‹ Collection des manuscrits (volume 4)Chapitre 24 sur 26 · LE MARQUIS DE MONTCALM A M. DE BEAUCLAIR · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE MONTCALM A M. DE BEAUCLAIR

Ce 3 septembre J 759.

J'ai été fort aise, mon cher Beauclair, de recevoir de vos nouvelles. Je comprends à merveilles que vous et votre troupe auriez mieux aimé faire la guerre que travailler ; mais ce dernier article n'est pas moins nécessaire et important pour la colonie.

Duprat est, depuis quatre jours, avec Bougainville avec deux cent cinquante volontaires. Le camp du Sault a évacué de ce matin et a quasi passé en entier du côté de la pointe de Lévis.

Au camp du Sault, ce 3 septembre 1759, au soir.

Je vous remercie, mon cher chevalier, de continuer à me donner de vos nouvelles. Il me paroît que tout va bien dans votre partie. J'ai encore conservé jusqu'ici tous nos sauvages. 11 faudra bien cependant que ceux

* Nous ignorons comment cette lettre s.' trouve jointe à celles adressées par Montcalm mu chevalier 'le l.<'\ is. Proba blâment ce dernier, chargé de la Faire passer au destinataire, n'aura pu le faire, et l'aura gardée Xotk de l'éditeur.

des pays d'En-Haut partent ; mais il en hivernera. Suivant les nouvelles de l'Ile-aux-Noix, vous n'y auriez pas plus à faire.

Enfin le camp du Sault a déblayé aujourd'hui, et assurez M. Mercier que nous n'aurions jamais emporté leurs retranchements avec neuf redoutes.

Si j'avois voulu croire tout le monde hier, il n'y avoit plus que trois ou quatre cents hommes qu'il falloit aller charger. Ce matin, il n'y avoit qu'à entrer dans le retranchement; M. Wolfe nous tendoit une embuscade avec deux mille cinq cents hommes qui ont descendu en bon ordre du Sault. La pièce de 24 les a salués joliment, coulé une berge et incommodé une autre, ce qui étoit déjà arrivé hier.

Dès ce soir, la droite est renforcée de deux mille hommes ; j'y passe demain, et Poulhariez reste général depuis le Sault jusqu'à l'église de Beauport.

Nous avons toujours dix-neuf bâtiments au-dessus de Québec, et Bougainville garde-côte, toujours en l'air. Je m'établis de ma personne à la maison de Salaberry pour être en belle vue et à portée de tout.

Mes compliments à Lapause.

Ce 8 septembre 1759.

Je garderai, mon cher chevalier, votre lettre et instruction. Bene. Il s'en faut bien que la campagne soit finie ici, depuis le départ du Sault. Ainsi au

contraire, augmentation de batterie et de feu sur la ville. Une petite escadre de vingt bâtiments, cinquante ou soixante berges, depuis trois jours, vis-à-vis Sillery et le Cap-Rouge, Bougainville côtoyant ; la ligne très (longue) ? Hier, sur les dix heures du soir, démonstration d'attaque, cent berges en bataille à mi-chenal. J'avoue que je vous voudrais ici et que je voulois que M. le marquis de Vaudreuil vous en envoyât un ordre conditionnel, s'il n'y avoit rien à craindre et que tout fût bien.

Si Lapause ne vous étoit pas d'une nécessité absolue, je penserais qu'il ferait bien (de venir) ; il y a ici de la besogne pour tout le inonde. Le major-général et Poulhariez sont les seuls ; les autres, entre (nous), nuls. Le premier a du sens, du froid et homme de guerre, el il m'est utile quelquefois. On me parle tous à In fois. Je vous voudrais ici pour cette épineuse queue, où je crois à une tentative quelque part. Je n'étois pas ru peine que vous n'agissiez bien avec Bourlajnaque ; mais comme votre ami (à ; vous,e1 envie de l'obliger, je vous en ai écrit. Je vous jure que, quoique j'aie été ici une espèce de général, ainsi (pic disoit à mon départ la comtesse d'Estrées (?) à mon retour, je servirai sous le dernier de mes anciens, si l'on veut.

J'approuve fort l'idée pour Desandrouins ; j'y vais appuyer. Elle n'esl pas sans exemple el L'ordonnance y autorise. Je vous prie de dire mille choses pour moi à M"" Pénisseau. Aimez-moi toujours, mon cher chevalier.

(i '.tir lettre n'est pas signée).

[Autographe, sauf la date]

Ce 9 septembre 1759.

[Vous] recevrez, mon cher chevalier, ce même courrier, deux lettres de moi, l'une écrite de chez M. de Vaudreuil, avant lui avoir parlé, celle-ci depuis. [Je l']ai mis à l'aise et sollicité sur l'idée de Desandrouins commandant. D'abord négatif : il y répugne; voyez-vous cela ? " Il faut ménager tout le monde ; on trouve " d'abord [mauvais] f dans la colonie que j'ai donné les " forts de Carillon et Niagara à de vos officiers ; nous " verrons ".

[Voici] un travail à faire, où Lapause peut vous servir d'avance, au cas [où la] colonie soit sauvée ; car elle ne l'est pas encore. N'eu écrivez rien au marquis de Vaudreuil, mais à moi seul.

Combien d'hommes à l'Ile-aux-Noix l'hiver ? garnison à relever de Saint-Jean tous les quinze jours.

A Saint-Jean, Chambly, grosses garnisons, d'autres commandants ; . y mettre les volontaires de Duprat, Bernard, Beauclair, qu'on incorporerait dans ceux de Bernard et Duprat par moitié ; Beauclair ne voudra pas y hiverner. Leur donner, comme l'année dernière, une

* Cette lettre a été très abîmée sur les bords : tous les mots entre crochet manquent dans l'original et ont été rétablis aussi bien que possible, d'après le sens. Note de l'éditeur.

t Ce mot n'était certainement pas dans l'original ; il semble nécessaire pour le sens Note de l'éditeur.

paire souliers gratification et, l'hiver, une haute paye. A Saint-Jean et Chambly, d'autres commandants que Rouville et Sacquespée ; les y laisser comme lieutenants de Roi. Mettre à l'un, Saint-Jean, Poulhariez commandant, à l'autre, Fontbonne.

Nos huit bataillons, malades, morts, trois cents volontaires déduits, il faut les compter à [ ] l'un

dans l'antre; les troupes de la colonie à treize cents hommes au plus, si on en [déduit] trois cents à vos postes près les Rapides.

Je voudrais 1° faire rétablir en pieux les forts des Cèdres, Laprairie el Longueuil, y avoir halles et poudre, qbbger les officiers à y rester; 2° mettre le double de soldats par habitant ; que le munitionnaire qui retire

]il[ ] donnât douze; sous au lieu de dix ; 3° loger

des 3oldats à Montréal chez tout le monde, exempts [et] non exempts avec charge de les nourrir; que M. de V[audreuil], l'intendant, vous et moi en prissions pour l'exemple. Pourvu qu'on [leur] donne paille dans un endroit chaud et la vie, cela suffira.

A Québec, aux casernes, deux cents hommes.

Gouvernement de Québec, personne.

Gouvernement des 'Finis - Rivières, un bataillon, Languedoc.

La Reine depuis La Noraye jusqu'à Montréal, a[vec] la Sarre et Béarn, qui occuperaient leurs anciens quartiers e1 ne dépasseraient pas Montréal.

A Montréal, faubourgs, forts, Chambly, Saint-Jean, [le-aux-Noix, toits des Rapides, paroisses au-dessus de Montréal à la rive gauche, les colonies dans les quai-tiers occupés pai Guyenne et Royal-Roussillon, doubler

Guyenne âur Royal - Roussillon, en lui conservant Chambly, et mettre les deux de Berry dans les anciens quartiers de Guyenne depuis Sorel.

Rien dans Québec ; ils auront assez à faire de nourrir le sud.

Au lieu de deux logements par bataillon, une seule chambre exactement pour l'officier-major ou commandant qui vient pour le service.

Une lettre circulaire pour que tout le monde reste chez soi.

Tout notre état-major à Montréal, à moins que Bourlamaque, ce dont je doute, veuille aller à Québec.

Pontleroy à Québec avec un ingénieur, de Caire ; ou laisser Des Roberts à Pontleroy et mener de Caire à Montréal.

Fournier dans sa partie.

Des Roberts à Desandrouins, s'il a besoin d'aide, ou à Montréal pour ces forts de pieux.

Voilà l'esquisse de mes idées. Il me semble que, pour Messieurs de la Reine et Berry, les agréables de Québec, il faut éloigner le moins que nous pourrons nus cinq bataillons, et les mettre, eux, sur la voie de Québec où ils ont laissé beaucoup d'effets.

Les officiers d'artillerie, tels qu'ils sont et qu'on voudra ; Montbeillard qui sert ici avec autant d'activité que d'intelligence, où il voudra suivant sa santé et commodité, Québec ou Montréal.

Je crois, mon cher chevalier, que Mercier vous aura été peu utile ; mais nous nous sommes bien passés de lui. Le service de l'artillerie en va mieux, et il s'est

rendu le service de quitter un séjour où l'on canonne et bombarde.

M. de Ramezay a un rhume qui le retient depuis trois semaines à l'hôpital ; Boishébert y a aussi une maladie peu connue ; Bernetz commande au mieux sans inquiétude, et Johanne, major de Québec,

En vérité, s'il n'y a rie:: à craindre pour votre partie, j'avoue, mon cher chevalier, que je vous désirerais bien pour celle-ci, où tout n'est pas encore dit.

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