IT
J'ai l'honneur, mon cher rh-\ alier, de la procédure coutre le sold lu crime
de désertion. Toul i itracté avant seize
ans est nul, et par conséquent, toul sold tt qui teroit avant d'avoir accompli L< - 3 :ize ans, ne pourrait être condamné p ir an conseil de : l'espèce
du cas que vous 1 à Metz dan- le
régiment de la marine. Tout soldat, quoique engagé avant seize ans, et qui continue à recevoir le prêt, monter la garde et passer en revue après les 3eize ans, est par là seul
ment après l'âge prescrit par les ordonnances. C'est le cas du soldat de Béarn, el il n'y a pas lieu de douter, ni m:: une demande superflu d mge-
reuse, que celle que M. de Malartic, aide-major, a faite de sa,\ oir ai le soldai est i mne \ olonté ou de
force. Qu'il le 3oil de l'une ou de l'autre façon, il n'en
est pas moins punissable. Il suffit que deux anciens soldats déposent lui avoir vu recevoir le prêt, monter la garde et passer en revue. Le soldat eût-il été engagé de force, il ne lui est pas permis de déserter parce qu'il a la voie de recours vis-à-vis le commissaire, l'inspecteur et le commandant qui examinent sa plainte. Le cas du plus amplement informé seroit si le soldat disoit n'avoir pas seize ans lorsqu'il a déserté. Mais ici il n'y a pas de raison de douter, et on ne peut se dispenser de le condamner.
Les enfants de soldat qui passent en revue sont libres jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de seize ans, et cessent de l'être dès qu'ils reçoivent le prêt au delà des seize ans. Ils en sont si bien instruits qu'ils ne manquent pas alors de vous demander un congé de six ans, parce que sans cette précaution ils seraient censés engagés pour toujours. Cette distinction si naturelle étant bien conçue, il n'y a pas à hésiter pour les juges. N'avez-vous pas observé, mon cher chevalier, que les gens de guerre, si accoutumés à faire périr des hommes légèrement à la guerre, tâtonnent toujours pour punir les coupables par la forme judiciaire ? C'est en effet un grand malheur que les hommes aient besoin d'exemples. Comme on a différé la tenue du conseil de guerre, je pense que pour rendre la procédure régulière, il faut la recommencer et faire les mêmes questions, même celles qui pourraient paraître inutiles, pour qu'il ne paroisse pas un trop grand intervalle entre les informations, les conclusions et le jugement.
Je vous envoie une lettre de M. de la Parquière, capitaine en second du régiment de Béarn, qui vous
prouvera qu'à tout âge on peut faire des folies. Quoique jusqu'à présent il se soit fait nombre de mariages ridicules parmi les officiers des troupes de terre, il est des bornes atout, et l'on finirait par me demander h épouser des servantes. Dites à ce chevalier de Saint-Louis que je ne lui réponds pas parce qu'il -m'est dur, quoique nécessaire, de refuser à un homme de son âge la permission de faire une folie indécente, que je lui renvoie sa lettre pour qu'il ne reste pas entre mes mains vestige d'une proposition ridicule de la part d'un officier à qui je veux conserver toute mon estime. Je ne doute pas que, vu la proximité, cet officier n'habite La Prairie ; c'est le cas de le faire restera ses drapeaux, quoique ce ne soit pas un petit jeune homme. Si ce vieux officier a promis indiscrètement parole à cette petite bourgeoise, mon refus doit lui faire grand plaisir et le mettre à l'aise, parce que nous ne sommes jamais astreints à tenir (pie les paroles qui dépendent entièrement de nous. Il aura, fait tout ce qui étoit en lui en me demandant la permission; mon refus le met à l'aise. Si vous voulez vous faire appuyer dans la remontrance que vous lui ferez par celui de ses camarades en qui il a le plus de confiance, adressez-vous à l'empereur de la Chine, qui, suivant M. de Bourlamaque, veui faire alliance avec le Grand Mogol, c'est-à-dire a Montgay. Au reste, honni soit qui mal y lieuse sur cette mauvaise plaisanterie (pie je viens de faire.
Je ne parle ni ne parlerai du petit 'Vu du lieutenant de la Sarre, détaché du camp de Saint-Jean à La Prairie ; L'intendant ne l'accorde que pour les officiers détachés pendant la campagne es villes de Montréal et
Québec. Comme il accordoit tout au commencement il serait tenté de refuser tout, Les extrêmes se rencontrent toujours ; la règle est une suite du désordre, l'avarice de la prodigalité, le retranchement des dé] ensi justes la suite des dépense; inutiles, la sévérité de l'indulgence, la diète de trop manger, la médecine des mauvaises digestions ; c'est ce qui est cause que je me suis purgé aujourd'hui.
Cent trente-sept Acadiens nouvellement arrivé- parce qu'ils mouraient de faim à l'île Saint-Jean augmentent la consommation.
MONTCALM
P. S. — J'avois prêté à ce pauvre Villiers deux mauvaises croix de Saint-Louis bien cassées, qui n'étoient pas à moi, dans le cas où Monsieur le général les auroit voulu recevoir avec Sermonville. Si elles se retrouvent, comme je le crois, retirez-les je vous prie.
Autographe. — Bourlamaque deviendrait quasiamoureux ; mais je crois qu'on aime ailleurs sans beaucoup de retour. Pour moi, comme il me convient, aimant toujours à commercer les mêmes personnes, les voyant toutes, plus souvent celles chez qui je me trouve plus à l'aise, et avec permission de tout dire mais non de tout faire, dernier article qui m'intéresse peu, aussi je tiens à rester ici. Nous avons bien écrit et bien travaillé cet automne. Actuellement les rêveries du maréchal de Saxe me font rêver. Que La Eoche vous fasse sa cour, vous plaise, ce sera le moyen de me plaire.
A Quôbec, le 19 novembre 17">7.
Ce n'est, Monsieur, que pour entretenir commerce que j'ai l'honneur de vous écrire par M. de Boishébert. Je n'ai voulu lui faire aucune interrogation concernant l'Acadie, d'où le Père Germain m'a écrit. Nous n'avons rien de nouveau. Vous verrez un grand garçon que je crois courageux et ingambe. Au retour je l'interrogerai et le jugerai mieux.
MONTCALM
Des respects, je vous prie, à M. et M'" la marquise de Vaudreuil.
Des amitiés à La Rochebeaucour.
Je vous prie de dire à M. Pouchot que je n'ai pas l'honneur de lui écrire, et que je garde ses lettres pour les ministres.
A Québec, le '2 décembre 17~>7.
Je vous remercie, mon cher chevalier, de m'avoir communiqué les lettres de d'Hébécourt, qui m'avoit cependanl écril avec moins de détail. Je joins à cette lettre quelques-unes à cachet-volant afin que vous voyiez le contenu. Je communiquerai aux quatre
bataillons qui sont dans ce gouvernement la sentence du soldat de Béarn. Je vous remercie de faire faire des informations sur le soldat de Pouchot. Je crois que même pour se battre entre eux il faudra peut-être un exemple ; à plus forte raison s'il y avoit eu assassinat. M. Martel a raison ; mais c'étoit oubli de la part de l'intendant.
Je joins à ma lettre la relation que M. le marquis de Vaudreuil a envoyée circulairement à l'intendant, à l'évêque et à moi. Eenvoyez-la moi après l'avoir lue vous seul. C'est une bonne pièce qui n'est ni vraie ni vraisemblable. N'importe, en en ôtant les trois quarts pour les richesses, l'aventure est bonne.
Il me semble que si nous avions des vivres, nous pourrions, dans les fortes gelées, donner un coup de peigne à ces Ecossois situés, suivant la déposition des déserteurs, dans une île près du fort Lydius. Mais je n'ai garde d'en parler à notre général. Vous êtes sur les lieux, voyez ce que vous en penseriez. Il faudroit deux cents sauvages, deux cents Canadiens excellents et deux cents hommes de troupes réglées, qui partiroient à l'improviste du 10 au 15 janvier. On pourrait prendre cent hommes à Carillon. Il faudroit bien interroger les déserteurs et qu'ils servissent de guides. Mais les vivTes ! Il y a un cas où les vivres ne doivent pas arrêter, ce me semble ; c'est du moment qu'ils songeront à rétablir le fort La Eeine. N'avez- vous pas été jusquelà ? C'est à vous seul que j'écris ces deux observations, n'ayant pas besoin de rien suggérer sans avoir bien réfléchi.
On va donner du cheval à nos troupes. Monsieur l'intendant vouloit une distribution toute en bœuf et une autre toute en cheval. Nous avons obtenu qu'on donneroit à chaque distribution moitié l'un moitié l'autre, et M. Cadet m'a dit écrire les mêmes choses pour Montréal. Nos Acadiens meurent de misère, petite vérole, etc. Je ne vous ai jamais dit que Monsieur l'intendant et Imbert demandoient que La Eochette fut trésorier de la colonie. M. Péan part mardi.
P. s. — Bellecombe prétend, par une lettre du 16 novembre, que les recrues de Royal-Boussillon sont mangées des poux. Ordonnez à M. de Bernetz d'y pourvoir ainsi (pie je l'écris à Bellecombe. La solde du soldat est Faite pour cela, el le capitaine pour avancer.
D'où vient, mon cher chevalier, la nouvelle qui nous est venue de Montréal, que des déserteurs avoieut dit que les Auglois avoient perdu quinze vaisseaux du coup de vent du 25 septembre ?
Je m'imagine que l'on aura grande attention d'interrog i séparément! le maire et les prisonniers. On pourri >it peut-être par eux découvrir si on fait des bateaux à Corlar et les projets des Anglois.
Tout ce qui suit est autographe: — Ce 3. — Le défaul des vivres, la fatigue, l'incertitude me fait rejeter toute idée sur les quatre cents Ecossois. Je voudrais que M. de Vaudreuil vous fît lire ma lettre que je n'ai pas de temps de transcrire ; vous 3 verriez combien je Le flatte. Je lui parle aussi d'un projet d'affût pour [es mortiers à se démonter en quatre pièces, d'après
M. d'Espinassy. Le général Mercier a bien voulu le goûter, ainsi que d'approuver qu'on essayât de faire des artifices. Je propose à M. de Vaudreuil, qui, par sa lettre du 29, ne perd pas de. vue sûrement Lydius, d'ordonner à tout événement de convenir pendant mon séjour de l'équipage d'artillerie. Carillon a trop de bouches à feu, point assez de boulets, manque d'outils. Je crois qu'à la fin des campagnes Lotbinière les emporte. Par Pontleroy, je vois des friponneries criantes de toutes parts. Ingénieur, artilleur ! Pauvre Roi !
Annoncez mon retour après le premier de l'an; cependant, à moins de nécessité (de vous à moi), je ne pars que le 3 février (mais pour vous seul). Bourlamaque a l'air tout chose ; il est mélancolique. Rosmorduc m'écrit une lettre pour les capitaines en second. Roquemaure m'a dit qu'ils montoient dans la Reine par commission, avant les lieutenants ; cela me paroît bien et juste. Mais Roquemaure m'a dit que lorsqu'il y avoit deux postes d'officiers ils montoient à celui de capitaine. Abus. Nous ne pouvons leur faire faire en garnison et à l'armée que le service de lieutenant, pour le leur faire faire dans cette colonie avant les lieutenants, par ancienneté de commission, non de compagnie ; cela paroît juste. Voyez et parlez-en à l'état-major de la place et à M. d'Alquier.
L'intendant m'a dit écrire cette fois pour les vingtquatre chemises et les vingt-quatre paires de bas ; mais, s'il oublie, ordonnez à mou Joseph de les acheter pour que mon don annoncé ait lieu.
Soyez sûr, mon cher chevalier, d'une amitié inviolable. La lettre de M. de Vaudreuil me semble délicieuse pour le style ; aussi je vous l'envoie pour vous seul.
Ajoute m postscript n m un h, nit île lu page (autographe). — Les Canadiens se moquent eux-mêmes de l'hyperbole de la relation, et Germain, qui a été huit jours à ce village, encore plus.
A Québec, le 4 décembre 1757.
Monsieur l'intendant m'a dit hier au soir écrire, Monsieur, à Monsieur le général, pour que l'on mît lagarnison de Montréal au cheval comme celle d'ici et de vous en prévenir. Nos troupes s'y prêtent ici de bonne grâce, et je ne doute pas qu'il en soit de même de celles qui sont sous vos ordres. Cet article ne regarde que la ville de Montréal. C'est un si petit objel que le fort de Chambly que je doute qu'il faille l'y étendre, d'autant mieux que les soldats n'ont pas déjà été trop contents d'une différence entre eux et ceux du fort Saint-Jean sur le fait du pain. Cependant, si l'en vouloit qu'ils lussent aussi à la chair de cheval, il l'audriiit bien qu'ils y passassent connue les autres. Ils ne sont pas de meilleure maison ni plus difficiles a mener. Observe/ i|iie nous sommes convenus qu'au lieu de donner toute une distribution en cheval et toute
une distribution en bœuf, on donne moitié de l'un moitié de l'autre. Nos soldats l'ont mieux aimé comme cela. Si les vôtres l'aimoient mieux autrement, on peut leur donner cette douceur. Au reste, on mange chez moi du cheval de toutes façons, hors la soupe :
Petits pâtés de cheval à l'espagnole,
Cheval à la mode,
Escaloppe de cheval,
Filet de cheval à la broche avec une poivrade bien bée,
Semelles de cheval au gratin,
Langue de cheval au miroton,
Frigousse de cheval,
Langue de cheval boucanée, meilleure que celle d'orignal,
Gâteau de cheval, comme les gâteaux de lièvre.
Cet animal est fort au-dessus de l'orignal, du caribou et du castor.
MONTCALM
A Québec, le 16 décembre 1757.
J'ai examiné avec beaucoup d'attention, Monsieur, les informations que vous avez fait faire par M. Pouchot à l'occasion du nommé Lyonnois, soldat de sa compagnie trouvé assassiné dans la paroisse de Sainte-Anne ; et vous avez eu raison de faire arrêter sur-le-champ le nommé Sans-Chagrin. Il est certain, comme vous dites
très bien, qu'il n'y a aucune preuve pour que cet homme puisse être condamné dans aucun tribunal ; mais il y a assez d'indices pour faire une procédure qui, entre les mains d'un lieutenant criminel habile, peut mener à la découverte du crime dont je crois le nommé Sans-Chagrin coupable ; et pour peu qu'il se coupât il seroit bientôt condamné. Ces indices sont que tout le monde a vu Lyonnois le dimanche, qu'on l'a trouvémort le mardi matin, que Lyonnois n'a plus paru le lundi, que Sans-Chagrin s'est trouvé saisi le lundi, et en convient, du portefeuille, de la cocarde et du calumet du défunt, qu'il est revenu le dimanche au soir avec un habit sale de boue. Le dit Sans-Chagrin veut toujours avoir été ivre, et les témoins disent qu'il ne l'étoit pas le dimanche. Il découcha le dimanche. Il avoit la nuit du lundi au mardi, contre son habitude, un sommeil très agité. Ajoutez que le dit Sans-Chagrin est un nouveau venu de France, parmi lesquels il y a force honnêtes gens, mais je pense qu'il peut bien y en avoir de suspects.
Voici mon avis, .Monsieur, h cette occasion : Un homme étant trouvé assassiné à la campagne, la connoissance de ce délit appartiendrait an prévôt en France, et en Canada à la justice ordinaire, attendu qu'elle y exerce la justice prévôtale, et cela parla raison que l'on ignore dans le premier moment si le délit a
été commis par un habitant OU par un soldat. Ainsi, il
convient, i r le bon ordre et pour le bien public, de
prier M. de MonrepOS de faire une descente pour en
informer, lui remettre votre information, qui, n'étant pas juridique, ne peut lui servir de rien pour 3a procé-
dure, mais lui servira à le guider dans les démarches qu'il aura à faire pour parvenir à découvrir l'auteur du crime. Lorsque l'information sera faite et que M. de Monrepos aura décrété, s'il paraît que ce soit un soldat, si l'on croit alors que la conuoissance du délit appartienne à la justice militaire, M. de Mourepos nous renverra le prévenu, et le conseil de guerre jugera sur son information que l'on joindrait alors à celle qui se ferait de l'ordre de M. le marquis de Vaudreuil, tout premier juge étant compétent pour informer, quand même le délit ne serait pas de sa compétence, sauf au juge à qui la conuoissance du délit appartiendrait à se faire remettre l'extrait de la première information ; ce qui se fait du supérieur à l'inférieur par une ordonnance, et entre juridictions égales en autorité par une commission rogatoire. Je pense que quand même il serait constaté par lïnforrnation que Lyonnois a été assassiné par un soldat, la continuation de la procédure et le jugement appartiendraient au juge ordinaire, qui, en Canada, représente le prévôt, et le tout parce que je crois le cas purement prévôtable, et qu'il me semble que par le code militaire nous ne connoissons pas de cas prévôtaux. En ce cas, M. de Monrepos continuerait la procédure avec l'assistance d'un officier-major. Comme M. le marquis de Vaudreuil, par sa place, est à la tête de la colonie, d'une façon encore bien plus particulière à la tête de notre état militaire, je vous prie de lui communiquer ma lettre et vous conformer aux ordres qu'il vous donnera à cette occasion. Ayez pour agréable de ne regarder ce que je vous écris que comme mon sentiment particulier qui ne doit pas
décider. M. de Monrepos, très au fait de sa besogne, vous dira encore mieux que moi ce qu'il pense pour la compétence, s'il est une fois statué que le crime ail été commis par un soldat, et vous pourrez consulter le code militaire (pie j'ai laisse'' à Montréal. Il parle de la compétence, et, si je m'en souviens bien, des cas prévôtaux. Messieurs de la Reine ont eu un exemple pareil ; ils n'hésitèrent pas à dénoncer la mort d'un soldat trouvé assassiné à la campagne, et, quoiqu'il fût constaté par l'information qu'il l'avoit été par un de ses camarades, ils le laissèrent juger par la justice ordinaire. S'il paroît, par l'information de M. de Monrepos, qu'il n'y ait aucune preuve contre le dit Sans-Chagrin, cela pourrait lui ôter un soupçon qui resteroit toujours, et qui le porteroit tôt ou tard à déserter quand il en trouverait l'occasion.
[Autographe]
A Québec, le 10 décembre 1757.
(Pour vous seul)
Je réponds par celle-ci, mon cher chevalier, à votre épitre du 10. J'ai lu avec plaisir votre détail, et je \<iis que votre présence est aussi utile à Montréal que la mienne ici. Tout y va bien sur le fait du cheval. Les grenadiers de la Reine avoient un peu tortillé ; mais Bras-de-fer, c'est-à-dire d'Hert,a tortillé le premier caporal; et cela n'est pas même su. 11 faut même vous
dire que les soldats de la Reine qui sont casernes, avantage que vous n'avez pas à Montréal, sont contents. Le soir ils mettent cuire le cheval, l'écument bien, jettent la première eau, le retirent, en font le lendemain de la bonne soupe en le remettant au pot avec le bœuf, mange le bœuf qui a servi à faire la soupe bouillie le matin, et le soir le cheval en frigousse. La colonie fait de même. Mais à Montréal Béarn est chez l'habitant, avec qui il vit et qui montre de la répugnance pour cette nourriture. 11 faudrait pour la détruire que le général, vous, MM. Martel, Deschambault et tous les gens aisés fussiez sur le ton d'en manger ; vos domestiques en mangeroient et, de là, cela viendrait à la mode parmi le peuple. Rien n'est mieux que votre conduite, et je vous prie de veiller à ce qu'il n'arrive rien pur nous. Votre observation sur l'intelligence qu'il pourrait y avoir par lettre est judicieuse. Aussi, sans affectation, ai-je pris, ouvert et recacheté toutes les lettres. Il n'y avoit rien, et, d'accord avec l'intendant, j'en userai de même jusqu'à ce que vous m'écriviez les esprits tranquilles. J'ai même ouvert celles pour les soldats de la colonie et Languedoc.
Quand on écrira par Louisbourg, en peu de mots je dirai aux deux ministres votre bonne conduite à Montréal; car quoique l'intendant vous loue aucun ne l'écrirait.
Les Acadiens meurent comme mouche de la petite vérole. M. Mercier partira d'ici le 31 et M. de Louvicourt avec, pour veiller s'il le faut à une salle d'armes qu'on établit à Montréal, et au radoub de l'artillerie qui est à Saint-Jean. J'ai passé ce matin chez Mercier pour lui
dire de travailler à me faire le projet de son équipage d'artillerie pour campagne et siège, afin d'en raisonner et en convenir avant son départ. J'avois lettre en poche du marquis de Vaudreuil à qui j'avois écrit. M. d'Espinassy fait exécuter sous les yeux de ce commandant un projet d'affût brisé pour nos mortiers; et je voudrais qu'ils essayassent de nous faire quelques artifices puni aider dans les courses el détachements. Ils y travaillent; j'ai fait venir cela par Mercier.
Rien n'est mieux que votre conduite au sujet des jeux de hasard. Voici le détail de ce qui se passe à cette occasion à Québec, que vouspouvez ne pas laisser ignorer à nos officiers. On n'a jamais joué chez Mm* Chevalier, mais bien chez une madame du régimenl de Guyenne, il y a un mois; le mari puni par moi; défenses; nulle récidive. Chez Monsieur l'intendant, il a ouvert lui-même par un beau tope et tingue (sic a gagné cent soixante louis, beaucoup de quinze aux douze francs la fiche, de gros passe-dix.de gros trois aux vingt francs la fiche, six francs pour spadille, et deux louis de queue. Dimanche, il y aura grand souper à quatre-vingts couverts, beaucoup de dames, concert, lansquenet à neuf coupeurs, qui seront Monsieur l'intendant, M"" Péun, MM. de Béran, de Saint-Félix, capitaines dans Berry, l'Estang, de Selles, de la Sarre, Bélot, de Guyenne, La Naudière, Saint-Vincent, Mercier, de la colonie.
Demain, MM. de Roquemaure et d'Aiguebelle, de Manneville, de Villemontès font Lecture d'une lettre que je leur ai écrite, poux annoncer 1" que si l'on joue partout ailleurs que dans des maisons privilégiées, par
des considérations qui leur sont dues, je punirai ; 2° que j'exhorte à jouer s'il est possible avec sagesse. Je remontre la différence de notre position avec celle des colons, mes regrets de voir quitter le service à un officier pour dérangement, et celui de laisser pour gage un officier au départ des bataillons qui auroit des créanciers qui se plaindraient. D'Hert a ordre de s'informer si l'on joue ailleurs, de m'en rendre compte, d'ordonner punition si c'est chez nous, et de m'avertir si l'on joue chez des officiers de la colonie ou des bourgeois.
Le jeu chez La Véranderie a dû être occasionné par un M. des Auniers, grand joueur, qui y est logé. Bougaiuville, que je vois on ne saurait moins, perd; ce sont ses affaires ainsi que de La Eochebeaucour ; ce dernier a moins de ressources que le premier.
Bien de mieux, ce me semble, que ce que fait actuellement M. de Vaudreuil, et la seule chose à faire cet hiver. Si vous interrogez ce maire *, cherchez, mon cher chevalier, à acquérir des connoissances et sur Corlar et sur le fort de Couary. Cela peut nous servir pour l'arrière-saisou ; nous aurions s'il le faut pétard et pétardier à tout événement et pour vous seul. Un fort où il y a trois cents ou trois cent cinquante hommes est un événement. J'ai fini l'affaire de Mineret, et je lui en écris un mot; ce n'a pas été sans peine, je vous jure. Villars demande à l'intendant pour des lettres de change une chose impossible à présent ; l'intendant la lui refusera et il aura raison. Villars en sera surpris,
Voir la lettre du 2 décembre.
faute de savoir l'administration d'ici, et écrira sans doute quelque lettre dure à ce pauvre intendant; car c'est le ton de nos aides-majors. Il en étoifc peiné hier, et en a parlé avec amertume. Il a reçu par le courrier d'hier une lettre singulière de M. de Bellecombe, et déplacée, à la vérité ; pour le consoler, je lui ai dit que j'en avois reçu une du même style, aussi peu convenable pour son supérieur, mais que je n'y avois pas fait attention, et cela est vrai ; l'autre de Malartic, qui lui a écrit avec de l'esprit, comme il en est capable, mais avec un aigre-doux qui n'est bon à rien vis-à-vis l'homme du Eoi, avec qui on a toujours quelque chose à faire. Je vous envoie ;ï cachet-volant les deux lettres que je leur écris, parce que étanl sur les lieux vous pouvez leur parler. 11 faudrait à présent que Villars lui chantât pouille, parce qu'il le renverra pour des lettres de change au temps où l'on en donnera à tout le monde, et qu'il y a, dans la colonie un temps tixe pour cela dans l'année. Je vous écris dans une lettre séparée * mon avis pour Sans-Chagrin, dont je vous renvoie les informations afin que vous puissiez 1: inuniquer à M. de Yaudreuil.
A l'égard de la demande de .M. Delaas, ce procès ■> été déjà débattu, dès l'année dernière, el perdu pour Cornier, et cette année pour Delaas et Germain. Entre nous, ce dernier en auroit plus de besoin. L'intendant ne donne pas les dix écus à l'ollieier, mais à l'habitant .le (,)iir!iee (pii loge. Il consent bien que l'ollieier se
• C'est la lettre pivoéoVtit.
choisisse avec cela son logement pour éviter les plaintes, et c'est si fort à l'habitant que si l'officier n'en trouvoit pas de gré à gré pour ce prix, il le feroit loger par billet et feroit donner les dix éc-us à l'habitant.
L'intendant aura le malheur de finir par être détesté, et cela doit être pour qui ne met aucun ordre dans les commencements.
L'intendant supprime aujourd'hui, demain, samedi et dimanche matin, sa table en tout ou partie, et moi j'augmente un peu la mienne. Il le fait pour avoir des petits pains qui ne pèsent pas trois onces.
Bourlamaque a commencé à donner à manger deux ou trois fois la semaine *. Il est triste, ce me semble, s'enuuyaut. Il a fait Yinamorato de ma commère ; il n'a pas réussi pour moi. Mme Péan, ma commère, de loin en loin l'évoque. Voilà mes veillées. Je suis bien avec nos dames comme je veux être.
Je suis bien aise que vous ayez Péan, dites-le lui.
De tout ce qui approche le général, c'est le plus sage, le moins sujet à prétentions et préventions, et le plus capable de lui faire prendre un bon parti sage et ferme. Au reste, dites-lui que Saint-Sauveur a été écrire une lettre à grandes phrases à tous les capitaines de la côte qu'ils ont mal interprétée.
La tête en tourne à tous les Canadiens qui, croyant qu'on va payer ou gratifier tous ceux qui ont servi,
* Le manuscrit porte la table ; c'est sans doute une erreur pour semaine.
viennent en foule demander aux officiers de la colonie, à moi, à M. de Longueuil.des certificats. Pour moi, je n'en donne pas et je les détrompe tant que je peux ; que cela ne regarde que les blessés ou quelque action particulière. Cette lettre qui aurait dû faire un bon effet en fait un mauvais.
Pardon, mon cher chevalier, de la peine que vous aurez à me lire.
Voici une opération que je vous prie de faire vis-àvis vos quatre bataillons d'ici à trois semaines ou un mois. C'est un état exact, avec leurs noms, celui de Leurs compagnies, des ouvriers que nous avons dans chaque bataillon, suit qu'ils soient à Carillon, à Saint- Jean, ou à leurs corps, des métiers suivants:
Maçons, j
Charpentiers,
Menuisiers,
Forgerons,
Serruriers,
Armuriers,
Boulangers,
Cet état, de vous à moi, est relatif \< un projet que j'ai fait inspirer à l'intendant par Pontleroy, et qu'il écrit à M. de Vaudreuil comme sien ; et je voua en entretiendrai plus au long. C'est pour olivier à «les friponneries et abus dans les entreprises pour les fortifications, article sur lequel Pontleroy a bonne intention.
11 faut ici pour faire le bien n'avoir pas l'air de rien vouloir produire: d'ailleurs, il est bon de savoir le
avec des notes : bons ouvriers, médiocres, ivrognes, sages.
nombre total d'ouvriers de ces métiers utiles qu'il peut y avoir dans les huit bataillons.
Si M. de Vaudreuil accède, on saura ceux qu'il y aura dans les troupes de la colonie.
MONTCALM
Mes compliments aux Martel ; je ne réponds pas à l'ordonnateur, sa lettre étant une réponse, mais je l'ai reçue.
J'en ai reçu une de Ligneris du fort Duquesne, du 10 octobre. 11 m'écrit sans aucun détail que tout va bien, et grande animosité pour les sauvages. De vous à moi et pour vous seul : l'intendant prétend que le dit homme se perd depuis qu'il est au fort Duquesne, qu'il s'adonne au vin et à l'eau-de-vie. A Montréal et à Chouaguen, je l'ai trouvé aimable et poli. Vous avez là-bas Boishébert, un des héros de la colonie. Que tient cet homme ? Tout au moins c'est un des grands pillards qu'il y ait. Croiriez- vous que l'Acadie coûte encore huit cent mille livres au Roi, et que le détachement de M. de Rigaud a coûté douze mille livres ? Si vous en doutez, je vous citerai une autorité sûre, l'intendant, qui me l'a dit, parlant à ma personne.
Si vous saviez comme moi le chapitre des fortifications, outils, etc ! Pauvre Roi !
Est-ce que vous croyez, mon cher chevalier, que les officiers me savent gré de leur faire rappeler leurs appointements du jour de la nomination ? Est-ce que vous croyez que nos officiers-majors me savent gré de leur avoir distribué deux mille sept cents livres gratification ? Est-ce que vous croyez que Bellecombe me
sait gré, et à l'intendant, d'avoir traité son cousin comme officier ? Est-ce que vous croyez qu'il me sait gré de lui avoir fait donner un petit écu par jour l'année dernière, contre toute règle, lorsqu'il est venu à Montréal comme malade ? Non. 11 veut qu'on lui paye un logement ou des réparations.
Tout officier dans les côtes eu demandera. L'iutendant lui refuse. Je lui écris que l'intendant a raison à cause des conséquences. Tout est oublié, et il écrit d'un style peu mesuré à l'intendant, entre autres que tout ce qui le fâche est de les l"i avoir demandé, et à moi, c'est que tant ce qui lt fâche c'est de m'en avoir écrit, et le style est sur ce ton-là. Je ne crois pas que nous le chargions d'écrire au ministre.
Vous pouvez dire à Péan que la mauvaise interprétation donnée à la lettre circulaire de M. le général 3VU les récompenses aux miliciens, fait un mauvais effet. Elle leur a tourné la cervelle. Ils en lient tous être digues des plus grandes récompenses. Elle auroit quasibesoin d'interprétation, mais je ne veux pas être cité. Il f'alluit expliquer clairement que cela ne regardoit que les blessés ou quelque action particulière. Imaginez que tous ceux qui ont fait campagne, même en Aeadie l'année de M. d'Anville, viennent demander dos certificats, et les officiers sensés, attentifs, les refusent, leur expliquant les raisons ; les autres en donnent, qui à la vérité ne mèneront à rien qu'à faire croire à ces ( lanadiens qu'on les trompe.
Je vous envoie une lettre pourmon valel de chambre. Je vous prie de lui faire dire qu'il me réponde et
m'envoie, s'il peut par le courrier, ce que je demande. Pardon, mou cher chevalier, de la peine.
Je vous envoie une lettre bien polie de l'intendant ; aussi je prends le parti de ne-pas écrire à Bellecombe; mais dans l'occasion touchez-lui eu un mot. Il a de l'étoffe pour faire un joli sujet mais pas assez liant, et jamais un aide-major ne doit argumenter sur les choses de pure grâce, sur les plaisirs faits à autrui. Il n'avance pas davantage et détruit pour ses camarades l'envie d'obliger.
A Québec, le 23 décembre 1757.
M. de Massias a besoin d'aller à Montréal, à ce que m'a dit Eoquemaure ; aussi, lui ai-je permis. Il a des projets de mariage avec M1Ie Hervieu.
Nous nous sommes si accoutumés aux plats mariages et à nous dégrader, que celui-là ne l'est pas plus que les autres. Eoquemaure l'approuve sur le fondement de cinquante mille livres, dont je doute. J'ai parlé à Massias, je l'ai fort exhorté ]" à n'en rien faire, à moins que les cinquante mille livres ne fussent comptées ; 2° à ne le faire même avec les cinquante mille livres si son projet est de retourner en France. Il m'a assuré qu'il ne concluroit rien sans me consulter, et vous aussi vous serez à portée de lui donner vos avis.
Lecomte, du même régiment de la Reine, doit partir bientôt. Je crois celui-là sans argent, et allant voir si
de Braux, de Royal-Roussillon, voudra lui remettre celui qu'il lui a prêté.
Roquernaure a de grandes assiduités chez la veuve Clavery. Il ue boude plus M"10 Péan ; il va rarement chez Mmo de la Naudière ; souvent chez une petite M'"" Melin. Il s'est fait une petite société féminine qu'il dit charmante ; mais vous lui écrivez à ce qu'il dit d'uue façon si tendre pour l'engager à revenir, qu'il n'y aura pas moyen de le retenir dès que les glaces seront sûres.
Depuis le gros jeu de dimanche dernier, il y a journellement chez M. l'intendant et chez M'"" Péan de vives et considérables escarmouches, soit au quinze, soit au trente et quarante, soit aux dés, de beaux piquets et de gros trio, et sur le soir arrivent les momons. Il y en a eu quatre, cette nuit, de dix, de trente, de eenl vingt-cinq louis, dont on a offert le paroli après avoir gagné le dernier.
Des respects à M. et à M""' la marquise de Vaudreuil.
MoNTCAiM.
Je rouvre ma lettre, mon cher chevalier, pour vous dire que ce pays-ci est le centre des friponneries de tout genre, que le boucher s'avisoit de troquer de lions chevaux destinés à la boucherie contre des chevaux maigres, étiques et ayant des plaies. Il a fallu en faire jeter deux à chacune des deux dernières distributions. Pour remédier à cet abus, les officiers-majors visitent la viande sur pied, et voient que les chevaux tués soient de bonne qualité,
Postscript u,n autographe ajouté sur la quatrième page, auprès de l'adresse. — Cette lettre a traîné et s'est déchirée dans la poche du pauvre Massias, à qui, suivant Notre-Seigneur Jésus.-Christ, le royaume des cieux appartiendra.
Il entre dans ma chambre le 29 pour me dire qu'il ne part plus, que d'Arnoux est d'avis qu'il fasse des remèdes ; ainsi, grands projets évanouis et tout est dit.
L Autographe]
Ce 26 décembre 1757
M. le marquis de Vaudreuil est heureux, mon cher chevalier, et la plus grande marque de son bonheur, c'est d'avoir sous ses ordres d'honnêtes gens qui en savent plus que lui, et qui ont toujours devant les yeux le bieu du service. Il vous est uniquement dû qu'il n'y ait pas de la sédition à Montréal. L'intendant en est bien persuadé et, entre nous, peu content du général sur tout ceci. Le récit de Péan est conforme au vôtre. Tous vos arrangements particuliers pour le bien de nos soldats de Béarn, plus embarrassés que ceux de la Reine pour vivre, sont bien. J'ignore et j'iguorerai tant qu'on voudra l'arrangement secret fait pour les soldats de Béarn. M. de Vaudreuil écrit à l'intendant pour excuser et justifier ses chers Canadiens. L'intendant est furieux de la quantité de bœufs
tués clans le gouvernement de Montréal. Il est ridicule que M. de Vaudreuil ait répondu que l'ordonnance contrarie la proposition que les soldats fassent l'ordinaire alternativement de quatre en quatre. L'ordonnance dit : Place au feu de l'hôte. Si l'hôte a l'incommodité de quatre pendant une semaine, il est vingt et un jours sans avoir l'incommodité d'aucun.
A l'égard des éclaircissements que vous pourrez tirer du maire, et dont vous ferez un résumé, cela sera bon à mon arrivée à Québec. La conduite de M. de Senezergues très à louer vis-à-vis de M. Lenoir et de M. de Champredon. Ce dernier est un mauvais petit raisonneur opiniâtre.
Le tambour de d'Aubrespy a raison ; aussi, ai-je prié l'intendant qui envoie ordre pour deux louis, gratification que M. Martel fera donner.
Vous recevrez par Massias une lettre *, où je vous parle des nouvelles courantes, jeu, et des raisons qui obligent Massias, Lecomte, d'Hert, Marcel, Roquemaure à aller à Montréal ; voilà tout ce que vous aurez d'ici.
Louvicourt partira comme Mercier.
On ne parle ici que de cent louis gagnés, perdus cent cinquante louis, des momons de mille ''rus. Les têtes sont totalement tournées. La nuit dernière, Mercier a perdu trois mille trois cents livres; peut-être celle-ci il gagne six ou sept mille livres. M. de Cadillac, à quatre heures après-midi, hier, avoit perdu cent
• La lettre p récédente,
soixante louis ; avant minuit il en gagnoit cent. On dit que ce sera le jour des Eois que cela sera beau. Pour moi, je joue aux cinq sous le tri, aux trente sols le piquet, aux petits écus à tourner.
J'ai cru que vous liriez peut-être avec plaisir la lettre du marquis de Vaudreuil aux capitaines de la côte et la mienne. M. de Vaudreuil envoie un parti de sauvages de la Présentation ravager au-dessus du fort Couary les habitations vers Corlar. Il ne m'en a rien écrit, mais il a écrit à l'intendant, et sans doute à l'évêque, mais je lui en parle.
Enfin, on va faire un recensement des blés ; Monrepos sera chargé d'une partie, Contrecœur de l'autre.
Ordonnance pour faire fermer tous les moulins, crainte que l'avidité du gain ne fasse mettre en farine le blé destiné aux semences.
De tout ce qui se mêle de gouvernement, Péan est le plus sensé. Poli, honnête, obligeant, bon usage de son bien ; la tête ne lui tourne pas. Il saisira un bon avis que vous ou moi ouvrirons, et le fera passer s'il peut. Parlez-lui d'avance des mauvais souliers et mauvaises peaux de chevreuil.
Une lettre n'est jamais longue, mou cher chevalier, que par les inutilités. Il n'y en a point dans les vôtres. Je regrette fort Mm8 de Repentigny. Comment nous reviennent ces soldats de Berry et ce grenadier de la Peine ? Est-ce à petites journées ? Us ne sont pas encore arrivés que je sache. J'ai vu par la lettre de Malartic qu'il prend un ton convenable. Recevez, mon cher chevalier, mes vœux à l'occasion de la nouvelle année ;
ils sont dictés par l'amitié la plus tendre, la plus sincère, et que je vous ai vouée pour la vie.
Que fait Désaudrouins ? Est-il à Saint-Jean encore ? Votre petit Johanne, hardi joueur, gagne de trois à quatre cents louis ; il joue des cent louis par coup de dés.
Nous allons, dit-on, avoir un procès de eocuage, qui, au Parlement de Paris, plaidé par d'habiles avocats, augmenterait les causes célèbres entre M. et Mme Revol et Alexandre Dumas, marchand, cousin de l'officier.
Marcel et Lecomte, ainsi que d'Hert et Cadet, à vendredi. M. de Ramezay à samedi, ainsi que M. et Mme Mercier, et je crois, Louvicourt à lundi.
Marcel va à Montréal parce qu'il s'ennuie dans ane grande ville, qu'il me l'a demandé et que je ne sais pas refuser. D'ailleurs, je sais écrire de ma main. Mais je songe que vous et moi n'aurions osé faire cette proposition à M. de Mirepoix ou à M. de la Fare. De trois aides de camp, dans ce moment je n'ai que La liochebeaucouT en règle, là où je lui ai conseillé de rester. 11 est homme à vouloir venir occuper ici la place de Marcel, et si cela pouvoit l'amuser, je dirois : volontiers. Mais comme il ne me sera d'aucune utilité personnelle ici, le remerciant d'avance de ce qu'il pourroit penser et dire, qu'il reste.
J'envoie aussi Germain à Montréal. C'est mon Anglois. 11 a manqué essentiellement, étanl ivre, à M. des Chesnaux ; je l'ai sur-le-champ mis au cachot, dit que je voulois le renvoyer. -Te crois que M. des Chesnaux le laisseioit éternellement si j'.itteiidnis qu'il me priât de le faire sortir.
Vous pourriez trouver mes lettres longues d'après ma définition, vu les inutilités bien étrangères au service ; mais mon bavardage vous prouve ma satisfaction à m'entretenir avec quelqu'un sur l'amitié duquel je compte autant.
(Cette lettre n'est pas signée).
[Autographe]
A Québec, le 30 décembre 1757.
Je pense, mon cher chevalier, que tout ce qui arrive en Canada du corps des troupes de terre est à nus ordres, à moins que le ministre ne l'incorpore, nomination, dans les troupes de la colonie. Cependant j'ai toujours biaisé pour ne pas me compromettre ni avoir une discussion sur les officiers d'artillerie arrivés cette année. Cet automne, il a été écrit au ministre à leur égard, et, provisionnelleineut, M. le marquis de Vaudreuil a réglé que Montbeillard et d'Auseville, le premier et le dernier, aux deux compagnies de canonniers de la compagnie ; les quatre autres seroient employés où l'on jugeroit à propos, guerre, manœuvre d'artillerie, comme Désandrouins ; en conséquence, MM. de Louvicourt et d'Espinassy, destinés à Montréal, pour de là être envoyés partout où l'on voudrait. Ces Messieurs ont préféré de rester ici pour leurs plaisirs. Mercier part demain. Je ne veux pas que l'on puisse dire qu'on n'a nul officier d'artillerie à qui donner des ordres.
Louvicourt part après demain pour voir avec Mercier et prendre comioissance de ce qui concerne Montréal, et pousser avec Mercier jusqu'à Saint-Jean pour y veiller aux radoubs. Je lui ai donné l'ordre, dont je vous envoie copie ; vous verrez que j'y conserve l'autorité que je pense que nous devons avoir, et à laquelle Louvicourt souscrit volontiers ; car vous comprenez aisément qu'ils ne veulent pas se séparer de nous.
M. le marquis de Vaudreuil m'a écrit par sa lettre du 10 décembre ce qui suit :
" Comme M. Mercier doit venir aux premières glaces, " je conférerai avec lui sur tout ce qui concerne sa " partie. Vous pourrez cependant, Monsieur, régler avec " lui pendant votre séjour à Québec un projet d'équi- " page d'artillerie leste. Il est toujours bon de prévoir " à tout à loisir ".
En conséquence, je vais chez M. Mercier; je lui fais part longuement de mes vues pour un équipage où il n'y ait que Yabsolument nécessaire, les difficultés pour aller, de la position à prendre sur les ruines du fuit George, à Lydius, des moyens pour le transport, île la nécessité d'avoir quelques bœufs, mais moins que L'année dernière, des chevaux, la difficulté de les nourrir, la ressource de l'avoine, dont la colonie manque cette année, la. rareté des pâtures (eependaut la faucille et le petit sae peut être utile), le calcul à faire îles bras d'hommes, le nombre de petites charrettes, le calcul de faire marcher avec l'armée lin tiers, et faire venir le reste suivant, laisser même un dépôt à la tête du Portage, de ce dont on u'auroil pas un besoin pressant et la nécessité de bien présenter tous ces objets au
marquis de Vaudreuil ; qu'il faudroit qu'à Frontenac et mieux encore à Niagara, il y eut de l'artillerie en état de mouvoir, dans le cas où, dans l'arrière-saison, il faudroit faire un mouvement pour s'opposer à ceux des ennemis ; que puisqu'il y a un pétard ici, il faudroit à la navigation le faire passer à Montréal. Qui sait si cette machine ne peut pas servir contre un fort de Couary ? Cela dépend de savoir si la porte est abordable.
Et il fut convenu que Mercier rédigeroit ce projet par écrit et me le communiqueroit avant de le présenter à M. de Vaudreuil. Il part sans m'en avoir plus parlé.
Voici copie de ma lettre à M. le marquis de Vaudreuil, dictée par cet esprit de douceur et de sagesse qu'il faut que nous ayons toujours présent pour le bien du service :
" J'ai eu l'honneur de vous écrire que, conformément " aux ordres que vous m'avez donnés, par la lettre que " vous m'avez fait celui de m'écrire le 10 de ce mois, " j'avois conféré avec M. Mercier sur le projet d'un " équipage d'artillerie leste, et où il n'y eut que l'abso- " ment nécessaire, et sur les difficultés des transports. " Je ne doute pas que cet officier, qui entend très bien " à faire mouvoir son artillerie et est au fait de sa " besogne, n'ait bien saisi les idées que je lui ai présen- " tées, et qui lui ont paru bonnes, et ne les ait bien " développées dans le mémoire qu'il doit vous porter. Il " devoit me le communiquer, mais je ne l'ai pas vu.
" Je désire qu'il remplisse les vues dont vous m'avez " fait l'honneur de me parler, et qui dépendront des " mouvements de l'ennemi. Au reste, vous avez sous la " main un officier intelligent, bien au fait des divers
" détails de notre métier ; il a travaillé avec application " sous de bons maîtres ; il connoît et notre frontière et " nos difficultés pour les transports, pour peu qu'un suit " forcé de s'éloigner îles lacs. C'est de M. le chevalier " de Lévis dont j'entends parler, etc..
Voilà ma lettre que je vous communiqué, quoique persuadé que vous ne serez pas consulté. Si vous l'êtes par forme de conversation, rien à dire, à moins que ce ne i'ùt M. de Vaudreuil; idem, si le subalterne vous communique le mémoire, de même, à moins que ce ne fût de la part de M. 'le Vaudreuil; alors, votre avis, et, si pour les détails vous avez lu-soin d'aide, Louvicourt est en état; et me communiquer votre avis, parce que si au retour on me parloit ou l'on me communiquoit le mémoire, je serai de votre avis. Nous ne devons jamais ru avoir deux.
Je vous ai parlé d'une ordonnance pour sceller et fermer les moulins. (V n'est que pour le gouvernement de Québec, crainte que la semence ne manque.
Elle n'aura lieu pour celui de Montréal que d'après la réponse de M. de Vaudreuil, el le recensement t'ait par MM. de Monrepos et de Contreco ur.
D'Hert, qui est à la suite de Cadet, diffère de huit jours son voyage pour le suivre. Roquemaure, toujours a mardi.
Je voudrois mieux écrire et moins raturer pour vous donner moins de peine à me lire. Ne doutez pas de l'amitié avec laquelle j'ai l'honneur d'être entièrement il vous, mon cher chevalier. Passez les répétitions et négligences ; j'entretiens la compagnie en vous écrivant.
Le sergent et les soldats de Berry et de la Reiue sont arrivés.
Toujours gros jeu. L'intendant hier et avant-hier avait perdu quatre cent cinquante louis. Il a tantôt fait un seul coup où il y avoit six cent cinquante louis de la perte au gain. Johanne a perdu ce soir trois cents louis. Enfin l'intendant, ayant le cornet ou les cartes à la main, est quelquefois effrayé et refuse. M. de Selles gagne de cinq à six cents louis, mais il combat encore.
(Cette lettre n'est pas signée).
[Autographe]
A Québec, ce 4 janvier 1758.
Je n'ai rien à vous écrire, mon cher chevalier, et Eoquemaure est en état de vous rendre compte de ma vie unie, des plaisirs de Québec et de ceux qui se préparent pour dimanche. Jamais la rue Quincampoix n'a produit autant de changement dans les fortunes. Bougainville se rattrape, de Selles décline, l'intendant perd, Gadillac reprend le ton, de Brau est noyé (ce nom est heureux pour aimer le jeu), Marin continue à jouer et perdre, les petits pontes se remplumoient hier ; Saint- Vincent et Belot perdent, Bonneau réalise. Votre petit ami, Johanne, avoit gagné cinq cents louis ; mais il vouloit en avoir mille, le pot au lait a versé. Le ton
de décence, de politesse, de société est banni de la maison où il devroit être. Je crains toujours d'être obligé avant la fin du carnaval de punir quelque joueur, qui aura oublié que son camarade, au jeu, est l'homme du Roi. Aussi, je ne vais plus chez l'intendant que le matin ou un jour de la semaine, avec les daines, ou dans de grandes occasions. C'est vous écrire pour avoir occasion de vous renouveler les assurances, etc., etc , etc.
(< Vit" li-tl i-c nY-Jt pas signée).