‹ Collection des manuscrits (volume 3)Chapitre 8 sur 51 · E. DE P · texte numérisé non relu

E. DE P

M. LE MARQUIS DE PAULMY A M. LE MARQUIS DE MONTCALM

A Versailles, le 20 mars 1757.

Votre lettre du 3 novembre de l'année dernière demande. Monsieur, une réponse particulière de ma part. Vous y exposez plusieurs questions et difficultés qui se sont élevées dans le service des troupes que vous commandez, et les décisions provisoires que vous avez données et les motifs sur lesquels elles sont fondées.

Le roi, à qui j'en ai rendu compte, les a toutes approuvées. Je vois cependant qu'il y a quelques

articles qui sout contraires à ce qui s'observe en France ; mais c'est à vous à juger si la différence de l'état des choses en Canada et en France, en doit apporter dans certaines règles dont l'exécution par delà les mers pourroit être sujette à des inconvénients que l'on n'a point à craindre ici.

Vous verrez par le règlement ci-joint que le roi a confii'mé votre décision sur l'article qui concerne les officiers du corps royal de l'artillerie et du génie.

Je vous envoie aussi les principales ordonnances qui ont paru depuis votre départ, ainsi que des planches des exercices.

E. DE Paulmy.

M. LE MAEQl'IS DE PAULMY A M. LE :SL\EQUIS DE MONTCALM

A Versailles, le 10 avril ]757.

Etant à présent, Monsieur, seul chargé du département de la guerre, c'est avec plaish que je saisis le moment pour m'entretenir avec vous en particulier, je suis trop rempli d'attachement pour mon oncle et trop persuadé de la sohdité de ses principes pour ne pas confirmer toutes les instructions qu'il vous a déjà données, et vous prier de vous y conformer avec grande attention ; j'y ajouterai seulement quelques réflexions^ les voici :

Il est bien important que les officiers des troupes de terre qui sont en Canada vivent en bonne union avec ceux de la colonie. Il est à craindre que les premiers ne traitent les Canadiens avec hauteur et dureté ; et surtout il seroit de la plus grande conséquence que les sauvages n'en fussent pas contents.

Sa Majesté m'a chargé de vous recommander de vous employer en tout ce qvii peut dépendre de vous à établir, entre les troupes qui sont à vos ordres et les habitants du pays, des sentiments d'amitié et d'intelligence, sans lesquels on ne peut espérer qu'ils concourent ensemble, avec toute l'ardeur désirable, au succès des expéditions que vous aurez à entreprendre.

Comme l'exemple que vous donnerez est, sans difficulté, le moyen le plus puissant dont vous puissiez vous servir pour faire connoître aux uns et aux autres la manière dont ils doivent se conduire, vous ne pouvez montrer trop de douceur et d'affabilité en toute occasion tant aux Canadiens qu'aux sauvages. Il est surtout essentiel de ménager ceux-ci dont le service est indispensablement nécessaire pour vous donner des connoissances du pays, et des avis de la marche et des dispositions de l'ennemi ; et on ne peut parvenir à se les attacher solidement, qu'en témoignant faire cas de leur bravoure dont ils sont jaloux, en donnant des louanges à la petite guerre qui est en usage parmi eux, en accoutumant vos troupes à s'y exercer quelquefois au moyen de quelques volontaires entremêlés avec eux enfin en rendant à tous la justice la plus scrupuleuse sur ce qui aura été promis, et en évitant, dans le partage du butin, de donner des préférences qui puissent causer

des jalousies et mécontenter des alliés du secours desquels la colonie ne peut se passer.

Je vous ai vu si plein de ces* principes quand vous êtes parti pour vous embarquer, que je ne doute pas qu'ils ne soient fortifiés en vous depuis que vous en aurez reconnu la vérité et l'importance par vous-même, et que vous ne vous portiez d'inclination à remplir les intentions de Sa Majesté à cet égard.

J'espère que vous voudrez bien, indépendamment de votre relation ordinaire avec le ministre de la guerre, en avoir avec moi une personnelle et secrète ; mon oncle m'a remis une adresse et un petit chiffre qui vous servira pour cet effet.

J'espère que vous ajouterez encore une partie de la confiance que vous aviez dans mon oncle, à celle que je me flatte d'avoir déjà méritée de votre part.

E. DE Paulmy.

M. LE MARQUIS DE PAULMY A M. LE MARQUIS DE MONTCALM

A Versailles, le 15 avril 1757.

Eu conséquence, Monsieur, du mémoire que vous avez adressé à mon oncle avec votre lettre du le"" novembre de l'année dernière, des sujets que vous avez jugés convenir pour remplir les emplois vacants dans les bataillons qui sont en Canada, j'ai fait expédier les

lettres qui leur sont nécessaires ; j'espère qu'elles vous parviendront par les premiers vaisseaux qui aborderont à Québec, mais, pour y suppléer dans le cas où elles seroient interceptées, je vous envoie par des voies différentes trois états de sujets agi'éés pour les charges qui ont vaqué dans chaque bataillon depuis son arrivée en Canada. Vous n'en trouverez point pour celui du régiment de Béarn où il n'y a eu qu'un emploi à remplir ; c'est l'enseigne de la première compagnie ordinaire, vacante par la promotion du sieur Doride à une lieutenance. Elle a été donnée par lettre du 2-i février dernier, au sieur Pierre Hortes, que vous pourrez y faire recevoir.

Le roi ayant jugé à propos, ainsi que vous le verrez par l'ordonnance du 28 janvier dernier, de faire remplacer les compagnies des seconds bataiUons de régiment^s^de la Eeine et de Languedoc qui ont été prises en 1755, Sa Majesté a nommé pour commander celles qui les représenteront, en attendant le retour des titulaires, les sujets que vous trouverez compris dans les états pour ces deux bataillons. Elle a approuvé que les charges auxqueUes elle n'a point nommé dans le second bataillon du régiment de Languedoc soient données à ceux des volontaires dont vous avez joint un état à votre lettre du 1-- novembre, qui vous en paroîtront les plus dignes. J'ai fait laisser à cet effet en blanc dans les lettres et dans les états les noms de ceux à pourvoir. Vous voudrez bien les faire remplir suivant la disposition que vous ferez de ces emplois, et je vous prie de m'en envoyer la note.

J'ai fait aussi laisser en blanc le nom du lieutenant qui doit passer à la lieutenance des grenadiers en attendant le retour du chevalier de Beaumont. Ce lieutenant, passant aux grenadiers, doit être remplacé par celui de la compagnie qui sera fondue pour former celle des grenadiers. Vous remplirez donc, relativement à vos dispositions, les blancs que vous trouverez dans les ordres que j'ai fait expédier pour opérer ces changements, et dans les états. Au surplus, il vous sera aisé de voir ce qui sera nécessaire pour compléter ces différentes expéditions.

Lorsqu'il sera question de fixer le rang des lieutenants de tous ces seconds bataillons avec ceux des premiers qui ont levé des compagnies, je rendrai comjtte à Sa Majesté de vos représentations en leur faveur.

Le sieur de la Bourdonnaye, que vous proposiez pour un enseigne dans le régiment de Guyenne, a pris un autre parti, de l'aveu de M. de la Bourdonnaye, conseiller d'Etat ; et M. le comte de Montmorency- Laval a proposé un autre sujet, qui doit joindre par la première occasion ; il est compris dans l'état que je vous envoie pour le second bataillon de ce régiment, et placé à la sous-lieutenance de grenadiers, le sieur Deschabert, qui y avoit été nommé, passant à l'enseigne. Vous trouverez ci-joint les expéditions de deux ordonnances, l'une du 28 janvier dernier, dont je viens de vous parler, pour la formation des compagnie» qui doivent représenter celles prises en 1755 ; l'autre du 25 février aussi dernier, pour porter à cinquante hommes chacune des compagnies de grenadiers et de fusiliers des six bataillons qui sont en Canada. Les

hommes pour cette augmentation doivent y arriver successivement, suivant les mesures prises par la marine.

Je dois vous observer que les officiers qui partent de France, compris dans les états que je vous envoie, ont eu ortbe de se rendre dans différents ports et de profiter des premières occasions pour se rendre à leur destination.

E. DE Paulmy,

M, DE MOKAS AU MAKQUIS DE MONTCALM

A Versailles, le. . . mai 1757.

Monsieur,

J'ai répondu à la lettre que vous avez écrite à M. de Machault, le 4 novembre dernier.

Les témoignages que vous rendez des officiers de Canada, dont il est question dans cette lettre, s'accordent avec ce qu'en a mandé M. le marquis de Yaudreuil. J'en ai fait usage en rendant compte à Sa Majesté des propositions qu'il a faites pour les emplois et les grâces à distribuer. Le sieur de Contrecœur a obtenu une pension de quatre cents li\Tes sur le trésor royal, les sieurs de La Colombière et de Villiers ont été nommés chevaliers de Saint-Louis; et j'ai fait aussi attention à ce que vous avez marqué sur le compte de quelques, subalternes et particulièrement du sieur de Laugy.

M. le marquis de Pauliny a fait poiirvoii' au remplacement des emplois qui vaquoient dans les six bataillons des troupes de terre suivant les propositions que vous en avez faites.

Celles que M. de Vaudreuil avoit concertées avec vous pour augmenter tant les soldats de ces six bataillons que les compagnies des troupes de la colonie, ont été approuvées. Outre le remplacement des huit compagnies des bataillons de la Eeine et de Languedoc, prises en 1755 sur les vaisseaux l'Alcide et le Lys, on a porté à cinquante hommes toutes les compagnies des six bataillons ; on a établi dix compagnies nouvelles dans les troupes de la colonie ; on a augmenté le nombre des canonniers, dont M. de Yaudreuil doit former deux compagnies de cinquante hommes chacune ; et, après avoir pourvu à l'envoi des recrues nécessaires pour toutes ces augmentations, Sa Majesté s'est encore déterminé à fane passer en Canada deux bataillons de régiments de Berry, qui avoient eu d'abord une autre destination.

Les approvisionnements de toute espèce qui ont été demandés pour les magasins de la colonie sont envoyés ; j'ai même fait augmenter considérablement l'article des vivres ; en sorte que, si tous les secours peuvent arriver, la colonie se trouvera abondamment pourvue, et M. le marquis de Vaudreuil en état d'exécuter les opérations que les circonstances pourront exiger.

Vous pouvez. Monsieur, contribuer plus efficacement que personne au succès de ces opérations. Comme c'est particulièrement par le concert qui règne entre vous et M. de Vaudreuil, Sa Majesté a vu avec un

gTancl plaisir la confiance récipro([iiequi s'y est établie. Elle est persuadée que vous serez également attentifs l'un et l'autre à éviter tout ce qui pourroit l'altérer, et vous pensez trop bien tous deux pour ne pas vous occuper de tout ce qui peut l'affermir de plus en plus. Tant que cette bonne intelligence subsistera, on n'aura à craindre ni division, ni altercation entre les troupes de terre et celles de la colonie, et l'on ne trouvera dans ces différents corps que du concert et de l'émulation pour concourir à l'exécution de toutes les expéditions auxquelles ils seront employés.

L'expérience de la dernière campagne a dû vous faire connoître de quelle utilité les Canadiens et les sauvages peuvent être dans tous les mouvements qu'il peut y avoir à faire. On peut compter solidement sur la valeur des Canadiens et même sur leur zèle et leur bonne volonté, lorsqu'on les traitera de manière à ne pas les dégoûter. Leur situation mérite par elle-même des ménagements, et leur caractère enseigne peut-être davantage. La fermeté est quelquefois nécessaire avec eux ; mais une douceur éclairée qui, en général, est toujours plus propre à faire respecter l'autorité, doit particulièrement réussir à leur égard.

Pour ce qui concerne les sauvages, vous avez dû vous apercevoir que, s'il convient de ne pas enfler leur présomption naturelle, surtout par rapport aux secours qu'ils peuvent nous donner, il est en même temps important de se prêter jusqu'à un certain point aux fantaisies qui souvent les déterminent, il faut l)caueoup de patience pour en tirer parti.

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Ce n'est point au reste pour vous que je fais ces observations générales sur la conduite qu'on doit tenir avec les Canadiens et avec les sauvages ; je ne suis point en peine que vous n'ayez déjà acquis la confiance des uns et des autres. Mais il est venu des relations particulières du Canada, suivant lesquelles il paroît que certains officiers de terre les ont usés en plusieurs occasions d'une façon trop dure pour les uns et pour les autres. Il est de la plus grande importance que vous teniez la main à ce qu'ils se comportent tous de manière à efïacer les impressions qui ont été prises à cet égard.

Ce n'est qu'en connoissance de cause que le roi a ordonné les retranchements qui ont été faits dans la ration qu'on fournit aux officiers qui sont détachés en campagne. On vous a mal informé lorsque l'on vous a dit que la fourniture de vin avait été faite de tout temps. Il est seulement vrai qu'elle avoit eu lieu pour quelques détachements qui furent faits dans la dernière guerre ; mais Sa Majesté donna ordre de la supprimer dès qu'elle en fut informée. Au surplus, le traitement des officiers de terre est fort avantageux, et il paroît que vous le sentez vous-même. C'est aussi l'intention du roi ; et je suis de mon côté très disposé à leur procurer tous les avantages qui seront convenables. Mais Sa Majesté ne veut rien changer au règlement qui a •été fait pour la ration dont il s'agit.

Pour ce qui vous regarde. Monsieur, je ne puis que vous répéter ce que M. de Machault vous a marqué de la satisfaction que le roi a de votre conduite. ^I. de Paulmy doit être entré dans quelque détail sur cela eu vous envoyant le cordon rouge.

Recevez, s'il vous plaît, mon compliment sur cette récompense de vos services, avec les assurances de l'envie que j'ai de pouvoir contribuer à vous en procurer d'autres.

De Moras.

P. S. — Vous trouverez ci-joint, Monsieur, un nouveau chiffre dont vous vous serviriez à l'avenir pour les détails particuliers que vous pourrez avoir à me confier, et vous aurez agréable de me renvoyer celui qui vous a été remis l'année dernière.

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