‹ Collection des manuscrits du maréchal de LévisChapitre 14 sur 24 · PRISE DE NIA6ÂBA PAR LES AN6L0IS · texte numérisé non relu

PRISE DE NIA6ÂBA PAR LES AN6L0IS

Le sieur Pouchot ne fut averti qu'il alloit être assiégé que par les ennemis qui parurent aux environs de son fort et qui lui firent des prisonniers, le 6juillet sur lesoir.

Le 7 AOUT

Il envoya un courrier pour la presqu'île pour faire venir les détachements qui étoient vers la Belle- Rivière, pour qu'ils eussent à le joindre par Chenandai.

Le 8

Les ennemis se disposèrent à approcher de la place, ayant débarqué le 6 au Petit Marais.

Le 9

Les ennemis le sommèrent, et, dans la nuit, ils ouvrirent un boyau ; le 10, ils le perfectionnèrent.

Le 11

Ils ont continué leurs ouvrages et l'après-midi ils ont démasqué une batterie à bombes. Pendant la nuit, ils ont avancé considérablement le boyau commencé, qu'ils poussèrent jusqu'à l'Ârbre-sec ; les sauvages des cinq nations entrèrent dans le fort pour parler avec le sieur Pouchot, y étant excités par les Anglois, pour les porter à se rendre; mais il renvoya les sauvages sans vouloir les écouter, et leur reprocha la trahison qu'ils faisoient à leur père Onontio.

Le 12

Us ont commencé d'avancer à la sape ; on fit une sortie sans fruit ; leurs bombes ne faisoient que peu d'eflfet.

Le 13

Us ont avancé leurs attaques ainsi que le 14; notre feu étoit toujours très vif.

Le 15

Us ont changé leurs batteries de mortiers et commencé d'élever un cavalier pour enfiler le chemin couvert; ils ont continué le 16.

Le 17

Leurs canons ont commencé à tirer ayant une batterie de quatre pièces et une de cinq, leurs ouvrages étant à cent vingt toises de l'angle saillant du bastion du lac.

Le feu fut très vif les jours suivants; les ennemis augmentèrent leurs travaux et leurs batteries.

Le 22

Le détachement de la Belle-Rivière parut ; il voulut marcher en peloton pour percer la circonvallation ; il fut investi et écharpé par les sauvages ; très peu se sauvèrent. Le fort se rendit le 25, après cet événement, n'ayant plus de secours à espérer. Les ennemis avoient environ trois mille hommes. Ils ont très peu perdu et nous aussi.

On eut nouvelle dans le commencement du mois de la marche de l'armée du général Amherst, composée d'environ dix mille hommes. Elle parut, le 20, aux environs de Carillon ; notre armée se replia suivant le projet ; le fort fut évacué et on le fit sauter le 26. On en fit autant en passant à Saint- Frédéric d'où l'on fut à rile-aux-Noix. Le général anglois passa ce mois à fortifier Saint-Frédéric.

La défaite du secours qui marchoit à Niagara et la reprise de ce fort firent une sensation considérable

dans la colonie; on crut que l'ennemi alloit se présenter tout de suite à la tête des rapides. Le chevalier de la Corne, qui ne croyoit pas son poste bon, ni ses forces en état de résister à l'ennemi, avoit mandé quil ne pouvoit que se retirer jusqu'au coteau du lac, si l'ennemi marchoit à lui. Comme ce poste est à l'entrée des premières habitations de la colonie, on la regarda comme perdue si l'ennemi parvenoit jusque là, d'où il auroit été à portée de se joindre bientôt avec l'armée qui devoit attaquer l'Ile-aux-Noix. Il étoit en même temps indispensable de soutenir Québec. Dans le critique de cette circonstance, on résolut de donner un peu à la bonne fortune ; on décida que M. le chevalier de Lévis se porteroit dans cette partie avec huit cents hommes dont cent de troupes de terre, le reste milice, pour faire usage de tous les moyens propres à pallier le mal. M. le marquis de Vaudreuil lui donna un ordre pour commander en chef sur les frontières du gouvernement de Montréal. Il partit le 9 août au soir avec MM. de la Pause et le chevalier Le Mercier, arriva le 12 à Montréal et en partit le 14 pour les Rapides. Il examina avec la plus grande attention tous les endroits qui pouvoient être susceptibles de quelque défense.

Août. — Québec

Après le départ du sieur Le Mercier pour les Rapides, M. de Montbéliard, capitaine dans le corps

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de l'artillerie de France, resta chargé du commandement général de l'artillerie dans la partie de Québec.

Les ennemis passèrent tout le mois d'août, persistant dans leurs premières dispositions, ainsi qu'on a vu le mois passé, canonnant et bombardant la ville et la gauche de notre armée, faisant plusieurs mouve* ments sur l'eau et du côté des gués de la Rivière de Montmorency, propres à nous donner de l'inquiétude.

Ils tentèrent par deux fois, le 7, de descendre à la Pointe-aux-Trembles avec un gros détachement ; mais la bonne contenance de nos détachements, qui défendoient cette partie, les en empêchèrent. On avoit, depuis quelques jours, renforcé cette partie; M. de Bougainville y avoit été envoyé pour y commander et relever M. Dumas, major des troupes de la colonie.

Le 10

Ils débarquèrent à Sainte-Croix, vis-à-vis la susdite paroisse, au sud, où ils parurent vouloir s'établir pendant quelque temps ; mais ils en décampèrent vers la fin du mois.

Le 19

Ils firent un débarquement à Dechambeau, paroisse à quatorze lieues au-dessus de Québec et où les officiers de l'armée avoient envoyé leurs équipages qu'ils brûlèrent; et ils se rembarquèrent le même jour.

On avoit formé le projet de faire descendre nos frégates pour attaquer les quatre vaisseaux des ennemis qui étoient au-dessus de la ville, dont un vaisseau, deux frégates et un senau ; mais, ayant fait passer le 28 cinq nouveaux bâtiments, et quatre le 31, ce projet fut nul. Il nous en coûta cependant une frégate que les pilotes laissèrent toucher en descendant.

M. le chevalier de Lévis, arrivé à Montréal le 14, prit connoissance des vivres et des secours en tout genre qu'il pouvoit espérer du gouvernement; et voyant Textrême disette où alloient se trouver les armées par le défaut de vivres, étant obligé pour vivre de tirer sur la récolte qui n'étoit pas même coupée et n'y ayant personne dans les campagnes pour le faire, il résolut de laisser quatre cents hommes de son détachement pour être employés à ce travail, en attendant qu'il eût quelque nouvelle positive de la marche des ennemis. Pour les faire marcher, il encouragea les femmes, les religieuses, les prêtres et généralement tout le monde de la ville, à aider directement ou indirectement à ce travail dont dépendoit le soutien du pays. Après avoir donné des instructions à M. de Rigaud, gouverneur, et au sieur Martel, commissaire de la Marine, et ordonné que les autres quatre cents hommes, compris les cent des troupes de terre, seroient envoyés, avec les vivres, outils et munitions ordonnées, aux Rapides, il partit le 14 de Montréal à midi et fut coucher à la Chine avec M. le chevalier de Longueuil, gouverneur des Trois-Rivières,

qui l'accompagna comme connoissant parfiaitement les Rapides.

Le 15

Il partit de la Chine et coucha aux Cèdres. Pendant cette journée, il observa la position de l'église des Cèdres, favorable pour y construire une place, et, à une île qui est auprès, un fort qui barreroit totalement la rivière.

Le 16

Il partit des Cèdres, observa le coteau du lac et les rivières qui l'avoisinent. Il a redescendu pour reconnoître l'île qui est vis-à-vis, remonté et redescendu par un chenal vers le sud, peu pratiqué, et il fut coucher à l'Anse-aux-Bateaux, à l'entrée du lac Saint- François.

Le 17

Il partit de ladite anse pour traverser le lac, observa la Rivière-au-Baudet et celle des Raisins qui aboutissent dans le lac, entra dans les chenaux, passa les rapides du Moulinet et du Rigolet, et coucha au bas de celui du Long-Saut, au nord.

Le 18 Il monta le Long-Saut jusqu'à l'Ile-au-Chat, d'où il

redescendit par le sud pour connoître les chutes dans cette partie; il remonta ensuite et coucha près de ladite île.

Le 19

Il passa le Rapide plat et celui des Galots, au-dessus duquel il trouva l'île où le camp du chevalier de la Corne étoit établi, reconnut les environs, prit connoissance du poste, et des nouvelles des ennemis.

Le 20

Il partit pour Frontenac et pour aller reconnoître cette partie, il passa aux deux barques qui étoient mouillées à une lieue au-dessus, donna ordre pour qu'elles se disposassent à aller en croisière vers Choagen, passa à la Présentation et à la Pointe-au-Baril, poste qu'on avoit occupé l'hiver et que le chevalier de la Corne avoit abandonné à son retour de Choagen et où on porta du monde pour mettre à l'eau une barque qui étoit restée sur le chantier.

Le 21

Il passa les îles de Toniata, entra dans les Mille- Roches et coucha à l'Ile-aux-Citrons.

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Le 22

Il arriva à midi à Frontenac et reconnut les environs ; il fit embarquer des boulets, du fer et douze pièces de canons, dont une étoit cassée, qui avoit été abandonnée par les Anglois avec d'autres; il repartit à trois heures et demie et coucha dans une île au bas de la Grande-Ile.

Le chevalier de la Corne avoit envoyé des sauvages en parti ; ils nous aperçurent ; s'étant arrêtés dans leur marche, ils vinrent nous voir. Après les compliments et promesses accoutumés, ils firent part de l'envie qu'ils avoient de boire, il leur fut donné deux bouteilles d'eau-de-vie. Ils revinrent de grand matin pour en chercher encore. Comme cette île n'avoit point de nom, on la nomma l'Ile-à-Ovaratory, nom du chef sauvage dudit parti.

Le 23

Il suivit le chenal du sud et fut de retour le soir à l'Ile-auz-Qalots, poste du chevalier de la Corne.

Le 24

Il reconnut une grande île qui étoit à c6té où l'abbé Piquet s'étoit établi avec sa mission ; et, voyant qu'il falloit nécessairement l'occuper pour défendre le pas-

sage de la rivière, il ordonna des fortifications pour embrasser cette défense.

Le 26

Il travailla à faire des dispositions de défense, à mettre chaque partie en règle, à connoître les vivres et magasins, à préparer des batteries et des bateaux portant du canon et à reconnoître au juste la force du détachement du chevalier de la Corne et des sauvages qui étoient dans cette partie.

, Le 26

Il visita les bords de la Grande-Ile, le matin, et, l'après-midi, celles qui sont en avant, examina avec attention celle qui est la plus avancée et résolut d'y établir un fort. Par la position de cette île, on peut battre avec de l'artillerie les deux bords de la rivière et protéger les barques qui peuvent mouiller audessous ; elle est si petite que le fort l'occupera presque toute. En revenant il trouva l'abbé Piquet avec des envoyés des sauvages qui venoient annoncer que les femmes de cette mission lui demandoient un conseil. On se rendit chez ledit abbé, on le fit asseoir sur un fauteuil avec ceux de sa suite d'un côté et les missionnaires de l'autre. Le respectable conseil femelle entra, la susdite sybille à la tête (sic). Après que chacun eut pris sa place et qu'elle fut assise, elle dit :

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'' Mon Père, c'est de tout notre cœur que nous remer- " dons le Maître de la vie de t'avoir conservé ; tu nous ''es cher; nous t'aimons, et nous comptons que tu '' penses de même pour nous. Nous avons eu un grand '' plaisir de te voir, et sommes sensibles à l'affection '' que tu nous as témoignée de la part d'Onontio, et '' que tu sois venu pour nous défendre et mourir avec '' nous. " Elle sortit en même temps un grand collier pour lui dire que par ce collier elles l'arrêtoient auprès d'elles jusqu'à la paix. Et, sortant ensuite quatre branches de porcelaine pour lui notifier qu'on le recevoit comme naturel adoptif dans leurs cabanes et qu'elles le mettroient à la place et lui donneroient le nom d'un grand chef Onontogué, qui étoit très entendu et traitoit de bonnes affaires, lequel s'appeloit Orakouintone, qui veut dire en françois Le Soleil suspendu. Il y avoit lieu de croire que la cérémonie ne se finiroit pas sans qu'on lui proposât quelque alliance, attendu qu'elles avoient eu grand soin de mener leurs jeunes sauvagesses et les pi us jolies qui s'étoient bien vermillonnées. Il les remercia de toutes ces faveurs, que, quant à la première, il y répondroit le lendemain, et que, pour la seconde, il étoit très sensible qu'elles voulussent bien l'associer à leurs cabanes, qu'il ne les oublieroit point et les regarderoit dès à présent comme ses frères et sœurs.

Le 27 Nous fûmes reconnottre l'île dont il a été parlé

qu'on baptisa l'Ile Orakouintone. L'on ordonna que l'établissement seroit fait. Le sieur Désandroins, ingénieur, fut chargé de la fortification. Les sauvages y avoient semé, on leur acheta la récolte, qui n'étoit point mûre et qu'on fit arracher le lendemain 28.

Le 29

On traça l'ouvrage. Ce jour arrivèrent les cent hommes des troupes de terre commandés par M. Beauclair, capitaine de la Sarre, et cent miliciens. Les autres deux cents étoient déjà arrivés. Le 23, le parti revint et amena deux prisonniers, qui nous informèrent de l'inaction des ennemis qui se fortifioient à Choagen.

Le 30

On travailla au tracé dudit ouvrage. On renvoya de la poudre à Montréal, en ayant trop dans cette partie.

Le 31

M. le chevalier de Lévis fut reconnoître la côte du Nord, en remontant jusqu'à la Gralette, et revint par le Sud.

Septembre Le 1*", les sauvages du lac des Deux -Montagnes

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étant arrivés depuis plusieurs jours, on les disposa à faire un parti. Ceux de la Présentation demandèrent conseil et lui dirent qu'ils avoient appris qu'il devoit repartir, et qu'ils voy oient bien qu'on alloit les abandonner; qu'il ne devoit pas ignorer tout ce qu'ils avoient à craindre; et ils le prièrent de leur dire ce qu'il avoit dans l'âme et l'exposé de toutes ses démarches. Il les rassura et les détermina à partir le soir pour la Présentation pour aller joindre les autres, et qu'il se trouveroit au festin de guerre pour les lier par un collier; qu'il n'avoit qu'un veau, qu'il leur donneroit avec plaisir.

Nous fûmes le soir à la Présentation. L'Anoyot se chargea d'être l'orateur pour M. le chevalier de Lévis, finissant suivant l'usage du conseil Iroquois, par prendre un ton de romance pour faire ses récitatifs.

Lb2

Nous fûmes prendre l'abbé Piquet pour bénir le fort et dire la messe à l'Ile. Les sauvages avoient pour lui la plus haute considération, et il les a fait servir très utilement dans toute cette partie. L'après-midi nous fClmes reconnoître le dessous de l'Ile-aux-Galots.

Le 3

On reçut un courrier de Montréal. M. le chevalier de Lévis se disposa à partir en conséquence des nou-

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velles qu'il reçut, sa présence devenant nécessaire dans le gouvernement.

Le 4

Nous partîmes et observâmes en descendant les endroits propres à défendre ; nous fûmes coucher le même jour aux Cèdres.

Le 5

A Montréal.

Le 6 ET LE 7

On travailla à Montréal à faire parvenir des farines à l'armée et à préparer des vivres pour l'hiver au poste des Galots.

Le 8

On partit pour aller à l'Ile-aux-Noix, et l'on coucha à Chambly. On donna des ordres pour les vivres.

Le 9

On coucha à Saint- Jean où nous apprîmes dans la nuit que le susdit parti des Galots avoit relâché ayant trouvé des envoyés des cinq nations en chemin.

Le 10

Nous fûmes dîner à l'Ile-aux-Noix et revînmes coucher à Chambly. M. le chevalier de Lévis trouva les

fortifications de VIle-aux-Noix très ayancées par la diligence qu'y avoit faite M. de Bourlamaque, et donnna différents ordres relatifs à la défense, à la subsistance et aux établissements pour Phiver. Nos chébecs continuèrent paisiblement leur crobière sur le lac Champlain, et les ennemis leurs travaux à Saint-Frédéric.

Lb 11 M. le chevalier de Lévis fut de retour à Montréal.

Point de nouvelles ni des Rapides ni de l'Ile-aux- Noix.

Le 14

Il arriva deux soldats de Béam de la garnison de Niagara avec deux Canadiens qui avoient échappé aux ennemis en route.

Le 16

M. le chevalier de Lévis reçut un courrier de M. de Vaudreuil, à six heures du matin, qui lui faisoit part de la perte de la bataille du 13 où M. de Montcalm avoit été tué et lui mandoit que cette malheureuse affaire l'obligeoit d'abandonner Québec à ses propres

forces, et de se retirer avec les débris de l'armée derrière la rivière de Jacques Cartier, où il le prioit de venir le joindre au plus tôt. M. le chevalier de Lévis, après avoir donné des ordres pour les frontières de ce gouvernement et pour la subsistance des armées et donné des instructions à ce sujet ordonna qu'il fût envoyé des outils, du canon, des vivres et des munitions à l'armée battue, partit à neuf heures du matin et arriva à 11 heures du soir à Maskinongé, n'ayant pu faire plus de diligence par les orages qu'il fit, et ne put continuer à marcher la nuit à cause des mauvais chemins.

Il partit de grand matin, trouva lejsieur'de Pontleroy aux Trois-Rivières et conféra avec lui; il avoit été envoyé pour chercher une position en arrière de Jacques Cartier, où on ne se croyoit pas en sûreté; il avoit reconnu la Rivière Batiscan et trouvé cette situation meilleure que la précédente.

PARTIB DE UILE-AUX-NOIX

Il ne se passa rien d'intéressant dans cette partie pendant tous les mois d'août et septembre. M. de Bourlamaque continua à faire travailler aux fortifications et mit les chébecs en croisière sur le lac Champlain.

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