LE MARQUIS DE MONTCALM AU MAJOR GÉNÉRAL AMHERST
De Montréal, le 24 juin 1759.
Monsieur,
Je vois avec satisfaction, par la lettre dont Votre Excellence m'a honoré, en date du 17, que ses sentiments correspondent aux miens sur l'exécution du Cartel.
J'écris à M. le marquis de Vaudreuil, gouverneur général pour qu'il fasse avancer ici les prisonniers que nous avons, afin d'être plus à partie d'être échangés, lorsque Votre Excellence sera en état de nous rendre les nôtres. Je la remercie de son obligeante attention à m'avoir envoyé un exemplaire du cartel, conforme à ceux qui m'avoient été adressés, et de celle de m'avoir fait passer les lettres de quelques-uns de nos officiers' et une pour M"^ Péan.
J'envoie au major Grant les deux lettres à sou adresse, et lui ferai compter les deux cents livres sterlings que Votre Excellence a eu la bonté d'avancer au sieur Bonneau, capitaine au régiment de Guyenne. Vos officiers prisonniers n'ont jamais manqué d'argent pour leurs besoins, et j'aurai grande attention qu'il leur soit fourni, tout celui qui leur sera nécessaire.
A l'égard de l'ordre que Votre Excellence a donné à ses troupes irrégulières et sauvages, il est conforme aux sentiments d'humanité qui doit souffrir de voir que des femmes et des enfants soient les malheureuses victimes
de la guerre. Toutes nos insinuations auprès de nos sauvages tendent à la même fin ; et pour les engager à préférer de faire des prisonniers, et abolir, s'il étoit possible, la barbare et ancienne coutume de lever des chevelures, on leur paye un très haut prix des prisonniers.
J'ai l'honneur de commimiquer votre lettre, à M. le marquis de Vaudreuil, gouverneur général du Canada, et le prie de vouloir bien renouveler ses ordres et insinuations auprès de toutes les nations sauvages, comme je ferai auprès de tous les commandants de nos troupes, pour que la guerre se fasse avec toute l'humanité possible.