‹ Collection des manuscrits (volume 4)Chapitre 5 sur 26 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

[Autographe]

A Montréal, le 24 (septembre 1757).

J'ai des clous, mon cher chevalier ; la pituite me suft'oque ; l'asthme tue Bougainville. -le ne mange qu'un quarteron de pain ; je me purge demain, et me trouve bien, ici ; c'est une capitale : j'avois résolu de ne jamais tenir d'enfant au baptême, après l'honneur d'en avoir tenu un avec M°" la marquise de Vaudreuil; cependant, Arnoux m'y force avec Mme de la Naudière pour commère. J'alterne entre elle et Mm° Péan, parfois M'"os Marin et Saint-Ours; Peau est arrivé hier. Nord-est retient les paquebots anglois et les dunkerquois. Il nous arrivera demain un bâtiment parti de la Rochelle, capitaine Thomas, appelé La Société; vin, marchandises, farines, point. On dit en avoir vu deux dans le bas ; ainsi soit et que ce soit Lu Liberté.

Lettre à M. de Paulmy. Pour vous seul, Monseigneur, où j'ai bien traité votre affaire de maréchal de camp. Nulle nouvelle de Louisbourg. Les détenus de Beauséjour dans leur maison pour prison. Sachez de La Roche, si, dans le cas dont je vous prie de ne pas parler, (où) je me prolongeons jusqu'au carême, il seroit bien aise de venir ici, auquel cas il viendrait en

* Cette lettre se trouve intercalée au milieu de celles du mois de février 1708 ; mais elle ne peut être de cette date. L'examen attentif du texte nous porte à croire qu'elle est du mois de septembre 1 757.

novembre relever Marcel, plus utile actuellement que lui ; mais sachez ce qui lui fera le plus de plaisir; car, s'il va par compliment venir ici s'ennuyer et m'ennuyer, il aura tort, me fera de la peine. S'il est bien à Montréal qu'il reste. La recrue d'officiers de la Eeine, bien, celle de Languedoc, pas mal, et M. Poiret, de Languedoc, lionne acquisition, les recrues vilaines.

Les recrues de la Sarre, Guyenne, Royal-Roussillon, Béarn, partent jeudi avec MM. de Graves, d'Arènes, Wolff. Priez M. de Vaudreuil de mettre les deux derniers dans des parts pour vivres (sic) Saint-Jean s'il veut; ils aideront Sacquespée, et pourront marcher avec des partis. Si d'Arènes veut aller à Carillon, et que vous croyiez qu'il y ait place pour logement, ou peut : il faut le faire vivre en attendant l'emploi de lieutenant en second de grenadiers de Languedoc, auquel je le nomme et le propose. M. de la Morlic, auquel vous vous intéressez, de Eoyal-Eoussillon va être nommé. A l'égard des cadets de la Sarre que vous allez envoyer, ils partiront ;m premier jour, et ce sera, je crois, un grand soulagement. Vous Lmportune-t-on bien des quartiers, mon cher chevalier '. L'intendant va faire une tournée. Dites à M. de la Millet ine qu'il est minuit, que j'écris depuis cinq heures, car un dunkerquois part demain, que je suis bien aise qu'il se soit main sans rn'attendre. Je n'ai pas le temps de répondre ;'i la Milletièie.

Dites à Villars que je serois fâché pour Senezergues, pour lui et pour le régimenl de la Sarre, qu'une lettre au nom de tous les capitaines partît. C'est une démarche inutile que ji1 désapprouve, qui leur feroil tort, qui

AU CHEVALIEE DE LÉVIS Gl

déplaira au ministre, et qui .sera regardée du même œil que Villars regarderait uue lettre qui me serait écrite au nom de tous les soldats de sa compagnie. Comment ne réfléchit-on pas que, d'ailleurs, c'est représenter contre une chose faite ? Et contre quoi ' L'outre l'autorité du Roi, maître de faire rentrer dans l'an et jour qui il veut. Ainsi, je me garderai bien d'appuyer cette lettre, qui, d'ailleurs, est mal tournée. Et comment ose-t-on y parler au ministre de la guerre d'avoir contribué à la retraite, lorsque tout arrangement en argent et concordat est défendu ? Cela pourrait être mal pris, et le plus grand bonheur, et le seul à attendre, c'est qu'on ne fasse aucune attention à la lettre. Pour moi, si la lettre part je n'en écrirai rien. Si on me donne parole d'honneur qu'on n'en écrira pas en corps, j'en dirai deux mots dans une lettre qui sera lue du ministre même, et qui ne changera pas une chose faite ; mais au moins elle ne nuira pas. Si, au contraire, la lettre part je n'écris rien, parce que je veux être en état d'écrire au ministre s'il fait attention à la démarche déplacée, et s'il eu prend de l'humeur que je n'en ai rien su, et que si je l'eusse su je l'aurais défendu, et Senezergues, qui sera censé l'avoir su, sera blâmé.

Adieu, mon cher chevalier ; c'est trop dicter ou écrire, pour qui prend demain une médecine.

Si ce régiment veut écrire, il ne doit y avoir que le chef Senezergues ; mais qu'il m'écrive avec détail et j'écrirai. Je suppose le fait sûr, car il est désagréable d'écrire pour des chimères.

A Québec, le 25 septembre 1757.

Je réponds par celle-ci, mon cher chevalier, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22. La lecture de la lettre que j'écri-s à M. de B:>urla miue me dispense d'entrer dans beaucoup de détails. Je ine suis jaugé ce matin : .je n'eu pouvois plus de pituites, clous, etc.

Faites donner à d'Hébécourt un ordre et une instruction particulière du marquis de Vaudreuil. Donnez-lui verbalement ou par écrit tous les conseils qui nous paraîtront les meilleurs. Je vous remercie d'avoir barré le chemin de Québec à La Mothe, car il déplaît et ennuie. L'intendant devoit, demain, aller faire une tournée à la Côte du Sud ; on m'a dit qu'il n'y alloit plus. Gela est-il vrai \ Je n'ensais rien. Voyez si vous voulez parler au marquis de Vaudreuil sur le fut du logement, qui, peut-être, n'est jus vrai.

Mille amitiés à Fontbruue et La 1! ichebaaucour.

Mon roALM.

P. S. — -Comme il n'y aura à Carillon aucun officier de la colonie en étal d'aller en parti, il est de conséquence pour iicus que Wolff y aille et le chevalier d'Arènes.

Faites décider M. le marquis de Vaudreuil sur le

l'ait de la lant ine.

1'. S. — le viens de recevoir dans le moment, mon cher chevalier, votre lettre du 2\. On vient de me due

trois bâtiments en rivière, La Liberté et Le Bristol, Dieu le veuille ! Nous allons être misérables pour le pain ; on parle de réduction à commencer du 1er octobre. Le capitaine du bâtiment qui a péri, dit qu'ayant passé le jour de Saint-Louis à huit ou neuf lieues de Louisbourg, il a entendu canonner vigoureusement depuis midi jusqu'au soir. Comme les marins aiment à brûler de la poudre, je ne serois pas surpris que M. Du Bois de la Mothe en eut fait brûler depuis midi jusqu'au soir.

A Québec, le 26 septembre 1757.

Les tristes circonstances où nous sommes, Monsieur, exigent de nous et de nos soldats de nous prêter à une grande réduction dans les vivres. Les bataillons qui seront dans les côtes continueront à être nourris chez l'habitant. Comme l'habitant lui-même n'aura pas de superflu, il faudra que nos soldats se prêtent à vivre comme eux. Les bataillons et les troupes qui seront le plus à plaindre, seront celles destinées à tenir garnison dans les villes de Québec et de Montréal. Monsieur l'intendant vieut de me démontrer la triste situation de la colonie jusqu'à l'arrivée des secours de France. Tout ce qui habite Québec est réduit au quarteron, à commencer par moi ; les Acadiens, qui sont sans ressources, sont réduits à la demi-livre, et nos soldats le seront à

commencer du 1"' octobre, à uni' livre de pain, un quart de lard et quatre onces de pois. Vous croyez bien, Monsieur, que j'ai demande" une augmentation en (mis ; mais on m'a démontre" L'impossibilité el la nécessité qu'il y aurait à retrancher cette augmentation. Cela posé, il vaut mieux la supprimer dès le 1™ octobre, car il est plus aisé d'augmenter que de réduire. Il a été' convenu que l'on payerait la demi-livre de diminution sur le pied de trois 3ous la livre, c'est-à-dire un sou six deniers par demi-livre ; et, pour consoler le soldat de la réduction, il a été convenu (pie l'on donnerait à chaque distribution de pain de fait, l'argent de la demilivre qui devrait leur revenir. Lorsque le régiment de Béam sera établi à Montréal, vous verrez, avec M. d'Alquier et M. de Malartic, s'il serait nécessaire de faire quelque avance sur la suide aux compagnies qui seront en ville, pour employer cet argent à acheter des provisions de légumes, choux, oignons, etc., pour suppléeT au retranchement qu'on leur t'ait sur un article aussi important que le pain.

Je ne doute pas, Monsieur, que vous ne portiez toute votre attention à des objets aussi importants, et que vous n'engagiez Messieurs les officiers à tenir à leurs soldats des discours convenables, qui déterminent nos soldats a donner le bon exemple de la soumission à

i réduction fâcheuse mais nécessaire. Il \ aura de

l'égalité sur cet article entre les troupes de la colonie

et les nôtres.

A Quel , le 14 octobre 1757.

Vous trouverez ci-joint, mon cher chevalier, une lettre ostensible, et pour être communiquée aux lieutenantscolonels *. Celle-ci est pour vous seul.

J'ai ouvert hier l'avis du retranchement des tables. M. de Vjaudreuil l'a a [opté et a promis de donner l'exemple.

Toute la colonie applaudit ; l'intendant, pas trop. Il aime le faste, et ce n'est pas le cas. J'ai été d'avis d'un seul service, conformément à l'article I6de l'ordonnance. J'ai été d'avis qu'il ne falloit, de tout l'hiver, ni bals, ni violons, ni fêtes, ni assemblées. J'ai donné, hier, mon dernier grand repas, où j'avois nos puissances et cinq dames. Il a été splendide par le goût, la profusion et un double service d'entrem sta. J 'aurai, demain, dix personnes, avec un potage, quatre gro es entrées* une épaule de veau, une pièce d'entremets froids, le. tout servi ensemble, le bouilli rel vanl la soupe. Et voilà mon plan t'ait pour tout l'hiver. Je vous exhorte, comme votre ami, à n'avoir qu'un gros dîner bourgeois, à un seul service pour les officiers arrivant des quartiers; ni violons, ni bals, ni fêtes. Faites part de ce dernier article a La Roche. Je vois par sa. lettre que

* Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil des lettres de Montcalm.

d'Arènes et Wolff seront arrivés à temps. On crie beaucoup contre l'intendant et la grande société el je crois, entre nous, qu'on n'a pas tort. Moi, je me tais ; mais j'ai un petit ami qui est homme à écrire la vérité et à la faire parvenir.

J'ai été trois jours dehors pour faire la tournée delà Côte du Nord, comme un maréchal de logis ; je l'ai faite par eau en allant, et par terre en revenant, avec Montbeillard, Bougainville et Pelegrin.

M. de Vaudreuil n'est que d'avant-hier ici. Je lui ai déjà lâché' quatre mémoires. Heureusement, je les ai donnés à lire à Saini -Sauveur, l'écriture m'absorbe, et Marcel aussi.

On dit le conseil de guerre pour mardi. Je vais sortir pour parler à l'intendant de la représentation juste sur la nourriture des officiers. J'espère qu'on fera à cel égard ce que j'ai fait faire pour ceuxdeBerry. Je vous informerai de la réponse.

Quand vous écrirez h M. de Fontbonne ou à M. de Lapause, dites que j'ai fait attention à la représentation de ce dernier sur la proposition de payer le soldat en ordonnances, et de prolonger le paiement de l'officier en argent. Je ne puis ni ne dois être de cet avis. Il faut que la règle soit égale et commune.

Je vous prie aussi de dire à Roquemaure que j'ai vu Massias. Ses lettres sont du 10 mai; mais si celles de Lecomte sont du '24 avril, comme le porte l'état des services, elles sont antérieures. C'est un fait à vérifier; car, avant que de gronder un ministre, il faut être sûr d'avoir raison et qu'il s'esl trompé.

M. le général a fait hier la tournée d'une partie des fortifications, et il a osé ce matin gronder un peu Léry. On a oublié de le saluer, à son arrivée, de l'esponton ; cela a beaucoup fâché sa modestie. A la vérité, c'est sa colonie qui a tort. Il a dit à Montbeillard que sa tournée vers la Côte du Sud étoit inutile ; c'est cependant par son ordre qu'il y a mis trois semaines et qu'il a été jusqu'à. Kamouraska. 11 n'a pas osé me dire que la mienne étoit inutile, mais il en a assuré l'évêque. Si jamais les Anglois débarquent et que le chevalier de Lévis aille les combattre, il sera bien aise d'avoir lu mon mémoire, et je ferai plus de cas de son approbation.

Quoique je sois content de mon séjour à Québec, parce que je me contente de peu, je n'ai pas renoncé pour mon hiver à Montréal. On sera fort aise à Québec de voir le chevalier de Lévis pour quelques jours ; mais on ne s'en flatte pas. D'ailleurs sa présence dans les circonstances est bien nécessaire à Montréal, et je puis l'assurer que la mienne étoit indispensable ici. Si nous avions été assurés qu'il y eût des vivres à l'Ile-Royale, j'aurois opiné pour y envoyer hiverner au moins un bataillon. Je vous envoie une lettre à caehet-volant pour Désandrouins afin que vous voyiez de quoi il est question. Ou ne peut vous aimer plus tendrement, mon cher chevalier.

Montcalm.

Autographe. — Je crois qu'il faut garder mes lettres pour Pouchot, Aruoux, le chevalier de Bernetz, Malartic pour leur arrivée ; à l'égard de celle pour Noyau, chez Martel.

\ i,'n, bi c, le 24 octobre 17">7.

Faites attention, Monsieur le chevalier, que les derniers bâtiments partironl cette année-ci de meilleure heure que l'année dernière. Ainsi envoyez-moi parle retour de ce courrier toutes vos dépêches. J' aujourd'hui la vôtre du 19. Ce que vous propi la Côte, du Sud, depuis Kamoura lia jusqu'à Son proposé et rejeté, je crois, mal à pri ■ uvenez-

vous qu'on court risque d'j revenir à mi-hiver pour la Reine. Enfin, à force <\f parli r di soulager la ville, on envoie cent soldats de la colonie à la baie Saint-Paul. C'est le 1er novembn que i immei ribution

sur le pied de :

Six livres de bœuf

Huit livres merluchi

Quatre livres pain

Deux livres pois

Ajoutez-y douze sous, à raison de six liards par jour, sauf les quatre deniers qui sont représentatifs de la première demi-livre retranchée; car la demi-livre de bœuf donnée eu bus ne peul que ri présenter la demi-livre retranché' . Je ^ ous fai ce détail pan e que l'intendant avoil d > ndu retrancher les six

liards ; M. de Vaudreuil y avoit consenti ; mais l'intendant, en homme d'e pi il serré par un mémoire de ma façon, a dit qu'il avoil toujours entendu comme moi. Ainsi, -i les ordres o'étoienl pas donnés clairement à

pour huit jours.

Montréal, voyez avec M. Duplessis que cela se fasse de même pour les troupes de terre et celles de la colonie ; car autrement le soldat serait fondé à dire qu'on lui annule une demi-livre, et, si on vous faisoit quelques difficultés, dites par écrit que vous le prenez sur vous.

Je vous envoie une lettre que j'ai reçue de Ligneris.

La Minervt vient d'entrer par un gros nord-esl dans la rade : avant 'pie de fermer ma lettre, je vous écrirai les nouvelles.

On a ce matin renvoyé absous Vergor et tous les officiers de Beauséjour, ordonné une continuation d'information contre Villeray, l'oncle de Mme de Marillac. Il sera absous après-demaiu ; la procédure n'étoit pas en état. Entre dous, c'est des deux commandants celui qui est le moins coupable ; mais on vouloit le sacrifier. Il a trouvé un avocat de ma connoissance qui a donné une tournure et fait son mémoire.

En vertu d'un ordre particulier du Eoi qui ne m'a été communiqué que la veille, parce qu'on croyoit me prendre sans vert (sic), j'ai commandé, pour assistera ce conseil de guerre, MM. de Montreuil, de Trivio, comme lieutenants-colonels, et d'Aiguebelle, comme capitaine de grenadiers, et j'ai refusé bien poliment d'en être. Les juges ont bien jugé, suivant l'information ; niais, entre nous, on s'est plus mal défendu qu'à Chouaguen et au fort George. C'est de Beauséjour dont je parle, car pour Gaspareau, le seul tort c'est de ne s'être pas retiré le brûlant ; et vous, brûlez ma lettre. Je suis exactement accablé d'écritures, et malgré cela

il faut faire sa cour, et quelquefois travailler pour le général qui me consulte quand il est embarrassé. Le corps royal a bien triplé ma besogne cette année. Je m'enferme d'ici à samedi ; mais, Dieu merci ! je crois que je n'oublierai rien de ce qui est nécessaire.

Je vous envoie un état pour être remis à M. de Malartic et communiqué par lui à M. d'Alquier. Je crois mon arrangement juste, dût-il ne pas plaire aux capitaines. Aimez-moi, mon cher chevalier, autant que je vous aime, et je n'aurai rien à désirer.

l'ont ce qui suit prf autographe : — L'intendant a d'avant-hier commencé à servir à un seul domestique, et supprimé la pâtisserie à cause de la farine.

Dès qu'on commencera en décembre à donner du cheval au soldat, j'en fais ma provision pour l'hiver et il y en aura toujours chez moi un plat.

La prétendue Minerve qui entroit hier à l'entrée de la nuit, suivant le dire de la basse-ville, s'est trouvée un senau venant de Gaspé chercher du sel, qui même a dit n'avoir rien rencontré, sauf une goélette venant de Louisbourg.

Outre mes aides de camp toujours à vos ordres, je VOUS ('lève un jeune officier des nouveaux venus de la Reine, doux, sage, bien élevé, qui partage avec Marcel le travail d'écriture pour la cour. Si son bataillon ne servoit pas avec vous, qu'on lut séparé en deux corps, à cause de la plume, vous n'en aurez pas de meilleur dans les huit ; car si Marcel me manquoit, je le prendrais ; et vous l'aurez comme cela seulement Lorsque vous en aurez besoin. Si son régiment esl avec vous

il feroit de même son service. Je n'en ai parlé ; mais songeant à vous je vous en préviens.

La ration est réglée du 1" novembre à :

Une demie, pain,

Trois quarts, bœuf,

Un quart, morue,

Un quart, pois.

C'est dans le cas où il faut donner une ration qu'on la règle ainsi ; d'ailleurs on donnera au soldat pour huit jours.

Si les chambrées de Béarn ont besoin d'avance pour acheter plusieurs ensemble quelque cochon, oignons, des choux à leur choix, que les capitaines avancent comme j'ai réglé avec ceux de la Eeine, sauf a retenir sur le prêt.

Si l'on découvre des villages dans le gouvernement de Montréal, à nourrir des soldats chez l'habitant, pourquoi n'en pas envoyer ? Je l'ai dit à M. de Vaudreuil. S'il vous le propose, faites-le ; mais toujours, en les détachant, un lieutenant ou au moins un sergent sage.

(Cette lettre n'est pas signée).

A Québec, ce 26 octobre 1757.

Il est arrivé hier un bâtiment de Louisbourg avec soixante-dix hommes de Berry, et nous avons appris que le coup de vent qui a endommagé Le Tonnant et

L'Abénaquisi qu'on sauvera, a été plus funeste aux Anglois; Le Tilburya péri corps et biens; il s'en est sauvé di inquante hommes, heureux que noua

as faits prisonniers. Un autre grand bâ dont nn ne voil que les mâts, a entièrement péri. La mer est 3i com erte de dél ■•■■aux qu'on estime

qu'il y en a d'à litres. L ' toute à

la mer. Nous ! :ui avons pris un corsaire; suivant les prisonniers, on avoit renoncé à l'expédition sur Louisbourg; mais ils avoient reçu cinq vaisseaux de renfort et trois mois de vivres, avec ordre d'attaquer l'escadre à son départ. Les huit mille hom '1 Angleterre

• doivent hiverner à Ealifax; Milord Loudon en étoit

parti le 1 7 ;

tières, pour lesquel] on ir di nouvelles de

nos mou

MONTCALM

Je suis inquiet de Villiers; je crois qu'il va avoii la petite vérole. Si on ne ! i !al, n'en

dites rien.

XXX 111 aphe]

Ji m !i Toussaint, lei m <\ i mbre 1757.

I e comte de l.ô\ is-Léran i st furieux d'être à sa troisième 611e. L ont dit L imeth brigadier

ci j'en étois surpris, L'almanach-royal ne le met pas, vous y figurez eu! au 11 mars. Ce ne sera pas ma faute si vous n'êtes pas maréchal de camp; j'espère en

arracher la certitude à l'arrivée, si la paix se fait cet hiver, et celle pour l'hiver de 1758 à 1759. si la guerre dure. Je n'ai rien négligé': vos parents, mes amis, terre, marine ; et j'ai fait une petite lettre au marquis de Vaudreuil qui. en (lisant du bien de vous et de nous, a l'air de le demander sans le croire ni s'en douter. Le besoin a fait que je lui ai servi de secrétaire en lettres et mémoires pour trois affaires: corps-royal, bataillons de la marine, conseil de guerre. Il me consulte sur les grâces, le vent étoit bon.

Adieu, mon cher chevalier. Malheureusement, je plaide ma cause ; mais je le ferai pour vous. Seul, le renvoi de mon valet de chambre, veiller à mes provisions, vous prouve mon retour. Il vous dira ma vie : ainsi, toute la journée, lundi, mardi, mercredi douze personnes, jeudi l'intendant, vendredi quatre personnes, samedi douze, dimanche l'intendant. Mes compliments à La Eoche. On ne peut vous aimer plus que je ne le fais. On ne saurait voir inoins les dames.

(Cette lettre n'est pas signée).

A Québec, le 2 novembre 17ê7.

Monsieur le général s'est embarqué ce soir, mon cher chevalier. M. de Eoquemaure m'a dit que vous désireriez que l'on donnât un petit écu à Villars par jour pour le séjour qu'il a fait à Montréal. Il est bon de

vous faire observer que le petit écu n'est donné qu'à ceux qui sont détachés pour le service par ordre. Or Villars et Bernard, du régiment de Béarn, sont venus pour les objets particuliers à eux ou à leurs régiments. Il faut aussi vous faire observer que lorsqu'on donne le petit écu il ne doit point y avoir de vivres. Je ne sais comme vous faites pour les officiers qui sont à Montréal. La règle est ici un quarteron de pain par jour. Il n'y a que ceux qui sont dans les côtes qui sont mieux traités, ayant quarante livres de farine par mois, au lieu de cinquante qu'on avoit réglé lorsqu'ils ont un valet ; et vingt-trois livres lorsqu'ils sont sans domestiques. Ceux des bataillons qui sont à la cote, qui viendront habiter la ville, doivent être privés de cet avantage et ne recevoir que le quarteron. Je vous fais tous ces détails, que vous pouvez communiquer à M. Martel, pour que l'on ait à Montréal une conduite uniforme à celle qu'on aura ici.

Il me semble que notre ami Roquemaure est toujours le même et de plus en plus insupportable par son ton et ses propos.

MONTCALM

P. S. — J'ai rouvert ma lettre pour vous accuser la réception de la vôtre du 30. Je peuse comme tous que les vivres et l'artillerie devraient être à Saint-Jean, et point dans une première plan', pour leur sécurité, mais on n'en fera rien parce que nous avons affaire avec des munitionnaires et point à des gens de guerre. A l'égard de consommer les vivres qui soin à Carillon, il faudrait n'avoir aucune espèce de ressources pour cela;

car c'est la seule que nous ayons si l'ennemi nous prévient ; mais il est certain que cela seroit mieux à Saint-Jean qu'à Carillon.

A l'égard du naufrage de Poulhariez, qui a tort de porter avec lui deux cents louis, mais de ce qu'il est joueur il n'y a rien à lui rendre sur cet article. Vous le comprenez, mon cher chevalier, et, s'il l'a perdu, il le comprend bien ; car, en homme d'esprit, il a dit à M. de Bourlamaque qu'il n'avoit rien perdu. Au reste il n'est pas sans tort dans cette affaire : cela ne lui seroit pas arrivé s'il n'avoit pas voulu dépasser contre la règle le bateau de M. le chevalier de Bernetz qui avoit de bons guides. A l'égard des grenadiers, on attend un état certifié pour faire remplacer les fusils, couvertes, effets donnés par le Boi, dont le remplacement est absolument nécessaire, et non les autres. L'événement de Poulhariez est du même genre que si on vous prenoit votre portefeuille dans un camp. J'ai demandé fortement une pension pour Poulhariez ; mais c'est article de services, et non de ce malheureux événement qu'il cherchera à réparer avec le secours du quinze.

Je n'ai garde de vous proposer de prendre aucun officier à demeure ; je suis bien de votre avis ; mais je vous indique celui de la Peine pour l'occurrence, comme un jeune homme qui aime à s'occuper, et que je compte bien aussi faire travailler dans des cas de presse.

A Québec, le - no> embre 1757.

Je suis, mon cher chevalier, inconsolable de la perte du pauvre Villiers. Je [l'écris pas à sa veuve, mais dites-lui combien je regrette son mari, et qu'indépendamment de tout ce qu'elle mérite par elle-même, je serai toujours fort aise de lui témoigner en tout sion l'estime singulière qi poui Villiers. Dites

aussi à MUe Douville que si je puis être util frère que Villiers aimoit fort et menoit toujours avec lui, que je le ferai en toute occasion.

Nus derniers bât iments partiront lundi. M. de Vaudreuil m'a fait l'honneui aujourd'hui,

e1 part demain ou après.

MONTCALM

Je vous envoie la lettre pour I cachet-

volant afin que vous la lisiez.

Autographe. — Je vous - Monsieur.de

dire à Malartic que j'ai promis à Luroi (?) un louis; je prie Malartic de le donner; mais je voudrais bien qu'il fut donné en nippes, afin qu'il ne lui servit s'enivrei' et se faire nu lue au cachot.

A Quel , le 7 novembre 1757.

Je réponds, mon cher chevalier, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 2. Je vous aurois répondu par le major-général, mais je n'en ai pas eu le temps. Je ne croyois pas qu'il partit aussi vite, parce que la veille il m'avoit dit qu'il partirait bientôt. Je ne suis pas (entre nous) fâché de ce qui est arrivé à Montréal ; ils auront vu la différence du ton d'un officier su] érieur des troupes de terre, et c'étoit en bonnes mains. J'ai été d'autanl plus mutent du ton des soldats d'ici,, (entre nous) qu'ils ont été sollicités pai le peuple à se mutiner ; et cela vient de ce que ce même peuple n'a point de confiance dans le gouvernement. 11 croit, quoique cela ne soit pas vrai, que c'est une famine artificielle pour contenter l'avidité d'aucuns. Il a tort, mais l'exemple du passé et du présent l'autorise à cette opinion.

Péan, Mercier, le Père La Corne sont partis hier pour aller passer huit jours à Saint-Michel. Le peuple croit que ce moulin est rempli de farine.

L'année est mauvaise pour les mariages. Il m'a paru que la misère faisoit que Monsieur le général désiroit qu'on fût difficile cette année pour le soldat; vous êtes à même de savoir encore mieux ses intentions. L'intendant a été fâché de voir arriver les soldats de Guyenne mariés. Cela ne pouvoit cependant être autrement, et on est fort embarrassé ici pour les faire vivre; car on ne leur donne que le quarteron comme

aux habitants. A la vérité, je ferai donner l'argent à tous ceux qui seront dans un vrai besoin.

Vos deux dernières lettres pour la France et pour la personne de M. Le Blanc sont arrivées au moment du départ du dernier bâtiment ; il n'y en a plus à partir. Que tous vos propos, mon cher chevalier, tendent toujours à inspirer une diminution dans le luxe et la dépense à nos officiers ; car le pays s'épuisera et ils laisseront des dettes, d'autant plus que les Canadiens ont une grande facilité à leur prêter. (Renvoyez) les lieutenants à leurs quartiers ; c'est mal à propos que je l'avois toléré l'année passée ; mais puisque suivant l'Ecriture, Dieu se repentit d'avoir fait l'homme, je puis bien me repentir d'avoir eu des tolérances pour Messieurs les lieutenants.

Ce qui suit est autographe: — J'achève cette lettre qui a été, ee matin, interrompue vingt fois par des ennuyeux oisifs, qui trouvoient tort extraordinaire que je ne fusse pas visible, ayant eu à écrire par triplicata :

Neuf lettres au Paulmy, avec divers mémoires.

Dix au Moras.

Soixante et quinze, au moins, par duplicata ;i des particuliers.

Comment, diable ! Votre ami Roquemaure, et le mien, est-il toujours le même ? Aussi, il passe dans l'esprit de tout le monde, sans excepter le maréchal de Mirepoix, pour une tête brûlée. J'ai eu beau lui rompre en visière, allant son train, il soutient que Chevert est mu Jean Foutre, un homme sans talents et un pillard. Je crois que, hors le maréchal de Mirepoix, le comte de Lautrec, le duc de Brogli et M. de Monconseil, quoi-

que ce dernier soit haï et peu estimé, il u'y a guère d'officier-général qu'il ne blâme. L'autre jour il vouloit que sa compagnie de grenadiers qui a fait trois campagnes, ne fit pas fond à la formation de la nouvelle et me fit époumonner.

Et j'ai beau l'interrompre, il croit faire l'éloge de d'Hébécourt et des officiers françois en disant devant des Canadiens qu'ils ont mené à Carillon pour cinq, huit cents poules, soixante moutons, cinq ou six breufs, du vin étranger ; moyennant quoi, ou crie que le pays est dévasté. Quand celui-ci qui ne manque pas d'esprit m'a impatienté, arrive Trivio, qui heureusement est parti ce matin pour Beauport. Il joint à l'ennui, à la bêtise, le dessous d'un Dauphinois.

Privât, qui est bon homme, est cligne d'être de l'Académie françoise auprès de ce nouveau venu.

Nous allons avoir des concerts. J'aimerois mieux causer avec M. le chevalier de Lévis que tous les plaisirs de Québec. Aussi, laissez venir les glaces, je gagne ma petite chambre de Montréal. Ma maison cependant fume moins, et il faut convenir qu'il, y a bonne compagnie ici, et plus de ressources qu'à Montréal pour les soirées. Nous avons deux bonnes maisons : l'hôtel Péan et Mmo de la Naudière, de loin en loin l'évêque et parfois ma chambre, l'intendance deux jours par semaine. Voilà ma vie.

M. le marquis de Vaudreuil sûrement croira et craindra le rétablissement de Chouaguen ; il ne le craignoit pas l'année dernière ; il n'y avoit que vous et moi qui en parlions ; mais cette année-ci, Vertuchou !

le général Mercier en parle. Heureusement ils auront toujours de la peine à choisir un bon emplacement.

Vederemo. Ce défaut de vivres fait frémir, et où en serions-nous si nous n'eussions pas pris le fort George, si l'on eût pas renvoyé aussi vite Les bouches '. Brûlez ma lettre, mon cher chevalier.

(Cette l'-ti !■•■ n'est pas si

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