‹ Collection des manuscrits (volume 3)Chapitre 25 sur 51 · M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE A M. LE >LA.RQUIS DE MONTCALM · texte numérisé non relu

M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE A M. LE >LA.RQUIS DE MONTCALM

A Versailles, le 19 février 1759.

M. de Boiigainville et M. Doreil m'ont remis, Monsieur, les lettres dont vous les avez chargés pour moi. Le premier, qui va partir pour retourner en Canada, vous portera mes réponses. Vous aurez été surpris de ne rien recevoir de moi par la frégate qui vous a été dépêchée au mois de septembre dernier. J'en fus averti si tard que mon paquet n'aniva à Brest qu'après qu'elle avait mis à la voile ; vous le trouverez parmi ceux dont M. de Bougainville est chargé.

Je ne vous répéterai point ce que je vous ai déjà dit de la satisfaction que le Eoi a de vos services ; votre promotion au grade de lieutenant-général, dont je vous envoie le pouvoir et le cordon rouge qui vous a été accordé, vous le feront mieux connoître que toutes les assurances que je pourrois vous en donner. Sa Majesté a aussi eu égard aux dépenses que le commandement qui vous est confié exige de vous, et son intention n'a jamais été qu'une place dans laquelle vous défendez si courageusement ses intérêts vous fût à charge.

A^ous connoîtrez qu'en pensant à vos intérêts je n'ai point négligé ceux des officiers principaux et du corps qui sont employés sous vos ordres, tant pour leur procurer une augmentation de traitement que pour obtenir des récompenses proportionnées à leurs services.

Je joins ici des brevets de maréchal de camp pour le chevalier de Lé vis, et de brigadiers pour MM. de Boiirlamaque et de Séuezergues, avec les lettres de service que je leur ai expédiées en conséquence et que vous A^oudrez bien leur remettre. Vous en trouverez encore une de colonel pour ]\I. de Bougainville, à qui le Eoi a accordé ce grade, afin qu'il puisse en faire les fonctions près des troupes que vous commandez. Les autres paquets dont il est porteur contiennent les expéditions pour les gi'âces particulières; vous les trouverez à peu près conformes aux propositions que vous avez faites. Je m'en remets pour le surplus aux lettres de détail que je vous écris et dont j'espère que vous serez satisfait.

Quant à la besogne que vous aurez pendant cette campagne, je suis bien fâché d'avoir à vous mander que vous ne devez point es]jérer de recevoir des troupes de renfort. Outre qu'elles augmenteroient la disette des vivres que vous n'avez que trop éprouvée jusqu'à présent, il .seroit fort à craindre (qu'elles ne fussent interceptées par les Anglois dans le iiassage. Et, comme le Roi ne i)ourroit jamais vous envoyer des secours proportionnés aux forces que les Anglois sont en état de vous opposer, les efforts (jne l'on feroit ici pour vous en procurer n'auroient d'autre effet que d'exciter le ministère de Londres à en faire de plus considérables pour conserver la supériorité qu'il s'est acquise dans cette partie du continent. Quoique, dans cette circonstance, on doive s'attendre que les généraux anglois voudront profiter de leur avantage pour porter à la colonie les coups les plus sensibles, le souvenir de ce que vous avez fait l'année

dernière fait espérer à Sa Majesté que vous trouverez encore les moyens de déconcerter leurs projets. M, Berryer vous fera passer autant de provisions et de munitions qu'il sera possible. Le reste dépend de votre sagesse, de votre courage et de la valeur des troupes \ et Sa Majesté est persuadée que la confiance qu'elle a en vous et en elles ne peut pas être mieux j^lacée. Elle compte également sur la bonne intelligence ' qu'elle désire qu'il y ait entre les troupes de terre et celles de la colonie, et que la manière dont vous vivrez avec M. de Vaudreuil leur en donnera l'exemple. C'est un article sur lequel M. Berryer doit insister, et que je crois qu'il n'est jas nécessaire de vous recommander.

Le maréchal duc de Belle-Isle.

P. S. — Comme il faut s'attendre que tout l'effort des Anglois va se porter sur le Canada et qu'ils vous attaqueront par les différents côtés à la fois, il sera nécessaire que vous borniez votre jdan de «défensive aux points les plus essentiels et les plus rapprochés, afin qu'étant rassemblés dans un plus petit espace de pays, vous soyez toujours à portée de vous entre- secourir, vous communiquer et vous soutenir. Quelque médiocre que soit l'espace que vous pourrez conserver, il est de la dernière importance d'avoir toujours un pied dans le Canada ; car, si nous avions une fois perdu ce pays en entier, il seroit comme impossible d'y rentrer. C'est pour remplir cet objet que le Roi compte. Monsieur, sur votre zèle, votre courage et votre opiniâtreté. Sa Majesté s'attend que vous mettrez en œuvre toute l'industrie dont vous êtes capable, et que vous commu-

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niquerez les mêmes sentiments anx officiers principaux et tous ensemble aux troupes qui sont sous vos ordres.. M. Berryer écrit en conformité à M. de Vaudreuil, et lui prescrit de se conduire avec vous dans le i^lus grand concert. Vous devez en sentir l'un et l'autre toute la nécessité et toute la conséquence. J'ai répondu de vous au Eoi ; je suis bien assuré que vous ne me démentirez pas, et que, pour le bien de l'Etat, la gloire de la nation et votre propre conservation, vous vous porterez aux plus grandes extrémités plutôt que de jamais subir des conditions aussi honteuses que celles qu'on a acceptées à Louisbourg, dont vous effacerez le souvenir. Voilà, Monsieur, en substance, qu'elles sont les intentions du Eoi. Sa confiance est entière dans votre personne et toutes les qualités qu'il vous conuoît.

J'y ai bien confirmé Sa Majesté par les témoignages que je lui ai rendus. Je vous souhaite une parfaite santé ; je ne suis point en peine du reste. Soyez assuré aussi de tous les sentiments que j'ai pour vous. Monsieur, et que je désire bien sincèrement de me trouver à portée de vous en donner des marques.

Le mahéchal duc de Belle-Isle.

LE MEME AU MÊME

A Versailles, le 19 février 1759.

Vous avez demandé, Monsieur, par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 18 août dernier, une place à l'école militaire pour le fils du sieur de Trépezet, capitaine au régiment de Béarn, gentilhomme breton, qui a été tué dans un détachement de guerre. Il y a près de trois ans qu'il n'a été reçu aucun élève dans cette maison ; mais le Eoi doit bientôt faire une nomination, et vous pouvez être sûr que je proposerai ce jeune homme qui est dans le cas le plus favorable pour pouvoir espérer d'être admis.

Le maréchal duc de Belle-Isle.

M. DE CRÉMILLE a M. LE MARQI'IS DE MOXTCALM

A Versailles, le 22 février 1759.

'M. le maréchal de Belle-Isle m'a communiqué, ]\Ionsieur, les différentes lettres que vous lui avez écrites concernant la modicité du traitement des ingénieurs et des officiers du corps royal de l'artillerie qui

sont à vos ordres, et les grâces dont vous les avez jugés susceptibles par la façon dont ils se sont comportés pendant la campagne de 1757 et à l'affaire du 8 juillet dernier. Je présume que ces officiers ont actuellement lieu d'être contents de leur traitement qui doit être conforme à l'état que j'ai l'honneur de vous envoyer, M. Berryer ayant donné sur cela les ordres nécessaires. Il a été pris en même temps des mesures pour que ces officiers ne fussent plus employés dans les compagnies de canonuiers attachés particulièrement au service de la colonie, afin de leur éviter par la suite les désagréments auxquels ils étoient ci-devant exposés.

Quant aux grâces que vous avez proposées pour ces officiers, elles ont été accordées; vous en trouverez l'état avec ma lettre.

Crémille.

M. DE ROUILLÉ A M. LE MARQUIS DE MONTCALM

A Paris, le 24 mars 1759.

J'ai reçu, Monsieur, les dernières lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et j'y ai lu vos derniers exploits avec d'autant plus de satisfaction que l'état dans lequel vous étiez, et les troupes nombreuses des Anglois ne permettoient pas d'attendre un pareil succès. La Providence a secondé vos talents, le cou-

rage de vos troupes et la justice des armes du Eoi ; mais la perte de Louisbourg et la difficulté de faire passer les secours nécessaires, demandent des miracles presque continuels pour défendre un pays comme le Canada, qui sera attaqué avec d'autant plus de vivacité que le succès paroîtra plus infaillible.

Vous jugez aisément, Monsieur, combien nous sommes occupés de votre position. Je joins eu mon particulier à l'intérêt de l'Etat celui que je prends ù ce qui vous concerne ; et, dans ma retraite, je fais des vœux bien sincères pour que les événements répondent à votre courage et à votre habileté, et qu'une paix raisonnable, en terminant les malheurs de l'Europe et du monde entier, vous rende à votre patrie et à vos amis aussi promptement (|ue je le désire.

Mme de Eouillé, M. et Mme de Beuvron, vous font bien des compliments et sont très sensibles à votresouvenir.

Rouillé.

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