LETTRE DE M. DE CRÉMILLE
A Versailles, le 9 février 1700.
J'ai reçu, Monsieur, les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire les 15 avril, 17 mai, 21 septembre et 10 novembre de l'année dernière. On ne peut être plus sensible que je l'ai été à la perte que nous avons faite de M. le marquis de Montcalm, avec qui j'étois lié d'amitié depuis plusieurs années. Je suis bien persuadé qu'il ne pouvoit être mieux remplacé que par vous, Monsieur, et que, dans les circonstances criti(|ues où vous vous trouvez, vous sauverez du moins l'honneur des armes du Roi, si vous ne pouvez pas lui conserver le pays que vous avez à défendre.
Je conçois qu'indépendamment de la justice qu'il y a de faire des grâces aux officiers qui sont sous vos ordres, il est indispensable d'en accorder pour soutenir leur zèle, et j'ai concouru, en ce qui a dépendu de moi, à l'obtention de celles que vous avez proposées. Je m'en remets à ce que M. le maréchal de Belle-Isle vous écrit à ce sujet, ainsi que sur ce qui vous regarde personnellement, et je vous prie de ne jamais douter de l'empressement que j'aurai toujours à vous marquer le parfait attachement avec lequel je suis, etc.
Crémille.
Je vois avec plaisir que vous êtes content de l'activité et de l'intelligence du commissaire Beruier. Je
comprends toute l'utilité dont il est à Québec pour prendre soin des malades et des blessés, mais j'ai regret de ce qu'en l'y laissant, vous êtes privé des secours que l'on en auroit pu tirer, s'il étoit resté à l'armée.
Crémille.
LETTIÎE DE :sï. LE MARECHAL DE BELLE-ISLE
A Versailles, le 9 février J700.
J'ai à vous accuser, Monsieur, la réception des lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22 novembre 1758, et les 15 avril, 17 mai, 21 et 22 septembre et 11 novembre 1759. Ces dernières m'ont été remises par les sieurs Joannès et Le Mercier, avec lesquels je me suis entretenu, ainsi qu'avec M. le chevalier de Bernetz, ancien commandant de bataillon, sur les derniers événements arrivés en Canada, et la situation actuelle de la colonie ; et j'ai jugé, par les difterents détails dont ils m'ont fait le rapport, qu'ils étoient très au fait des commissions dont vous les avez chargés.
Le Eoi a été très touché de la perte de M. de Montcalm et de celle des autres officiers qui ont péri devant Québec. Sa Majesté est bien persuadée que le commandement ne pou voit passer, après lui, en de meilleures
mains que les vôtres, et que vous soutiendrez jusqu'au bout l'honneur de ses armes, à quelque extrémité que les affaires puissent être réduites. Au reste, M. Bernier vous fait passer des secours de toute espèce, en vivres^ en munitions de guerre et en recrues ; au moyen de quoi, malgré l'avantage que les Anglois ont d'occuper la ville de Québec, qui leur a été rendue trop légèrement, vous serez en état de leur disputer le terrain pied à pied et de prendre, peut-être, des avantages sur eux, capables d'arrêter leurs progrès. Sa Majesté ne peut que s'en rapporter à la sagesse des mesures que vous prendrez pour cela avec M. de Yaudreuil, ne doutant pas qu'il n'y ait entre vous le concert désirable dans une conjoncture aussi critique que celle où vous vous trouvez.
Vous verrez par l'état ci-joint que le Eoi a accordé la plus grande partie des grâces que vous avez demandées pour les officiers des troupes de terre employés sous vos ordres. Comme elles sont la récompense du courage et de la constance de ceux qui les ont obtenues, Sa Majesté compte qu'elles serviront à exciter une émulation générale de bien faire, et qu'en les annonçant, vous ne négligerez aucun des moyens qui dépendront de vous pour contribuer à ce qu'elles produisent cet effet. Je joins aussi dans ce paquet les croix de Saint-Louis que Sa Majesté a accordées, le brevet de brigadier de M. de lîoquemaure, avec des lettres de service pour être employées en cette qualité, l'ordre d'aide -mare chai général des logis, que vous avez demandé pour M. de La Pause à la j)lace de M. de
Boiigainville, et les états de nomination aux emplois vacants.
Je vous prie de continuer à me donner de vos nouvelles par toutes les occasions qui s'en présenteront, et d'être persuadé que je ferai valoir avec empressement auprès de Sa Majesté les nouvelles marques qu'elle s'attend que vous lui donnerez de votre zèle pour son. service.
Le MARÉCHAL DUC DE BeLLE-IsLE.