CXXXVI I
31 juillet 1759.
A l'entrée de la nuit, nous serons tous sous les armes à notre poste. Il y a du mouvement dans l'escadre vis-à-vis de nous. La démonstration qu'ils ont faite en plein jour me persuade que ce sera la fausse attaque.
Vous avez le coup d'œil bon ; si ce qui vous occuperait ne vous paroissoit pas considérable, il faudrait, mon cher chevalier, nous faire appuyer.
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Ce 1er août 1759, à huit heures du soir.
Il est à craindre, mon cher chevalier, que vous ne puissiez pas faire retirer les effets qui se trouvent dans les carcasses des deux bâtiments brûlés, si on les laisse
mettre à flot. M. de Lusignan s'est chargé de vous l'aller dire, cependant j'aime mieux vous le répéter, parce que le plus petit sabord que l'on fera à chacun en dessous, remédiera à cet inconvénient ; il ne faut qu'une hache pour cela; et, à marée basse, vous feriez retirer les effets qui y sont. On les remettrait au magasin, el on ferait une gratification aux travailleurs que vous y auriez fait employer.
Du 2 août 1759.
Les cinq déserteurs d'hier sont du bord du capitaine Rous, qui est au Cap-Rouge, et de ce second bataillon de Royal-Américain détenu sur les vaisseaux pour suspicion. Us ne savent rien, n'ayant mis pied à terre que pour leur désertion. Ils assurent del'enviede leurs camarades. Ce sont des Allemands qui demandent à servir dans la colonie.
Dumas et Boishébeit rentrés d'hier. Cinquante charrettes partent enfin ce matin et convoyeronl le reste en trois jours.
Lettre polie de Saunders. Lettre d'une forme polie
et d'un style àere de Wolfe,
Réponse dernière pour après-dîner, du même style, du même ton ; mènes reproches, mêmes termes.
Lettres ouvertes à s. ni capitaine, où il dit : " si vous " n'étiez pas blessé, je vous ferais les mêmes reproches
" qu'à \ns frères, d'avoir rendu le marquis de Mont- " calm témoin d'une mauvaise discipline. Les l 'aines.
" si remplies de charité et d'attention pour les malades, " seront respectées et honorées, si nos armes ont un sort " heureux ".
Voilà, mon cher chevalier, tout ce qu'il y a de remarquable. Pour la lettre du marquis de Vaudreuil, c'est histoire de sauvages, guerre cruelle, assassinat, les rois n'ont pu prévoir ces circonstances; ergo le cartel, etc., et cependant une phrase louche pour indiquer qu'à la fin de la campagne on pourroit s'en servir.
La réponse est une protestation de la dénégation d'exécuter le cartel, une énumération des assassinats, puisque c'est ainsi que le général Anglois appelle les morts de ceux tués par les sauvages à la guerre, et que, pour nous, nous regardons ces événements comme fortune de guerre inévitable en Amérique ; la barbare et détestable proclamation de Shirlev, un de leurs gouverneurs ; pourquoi, puisqu'il n'a pas de sauvages à sou armée, on a trouvé au-delà du Sault des corps des nôtres mutilés d'une façon barbare ; et cela finit en lui déclarant qu'il peut se dispenser à l'avenir d'écrire sur pareille matière, parce qu'il ne lui sera fait aucune réponse.
Bonjour, mon cher chevalier.
Ce 2 août 1759, au soir.
Je crois que vous serez content, mon cher chevalier, du mémoire que je vous envoie. Il a passé à la dictature de la diète de Eatisbonne, sauf quarante hommes
de plus ; le général, l'intendant et Cadet l'ont approuvé. Le courrier est parti à onze heures du soir pour prévenir Dumas ; Belot et sou lieutenant partent au point du jour en poste. Mercier n'a pas trouvé l'amiral à son bord, qui étoit aller conférer avec M. Wolfc. Un officier de marine lui a dit d'un ton ironique : " Vraisemblablement, M. Wolfe n^a eu qu'intention de bien reconnoitre vos retranchements ". Un capitaine d'une frégate échouée, a dit : " M. Wolfe est un très brave homme, mais il n'est pas général ". Un troisième : " Vos sauvages sont bien effrayants et vous en avez un grand nombre ". C'est le récit de M. Mercier.
MONTCALM
On n'enverra chercher le convoi de vivres qu'après demain, 4.
4 août 1759.
J'ai reçu hier au soir, mon cher chevalier, votre billet. Nous n'avons rien de nouveau de l'ennemi, ni ce matin. Il faudrait, mon cher chevalier, que vous lissiez passer un billet et faire battre à l'ordre pour dire à tous vos Canadiens, volontaires, etc., que l'on rapporte les pelles, pioches, haches, des vaisseaux anglois, et qu'on les paiera comptant sur un pied assez avantageux pour que les Canadiens intéressés soient excités à les rapporter. Je crois qu'il faut aussi, s'il est possible, faire
rapporter les quarts de lard, farine, et qu'on les leur paye comme si on les achetoit. Si on les a pris en détail, c'est une chose impossible. Je compte qu'il y aura un parlementage sur les deux heures ; mais vous saviez bien que, par les articles et conventions, dont je ne me souviens pas trop, ne les ayant lus qu'une fois rapidement, je crois que la paix n'existe que depuis Beau port et la pointe de Lévis. Ainsi, je pense que vous ne voulez pas les aller attaquer ; mais c'est pour vous prévenir qu'il n'y auroit rien d'extraordinaire pendant ce temps-là, s'il vous tirait quelques coups de canon.
Autographe. — Bonjour, Monsieur.
MONTCALM
P. S. (non autographe). — Marquez-nous le prix que vous aurez réglé, afin que nous nous y conformions. Si vous n'aviez pas besoin d'outils, envoyez-nous, avec deux charrettes, avant-midi, cinquante pelles et cinquante pioches (nous vous les renverrons dans la nuit, ces mêmes outils), pour profiter du parlementage pour ôter un peu les décombres des communications de la ville.
Ce 7 août 1759.
Je suis convaincu, mon cher chevalier, de la plus grande partie de la déposition de votre homme.
D'ici au 12 (car il faut de la basse mer), nous ne
pouvons plus être attaqués que de très grand jour. A commencer du 11' jusqu'au 18 inclus, ce pourroit être à la poiute du jour, ce que j'aime moins. Je crois aussi qu'il ne prendra, ni temps de pluie, ni temps de brume; car il ne sauroit où aller. Vous faites bien de ne pas déplacer vos deux mortiers; vos deux pièces de gros canon, suivant moi, feront des merveilles. Je crois en effet que la colonne de la pointe de Lévis a attaqué trop tôt et sans ordre, parce que les deux du Sault de Montmorency dévoient attaquer en même temps. C'est un vrai malheur pour nous ; ce qui est à faire seroit fait. Il faudrait à notre gauche les meilleurs canouniers, et ils y seraient, suivant moi, plus importants qu'à la ville ; dites-le à M. Jacquot. -Te crois le général Wolfe opiniâtre, persuadé qu'il aurait réussi, si toutes ses colonnes eussent attaqué en même temps. Il s'y confirmera par ce que lui a dit le déserteur, que vous étiez toujours ;i cheval pour empêcher les Canadiens de s'en aller. Il fera encore la plus grande attaque par le bas du Sault et la pointe de Lesse *. Sa diversion vers les gués sera h la vérité plus forte que l'autre jour et soutenue d'artillerie, ce qui vous obligi ra \ j mettre quelques troupes réglées. J'irai vous voir ce soir ou demain matin, suivant que le temps le permettra.
Vous ne sauriez trop ménager el faire ménager vos sauvages ; quand quelquefois ils auront de la mélancolie, que les interprètes me mènent les chefs et quelques
1 >ude Lest, -m' la plage de Beauport. — Non de l'éditeur,
jeunes gens ; je les écoute avec patience et leur fait donner un petit coup de vin baptisé à chacun. Faitesleur part des nouvelles, et l'espoir d'un combat sous peu de jours leur fera plaisir en leur témoignant que nous savons tout le projet, que, moyennant cela, tout ira bien, la confiance que l'on a en eux pour la partie du buis, qu'à la paix on les comblera de présents et que, comme je leur ai dit deux fois, je leur en porterai moi-même et irai les voir à Michillimakinac.
Bonjour, Monsieur le chevalier.
MONTCALM
Voyez, mon cher chevalier, si vous n'aimeriez pas mieux diriger vos mortiers sur le feu du Sault qui sera bien plus vif que celui de la dernière fois et que celui des bâtiments qui viendront s'embosser. Je penserois, d'après la déposition, que ce sera quatre chaloupes, portant du canon de 24 pour favoriser le débarquement des troupes de la pointe de Lévis et battre nos batteries. C'est dommage que nous n'ayons pas les quatre nôtres et qu'elles ne soient pas raccommodées.
Je vous envoie la lettre de M. Mercier, à laquelle vous voudrez bien répondre. Je pense que vous les aimeriez mieux avec des affûts marins que d'en avoir point du tout. Faites mes excuses à Mercier si je ne lui réponds pas; c'est parce que je vous ai envoyé sa lettre. L'ambassade d'hier a été que Mercier n'a été que jusqu'à la frégate, et n'a pas été admis à aller au bord de l'amiral Saunders qui a fait dire qu'on répondrait aujourd'hui.
[Autographe, sauf la date]
19 août 1759.
Je crois n'avoir pas besoin, mon cher chevalier, de vous recommander, dans votre tournée à l'Ile-aux-Noix, d'agir vis-à-vis de Bourlamaque comme vous voudriez qu'un lientenaut général eu agit vis-à-vis de vous, s'il veuoit dans un poste que vous eussiez arrangé. Je vous écris, et j'ai mes raisons pour ce, non comme votre général, mais comme votre ami à tous deux.
Si vous ne faites qu'une tournée à l'Ile-aux-Noix, que vous deviez retourner aux Eapides ou prendre un poste intermédiaire, il convient que M. de Bourlamaque reste. Si vous choisissez l'Ile-aux-Noix, trouverez-vous honnête de l'envoyer aux Rapides. Il vaudroit mieux l'envoyer me joindre ici, et sur votre courrier, je vous en enverrais l'ordre. C'est à vous à vous conduire à cet égard comme vous voudriez qu'on se conduisît au vôtre. Chacun a ses idées et t'ait pour le mieux, et, à choses faites et sans remède, toujours dire que son subordonné a bien fait. Ne doutez pas de mon amitié, Monsieur le chevalier.
(Cotte lettre n'est j>as signée).
[Autographe, sauf la date]
20 août 1759.
Votre présence fera bien partout, mon cher chevalier. Pourvu que M. Dufour fasse bien sa besogne ici, tout ira bien. J'ai trouvé les lettres de Bourlamaque du 10 et 12 de bon ton. Ne doutez pas de ma tendre amitié, mon cher chevalier.
MONTCALM
Johnstone nous est très dévoué et occupé de vos ordres relatifs à vos équipages.
Au camp du Sault Montmorency, ce 24 août 1759.
L'ennemi a fait une incursion à Deschambault qui nous a coûté nos équipages. Je n'ai jamais vu un meilleur ton et moins de regrets sur pareille perte. Bougainville, qui fit une marche de quatorze lieues, de sept heures du matin jusqu'à minuit, leur empêcha de prendre racine. J'accourois pour le même objet ; je fis dix-huit lieues. Betour encore à Deschambault; la cavalerie les a empêchés de débarquer. Nous n'avons eu aucun homme ni tué ni blessé ; l'ennemi en a perdu quelques-uns ; on leur a fait deux prisonniers. L'ennemi brûle et ravage, tire moins sur la ville et sur le camp.
J'ai neuf partis à la guerre qui ne guériront pas de la brûlure.
Voilà, mon cher chevalier, tout ce qu'il y a à vous marquer. Aimez-moi autant que je vous aime et je n'aurai rien à désirer.
[Autographe]
Ci 26 août 1759.
Notre ami Bourlatnaque a un peu d'humeur, à travers des lettres très polies, suite de propos qu'on aura tenus. Ne faites semblant de rien ; mais propos Pt politesses de votre part calmeront. Il demande à revenir ici, où, entre nous, il ne seroit pas de trop ; mais deux raisons empêchent M. le marquis de Vaudreuil de lui accorder la demande qu'il en a faite : 1" la crainte qu'il ne faille vous séparer tous deux et vous reporter aux Rapides; 2° celle de la marche d'Amherst et d'un combat. Cependant dans le cas où vous croiriez n'avoir rien à craindre pour vos parties et sa présence inutile, vous avez un ordre ci-joint dont vous me feriez usage qu'alors et autant que Bourlamaque le désiremit, et n'en dites mot. Un projet qui u'esl pas mien pourra réussir, je le souhaite. .le n'ai ni consenti ni refusé; j'ai dit ignorance de ma part ; ee n'est pas île mon métier.
Ma lettre pour Amlierst, adressée à Bourlamaque, quand vous voudrez, si c'esl vous qui commandez. J'ai
voulu 1° lui donner de la méfiance des Loups et faire croire qu'ils avoient trahi ; 2" lui dire honnêtement qu'il avoit fait faire le métier d'espion, qu'ils étoient dans le cas d'être pendus et qu'ils sont aux fers ; 3° dès que nous n'avons pu avoir nos prisonniers dans le cours de la campagne, j'aime mieux n'avoir pas à les nourrir l'hiver.
(Cette lettre n'est pas signée).
Au Sault Montmorency, le 1er septembre 1759.
En vous remerciant, mou cher chevalier, de m'avoir douné de vos nouvelles par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 25. Bien n'est mieux que toutes vos dispositions. Ceci me paroît actuellement la partie du Canada qui doit donner le plus d'inquiétude. La communication et la marine nous donnent beaucoup d'occupation. Ils ont actuellement seize à dix-sept bâtiments au-dessus de Québec de toutes tailles et grandeurs, et ils font souvent des tentatives sur notre côte. Leur camp est toujours le même au Sault. Les vivres font un autre embarras pour nous ; la réduction du quarteron a lieu depuis le 28. Je suis bien persuadé que Lapause vous est très utile.