‹ Collection des manuscritsChapitre 10 sur 57 · PONTLEROY · texte numérisé non relu

PONTLEROY

Montréal, le 18 janvier 1760.

XXXYIII

Mémoire sur le siège de Québec.

Hiver 1760.

Sur les nouvelles que rapporteront M^NI. de Bellecombe et Aruoux, de Québec, on pourroit peut-être prendre des arrangements pour aller prendre la ville. On pourroit peut-être réus.sir ; mais aussi on ne le pourroit peut-être pas.

Le véritable moyen qui me paroîtroit le plus certain pour la reprendre, seroit d'envoyer un détachement en avant très secrètement, de quinze cents hommes, pour enlever les gardes de Lorette et de Sainte-Foye, qui, après les avoir enlevées prendroit poste fixe aux dits lieux, et harceleroit l'ennemi en attendant le gros de l'armée. Il faudroit pour faire le mouvement des quinze cents hommes plus promptemeut qu'ils fussent pris dans les côtes les plus près de Québec, en montant, sans cependant toucher aux paroisses depuis le haut du Cap-Santé jusqu'au lias de la Poiute-aux-Trembles, à cause des ouATages continuels qu'il faut faire à Jacques- Cartier. Ce seroit quatre cents hommes environ qui resteroient dans les autres paroisses du dit gouvernement. Pour former les quinze cents hommes, il faudroit prendre tout le gouvernement des Trois-Rivières. Je pense bien qu'il ne faudroit pas grande artillerie, quelques pièces de canon et deux ou trois mortiers suffiront.

Toute l'armée, une fois rendue avec tous les ustensiles nécessaires pour l'opération, se logeroit aux envi-

rons de la ville, et on pourroit envoyer des détachements fusiller. Cela inquièteroit l'ennemi, de façon qu'il ne pourroit faire autrement (lue de fan-e tenir toute sa troupe sous les armes et qui, après avoir passé, quinze jours ou trois semaines à peut-être bien des mauvais temps et froids, seroit contraint de se rendre, ou par un événement heureux d'un coup de poudrerie de neioe, nous pourrions entrer dans la ville par surprise ; nous pourrions bien même n'être pas dans le cas de perdre beaucoup de monde.

L'inconvénient que je trouve à cette opération c'est, comme j'ai dit ci-devant, qu'il faudroit envoyer un détachement de quinze cents hommes enlever les gardes de Lorette et Sainte-Foye et prendre postes aux environs de la ville. Pourquoi ? Parce que l'ennemi ayant connoissance des mouvements que l'on pourroit faire pour aller sur eux, ne manqueroit pas de faire brûler Lorette, Sainte-Foye, Charlesbourg et Beauport, et par ce moyen nous mettroit hors d'état d'y camper et nous donneroit de plus à nourrir trois mille personnes au moins, et ce, pendant tout l'hiver.

Ensuite les vivres, aussi rares qu'ils le sont, font un obstacle auquel nous aurons de la peine à obvier. On me dira, les habitants en prendront chez eux pour un mois chacun. Ce sera toujours des vivres de consommés, et je dis encore malgré cela que l'expédition ne se fera pas sans qu'il y ait quatre à cinq mille minots de blé et deux cents bœufs au moins de dépensés de plus que les vivres que les habitants porteront avec eux. Je pense qu'il faudroit au moius huit mille hommes pour cette opération, et je crois qu'il faudroit bien

nous en contenter, car ce seroit bien tout ce que l'on pouiToit mettre sur pied de bon pour cela.

Je ne parlerai point ici de la difficulté qu'il y auroit pour les voiturages de tous les besoins de l'année ; mais il y auroit bien des choses à dire.

Que résultera-t-il si nous reprenons la ville de Québec ? Ou pourroit faire passer la garnison tout de suite à la pointe, et nous profiterions de leurs munitions de guerre et de bouche, et nous serions mieux disposés à recevoir les secours qui nous pourront venir ce printemps. S'il nous venoit seulement trente vaisseaux chargés de vivres et munitions, nous nous trouverions eu état de nous soutenir un peu.

Que résultera-t-il si nous mau(|Uons notre expédition? Xous courons grand risque de perdre la colonie entière, parce que l'habitant se trouvera ce printemps épuisé de tout, fatigué, rebuté et découragé, de façon que, s'il est question d'entrer en campagne, il ne sera pas possible, n'y evit-il que par faute de subsistance, ne fallût-il que quinze jours pour sauver le pays. Xous n'aurons donc recours qu'à la paix. Si nous y avons recours, il n'est pas nécessaire de nous exposer à perdre beaucoup de monde, et à mettre une famine générale pour reprendre une ville ([ui nous sera sûrement rendue et qui l'est peut-être déjà. Ce n'est point la reprise de Québec Cjui y donnera lieu, puisqu'il ne seroit pas possible de la faire savoir à la Cour promptement.

Il est certain que le lloi veut soutenir ce pays-ci, ou il le veut abandonner. S'il veut le soutenir, il ne peut penser autrement que de faire la paix, ou nous envoyer un grand secours par une escadre assez puis-

santé pour en imposer à celle de nos ennemis. Pour profiter de cette escadre, il ne faut donc pas nous exposer à épuiser entièrement la colonie, au contraire il faut tâcher de trouver les moyens de la soutenir jusqu'à ce que les secours soient arrivés.

Mais, si le Eoi ne fait pas la paix et qu'il ne nous envoie pas de secours, que quelques vaisseaux de transport, nous ne devons pas douter que l'Anglois arrive pour achever la conquête de ce pays- ci, et se mettra en état d'intercepter tous nos vaisseaux de transport, et par ce moyen nous obligera à nous rendre sans d(jnner coup.

Je ne dis pas cependant que l'on ne puisse tirer des conjectures avantageuses sur la reprise de Québec. Peut-être l'Anglois n'est pas en état de mettre une aussi forte escadre sur pied que celle qu'il a mise l'année dernière. Par conséquent, s'il nous parvenoit quelques vaisseaux de transport chargés de munitions de guerre, de bouche et de marchandises, ayant repris Québec, nous pourrions nous y conserver, ainsi que dans les autres postes. Mais cette entreprise ne peut avoir lieu et ne peut être bonne que lorsque nous verrons lieu d'avoir des vivres pour entrer en campagne jusqu'à la fin de juin, d'excédant à celles que nous pourrions consommer dans l'opération d'hiver.

A MM. les comviandants des vaisseaux de guerre ou marchands expédiés ijour le Canada.

A Montréal, le 1er avril 1760.

Messieurs,

Le triste état où la colonie se trouva réduite à la fiu de la campagne, l'année dernière, doit aisément vous faire juger de sa situation actuelle et des pressants besoins où nous sommes de toutes choses. J'ai cependant surmonté les obstacles et de la disette des comestibles et de tous les autres moyens, pour disposer toutes choses nécessaires au départ de l'armée que j'ai destinée à suivre les glaces pour faire le siège de Québec. Il ne faut rien moins qu'une semblable expédition pour le .salut de cette colonie, dans les circonstances plus que critiques où elle se trouve. J'ai lieu d'espérer, d'après mes mesures, que cette tentative ne portera pas à faux.

Je suis dans la confiance que la Cour aura jn'évu à nous faire passer de très bon printemps, de puissants secours de toute espèce, cette lettre n'est donc, Messieurs, que pour témoigner comme il importe que ces secours nous parviennent promptement.

Je me llatte que vous serez entrés dans le lieuve avant la flotte ennemie. En ce cas, je vous prie de suivre votre route jusque dans le l)assin de Québec» toutefois hors la portée du canon et des bombes de la ville.

Je n'aurai rien de jdus pressé que de vous y donner de mes nouvelles. J'ai prévu à vous faire fournir des

pilotes pratiques de la traverse ; lorsque vous passerez au Cap-aux-Oies, j'ai établi ainsi qu'au Bic et à Saint- Barnabe, des vigies pour répondre à vos signaux.

Si, par un événement malheureux, la flotte ennemie •était entrée avant vous dans le fleuve, je ne puis en ce cas que vous prier de vous conformer aux ordres que vous avez de la Cour.

Comme il est de la plus grande conséquence que les dépêches dont vous aurez été chargés en partant de France me parviennent diligemment, principalement par rapport aux ordres et instructions de la Cour qu'elles pourront renfermer, je vous prie. Messieurs, de vouloir bien remettre au sieur Legris ou au sieur Lepage chargés de mes ordres, les dépêches aux adresses ci-après savoir :

A mon adresse.

A l'adresse de M. l'évêque.

A l'adresse de M. le chevalier de Lévis.

A l'adresse de M. l'intendant.

A l'adresse de M. de Bourlamaque.

A l'adresse de M. de Eigaud.

A l'adresse de M. de Bougainville.

Et à l'adresse du munitionnaire.

Desquelles dépêches les dits sieurs vous donneront un reçu au bas d'une copie de cette lettre qu'ils certifieront.

Vous voudrez bien, Messieurs, attendre de mes nouvelles, si la flotte ennemie vous a précédés dans le fleuve. Je vous donnerai mes ordres relativement à ceux (|ue j'aurai reçus de la cour.

210 LETTKES ET PIÈCES MILITAIEES

Je souhaite, Messieurs, être bientôt à portée d'avoir l'honneur de vous voir. Ayez la bonté de m'envoyer l'état des %nvres, munitions, troupes, etc., que vous aurez à bord de vos navires.

J'ai l'honneur d'être avec l'attachement le plus vif et le plus sincère,

Messieurs, Votre très humble et très obéissant serviteur,

Sio;né : Yaudreuil.

A M. le coininandant de la flotte ou escadre qui arrivera dans cette colonie.

A Montréal, le 6 avril 1760.

Monsieur,

Malgré la triste situation de cette colonie, soit par les avantages que les Angiois ont eus la campagne dernière, soit par l'extrême disette des vivres, j'ai rassemblé une armée pour faire le siège de Québec, et j'ai chargé M. le chevalier de Lévis, maréchal de camp, de cette expédition, avec la même autorité que si j'étois en personne à la tête de l'armée. Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien lui donner communication des ordres et instructions que vous avez de la Cour relativement à cette colonie. Il correspondra et coopérera avec vous suivant les vues de 8a Majesté et que les circonstances pourront l'exiger, en attendant que je puisse régler ses opérations.

Vous voudrez bien lui remettre les dépêches dont vous, ]\Ionsieur, ou les capitaines de votre escadre, seriez chargés à mou adresse, supposé que vous ne me les ayez pas fait passer avant que cette lettre vous parvienne.

Agréez cpe tous vos Messieurs trouvent ici mille choses de ma part et les assurances de l'attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d'être.

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Vaudreuil.

Etat général des ijrix des journées qui ijourront être employées tant au siège que dans Vannée.

12 avril 1760.

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