LE MARQUIS DE MONTCALM AU MAJOR GÉNÉRAL AMIIERST
De Québec, le 24 mai 1759.
Monsieur,
J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que M. le marquis de Vaudreuil et moi, nous venons de recevoir des ordres du Eoi, notre maître, de tenir la main à
rexécutioii du traité d'échange pour les prisonniers, faits à Lécluse, le 6 février 1759, aux noms de Leurs Majestés très chrétienne et Britannique, pour être exécuté selon sa forme et teneur dans quelque partie du monde que les armées belligérantes, ou auxiliaires, des deux nations se trouvent. Je ne doute pas que Votre Excellence n'ait reçu les mêmes ordres ; aussi suis-je prêt à m'y conformer et de vous envoyer en conséquence tous les prisonniers qui nous restent, pourvu que Votre Excellence veuille, de son côté, agir de même. Comme j'en reste persuadé, M. de Bourlamaque, brigadier, commandant un corps de troupes sur la frontière du lac Saint -Sacrement, est chargé de vous faire passer ma dépêche. Sur votre réponse d'acceptation, je lui ferai passer tous les prisonniers anglois pour les échanger au fort de Lydius avec les nôtres, grade à ^•rade, et pour le surplus se conformer au dit cartel.
M. JEFFREY AMHERST AU MARQUIS DE MONTCALM
Du camp sous le fort Edouard, 17 juin 1759.
Monsieur,
La lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 24 mai, ne fait que de me parvenir dans l'instant par le sieur Cotte, major de milice, que j'aurois rcTivoyé sur le champ, si l'humanité n'exigeoit pas de lui donner cette nuit pour se remettre du mauvais
temps qu'il a essuyé dans son trajet ; ainsi il ne repartira que demain au jour.
Par cette occasion, j'ai l'honneur d'envoyer à Votre Excellence un exemplaire du traité d'échange dont elle fait mention, et de l'assurer en même temps combien il m'est agréaliile que ses ordres et les miens soient si conformes pour tenir la main à son exécution.
Il ne me reste donc qu'à la supplier de croire que de mon côté, je ne manquerai pas de la remplir dans toute sa teneur, dès que j'en aurai le pouvoir ; mais, pour cette fin, je suis premièrement obligé d'écrire à la Nouvelle-York, pour m'informer de l'état et du nombre de vos prisonniers, et donner les ordres nécessaires pour les faire approcher des frontières, ce qui ne peut manquer de prendre quelque temps. Mais dès que cela se peut. Votre Excellence peut être persuadée que je me ferai un vrai plaisir de n'être pas eu arrière avec elle, et qu'il ne dépendra pas de moi que le cartel ne sente son entier effet.
Je joins ici quelqiies lettres de vos messieurs, qu'ils m'ont prié de vous faire passer par la première occasion. Parmi elles, il y en a une pour Votre Excellence, de la part de M. Bonneau, à qui j'ai fait tenir deux cents livres steiiings, qu'il m'a voit demandées, pour lesquelles il a pris la liberté de tirer sur Votre Excellence, en faveur du major Grant. Comme cet officier, pendant sa détention, a dîi avoir occasion de faire des emprunts, je lui remets cette lettre de change, pour les rembourser. Si elle ne suffit pas, je vous prie de vouloir lui faire procurer ce qu'il pourra avoir besoin de plus, et j'aurai soin de le faire rembourser de la même
façon, attendu que M. Bonneau, depuis mon départ, m'a fait demander un autre crédit, que je lui ai donné.
La lettre adressée à M"^ Péan, ne m'est parvenue que depuis quelques jours, très fortement recommandée par M. son mari. Il est inutile d'y ajouter la mienne, ne doutant pas que Votre Excellence sera charmée de l'occasion de procurer à cette dame la satisfaction d'une missive aussi intéressante. Mais celle pour M, le major- Grant, toute ouverte, je prends la liberté de vous la recommander tout particulièrement.
Je ne puis pas, non plus, me refuser de vous envoyer copie de l'ordre que j'ai donné à mes irréguliers et sauvages, persuadé que les sentiments de Votre Excellence y sont conformes, et qu'elle se fera un plaisir d'y correspondre. Les voici :
Qu'aucuns partis qui sont en course, ou quelque autre que ce soit sous mes ordres, dans quelque occasion que ce puisse être, ne lèveront de chevelures aux femmes ni aux enfants de l'ennemi. S'ils ne peuvent pas les amener prisonniers, ils les laisseront sans leur faù'e de mal, attendu que, si l'ennemi en agit autrement et qu'ils tuent ou enlèvent la chevelure aux femmes et aux enfants sujets du Eoi, je suis déterminé de m'en venger par la mort de deux hommes de l'ennemi pour chaque femme ou enfant qu'ils auront ainsi tué, ou dont ils auront enlevé la chevelure ; et cela, dès la première fois que j'en anrai l'occasion.
Je saisis, avec le même empressement que Votre Excellence, cette première occasion de l'assurer de ma liante considération.