‹ Collection des manuscrits (volume 3)Chapitre 18 sur 51 · LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE A M. LE MARQUIS DE MONTCALM · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE A M. LE MARQUIS DE MONTCALM

A Versailles, le 31 mars 1758.

Je commence, Monsieur, la correspondance que nous allons avoir ensemble depuis que le Eoi m'a chargé d'administrer la guerre, par vous envoyer un ordre de Sa Majesté j)our employer le sieur de Bougainville, votre aide de camp, en qualité d'aide-maréchal général des logis près des troupes que vous commandez. Les bons témoignages qui en sont revenus à M. le marquis de Paulmy, et ce que j'ai su d'ailleurs de l'intérêt que

VOUS y prenez, ont engagé Sa Majesté, sur le compte que je lui en ai rendu, à vous accorder cette grâce. Vous ne devez pas douter que je ne profite avec plaisir de toutes les occasions où je pourrai vous procurer des marques de la satisfaction qu'elle a de vos services et vous faire connoître que j'ai l'honneur d'être, etc.

Le maréchal duc de Belle-Isle.

le MEME AU MEME

A Versailles, le 13 avril 1758.

Le Eoi, en me confiant,Monsieur, la charge de secrétaire d'Etat du département de la guerre, a bien voulu me faciliter les moyens de remplir plus aisément dans toute leur étendue les fonctions de cette charge. La partie que Sa Majesté a jugé devoir prendre a été de nommer un officier général dont les talents, les lumières et l'expérience lui fussent particulièrement connus pour m'aider dans un ministère dont les détails sont extrêmement étendus, pouvoir signer, au lieu de mol, la plupart des expéditions concernant la guerre, et travailler même avec Sa Majesté lorsque les ch'constances l'exigeront. Son choix s'est porté sur M. de Crémille, dont aucun militaire ne peut ignorer le mérite. Comme l'application continuelle que je dois aux objets les plus importants ne me permettra pas toujours de traiter les affaires avec vous, ni même de vous mander les décisions ou les volontés de Sa

Majesté, son intention est que tout ce que M, de Crémille pourra vous en écrire, ait, à tous égards, le même effet que si je vous en avois écrit moi-même, et que, de votre côté, vous puissiez votis adresser à lui dans tous les cas. Il me fera part de l'objet de vos lettres et de vos mémoires, et vous devez être persuadé que ce sera comme si vous vous étiez adressé directement à moi-même.

Le MARÉCHAL DUC DE BeLLE-IsLE.

LE MEME AU MEME

A Versailles, le 4 juillet 17'"j8.

J'ai reçu, Monsieur, les lettres que vous avez écrites à M. de Paulmy les 19 et 23 février, 10 et 20 avril derniers. Les détails qu'elles contiennent sont très satisfaisants, et je ne puis que vous prier de continuer à m'informer avec la même exactitude de tout ce qui se passera dans le pays où vous servez, si, comme tout paroît l'annoncer, les préparatifs immenses que les Anglais ont faits, ont pour objet une entreprise sur Louisbourg, vous trouverez d'autant moins d'obstacle à celle que les conjonctures vous permettront de faire pour mettre le comble à vos succès de la campagne dernière. Au reste, l'heureuse aiTivée d'une partie des «ecours que le Eoi a envoyés à l'Isle lîoyale semble nous promettre qu'ils y éprouveront du moins une vive résistance, s'ils n'y échouent jjoint entièrement. Sa

Majesté a envoyé M. de laHoulière poury commauder, et, s'il a pu échapper à la flotte augloise, je ne doute point que son intelligence et sa fermeté n'influent beaucoup sur la défense de la place.

Je sens toute la justice de vos représentations sui l'insuttisance du traitement qui vous a été réglé, dans le temps où la disette des vivres a fait monter considérablement le prix de toutes les denrées, et j'en ai parlé à M. de Massiac, nouveau secrétaire d'Etat de la marine, qui m'a paru disposé à vous procurer une gratification proportionnée à vos besoins. Ou ne peut que louer votre attention à empêcher les officiers de jouer aux jeux de hasard ; il seroit à désirer que tous ceux qui doivent donner l'exemjjle pensassent de même,

La grande carte que M. le chevalier de Lévis m'a envoyée contient des détails qu'on ne trouve point sur celles que l'on a ici. J'attends celle du sieur Pouchot, que vous m'annoncez sur les environs du lac Erié. Elles serviront beaucoup à l'intelligence de ce que vous proposez pour le règlement des limites en Canada.

Il est bien à désirer que nous ])uission3 conserveries Cinq Xations dans notre parti et rendre inutiles les efforts (|ue les Anglois font pour nous les enlever. Je ne doute point que M. de Vaudreuil n'en sente toute la conséquence et qu'il ne s'occupe sérieusement des moyens d'y réussir.

Le Eoi étoit bien informé, Monsieur, de votre mérite, quand Sa Majesté a pris la résolution de vous envoyer en Canada ; mais la conduite que vous y avez tenue a beaucoup ajouté à sa confiance. J'espère que vous soutiendrez la réputation que vous vous êtes acquise.

et je serai très flatté d'avoir à vous donner des marques de la satisfaction de Sa Majesté, ainsi que des sentiments avec lesquels, etc.

Le maréchal duc de Belle-Isle.

LE MEME AU MÊME

A Versailles, le 6 août 1758.

Je viens de recevoir, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 14 juin dernier, et j'y réponds sur le champ pour ne pas perdre l'occasion d'une goélette qui doit jartir incessamment de Brest pour le Canada.

M. de Massiac, avec lequel j'ai conféré sur ce que vous représentez que l'augmentation du prix des denrées mettoit l'officier et le soldat hors d'état de subsister, prétend que la disette aura cessé par l'arrivée des premiers bâtiments, et que l'abondance se rétabliera insensiblement à mesure que les différents envois qui ont été faits parviendront à leur destination. Je verrai •cependant ce qui se pouiTa faire en considération de •ce que les troupes peuvent avoir souffert, et du supplément de paye que Sa Majesté a accordé à celles qui servent en Europe. En attendant, M. de Massiac a donné ordre que l'on remplaçât d'ailleurs les retranchements qui pourroient être faits aux troupes par faute de certaines denrées, de manière qu'elles ne per- ■dent rien de ce qui leur a été promis.

Quant à la cessation du paiement en argent, M. de Massiac m'a expliqué qu'on y a été forcé pour faire cesser un agio considérable qui faisoit un tort infini aux lettres de change que l'on acquitte toujours exactement en France.

Le MARÉCHAL DUC DE BeLLE-IsLE.

LU

LE MÊME AU MÊME

A Versailles, le 6 août 1758.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous avez écrite à M. le marquis de Paulmy, le 12 juin dernier, qui m'a fait connoître que vous n'avez pas encore reçu la mienne du 26 février, par laquelle je vous donnois avis de la retraite de ce ministre, et que le Eoi m'avoit chargé du département de la guerre.

Je vois par ce que vous marquez dans cette lettre, que vous étiez occupé des dispositions nécessaires pour rassembler un corps de troupes à Carillon, et que vous avez fait partir à cet effet M. de Bourlamaque, tandis que M. le chevalier de Lévis se portait avec un détachement de deux mille hommes du côté des Cinq Nations, moins pour y tenter des entreprises que pour tâcher de les engager à prendre la haclie.

Je ne doute pas que vous profitiez de toutes les occasions que vous aurez à me donner de vos nouvelles 5ur les événements qui se ])asseront pendant la campagne, et vous pouvez vous .servir du chiffre que vous

avez avec M. le marquis de Paulmy, si les circonstances l'exigent.

Je vous ai accusé, par ma lettre du 4 juin, la réception de celles dont vous envoyez des duplicata et triplicata, et je n'ai rien à y ajouter.

Le maréchal duc de Belle-Isle.

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