aux ordres de M. de Gouttes, qui portoit le régiment de Cambis. Le Sr de la Houlière fut envoyé pour prendre le commandement du corps des troupes avec des instructions sécrètes. On se prépara à défendre l'entrée du port et les débarquements. On avoit fait des batteries à l'Anse de Gabarrus et à l'Anse aux Sables avec des retranchements.
Le 8 juin, les ennemis se présentèrent avec environ soixante-dix berges vis-à-vis celle de Gabarrus. Le feu de notre artillerie les fit dériver vers la pointe qui sépare les deux anses, où il y a des rochers très escarpés ; et, comme on ne croyoit pas possible que l'ennemi pût y débarquer, on n'y avoit mis personne : quelques berges s'en étant approchées, il y grimpa quelques soldats qui furent suivis par le reste qu'ils appelèrent. On ne s'en aperçut que lorsqu'il fut trop tard pour y porter remède. On se replia de partout,
étant poursuivi vivement par l'ennemi, qui, par le temps qu'il mit pour se rendre maître de cette place, prouva plus son peu d'expérience au genre de la guerre que la bonté du poste. On capitula le 26 juillet aux conditions suivantes : 1° la garnison prisonnière de guerre et portée en Angleterre sur les vaisseaux de Sa Majesté Britannique ; 2* toute l'artillerie, munitions de guerre et de bouche seront remis ; 3* le gouverneur donnera ordre que les troupes qui seront dans l'île Saint-Jean et dépendance se rendront à bord des vaisseaux anglois que l'amiral enverra pour les recevoir ; 4* les négociants et commis qui n'ont point porté les armes seront envoyés en France.
Quant à la partie de Carillon, on travailla sans relâche à perfectionner le retranchement, comptant que l'ennemi feroit une nouvelle tentative avant la fin de la campagne, ayant une armée assez considérable pour entreprendre, et qui s'étoit retranchée au lac Saint-Sacrement.
Septembre
Le 6 de septembre, M. de Montcalm reçut un courrier de M, de Vaudreuil pour lai apprendre que les ennemis, aux ordres du colonel Bradstreet, avoient pénétré par la Rivière des Agniès et de Choagen dans le lac Ontario, et qu'après trois jours de siège ils
avoient pris le fort de Frontenac, nos barques et nos . magasins, et avoient fait la garnison prisonnière de guerre ; et qu'aussitôt qu'il avoit appris que les Anglois avoient fait la descente i Frontenac, il avoit fait partir M. Duplessis, major de Montréal, avec trois mille Canadiens et tous les sauvages qu'il avoit pu rassembler pour aller au secours de ce fort ; que M. Duplessis arrivé à la Présentation avoit appris qu'il avoit capitulé. M. de Vaudreuil lui ajoutoit qu'il avoit donné ordre à M. Duplessis d'envoyer en toute diligence et i tout événement M. de Montigny, capitaine des troupes de la Marine, avec six cents hommes pour renforcer la garnison de Niagara. M. le marquis de Vaudreuil marquoit de plus par ses dépêches qu'il étoit dans la plus grande inquiétude sur le sort de cette partie, et qu'il craignoit que les ennemis n'y eussent mèirché après la prise du fort de Frontenac. M. de Vaudreuil marquoit aussi que Louisbourg avoit capitulé le 27 juillet ; que tous ces malheurs arrivés dans le même temps mettoient cette colonie dans la plus grande détresse, et qu'il prioit M. le marquis de Montcalm de se rendre le plus tôt qu'il seroit possible i Montréal pour conférer avec lui sur les nouveaux arrangements à prendre dans les circonstances présentes. M. le marquis de Montcalm partit de Carillon dans nuit du 7 au 8 pour Montréal. M. le chevalier de Lévis resta chargé du commandement de l'armée et continua à faire travailler avec la même activité à perfectionner les retranchements.
Quelques jours ayant le départ de M. de Montcalm, le bataillon du chevalier de la Corne ayoit été replié à la Chute, et il n'y avoit que deux cents hommes qui montoient la garde au lac Saint-Sacrement.
Le 10, au soir, M. de Rigaud, qui commandoit au camp de la Chute, informa M. le chevalier de Lévis, que le capitaine qui commandoit les deux cents hommes au lac Saint-Sacrement avertissoit qu'il paroissoit plusieurs berges des ennemis ; que son poste avancé en avoit compté plus de cinquante et, dans un plus grand éloignement, on en aperçevoit encore une très grande quantité ; que dans ce moment où il écrivoit, qui étoit à l'entrée de la nuit, il y avoit une quinzaine de berges à l'Ile au Mouton, ce qui l'avoit obligé de retirer le poste qu'il avoit dans cette île, qui étoit sa garde la plus avancée.
M. le chevalier de Lévis manda à M. de Rigaud d'ordonner au capitaine du poste du lac Saint-Sacrement de se tenir bien sur ses gardes, et que, si les ennemis mettoient du monde à terre, il n'avoit qu'à se replier avec son détachement au cap de la Chute ; de faire passer, la nuit, au bivouac à son camp, des troupes de la Marine et de le faire détendre, et de tout disposer afin que tous les équipages fussent embarqués au premier ordre pour se replier sur Carillon.
M. le chevalier de Lévis manda aussi à M. de Rigaud que les compagnies de grenadiers, les volontaires et les piquets des troupes de terre se rendroient à la pointe du jour sur les hauteurs de la Chute pour
favoriser sa retraite avec les troupes de la Marine, dans le cas qull fût obligé de se replier.
A la pointe du jour, le capitaine qui commandoit au lac Saint-Sacrement, donna avis que les ennemis s'étoient retirés. Les volontaires des troupes de terre avec ceux du camp de la Chute et une cinquantaine de sauvages furent à la découverte jusqu'aux Arbres Martachés et ne trouvèrent aucun vestige qui indiquât que les ennemis eussent débarqué.
M. de Bourlamaque partit, le 11, de Carillon pour se rendre à Québec s'y rétablir de sa grande blessure.
MM. de Bailleal, de Saint-Bomme et Herbin fils, qui avoient été à la découverte avec une vingtaine de sauvages ou Canadiens arrivèrent le 12 et rapportèrent qu'ils avoient été jusque sur les hauteurs qui dominent le camp des ennemis, d'où on le pouvoit bien distinguer; qu'ils l'a voient trouvé dans la même position, et qu'il ne paroissoit pas que les ennemis eussent fait aucun mouvement ; que M. Herbin s'étoit encore approché plus près avec quatre sauvages pour t&cher de faire un prisonnier ; qu'il n'avoit pas pu réussir ; qu'ils avoient tué deux hommes et qu'ils n'avoient pu lever de chevelure qu'à un, étant trop près des gardes des ennemis.
M. le chevalier de Lévis forma un détachement de trois cents hommes, soldats de la Marine, Canadiens et sauvages, aux ordres de M. de Repentigny, capitaine des troupes de la Marine, pour aller s'embus-
quer vers le milieu du lac Saint-Sacrement, dans une anse pour faire en sorte d'enlever les berges que les ennemis avoient à la découverte.
M. de Repêntigny resta cinq jours embusqué sans qu'elles parussent, et, manquant de vivres, il fut obligé de rentrer avec son détachement.
Il nous arriva un déserteur qui nous rapporta que les ennemis étoient toujours dans la même position ; qu'ils attendoient le renfort de Louisbourg ; qu'ils avoient construit une barque percée de dix-huit pièces de canon et qu'ils travailloient à construire deux galères ; que la veille qu'il étoit déserté, il étoit arrivé deux pièces de canon de 24 livres de balles ; qu'il leur arrivoit une fois toutes les semaines un convoi de vivres et que l'on construisoit un grand hangar pour les mettre à couvert.
Après que les retranchements furent perfectionnés, M. le chevalier de Lévis fit travailler avec la même diligence à faire une seconde ligne de retranchements, depuis le fort jusqu'à la rivière, pour assurer la retraite de la première dans le cas que l'on y fût forcé, pour pouvoir s'embarquer avec sûreté.
M. le marquis de Montcalm arriva la nuit du 16 au 17 ; il fit part à M. le chevalier de Lévis des dispositions qu'ils avoient projetées avec M. le marquis de Vaudreuil ; que, lorsqu'il étoit parti de Montréal, on ignoroit encore le sort de Niagara et même les mouvements des ennemis ; que M. le marquis de Vaudreuil comptoit de rétablir le fort de Frontenac ; de rattaquer
Niagara, s'il étoit pris, et même Choagen si les ennemis le rétablissoient ; qu'il attendoit avec impatience des nouvelles des mouvements des ennemis pour se décider et pour faire descendre M. lé chevalier de Lévls à Montréal pour y venir prendre des instructions et se charger de l'exécution de ses projets dans la partie du lac Ontario.
Le 26 SEPTEMBRE
M. le marquis de Montcalm reçut un courrier de M. le marquis de Vaudreuil pour lui apprendre que les ennemis s'étoient retirés de Choagen ; qu'ils avoient brûlé nos barques et quelques-unes de leurs berges ; mais qu'on ignoroit encore la route qu'ils avoient prise et qu'il lui restoit quelques inquiétudes sur Niagara.
Il nous arriva, le 25, un déserteur des ennemis, de l'armée du lac Saint-Sacrement, qui dit que le bruit étoit général dans leur armée que le secours des six mille de Louisbourg étoit arrivé à Orange et qu'il devoit incessamment arriver au lac Saint-Sacrement, et qu'aussitôt qu'il seroit arrivé, on devoit nous attaquer ; il dit aussi qu'il venoit beaucoup de vivres et que, la veille qu'il étoit parti, il étoit arrivé au fort Lydius deux pièces de canon de 24 ; que l'on avoit fini de construire deux galères de douze rames sur chaque bord et que l'on travailloit à en construire deux autres.
M. le marquis de Montcalm envoya ce déserteur et sa déposition à M. de Vaudreuil.
Le 29 SEPTEMBRE
M. le marquis de Montcalm a fait replier le camp de la Chute pour venir camper en ligne à Carillon ne laissant qu'un détachement de deux cents hommes, pour passer la journée sur les hauteurs de la Chute, et une compagnie des volontaires et quelques sauvages pour aller à la découverte au lac Saint-Sacrement avec ordre de se replier à l'entrée de la nuit avec le détachement de la Chute dans les retranchements.
Le 2 OCTOBRE
Le général Abercromby envoya un officier dans une berge avec vingt soldats porter des lettres pour M. de Vaudreuil ; il écrivit en même temps à M. de Montcalm pour le prier de les lui faire passer. Ces dépêches étoient une sommation à M de Vaudreuil de faire exécuter la capitulation de Frontenac. L'officier anglois fut arrêté au lac Saint-Sacrement par notre compagnie de volontaires et y passa la nuit, et, le lendemain matin, M. de Montcalm envoya cet officier avec sa réponse.
M. de Montcalm reçut un courrier de M. de Vau*
dreuil i>oaT lui apprendre que les ennemis n'avoient point été à Niagara ; que le colonel Bradstreet s'étoit retiré yers les hauteurs des terres de la Rivière de Choagen ; qu'il ignoroit s'il ne rétabliroit point à ce portage les forts Bull et William ; que M. Duplessis, qui étoit resté à la Présentation, ayoit envoyé trois cents sauvages pour être informé positivement des mouvements des ennemis ; qu'il envoyoit M. de Pontleroy, ingénieur, à Frontenac, pour rétablir le fort dans la même position ou dans une meilleure ; qu'il étoit obligé d'avoir trois mille Canadiens occupés i faire passer des vivres à Niagara pour les pays d'Enhaut ; quMl avoit reçu des nouvelles de M. de ligneris, commandant à la Belle-Rivière, du 29 août, qui lui mandoit que les ennemis étoient toujours dans la même position au fort de Cumberland ; qu'il parois- Boit encore incertain s'ils ne viendroient point l'attaquer. M. de Vaudreuil ajoutait que les forces de M. de Ligneris étoient assez considérables pour ne pas craindre l'ennemi dans cette partie et que M. de Bellattre marchoit encore i son secours avec les habitants du Détroit et les sauvages. M. de Vaudreuil paroissoit seulement fort inquiet pour pourvoir à la subsistance de cette partie.
M. de Vaudreuil a mandé à M. le marquis de Montcalm qu'il ne lui restoit plus d'inquiétude pour la frontière du lac Ontario et que, sur la déposition du déserteur qu'il lui a envoyé, il ne doutoit pas que les ennemis ne fissent encore une tentative pour venir
Le 31 OCTOBRE
Il arriva un déserteur qui conârma que les ennemis avoient décampé le 29 et le 30. M. de Charly, qui rentra le même jour, dit qu'il les avoit trouvés décampés, qu'il avoit été dans leur camp. M. de Florimond rentra le l*' novembre ; il amena un prisonnier de leur arrière-garde que des sauvages de son parti attaquèrent et dont ils tuèrent sept ou huit hommes, n'ayant fait que ce seul prisonnier; nous n'eûmes qu'un sauvage qui eut le bras cassé. Le rapport de ce prisonnier fut que l'armée des ennemis étoit en marche sur plusieurs divisions pour se rendre dans leurs quartiers; qu'il ne restoit pour la garnison au fort Lydius qu'un bataillon de Royal Américain et quatre compagnies de Roger. Il nous apprit aussi que cinq bataillons des troupes qui avoient fait le siège de Louisbourg étoient arrivés à Orange ; qu'elles étoicnt de même en marche pour aller prendre leurs quartiers ; qu'il ne devoit rester que deux bataillons dans cette place, un à Corlac et un bataillon d'Ecossois dans les habitations de la Rivière des Agniès jusqu'au fort Bull.
Novembre 1758
Le 1" novembre, M. le marquis de Montcalm commença à faire défiler l'armée pour se rendre dans
leurs différents quartiers ; le 6, les dernières troupes partirent de Carillon ; il resta quatre cents hommes de garnison à ce fort aux ordres de M. d'Hébecourt, capitaine au régiment de la Reine, et deux cents à Saint-Frédéric aux ordres de M. de Lusignan, capitaine des troupes de la Marine.
Le même jour
1" novembre, M. le marquis de Montcalm envoya le sieur de la Pause, capitaine-aide-major du bataillon de Guyenne, avec la compagnie des volontaires de Duprat et quelques sauvages et Canadiens pour visiter l'ancien camp des ennemis à la tête du lac Saint- Sacrement, où, selon le rapport du déserteur et des prisonniers, ils avoient fait des caches de plusieurs effets ; notre détachement en trouva effectivement une où ils avoient mis les agrès des galères et de la barque qu'ils avoient construites sur le lac, laquelle a été coulée à fond sans que nous ayons pu la trouver. On découvrit plusieurs berges et bateaux cachés dans les anses, et l'on trouva un grand trou où ils avoient mis une grande quantité de chaux. Dans quelques autres endroits, on découvrit aussi des caches de quelques barriques de lard et de farine. Notre détachement mit le feu aux restes de retranchements des ennemis qu'ils n'avoient pas entièrement brûlés et dégradas; on emporta tous les effets qu'on avoit trouvés dans ces
différentes caches. Notre détachement rentra à Carillon le 3 de novembre.
M. le marquis de Montcalm et M. le chevalier de Lévis en partirent le 4 pour se rendre à Montréal, où ils arrivèrent le 9. On eut beaucoup à souffrir dans cette route par un coup de vent qui dispersa tous les bateaux dont plusieurs furent en danger de périr. Celui où étoit M. le chevalier de Lévis courut de grands risques. Le froid fut excessif puisque la rivière de Saint-Jean et celle de Chambly furent arrêtées par les glaces et que les quatre bataillons du gouvernement de Montréal et celui des Trois-Rivières furent obligés d'abandonner leurs bateaux et leurs équipages et de se rendre après dans leurs quartiers où ils ne sont arrivés que du 12 au 15 du même mois. Cette route nous a coûté six hommes qui ont été noyés ou qui sont morts de froid ; il y en a eu plusieurs qui ont eu les pieds et les mains gelés.
Sur la réquisition que le général Abercromby avoit fait à M. le marquis de Vaudreuil de faire exécuter la capitulation de Frontenac qui étoit que la garnison seroit prisonnière de guerre ou échangée pour le même nombre, il se détermina, quoique les anglois en Amérique n'aient jamais tenu aucune de leurs capitulations, à faire l'échange et à renvoyer cent cinquante anglois pour le même nombre de soldats, qui avoient été pris à Frontenac; et M. Lesculaire, colonel de milice, fut échangé pour M. de Noyan, qui coriimandoit à Frontenac ; et les autres officiers furent échan-
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gés à grade égal. M. le marquis de Vaudreuil permit même à M. Lesculaire de racheter cinquante femmes ou enfants qui étoient aux mains des sauvages. M. le Borgne, lieutenant des troupes de la Marine, fut chargé d'amener M. Lesculaire avec les prisonniers échangés à Carillon, d'où M. Wolf les conduisit le 10 au fort Ly dius avec un détachement de vingt hommes. Les prisonniers, de même que les soldats de notre détachement, eurent beaucoup i souffrir du froid. M. Wolf fut obligé de laisser au fort Lydius un soldat du bataillon de Guyenne qui avoit les pieds gelés ; le commandant de ce fort lui promit d'en avoir grand soia et de le renvoyer quand il seroit guéri. M. Wolf rentra le 16 avec son détachement. Il nous apprit que les officiers anglois du fort Lydius lui avoient dit que le général Abercromby avoit été rappelé, et qu'il étoit remplacé par le général Amherst, qui avoit commandé l'expédition de Louisbourg et qu'il étoit arrivé à New- York.
Dans les derniers jours du mois d'octobre, avant que de partir de Carillon, nous apprîmes par M. de Vaudreuil qu'un détachement des ennemis au nombre de neuf cents hommes commandés par M. Grant, major d'un des bataillons écossois, et un major des milices s'étoient avancés le 13 octobre jusqu'à la portée du canon du fort Duquesne pour surprendre pendant la ' nuit le camp des Canadiens et des sauvages que nous avions sous cette place.
Le détachement des ennemis fut découvert à la
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pointe du jour par nos sauvages qui firent dans le moment le cri et donnèrent l'alarme aux Canadiens : M. de ligneris, qui commandoit dans cette place, fit prendre les armes à tout le monde qui consistoit en environ quinze cents hommes qui marchèrent sur le champ aux ennemis qui furent eux-mêmes surpris d'un si grand nombre. Ils nous croyoient sans sauvages et nous en avions cinq à six cents qui enveloppèrent le détachement des ennemis, qui fut défait en peu de temps. Ils eurent cinq cents hommes tués ou faits prisonniers ; il ne s'en sauva pas plus de trois cents qui évitèrent le même sort par la fuite. M. Grant et le major des milices furent faits prisonniers avec trois oJËciers. Nous ne perdîmes que vingt hommes tués ou blessés. On apprit par les prisonniers que le général Forbes étoit en marche avec une armée de six mille hommes pour venir attaquer le fort Duquesne ; que le détachement de M. Grant n'étoit que l'avantgarde pour reconnoître les chemins ; que l'armée du général Forbes avoit pris une route différente que celle de Bradock ; qu'elle s'étoit assemblée à Lancastre, en Pensylvanie et qu'elle s'étoit ouvert un chemin par Raistown, d'où elle avoit passé les montagnes des Apelaches et étoit arrivée aux sources de la Rivière d'Atigué) où elle s'étoit retranchée à Royal-Hanon, distante d'environ dix-huit lieues du fort Duquesne.
M. de Ligneris ne comptoit point l'armée des enne« mis si considérable et si près de lui ; il avoit toujours envoyé ses découvreurs par la route de Bradock au
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fort de Cumberland ; il ne pensoit pas qu'il fût pos* sible à l'ennemi de s'ouvrir un chemin dans une autre partie.
Sur la nouvelle que les ennemis se retranchoient à Royal-Hanon, M. de Idgneris prit la résolution d'envoyer un parti de six cents hommes aux ordres de M. Aubry, capitaine des troupes de la 'Marine, à la Louisiane pour tÀcher d'inquiéter les ennemis dans leurs travaux et de leur enlever quelques convois. M. Âubry s'avança avec son détachement jusqu'à une demi-lieue de Royal -Hanon, où il rencontra une garde d'une cinquantaine d'hommes qu'il replia et la suivit jusqu'aux retranchements où l'armée du général Forbes prit les armes sans oser en sortir. M. Aubry fusilla tout le reste du jour sur le retranchement et fit brûler tout ce qui étoit en dehors et ses sauvages tombèrent sur un convoi où ils enlevèrent trois cents bœufs ou chevaux. On estima dans cette occasion que les ennemis ont perdu plus de deux cents hommes et nous n'en eûmes que huit de tués ou blessés. M. Aubry se replia à la pointe du jour; et, dans deux jours de marche, il fut de retour au fort Duquesne. Après cette expédition, la saison étant déjà avancée, M. de Ligneris manquant de vivres fut obligé de renvoyer une partie de sa garnison. M. Aubry retourna aux Illinois avec un détachement de deux cents hommes et M. de Saint-Ours partit pour Montréal avec un détachement. M. de Bellaître partit aussi pour le Détroit avec un
détachement, de façon qu'il ne resta au fort Duquesne que quatre cents hommes de garnison.
Les ennemis furent informés du peu de monde qui nous restoit au fort Duquesne. Us prirent la résolution de continuer d'y marcher et d'ouvrir une route pour y mener de l'artillerie. M. de Ligneris, informé par ses découvreurs de l'approche du général Forbes et de toutes ses forces et jugeant que sa place ne pouvoit point y résister longtemps, se détermina à l'évacuer et à la faire sauter et brûler. Il renvoya l'artillerie, les gros équipages et les malades aux Illinois et se replia le 23 novembre au fort Machault, situé sur la Belle-Rivière, à quarante lieues au-dessus du fort Duquesne, à l'embouchure de la Rivîère-aux-Bœufs.
Dans les derniers jours du mois de novembre, M. de Saint-Ours arriva à Montréal avec son détachement de la Belle-Rivière. M. de Montigny, capitaine des troupes de la Marine, arriva; en même temps à Montréal avec d'autres oj£ciers qui avoient conduit avec quinze cents Canadiens des vivres à Niagara; ce détachement eut beaucoup à souffrir, la saison étant déjà avancée pour naviguer dans le lac Ontario ; les bataillons des troupes de terre furent destinés à hiverner dans la côte des trois gouvernements et, faute de vivres, dévoient être nourris par les habitants. On ne destina que trois cents hommes pour le service de la place de Québec, cinquante aux Trois- Rivières et deux cent cinquante à Montréal. M. de Montcalm partit de Montréal les derniers jours du mois de décembre pour aller à Qué-
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bec pour conférer avec Monsieur l'Intendant sur les besoins des troupes de terre. M. le chevalier de Léyis resta à Montréal chargé de la police des troupes de terre de ce gouvernement.
Dans le mois de janvier, M. le marquis de Vaudreuil envoya différents partis de sauvages d'environ deux cents pour hiverner à Carillon, tant pour chasser que pour harceler les ennemis pendant l'hiver.
Les premiers jours du mois de février, M. du Fay, enseigne dans le régiment de la Reine, fut détaché par M. d'Hébecourt, commandant au fort de Carillon, avec trente sauvages pour se porter entre le fort Lydius et celui de Sarosto, pour intercepter quelques convois des ennemis et faire en sorte de faire quelques prisonniers ; il attaqua un détachement de quarante hommes des ennemis entre ces deux forts, qu'il mit en fuite, dont il tua six hommes et fit un prisonnier que M. d'Hébecourt envoya à M. le marquis de Vaudreuil dans les derniers jours du mois de février. Ce prisonnier nous apprit que les ennemis étoient tranquilles dans leurs quartiers et qu'ils ne se dispo* soient point à faire aucun mouvement dans l'hiver.
M. de Boishébert, qui commandoit à l'Âcadie, reçut ordre de passer i l'Ile Royale avec le plus de monde qu'il pourroit sur l'avis que l'on avoit que cette île devoit être attaquée, mais n'ayant pu y arriver qu'ft-
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près la descente des Anglois, il ne put être d'aucun secours, quoiqu'il restAt dans l'île jusqu'à la reddition de la place qu'il repassa le détroit de Ganceau pour retourner en Acadie.
Il laissa M. de Boucherville à son poste à Miramichy et partit avec environ deux cents hommes pour aller vers la Rivière Saint-Jean, où il trouva des Anglois qui construisoient un fort. Ne se croyant pas en état d'empêcher cet établissement, il se retira à trente lieues au-dessus, où il fit faire un retranchement ; il en confia le commandement à M. de Saint- Simon et se rendit à Québec.
DaiU3 les derniers jours du mois de février, il arriva à Québec un Canadien qui avoit été fait prisonnier par les Anglois et qui avoit trouvé le moyen de se sauver du fort que les Anglois avoient nouvellemem construit à la Rivière Saint-Jean. Il rapporta que ledit fort étoit entièrement fini, qu'il étoit terrassé et entouré d'un bon fossé palissade, qu'il y avoit trente pièces de canon et cinq cents hommes de garnison.
M. de ligneris manda à la fin de février à M. le marquis de Vaudreuil que les Anglois avoient construit un fort palissade sur la hauteur auprès de laquelle étoit situé le fort Duquesne ; qu'il y avoit trois cents hommes de garnison et que l'armée du général Forbes étoit retirée de l'autre côté des Montagnes des Apotaches et qu'il avoit laissé une garnison de cinq cents hommes à Royal-Hanon. M. de Ligneris mandoit en mêmejjtemps que les sauvages de toutes les
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nations de la Belle-Rivière, quoiqu'ils se fussent retirés dans rintérieur des terres, paroissoient nous être toujours attachés et bien disposés pour nous, et qu'ils attendoient avec bien de l'impatience que les François revinssent au printemps avec de nouvelles forces à la Belle-Rivière pour en chasser les Anglois, et qu'ils l'avoient assuré qu'ils frapperoient toujours les premiers.
Le 15 FÉVRIER
M. d'Hébecourt renvoya par un détachement de six hommes commandés par M. Outlas, enseigne des troupes de la Marine, un sauvage Loup soupçonné par d'autres sauvages d'avoir correspondance avec les Anglois; il manda en même temps que tout étoit tranquille sur la frontière du lac Saint-Sacrement.
M. de Benoit, capitaine des troupes de la Marine, commandant à la Présentation, fit passer à Montréal, le 16 février, cinq sauvages des Cinq Nations qui étoient venus porter des branches de porcelaine à leurs frères de la Présentation de la part des Anglois pour les avertir de se retirer d'avec les François ; qu'étant dans l'intention de venir attaquer la Pointe-au- Baril et la Présentation, ils seroient fftchés d'être obligés de frapper en même temps sur leurs sauvages et sur les François, qui ne pouvoient plus résister à leurs grandes forces ; et qu'à la fonte des glaces, ils atlaqueroient le Canada par tous les côtés; qu'ils nedou-
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toient pas que les François ne se défendissent bien, mais que leur petit nombre ne pourroit pas longtemps tenir contre toutes les forces des Ânglois.
Ces cinq sauvages des Cinq Nations rapportèrent en même temps que les Anglois faisoient de grands préparatifs au fort qu'ils avoient nouvellement construit au portage de la hauteur des terres de la Rivière des Agniès, demi-quart de lieue au-dessus où étoit situé le fort William ; qu'il y arrivoit beaucoup de troupes avec de la grosse artillerie . et toutes sortes de munitions de guerre et de bouche. Ces sauvages convinrent que les colonels Johnson et Bradstreet leur avoient bien recommandé de voir ce que les François faisoient à la Présentation et à la Pointe au Baril, que nous avions choisie pour la construction des barques auxquelles on travailloit depuis les premiers jours du mois de décembre pour remplacer celles qui ont été prises à Frontenac. On espère qu'elles seront en état d'être lancées à l'eau dans les premiers jours du mois d'avril.
M. Benoit qui commande à la Présentation et à la Pointe au Baril envoya de fréquents partis vers la hauteur des terres de la Rivière de Choagen et des Agniès pour être informé à temps des mouvements des ennemis. Nos différents partis de sauvages n'ont point fait de prisonniers dans ces parties; ils ont seulement levé quelques chevelures pendant le cours de l'hiver.
M. le marquis de Vaudreuil ne renvoya les cinq
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eanvageB qu'en mars. 11b parurent fort contents de la réception que leurs frères les sauvages et les François leur avoient faite, de même des présents que M. le marquis de Vaudreuil leur donna. Ils promirent à l'avenir d'être bien intentionnés pour les Ftançois et qu'ils ne manqueroient pas de raconter à leurs frères des Cinq Nations la façon dont leur père Onon-« tio les avoit traités et qu'ils lui promettoient de venir l'avertir de tous les mouvements et préparatifs que les Anglois feroient vers la Rivière des Âgniès et de Ghoagen.
M. le marquis de Montcalm arriva de Québec i Montréal le 7 du mois de mars.
Lb 81 DU MÊMB MOIS
Arriva à Montréal un courrier de M. d'Hébecourt qui commande à Carillon pour apprendre qu'un détachement des ennemis de trente hommes aux ordres du major Roger s'étoit avancé jusqu'à la Chute et sur les hauteurs de Carillon et qu'il n'en a été averti qu'à 8 heures du matin par deux sauvages qui étoient à la chasse. H fit sur-le-champ tirer deux coups de canon pour avertir des charpentiers qui, contre ses ordres, avoient été ce jour-là couper des pièces de bois, lesquels ne rentrèrent point à ce signal et furent un moment après attaqués par des âauvages et par une partie du détachement des ennemis. M. d'Hébecourt envoya une trentaine d'hommes et le peu de sauvages
qui lui restoient (le plus grand nombre étant pour lors allé à la chasse ou en parti) pour favoriser la retraite des charpentiers. Les ennemis en tuèrent cinq et en amenèrent six prisonniers ; nous avons eu un sauvage blessé et trois soldats ; les ennemis ont eu quelques hommes blessés et un sergent qui a été fait prisonnier; dans sa déposition, il dit que dans ce détachement, il y avoit un ingénieur qui étoit venu pour lever le plan du fort et des retranchements, et il assura que les ennemis se disposoient à venir nous attaquer au printemps ; que l'on attendoit pour cela des provisions et des munitions au fort Lydius ; que l'on devoit lever une grande quantité de milice ; que le général Amherst étoit à New*York ; que l'on ne parle point de paix en Europe, mais qu'au contraire la ''guerre est générale; que les HoUandois se sont déclarés pour la France et qu'on croit que les Espagnols en feront de même. M. d'Hébecourt mande qu'il fait partir un sergent et huit soldats pour faire conduire à Montréal un commis convaincu d'avoir fisat de faux billets; il mande en même temps qu'il est fort inquiet d'un parti de trente sauvages commandés par M. Hertel, lequel est parti depuis plusieurs jours; il craint que les ennemis ne soient informés par nos prisonniers et qu'ils n'aient coupé le chemin de ce parti. M. d'Hébecourt demande aussi que l'on lui fasse passer le plus promptement qu'il sera possible des remèdes parce que les maladies continuent et que
nous avons perdu une vingtaine d'hommes dans les hôpitaux pendant l'hiver.
M. le marquis de Vaudreuil a reçu, le 2 mars, des nouvelles des pays d'En-haut. On lui mande que les sauvages continuent à être bien disposés pour nous, et on lui écrit des Illinois qu'on fera passer des vivres pour se rendre par la Belle-Rivière dans celle des Ouabaches et par le portage des Hiamis au lac Erié, Le commandant des Illinois lui fait espérer qu'il lui en fera passer la même quantité que l'année dernière et que ce sera M. Aubry qui sera chargé de ce convoi avec le secours des hommes.
Par la dernière lettre de M. Benoit, il paroissoit craindre d'être attaqué à la Pointe au Baril à la fonte des glaces. Les sauvages de la Présentation demandoient encore du secours, ce qui détermina M, de Vaudreuil i feiire partir M. Pouchot, capitaine au régiment de Béam, le 26 mars, avec cent cinquante Canadiens pour aller prendre le commandement de la Pointe au Baril et accélérer le plus qu'il sera possible la perfection des barques pour qu'elles soient en état de partir à la première navigation, pour aller prendre le commandement du fort Niagara et croiser dans le lac Ontario. Cent cinquante Canadiens aux ordres de M. Marin, lieutenant des troupes de la Marine, dévoient aussi se rendre à la Pointe au Baril de même que cent cinquante soldats des troupes de terre aux ordres de M. de Villars, capitaine au r^iment de la Sarre, qui dévoient partir le premier d'avril de Mont-
172 JOUBNAL DBS CAMPAGNES
réal pour se rendre sur les glaces aux Cèdres, où l'on ât passer l'artillerie et les agrès pour les barques, ce qui en devoit avancer le transport, attendu que l'on aura passé les rapides les plus difSiciles et que le convoi avec le détachement sera en état de partir des Cèdres à la première navigation pour se rendre à la Pointe au Baril aux ordres de M. Pouchot, qui est destiné pour aller commander à Niagara avec tous ces détachements réunis, ce' qui fera environ 700 hommes. M. Pouchot avoit ordre par ses instructions de partir le plus tôt possible de la Pointe au Baril avec les barques, les munitions et les vivres destinés pour les pays d'En-haut, et de se rendre à sa destination à Niagara, d'où, selon les circonstances des mouvements des ennemis qu'il apprendroit par M. de ligneris, il feroit passer le secours et les vivres nécessaires à la Belle- Rivière. Il avoit ordre de tenir les barques bien armées et de les faire croiser sur le lac Ontario vers Frontenac et la Rivière de Choagen, pour avoir des nouvelles des ennemis et les inquiéter dans les mouvements qu'ils pourroient ùàte dans cette partie.
Du 9 FÊVBIBB AU 12 MABS.
La recherche des grains dans le gouvernement de Montréal, qu'on espéroit produire 30000 minots de blé, n'en a produit que 8000. Une nouvelle recherche, avec les moutures des moulins et une partie des
DU CHBVÀLIER DE LiviS 173
dîmes des curés pourront encore produire 4000 minois et l'on aura de la peine i pouvoir primer l'ennemi en campagne faute de vivres.
Du 12 AU 17
Suivant les nouvelles qui nous viennent des Cinq Nations, les Ânglois font déjà des dispositions pour nous primer de fort bonne heure dans la partie du lac Ontario. Ils conduisent de l'artillerie sur les glaces au petit portage de la Rivière de Choagen. Suivant la déposition d'un prisonnier du Royal-Américain, en date du 8 mars, toutes leurs dispositions sont faites pour opérer dès le petit printemps sur le fort Carillon.
3 AVBiL 1759
Lesdites troupes destinées à aller à la Présentation et dans les pays d'En-haut sont parties du 2 pour se rendre aux Cèdres, et l'on compte que tout s'embarquera aujourd'hui ou demain, le lac Saint-François ayant dépris de meilleure heure que dans les années ordinaires.
Le sieur Pouchot, arrivé à la Présentation avec son détachement, reconnut les environs, marqua un nouveau retranchement, accéléra l'armement des barques et se mit en marche pour Niagara, d'où il envoya des découvreurs vers Choagen.
Arrivé à Niagara, il remit au sieur Vassan les ordres
174 JOURNAL DES CAMPAGNBS
qu'il ayoit pour le relever et envoya des paroles aux sauvages des environs et des colliers aux Cinq Na* tions ; il instruisit M. de Ligneris et les autres commandants des instructions et ordres qu'il avoit pour commander dans cette partie; car, par son instruction, il étoit libre, s'il jugeoit avoir besoin d'un secours considérable pour soutenir son fort, de replier les postes du fort Machault, la Bivière-au-Bœuf, la presqu'île et toutes les forces qu'on y attendoit des pays d'En-haut et des Illinois, du Détroit, des Miamis, de Saint- Joseph et de la Baie, ce qu'on supposoit pouvoir produire avec ce qu'il amenoit environ 8000 hommes,, dont il devoit faire usage sur la Bivière de Choagen, supposé que les ennemis marchassent du côté de la colonie; et, s'il voyoit qu'il n'y eût rien à craindre pour la partie du lac Ontario, de renforcer M. de Ligneris de tout ce dont il pouvoit se passer pour le mettre en état de se défendre ou de faire l'offensive sur la Belle-Bivière.
Peu après son arrivée, les partis qu'il avoit envoyés ne lui donnant aucune nouvelle des ennemis et les Cinq Nations l'ayant assuré qu'elles l'avertiroient à l'avance des mouvements des ennemis, il résolut d'envoyer à l'avance toutes ses forces à M. de Ligneris, excepté trois à quatre cents hommes qu'il garda pour son fort
Les sauvages des Cinq Nations vinrent en ambassade vers la fin de l'hiver à Montréal pour nous informer, disoient^ils, des grands préparatifs que faisoient les Anglois (et vraisemblablement aussi pour reconnoitre
les nôtres), disant que Johnson leur avoit annoncé en plein conseil en les invitant à prendre la hache contre nous, ou du moins d'être neutres ; qu'il n'ayoit pas besoin d'eux pour envahir le Canada ; qu'il y avoit une flotte considérable qui attaqueroit Québec dans le temps qu'ils arriveroient sur Montréal par les rapides et par Carillon avec deux grandes armées; qu'ils commençoient déjà à s'assembler au haut de la Rivière de Corlac ; que l'artillerie y. étoit rendue et qu'ils alloient descendre avec les glaces.
On fit faire à Saint- Jean pendant l'hiver des espèces de chébecs pour la défense du lac Champlain.
A peine avions-nous de quoi faire subsister un mois nos armées, s'il avoit fallu les mettre en campagne ; nous avions environ quatre- vingt milliers de poudre, • 4000 hommes de troupes, dix à douze mille habitants, en comprenant tout ce qui étoit en état de porter les armes, les magasins dépourvus de tout.
On craignoit pour les Rapides, mais principalement pour Carillon. On avoit totalepient n^ligé la partie de Québec comptant sur les secours de France pour le soutien de cette partie ; on se flattoit même que les Anglois n'entreprendroient point de ce côté, vu la difficulté de lar navigation. Il étoit probablement sûr que les ennemis ne pourroient paroître devant Caril* Ion tout au plutôt qu'à la fin de juin. Cependant on mit en mouvement à la fin d'avril et au commencement de mai partie des milices et toutes les troupes qui étoient dans le gouvernement de Québec faute de pou**
voir y subsister. Et d'ailleurs il étoit nécessaire de faire travailler au fort et aux retranchements de Carillon qui n'étoient'pas encore finis. M. de Bourlamaque fut envoyé pour y commander.
Le 9 MAI
On eut des nouvelles d'Europe par l'arrivée de M. de Bougainville qui nous annonçoit que nous allions être attaqués dans toutes les parties du Canada par de très grandes forces tant de la Vieille-Angleterre que de la Nouvelle, et nous dit qu'il n'arrivoit que peu de secours pour nous. Il fut question de prendre un*parti Québec fut regardé avec raison comme la partie qui méritoit le plus d'attention. En conséquence, il fut convenu qu'on mettroit tout en usage pour s'y soutenir. Pour le faire avec succès, il falloit y porter toutes les forces de la colonie et rapprocher du centre les autres frontières, qu'on travailleroit avec diligence à fortifier l'Ile-aux-Noix à quatre lieues au-dessus de Saint- Jean et que,. lorsque les ennemis s'approcberoient [de Carillon, l'armée qui ne devroit consister qu'en ce qui a été dit ci-dessus, montant à environ deux mille cinq i six cents hommes se retireroit derrière la rivière à la Barbue ou à la presqu'tle^ tandis que le fort feroit mine de se défendre, mais qu'avant d'être totalement investi on le feroit sauter et que la garnison rejoindroit l'armée qui, en se retirant à la dite île, en feroit de même de celui de Saint-Frédéric.
Du côté des Rapides il fut convenn qu'on y enverroit un corps de 1200 hommes aux ordres de M. le chevalier de la Corne, lequel devoit se porter vers Ghoagen pour harceler les ennemis dans leur marche ou communication. Nos barques dévoient croiser sur le lac Ontario et observer l'embouchure de ladite rivière, ce qu'elles ne firent point ; et, en cas qu'il ne pût arrêter la marche des ennemis dans ladite partie, il avoit ordre d'aller prendre un poste à la tdte des Rapides pour les arrêter.
On manda au sieur Pouchot à Niagara d'être sur ses gardes ; mais, s'il croyoit n'être pas attaqué, de /aire en sorte de soutenir et même de faire la guerre ofiensivement vers la Belle-Rivière.
Mai
MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm et M. le chevalier de Lévis dévoient se porter à Québec. M. le marquis de Montcalm s'y porta le premier le 23 mai ; M. de Vaudreuil le 28, et M. le chevalier de Lévis à la fin du même mois, avec toutes les troupes et milices du gouvernement de Montréal qu'il mit en mouvement. Sur la nouvelle que les ennemis avoient paru dans le fleuve Saint- Laurent, M. le marquis de Montcalm avoit commencé de faire travailler ; M. le chevalier de Lévis reconnut avec beaucoup de soins tous les environs, fprma des projets de défense ; et, de concert avec MM. les marquis de Vaudreuil et de
Montcalm, il fut réglé qu'on fenneroit la ville le mieux qu'il seroit possible et qu'on y mettroit en état l'artillerie ; qu'on feroit faire des brûlots et cajeux ; qu'on feroit construire une batterie flottante portant de dix à douze pièces de 24 ou 18 ; des chaloupes portant une pièce de 6 à 8 et qu'on employeroit les marins aux batteries et à cette petite flotte.
Quant à l'extérieur, il fut convenu qu'il falloit défendre le débarquement de la plaine et les hauteurs de Beauport jusqu'à la Rivière du Saut de Montmorency, et en conséquence qu'il falloit faire des redoutes de distance i distance avec des batteries ;
Qu'en attendant qu'on eût des nouvelles de l'approche de la flotte ennemie, on camperoit l'armée sur la rive droite de la Rivière Saint-Charles à un quart de lieue de la ville, où on l'occuperoit à en fortifier les bords qui dévoient servir de seconde ligne au cas que l'ennemi eût débarqué à Beauport. Les grenadiers furent envoyés dans la plaine de Beauport aux ordres de M. de Bougainville pour commencer la première ligne.
On formoit et on assembloit la milice à mesure qu'elle arrivoit ; les troupes de terre consistant en la Sarre, Royal- Roussillon, Languedoci Guyenne et Béarn, ne formoient qu'une brigade qui devoit occuper le centre de l'armée. Le gouvernement de Québec devoit former un corps et avoir la droite avec celui des Trois-Rivières, qui en formoit un autre, et celui de Montréal devoit être à la gauche avec un bataillon
qu'on avoît formé des milices de la ville de Montréal on des environs choisies dans lesdits gouvernements, auquel étoient amenée tous les officiers et soldats de la marine qui étoient de ces départements.
Les secours qu'on avoit reçus de France consistoient en deux frégates que la cour avoit expédiées pour le secours de cette colonie. Le munitionnaire fit de plus grands efforts ; il fit acheter en France des frégates et nombre de gros bâtiments de transport pour faire passer un secours considérable en vivres ; mais il fut gêné par le peu de moyens que le Ministre lui fournit, regardant d'ailleurs comme inutile tout ce qu'on envoyoit dans ce pays. Quelques négociants particuliers se joignirent à cette escadre dont le total monta à vingt-trois voiles, le tout portant environ six cents hommes de recrues, deux cents milliers de poudre, peu de vivres et de marchandises sèches, le surplus en boisson. Elle portoit deux mille matelots. On fut longtemps indécis sur l'usage qu'on en feroit. On sonda la traverse voulant y couler bas des bâtiments ; toutes ces démarches et bien d'autres dans la suite ne servirent pas peu à prouver l'ignorance et l'incapacité de nos pilotes et officiers de port. On proposa plusieurs choses ; mais on ne trouve rien de plus sûr pour conserver les navires que de les envoyer sur les derrières en les faisant remonter la rivière. On mit les plus mauvais en brûlots. On en retira quatorze cents hommes pour le service des batteries ou de la petite flotte des chaloupes et bateaux portant du canon.
L'étendue de la ligne de la ville an Saut de Montmorency est d'une lieue et demie. On n'avoit commencé les fortifications que jusqu'au ruisseau de Beauport.
Juin
Dans les premiers jours de juin, on eut nouvelle que partie de la flotte angloise étoit à l'Ile aux Coudres et qu'elle étoit composée de cent soixante voiles et portoit environ dix à douze mille hommes de débarquement.
Le 26 juin
Leurs premiers navires parurent à la vue de la ville ; le lendemain, l'armée fut camper à Beauport. Le gouvernement de Québec n'étoit pas encore rassemblé. On plaça à la gauche, sur les hauteurs de Beauport, pour occuper l'espace qui est depuis le ruisseau jusqrfau Saut de Montmorency, le gouvernement de Montréal et le bataillon de la ville, aux ordres de M. le chevalier de Lévis ; depuis ledit ruisseau jusqu'au milieu de la plaine, on plaça les cinq bataillons et à leur droite le gouvernement des Trois-Rivières, à la suite duquel devoit se placer celui de Québec pour occuper jusqu'à la Rivière Saint-Charles.
MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm et l'état major de l'armée se placèrent dans la plaine ; on désigna à chaque troupe l'endroit qu'elles dévoient
défendre. Elles y firent des épaulements qui fermèrent l'espace entre les redoutes et redans.
Le 28
Les ennemis débarquèrent à Beaumont, leur flotte étant mouillée au-dessus et au-dessous du Trou de Saint-Patrice.
Le 29
On voulut faire rétrograder des brûlots qui ne firent nul effet par la faute de ceux qui les commandoient, qui y mirent le feu beaucoup trop tôt. Il y périt un officier et quelques matelots.
Le 30
Les ennemis débarquèrent le matin au bout de l'Ile d'Orléans et le soir à la Pointe de Lévis.
Notre armée passoit toutes les nuits au bivouac comptant à tout moment que les ennemis tenteroient la descente.
On établit des signaux de la ville au camp et on plaça de l'artillerie dans les redoutes ou redans de la ligne.
Pendant ce mois, il ne se passa rien d'intéressant vers les Rapides ; le chevalier de la Corne étoit en marche avec son détachement pour se rendre à 'la
défense de cette partie. Le sieur Pouchot, trompé par les cinq nations, envoya le détachement qu'il avoit mené e?ccepté les troupes de terre, vers la Belle- Rivière, ne gardant que six cents hommes pour son fort.
On travailla conformément au projet ci- dessus à fortifier le fort de Carillon. Vers la fin du mois de mai le sieur de la Pause avoit été envoyé à l'Ile-aux-Noix pour faire travailler à la fortifier ; on y envoya ensuite le sieur Fournier, ingénieur, et nombre d'habitants.
Juillet
Dans les quatre premiers jours de juillet le général Wolf s'occupa à reconnoître toute la partie depuis l'église delà Pointe de Lévis, où il avoit placé un camp, jusqu'à la Rivière des Thechemins, et principalement la partie qui est vis-à-vis la ville, où il se détermina à établir des batteries pour la ruiner ou l'incendier. Il fit débarquer un corps de la Marine qui fut employé aux batteries, où il commença à faire travailler. Le 5, la partie de son armée qui étoit à l'Ile d'Orléans, étoit plus forte que la susdite.
Du 5 AU 8
Il reconnut ladite île et ses environs. La nuit du 8 au 9, il fit passer le corps qui étoit à l'île à la rive gauche de la Rivière du Saut de Montmorency, à son em-
DU CHEVALIBB DE LiVIS 188
bouchure ; il fut séduit de cette position qui lui procuroit une hauteur qui dominoit notre gauche et dont il espéroit de nous chasser par son artillerie, pouvant d'ailleurs passer cette rivière à marée basse un peu au large de son embouchure ou à des gués qui étoient à une lieue au-dessus. Par son mouvement, on connut ses vues. M. le chevalier de Lévis persista à soutenir cette partie qu'on renforça un peu. On mit des gardes aux gués et l'on travailla diligemment à la gauche à s'épauler par des traverses et à retrancher le front.
Les ennemis firent quelques mouvements vers les gués et mine même de les attaquer ; il y eut quelques escarmouches dans cette partie, par les sauvages, avec perte pour les ennemis.
Du côté de la Pointe de Lévis les habitants de Québec voyant avec crainte les batteries que les ennemis établissoient et qui dévoient brûler ou écraser leurs maisons demandèrent avec instance qu'il leur fût permis d'aller attaquer ces travaux ; mais, le 11 dans la nuit, après avoir passé la rivière, une terreur panique les fit revenir avec confusion.
Le 12 ET LE 16
Les ennemis furent en état de tirer le 12. Le 16 ils commencèrent à incendier quelques maisons.
La nuit du 18 au 19, ils firent passer quatre navires
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au-dessus de la ville, ce qui nous fit craindre pour cette partie. On envoya des détachements sur les hauteurs d'Abraham et jusqu'au Cap rouge, et même ft Jacques Cartier, craignant pour la communication de nos vivres.
Lb 21
Ils firent une descente à la Pointe aux Trembles, avec un détachement de six à sept cents hommes; mais, à l'approche de quelques sauvages et sauvagesses, ils se rembarquèrent avec précipitation, emmenant quelques femmes.
Le 22
La cathédrale fut incendiée avec quelques maisons.
Le 28
On voulut faire usage des cajeux qui ne firent pas plus d'effet que les brûlots.
AFFAIRE DU 31 JUILLET Le 31
Les ennemis ayant résolu de nous attaquer, deux navires à fond plat portant du canon furent destinés
à être échoués yis-à-vis une de nos redoutes qui étoit BOUS la portée du canon du Saut et un vaisseau de soixante pièces de canon fut placé entre ces deux bfttiments. Ils se mirent en mouvement à onze heures du matin et commencèrent à canonner à midi. Les camps qui étoient à la Pointe de Lévie et à Plie d'Orléans furent embarqués dans ce même temps dans des berges; le camp du Baut parut vouloir faire un mouvement du côté des gués du haut de la Rivière du Saut-Montmorency où étoit posté le sieur de Repentigny. A une heure, M. le chevalier de Lévis fut informé qu'il y avoit deux mille hommes en mouvement vers cette partie. Il fit partir cinq cents hommes pour renforcer ces postes et les sauvages, et ordre au sieur Duprat, capitaine de volontaires, de suivre le mouvement des ennemis et de l'informer de ce qui se passeroit. Il envoya aussi ordre au régiment de Royal- Roussillon, qui étoit campé le plus à portée, de s'avancer, et renforça les volontaires de la compagnie de grenadiers de ce régiment. Mais, dans le moment, ayant aperçu que les troupes des camps de l'Ile d'Orléans, de la Pointe de Lévis et des vaisseaux, qui étoient embarquées, faisoient un mouvement avec leurs berges vers la pointe de l'He d'Orléans, la partie de nos retranchements qui étoit vis-à-vis de cette île n'étant pas bien garnie, il y fit marcher ledit régiment avec ordre au commandant de communiquer ses postes avec le bataillon de Montréal et, par sa
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droite, avec les troupes qui s'avançoient du centre de l'armée.
M. le marquis de Montcalm ayant joint à deux heures, il lui rendit compte de ses dispositions et lui dit qu'il avoit fait avancer le bataillon de Guyenne, deux compagnies de grenadiers et cent hommes de milice. Il fut conyenu qu'on observeroit exactement les mouvements des ennemis ; que si la gauche étoit attaquée, il la renforceroit 'des troupes du centre, et de même de la droite; après quoi il fut rejoindre M. le marquis de Vaudreuil.
M. le chevalier de Lévis renforça le bataillon de Béarn, qui étoit de garde à la gauche au bord du Saut, de la compagnie des grenadiers ; la compagnie de la Sarre fut placée entre le bataillon du gouvernement de Montréal et celui de la ville, qu'il avoit fait descendre pour border les retranchements entre les deux redoutes. Les cent hommes des Trois-Rivières restèrent en panne pour être à portée de renforcer M. de Repentigny ou la ligne. Après ces dispositions, il fut se placer entre les deux redoutes pour observer les mouvements des ennemis. Leurs berges faisoient différents mouvements pour nous menacer en différents endroits. Ayant été averti que la colonne qui avoit marché vers les gués, rétrogradoit et rentroit dans le camp, il envoya ordre aux troupes qui étoient dans cette partie de revenir ; les ennemis comptoient que le feu croisé desdits navires avec celui de l'artillerie du Saut, qui nous enfiloit dans nos retranche-
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mentB et dont le total montoit à environ soixante à soixante-dix pièces de canon, mortiers ou obusiers, nous obligeroit à abandonner nos retranchements.
Il est effectivement étonnant que, sous un si grand feu d'artillerie pendant plus de six heures, nous n'ayons pas perdu plus de monde. Les troupes et les Canadiens y ont montré beaucoup de fermeté et de bonne volonté.
La petite flotte des berges fit différents mouvements jusques vers les cinq heures du soir, où elles dirigèrent leur route dans le chenal pour venir débarquer à environ six heures du soir entre les deux navires échoués. Le camp du Saut s'étoit acheminé à marée basse pour passer le gué et pour, en côtoyant l'eau, aller joindre ladite colonne sans être à la portée du fusil de nos retranchements. Dès que les premiers eurent débarqué, ils se mirent en mouvement pour attaquer la redoute qui étoit en bas de l'escarpement des retranchements sur la grève, qui fut abandonnée par ordre. Nous étions sur une hauteur à une portée de fusil, où nous bordions un mauvais retranchement. M. le chevalier de Lévis voyant que les ennemis se déterminoient à ne faire qu'une attaque, fit avancer le bataillon de Royal-Roussillon et celui de Guyenne, qu'il doubla, derrière cette partie, pour la soutenir. Le feu de l'artillerie, qui avoit été très considérable depuis midi dans l'espérance de nous chasser de nos retranchements, redoubla de plus fort. Dès qu'ils furent maîtres de la redoute, ils marchèrent en colonne vers
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la hauteur; mais, à leur approche, le feu de notre mousqueterie fut si vif qu'ils plièrent; et, dans le même instant, il survint un orage furieux qui nous les déroba et nous cacha leurs mouvements. Mais, après qu'il fût dissipé, nous les aperçûmes derrière leurs navires où ils embarquoient leurs blessés dans les berges et toutes les troupes qui purent y contenir. Le reste se retira avec la colonne du Saut par la même route qu'elle étoit venue, et ils mirent le feu aux deux bâtiments échoués. Leur perte fut d'environ douze cents hommes morts, tués, blessés ou prisonniers, et la nôtre de vingt à trente soldats et quelques officiers
Pendant ce mois, le sieur Pouchot étoit à Niagara, tranquille dans son fort, comptant sur l'affection des sauvages et sur les promesses qu'ils lui avoient faites de l'avertir à t^nps. £t cependant les Anglois étoient en marche, partie par terre, le reste descendant la Rivière de Choagen avec l'artillerie et les vivres. Us laissèrent en passant à l'ancien Crhoagen un dépôt avec un détachement de deux mille hommes qui s'y fortifièrent à l'endroit où étoit le fort Ontario. Après quoi, l'armée partit pour aller faire le siège de Niagara. Peu de jours après, le chevalier de la Corne,
ignorant leurs mouvements, résolut d'aller vers Choagen, d'où il comptoit aller au-devant des ennemis pour les harceler ou arrêter dans leurs routes. L'ennemi, ignorant de même ses mouvements, travailloit négligemment dans le bois dans le temps que
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cet officier faisoit ses dispositions pour les attaquer, les ayant découverts. Mais, au moment de l'action, la terreur s'étant emparée de son détachement, il prit la fuite sans sujet et ne put se rallier qu'au dépôt. Il voulut retenter le lendemain; mais il s'en désista, l'ennemi étant sur ses gardes et retranché, et il se retira à la tête des rapides.