M. LE COMTE D ARGENSON A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL
A Versailles, le 20 mars 1756.
Le roi avait résolu, Monsieur, de différer quelque temps à accorder des grâces dans les six bataillons qui sont passés l'année dernière dans l'Amérique septentrionale, et Sa Majesté s'étant fait une règle de ne donner la croix de Saint-Louis, cette année, qu'à ceux des capitaines d'infanterie qui sont officiers, au moins de 1737, elle ne jugeoit pas qu'aucun dans les dits bataillons fût encore à portée de l'espérer, le plus ancien de ceux qui ne l'ont pas, n'étant officier que de 1739. Mais vos représentations, les services qu'ils rendent, le zèle qu'ils ont témoigné en s'embarquant et depuis qu'ils sont arrivés à leur destination, ont déterminé Sa Majesté à leur marquer sa satisfaction sans attendre le temps où ceux qui en sont le plus susceptibles auroient acquis l'ancienneté qu'elle exige, c'est ce que vous verrez par l'état ci-joint.
J'ai été très aise de pouvoir procurer des pensions de Saint-Louis aux sieurs de Koquemaure, commandant
du second bataillon du régiment de la Reine, et Hurault de l'Hôpital, commandant du second bataillon de celui de Béarn. La commission de capitaine que Sa Majesté a accordée au sieur de Parfouru, lieutenant dans le régiment de Languedoc n'est pas dans l'usage ordinaire ; mais elle a eu égard au choix que M. de Dieskau a fait de cet oflicier pour commander une compagnie de grenadiers qu'il a formée, et aux bons témoignages qui sont revenus de la façon dont il s'est comporté au combat du lac Saint-Sacrement.
M,-P. d'Argenson.
Ordonnance du roi concernant V établissement de quatre nouvelles compagnies dans chacun des seconds bataillons des régiments de la Reine et de Languedoc, qui sont en Canada, pour représenter celles qui. ont été prises à leur passage dans cette colonie.
Du 28 janvier 1757- (De par le Rui)
Sa Majesté ayant donné ses ordres pour faire assembler à Dunkerque le nombre de soldats nécessaires pour former huit n(nivelles compagnies, dont quatre pour le second bataillon de la Reine et les quatre autres pour celui de Languedoc, à l'effet de représenter les quatre
compagnies de chacun de ces bataillons qui ont été prises à leur passage en Canada, elle a ordonné et ordonne ce qui suit :
Article 1
La première des quatre nouvelles compagnies destinées pour chacun des bataillons sera composée de deux sergents, trois caporaux, trois anspessades, trente-six fusiliers et un tambour, et chacune des trois autres de deux sergents, trois caporaux, trois anspessades, trente et un fusiliers et un tambour.
Article 2
Sa Majesté voulant remplacer tous les officiers des quatre compagnies de chacun de ces bataillons qui ont été pris, son intention est qu'il soit incessamment nommé des sujets qui puissent remplir leurs emplois, en attendant leur retour, lesquels jouiront du même traitement que les officiers qu'ils représenteront.
Article 3
Ces nouveaux officiers, lors du retour de ceux qui ont été pris, seront entretenus, savoir : ceux qui auront exploité les compagnies des fusiliers, en qualité de capitaines en second, et les lieutenants et enseignes et les sous-lieutenants de grenadiers en qualité de lieutenants réformés, Sa Majesté se réservant de leur régler alors les appointements dont ils devront jouir, en attendant leur remplacement aux ])remiers emplois vacants.
Article 4
Les lieutenants attachés aux quatre compagnies nouvellement établies dans chacun de ces bataillons pour les conduire en Canada, seront payés à commencer du 30 du présent mois jusqu'au jour de leur embarquement, ainsi que les sergents, caporaux, anspessades, fusiliers et tambour des dites compagnies sur le pied réglé par les ordonnances de Sa Majesté,
Article 5
Celles de ces compagnies, dont la formation est réglée au nombre de quarante-cinq hommes, étant destinées à remplacer dans les compagnies de fusiliers de chacun de ces bataillons les hommes qui en seront tués, pour représenter les compagnies de grenadiers prises à leur passage en Canada, lesquelles font partie des quatre compagnies des dits bataillons qui sont à remplacer, elles seront employées à leur arrivée dans la colonie à cette destination, et les dites compagnies de grenadiers ainsi rétablies seront payées alors sur le même pied des compagnies de gi'enadiers qui sont dans la dite colonie.
Les capitaines qui auront été choisis j)our commander ces compagnies de grenadiers reprendront, au retour de ceux qu'ils auront rei^résentés, les compagnies de fusiliers qu'ils auront quittées, et ceux qui auront exploité les dites compagnies de fusiliers seront entretenus, en attendant leur remplacement, en qualité de capitaines seconds, aux appointements qui leur seront réglés.
Mande et ordonne Sa Majesté aux ofificiers généraux ayant commandement de ses troupes, aux intendants dans ses provinces et aux commissaii'es des guerres ordonnées à la police des dites troupes de tenir la main à l'exécution de la présente ordonnance.
Fait à Versailles, le 28 janvier 1757.
LOUIS
E. DE YOYER.
Ordonnance du roi 'pour porter à cinquante hommes les compagnies de chacun des seconds bataillons des régiments de la Reine, la Sarre, Royal-Roussillon, Languedoc, Guyenne et Béarn, qui sont en Canada du 20 février 1757.
(De par le Roi)
Sa Majesté voulant faire une augmentation dans les compagnies des six bataillons de son infanterie françoise qui sont en Canada, elle a ordonné et ordonne que les dites treize compagnies, y compris celle de grenadiers, qui forment chacune des dits seconds bataillons des dits régiments de la Eeine, la Sarre, Royal- Roussillon, Languedoc, Guyenne et de Béarn de son infanterie françoise, que Sa Majesté a fait passer en Canada, seront portées, savoir : celle des dits grenadiers de quarante-cinq hommes à cinquante, et celles des
fusiliers qui sont seulement de quarante hommes, au même nombre de cinquante hommes ; la dite augmentation faisant par chacun des dits bataillons celle de cent vingt-cinq hommes, ce qui les mettra à six cent cinquante hommes au lieu de cinq cent vingt-cinq, à quoi ils sont actuellement, entendant Sa Majesté que les dits cinq hommes ordonnés d'augmentation dans chaque compagnie de grenadiers, et les dits dix hommes dans celles de fusiliers soient payés de leur solde sur le même pied de celle dont jouissent les dits grenadiers et fusiliers des dites compagnies où ils seront employés.
Fait à Versailles, le 25 février 1755.
LOUIS
Pi. DE VOYEK,
M. LE MARQUIS DE PAULMY A M. LE MARQUIS DE MOXTCALM
A Versailles, le 11 mars 1757.
Le roi a été très touché, Monsieur, de la perte du sieur Lombard des Combles et de la fâcheuse situation dans laquelle il a laissé sa famille.
Sa Majesté a même bien voulu, pour, donner des marques du cas qu'elle faisoit do cet ofticier, admettre deux de ses fils à l'école royale militaire ; son troisième fils jouira d'une gratification annuelle de trois cents
livres, jusqu'à ce qu'il y soit aussi admis ; et chacune de ses trois filles jouiront d'une gratification annuelle de deux cents livres jusqu'au moment auquel elles seront placées à Saint- Cyr.
Les témoignages favorables que vous avez donnés sur le compte du sieur Desaudrouins ont engagé le roi à lui accorder une gratification de six cents livres; je présume que cette grâce ne pourra que l'exciter à redoubler de zèle pour le service.
E. DE Paulmy.
M. LE MARQUIS DE PAULMY A M. LE MARQUIS DE MONTCALM
A Versailles, le 20 mars 17ô7.
Le roi ayant accepté, Monsieur, la démission de mon oncle, j'ai à vous accuser la réception des lettres que vous lui avez écrites depuis le 21 mai jusqu'au 8 novembre de l'année dernière, suivant la note ci-jointe. J'ai aussi reçu celles que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire les 12 et 26 juin, 30 août et lei- novembre derniers, et leurs duplicatas.
Je commence par vous faire mon compliment bien sincère sur l'heureux succès de l'expédition de Chouaguen. Sa Majesté en a lu avec plaisir la relation qui accompagnoit votre lettre du 30 août, et elle a fort loué toutes vos dispositions à ce sujet, de même (|ue la
fermeté et l'activité que vous y avez mises et qui ont été si bien secondées par le zèle et l'ardeur de ses .troupes.
Vous recevrez avec une lettre particulière l'état des grâces que Sa Majesté a bien voulu accorder aux officiers qui s'y sont distingués.
Sa Majesté est très satisfaite de l'union (jui paroît régner entre vous et le gouverneur général, et elle se persuade que vous ne négligerez rien de tout ce qui pourra l'entretenir.
Je dois à ]\I. le marquis de Vaudreuil la justice de vous assurer qu'il donne les plus grands éloges à vos talents militaires, de même qu'à vos qualités personnelles, et qu'en général il paroît très satisfait de tous les officiers de vos troupes, se louant aussi beaucoup de M. le chevalier de Lévis. Je suis très aise que vous soyez content de la conduite que ce dernier a tenue au camp de Carillon pendant la campagne. Je sens toute la délicatesse de la position où il se trouvoit ; aussi j)aroît-il bien flatté des marques de confiance que vous lui avez données.
Je ne puis trop me louei des différents détails contenus dans vos lettres, surtout ce qui peut avoir trait à la situation de vos troupes avant et après la campagne ; ils ne laissent rien à désirer et je vous en fais mes remerciements, de même que de ce que vous me marquez de l'état des différents forts du pays.
Ou ne peut qu'approuver les représentations que vous adressez au secrétaire d'Etat de la marine par rapport à la réduction que l'on veut faire au traitement des officiers et soldats pendant la campagne, et je ne doute
pas que M. de Moras, qui a succédé à M. de Machault dans cette place, n'y ait égard, surtout si le gouverneur général et l'intendant du pays pensent comme vous à ce sujet.
Mou oncle a mis sous les yeux du roi la lettre particulière que vous lui avez écrite le l^r novembre, et en partie chiffrée, de même que le plan du fort de A^audreuil qui l'accompagnait. Tout ce que je puis vous marquer à ce sujet est qu'il m'a dit que Sa Majesté y avoit fait attention.
Je vois par des lettres de M. de Saint- Julien qu'il y a eu peu de malades l'année dernière dans la garnison de Louisbourg, et qu'il ue manquoit au mois de décembre dernier que six hommes pour le complet des deux bataillons d'Artois et de Bourgogne depuis l'incorporation des recrues.
Je vois, Monsieur, par votre lettre du 12 novembre, que vous pensez qu'il seroit inutile de vous envoyer un second commissaire, mais que vous demandez que l'on envoie une commission en blanc pour la remplir en cas de besoin. Ce que vous m'avez marqué le 20 juillet de l'état affreux où vous aviez trouvé les hôpitaux et les vivres au camp de Carillon, a fait juger au roi que, M. Doreil étant obligé de se tenir pendant la campagne à Montréal, il étoit indispensable d'avoir quelqu'un en avant pour veiller au service dans les lieux où les troupes sont obligées de s'assembler, et, par cette raison, Sa Majesté s'est déterminée à faire passer en Canada le sieur de La Grive des Assises, qui est actuellement à Louisbourg, et je lui envoie ordre d'en partir à la première occasion, après cependant que le
sieur Magallon, qui doit le remplacer à Louisbourg, y sera arrivé.
Quant à ce qui vous est personnel, Monsieur, Sa Majesté m'a chargé de vous marquer qu'elle sera toujours disposée à vous donner des marques de la satisfaction particulière qu'elle a de votre conduite, et de vous assurer que les nouveaux services qu'elle attend de vous ne pourront qu'augmenter ces dispositions de sa part.
E. DE Paulmy.
Je réponds par une lettre séparée à la vôtre du 3 novembre, contenant différentes questions relatives au service.