‹ Collection des manuscrits (volume 3)Chapitre 26 sur 51 · LX XXVII · texte numérisé non relu

LX XXVII

M. BERRYER A M. LE :SL\RÊCnAL DE MONTCALM

A Versailles, le 29 août 1759.

Monsieur,

Vous devez bien penser que nous ne sommes point ici sans inquiétude sur le sort du Canada. Prévenus de tous les projets d'attaque des ennemis tant par le fleuve que par les terres et par les lacs, nous attendons avec une extrême impatience des nouvelles de ce qui se sera passé.

Je suis bien persuadé qu'au moment où je vous écris, vos opérations sont. bien avancées, et qu'à peu de chose près, le sort du Canada est décidé ; cependant nous n'en avons rien appris. Je ne doute pas que la présence des vaisseaux anglois dans le fleuve n'ait empêché l'expédition de quelque bateau dans la colonie ; mais ce qui me surprend c'est qu'il n'est arrivé en Angleterre aucun bâtiment de l'Amérique septentrionale qui fasse mention d'aucune action du côté du Canada. Nous ne pouvons pas tarder à en être informés.

Quoiqu'il en soit, je profite des bâtiments que des négociants de Bordeaux expédient pour le compte du munitionnaire, pour vous accuser la réception de toutes les lettres que vous avez écrites et qui me sont parvenues par la goélette l'Extravagante et le bateau le Héros, J'en ai rendu compte au Koi sur le champ. Sa

Majesté a été bien aise d'apprendre que tous les corps de la colonie ont fait paroître un zèle décidé pour rejDOusser l'ennemi et pour la conservation du Canada. Sa Majesté, qui a été nforraée de tous vos projets et de ceux de M. de Yaudreuil, a vu avec plaisir votre fermeté réciproque et la confiance que les troupes et les habitants ont dans le concert de vos opérations.

Elle en attend l'événement et elle compte que vous aurez mis en usage tout ce que votre expérience et votre attachement à son service auront pu vous suggérer dans une circonstance aussi critique.

Je n'ai plus rien à vous marquer jusqu'à ce que nous soyons assurés du sort de cette colonie ; mais je vous pré%iens que, si vos opérations ont eu du succès, et que l'on soit parvenu à forcer les Anglois à abandonner le fleuve, Sa Majesté est résolue à vous procurer cet automne le supplément de secours que les circonstances pourront permettre ; et, suivant la situation où vous vous trouvez, je ferai tous les arrangements nécessaires pour envoyer de bon printemps en Canada les vivres et marchandises dont vous pourrez avoir besoin. Je désire ardemment, et pour le bien de l'Etat et j^our vous-même, d'avoir incessamment quelque bonne nouvelle à porter à Sa Majesté.

Berryer,

Page 1