‹ Collection des manuscrits du maréchal de LévisChapitre 18 sur 24 · DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE

Pendant le mois de décembre on fit des préparatifs pour la prise de Québec pendant l'hiver; nos prisonniers arrivèrent vers la fin du mois ; nous apprîmes par eux que les ennemis avoient laissé de fortes garnisons à Saint-Frédéric et Carillon.

Le sieur Legris, habitant du Canada, arriva dans ce mois et nous informa que nous avions à Gaspé un gros navire de trente pièces de canon qui partit de France au mois d'août. Ce navire remontoit la rivière au mois d'octobiie. Il rencontra par un mauvais temps

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une goëlette angloise qui descendoit. L'ayant approchée et mis quelques hommes dedans pour la conduire et ayant appris que Québec étoit pris, il revira de bord pour aller à Gaspé et dit à la prise de l'y suivre ; mais, ayant resté quelque temps à Gaspé, où il attendoit sa prise pour questionner l'équipage anglois, et ne la voyant point arriver, il envoya sa chaloupe pour aller jusqu'aux premières habitations prendre langue. Cette chaloupe ayant trouvé dans une anse une goëlette angloise au mouillage et la croyant françoise, (les matelots) s'en approchèrent et de loin crièrent pour demander quelle nation. Le sieur Legris qui avoit été fait prisonnier et qui étoit renvoyé à la Nouvelle-Angleterre sur cette goëlette, ayant connu la voix d'un de ceux de la chaloupe, leur cria d'aborder, ce qu'ils firent, et la goëlette se rendit. Ils la menèrent à Gaspé, d'où les glaces les avoient empêchés alors de sortir. Le capitaine renvoya ledit Legris pour informer de sa situation et qu'il avoit des paquets de la cour. On le renvoya pour chercher lesdits paquets et pour encourager le navire de faire l'impossible pour arriver à bonne heure.

En janvier, on continua à faire lesdits préparatifs, ayant résolu de tenter l'entreprise. On fit faire nombre d'échelles et tout ce qui étoit nécessaire pour cette expédition. La partie la plus difficile étoit les vivres.

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On espéroit d'en pouvoir ramasser assez; il fut ordonné aux habitants d'en préparer pour un mois pour eux et les soldats. La garnison du fort Lévis se trouvant en détresse par ce défaut, on fit descendre près des deux tiers de la garnison.

Il avoit été proposé au commencement de l'hiver de tirer des vivres des paroisses du sud au-dessus de Québec. Le temps le plus favorable étoit celui où les glaces charrient parce qu'on ne peut passer que très difficilement la rivière. On retarda comptant qu'on feroit cette expédition à peu près dans le même tempe qu'on marcheroit à Québec, comptant d'ailleurs que la rivière ne gèleroit point vis-à-vis la ville, on fit partir à la fin du mois le sieur de Saint-Martin avec un détachement de quatre cents hommes pour se porter à la Pointe de Lévis vis-à-vis Québec, pour empêcher les ennemis de traverser en bateau dans le temps qu'on feroit monter tous les vivres qu'on comptoit tirer de cette partie.

Les grands froids ayant empêché les moulins d'aller, retardèrent l'expédition projetée qu'on comptoit de faire au commencement du mois suivant.

 la fin du mois, un parti de nos sauvages fit quelques prisonniers entre les forts de Carillon et Saint- Frédéric, desquels nous n'apprîmes pas grandes nouvelles.

n arriva dans ce mois des courriers de l'Âcadie pour demander des vivres ; nous n'apprîmes rien de particulier de cette partie.

AU commencement de février, la rivière ayant pris vis-à-vis Québec, les ennemis marchèrent en force sur le sieur de Saint- Martin, qui fusilla pendant quelque temps, mais, cédant au nombre, se retira au travers des bois et passa la Rivière du Saut de la Chaudière, ayant perdu une quinzaine d'hommes et un officier qui avoit été pris. Le sieur Dnmas, qui commandoit sur cette frontière fit marcher du monde vers cette partie pour la soutenir, mais après l'avoir renforcée, il laissa le sieur de Saint-Martin sur les bords de cette rivière pour la défendre. Les ennemis ayant envoyé, peu de jours après, un détachement d'environ cinquante hommes pour le reconnoître, il en eut avis, passa la rivière, s'embusqu'à et les attaqua ; il en tua beaucoup, fit quelques prisonniers et dispersa le reste.

L'expédition qui devoit se faire pour tirer des vivres d'au-dessous de Québec, ne put pas avoir lieu à cause de la grande gelée et que les moulins n'alloient pas. Les ennemis se retirèrent, après avoir été suivis par le détachement de M. de Saint-Martin, et laissèrent un poste à l'église de la paroisse de la Pointe de Lévi&. On crut qu'il étoit possible de les chasser de ce poste ; on voulut retenter de nouveau. M. de Bourlamaque devoit se porter sur cette frontière. On fit marcher du monde du gouvernement des Trois-Bivières. Il devoit faciliter cette expédition par des mouvements qu'il devoit faire aux environs de la place. Mais M. Dumas, dès que le monde fut rassemblé, forma Un détache-

ment plus fort au sieur Saint-Martin et l'envoya se poster à la portée de la ville pour leur ôter la communication avec le poste qu'ils avoient à l'église de la Pointe de Lévis. Les ennemis firent une sortie considérable ; son détachement regagna le bois et ladite rivière ; il eut quelques traîneurs pris. M. de Bourlamaque arriva dans ce tempe, et repartit peu de jours après pour Montréal, voyant l'impossibilité qu'il y avoit de rien entreprendre sur les postes des ennemis. Après cette expédition, les ennemis brûlèrent une trentaine de maisons à la Pointe de Lévis et cinq ou six à Sainte-Foi.

M. de Lévis avait résolu de tenter dans ce mois une attaque de vive force sur Québec, et préparé tout ce qui étoit nécessaire à ce sujet, fait l'ordre de marche qui est à la fin de ce livre ; mais par le manque de vivres et les mouvements qu'on fut obligé de faire dans ce mois, on détermina, sur la difficulté des vivres, qu'il falloit remettre l'expédition de Québec au printemps. On travailla, en conséquence, à préparer tout ce qu'on pouvoit trouver. Notre artillerie propre à cette expédition consistoit en une pièce de 24, huit de 18, neuf de 12, huit de 8 à 6 et soixante milliers de poudre et des balles à proportion en faisant usage de tout,

Lee Ânglois eurent quelques maladies au commencement de l'hiver, firent des blockhaus à l'extérieur de la place. Ils avoient toujours des gardes considérables et envoyoient grand nombre de travailleurs au

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bois. Ils prirent de l'inquiétude de 'nos préparatifs d'hiver et travaillèrent en conséquence.

Vers la fin du mois on envoya ordre aux habitants d'apporter le mois de vivres qu'ils avoient préparés pour que le munitionnaire les rassemblÀt, attendu qu'on craignoit qu'ils ne fussent pas à même de les emporter et qu'ils les laissassent g&ter.

Au commencement de mars, un parti qu'on envoyait vers Saint-Frédéric trouva sur son chemin des traces d'un parti ennemi et revint en avertir d'autres découvreurs qui le reconnurent à l'abbaye de Mississicoux. On le jugea d'environ trois cents hommes. On craignoit avec raison que ce parti ne vint brûler les frégates à Sorrel. On prit quelques précautions vers cette partie, et on envoya des sauvages pour les reconnoître, mais on n'en retrouva aucune marque, ce qui fit croire qu'on s'étoit mépris.

Il arriva des courriers de l'Âcadie pour la même susdite mission, qui étoit de demander un secours en vivres. Ils ne nous apprirent rien de particulier.

M. Pouchot fut envoyé au commencement du mois pour prendre le commandement du fort Lévis, et l'on fit descendre M. Désandroins.

Les Anglois construisirent un blockhaus plus haut que l'église de la Pointe de Lévis et y mirent du canon et ils y placèrent le poste qu'ils avoient à ladite église.

Vers le milieu du mois, ils firent quelques détachements vers la rivière du Cap Rouge pour nous donner

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de l'inquiétude. Quelques jours après ils furent jusqu'à Saint-Augustin avec un corps de cinq à six cents hommes et brûlèrent un moulin à scie et un à farine.

Quelques jours après, ils revinrent, et, ayant surpris un de nos partis avancés, ils nous prirent une soixntaine d'hommes et se replièrent de même sur Québec.

Depuis cette expédition, on a appris par des espions qu'ils avoient en vue d'enlever nos postes de la Pointeaux-Trembles et même de venir à Jacques Cartier. On crut avoir découvert des pistes dans les bois. On craignoit qu'ils ne nous tournassent. L'inquiétude fut grande ; tantôt on venoit dire qu'ils ne marchoient plus et tantôt qu'ils marchoient avec un train d'artillerie. On fit marcher du monde du gouvernement des Trois- Rivières et un détachement de deux cent vingtcinq hommes du régiment de Languedoc.

Les milices du gouvernement des Trois- Rivières et des environs avoient marché depuis le commencement du mois dernier plusieurs fois, ce qui les avoit fatiguées et avoit dérangé nos travaux pour les préparatifs du siège de Québec et avoit aussi consommé beaucoup de vivres principalement du bœuf, dont nous manquions le plus dans ce tempe, attendu le peu qu'il en restoit dans la colonie et leur extrême maigreur, ce qui est d'usage dans le printemps, attendu qu'on donne très peu à manger l'hiver aux bêtes à cornes n'ayant pas de fourrage, surtout cette année, pour les chevaux.

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On fit les rôles des miliciens qui dévoient marcher, chaque bataillon devoit se charger de ceux des quar tiers où ils étoient. M. de Vaudreuil envoya les ordres en conséquence aux capitaines de milice, et M. le chevalier de Lévis en envoya aussi aux commandants des bataillons, en leur envoyant les rôles desdits habitants et leur prescrivant par les instructions ci-après les ordres qu'ils avoient à donner aux officiers qui commandoient dans les quartiers et de leur rendre compte ensuite de la situation des choseâ.

Instruction concernant les dispositions d ordre de bataille que dovoeinl suivre Umtes les troupes.

Article l**

Le peu d'officiers qui nous restent, étant d'ailleurs obligés d'en tirer quelques-nns pour commander le corps de milice qui sera attaché à chaque bataillon ou ceux qui seront détachés ou employés hors du corps, ne nous permettent pas de faire former nos bataillons par douze divisions, attendu qu'il s'en trouveroit plusieurs sans officiers et même sans sergents.

En conséquence, sans rien déranger à l'ordre du campement, les deux compagnies qui forment le peloton n'en formeront qu'une en se mettant en bataille, et chaque manche ne formera qu'un peloton ; moyen-

nant cet ordre, on n'aura que six divisions et on ne pourra se rompre que par sixième, par tiers ou demie.

Article 2

Ayant prévenu que chaque manche sera formée comme un peloton, les officiers et sergents des deux compagnies de la droite de la manche passeront à la droite et ceux des deux de la gauche à la gauche, excepté le second capitaine qui passera derrière avec deux sergents ou un au moins avec un caporal pour être de serrefile.

Article 3

Les signaux pour rompre seront les mêmes, excepté ceux des sections qui sont supprimés.

Article 4

Toutes les fois qu'on se met en bataille il faut que chaque peloton masque ses files pour les doubler et se mettre à six de hauteur lorsqu'il en sera question ; il est essentiel que le soldat connoisse cette manœuvre pour l'exécuter sans confusion.

Article 5

On doit prévenir les soldats que, lorsque celui qui

est devant eux dans la même file manque sans autre ordre, ils doivent changer de rang et prendre sa place.

Article 6

La force de l'infanterie consiste dans la discipline et l'ordre. Messieurs les commandants des corps et officiers en général doivent donner leurs attentions et applications pour mettre en vigueur ces deux points, malheureusement trop négligés dans nos troupes ; ils doivent souvent inspirer aux soldats que la victoire et leur sûreté en dépendent ; que toute troupe dispersée est presque toujours battue et souvent détruite ; qu'ils doivent être attentifs, faire silence et se posséder pour exécuter les ordres de ceux qui les commandent, ne faire feu que sur leur ordre, quand bien même ils verraient tirer partout ; leur inspirer que, pour leur honneur, la gloire des armes et le salut du pays,, qu'ils doivent chercher à réparer la perte du 18 septembre et se souvenir que ce sont les mêmes ennemis qu'ils ont eu à combattre à Choagen, au fort George et à Carillon.

Article 7

Lorsqu'on marchera aux ennemis, il faut y marcher avec tout l'ordre possible, et, lorsqu'on en sera à quar rante ou cinquante pas, il faudra marcher le plus vite qu'il sera possible pour augmenter le choc.

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Article 8

Lorsqu'un bataillon, une brigade ou plusieurs seront dans le cas de se mettre en colonne pour attaquer l'ennemi, soit à l'ordre, lorsqu'ils en recevront, ou au signal prescrit dans l'ordonnance qui est deux coups de baguettes suivi d'un roulement et ensuite l'assemblée, chaque bataillon se formera sur trois divisions, excepté Berry et la Marine qui en auront quatre, faisant marcher la première et suivre par les suivantes.

Les grenadiers se porteront à la tête de la colonne et les piquets chacun à la queue de leur bataillon ; chaque bataillon ou brigade marcheront à leur rang.

Article 9

Lorsqu'on voudra charger l'ennemi, il faudra que les divisions et le piquet serrent sur les grenadiers pour ne faire qu'une masse ; et, lorsqu'on sera à quarante ou cinquante pas des ennemis, on augmentera la vitesse ainsi qu'il a été dit ci-dessus en attaquant en bataille.

Article 10

Les divisions du bataillon qui suit serreront de même, mais garderont une petite distance pour pouvoir dédoubler la colonne et former une seconde attar que, si le cas y échéoit, ou appuyèrent, s'il en est nécessaire.

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Article 11

Le régiment de Berry conservera son ordre pour se former sur quatre pelotons ; les deux bataillons de la Marine doivent être formés dans le même ordre. Ges deux brigades formeront la colonne pour quatre divi* sions au lieu de trois.

On exercera le plus qu'il sera possible les soldats à connoître l'ordre qu'ils doivent tenir dans le bataillon, et à se former d'eux-mêmes, chose absolument nécessaire. Ce n'est que par cette habitude qu'on peut parvenir à se rallier et former promptement. Il faudroit habituer les soldats à cette manœuvre et infliger une punition à ceux qui ne seroient pas formés dans tant d'intervalle, ou à ceux qui seront les derniers placés.

Article 12

En entrant en campagne, on égalisera toutes les compagnies ; les soldats qui auront été placés dans celles qui seront foibles en sortiront pour rentrer à leurs compagnies, lorsqu'on aura des recrues pour les remplacer, ou au plus tard à la fin de la campagne. Les soldats qui seront estropiés ou convalescents, hors d'état de pouvoir servir en campagne, ni les absents, ne seront point comptés dans cette égalisation. A Montréal le

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