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laquelle elle n est jamais parvenue depuis j la dernièn^ êa a assuré la grandeur et la stabilité.
Les historiens, tant anciens que modernes, sont partagés sur la nature et les causes de la révolution qui a fait passer le sceptre de la maison de Charlemagne dans celle de Hugues Capét, et sur les circon^ances qui ont accompagné ce grand événement.
Au sujet de la manière dont Hugues Capet est parvenu à là royauté, parmi les anciens historiens, quelques-uns ont prétendu que ce prince ne devait la couronne qu^à la force et à la violence; d^autres ont même ajouté que Hugues avait encouru Texcommunication lancée contre les usurpateurs du droit confirmé par le Saint-Siège à la famille de Pépin; que, par scrupule , il s'était toute sa vie abstenu de porter les marques de la royauté, et qu'il n'avait pas voulu se faire couronner.
D'autres, au contraire, et c'est le plus grand nombre, ont dit que Hugues n'a reçu la couronne que des mains et par le vœu unanime de la nation. Quelquesuns même ont avancé qu'il ne l'avait reçue que malgré lui, ou pour obéir aux ordres du Ciel, qui lui avaient été manifestés d'une manière miraculeuse. Si l'on en croit d'autres historiens, Hugues a possédé la couronne à titre de donation : ils disent qu'elle lui a été léguée par Louis V, et que la nation ratifia cette disposition du testament du roi défunt. Il s'en trouve aussi qui racontent que c'était la reine Èlanche qui avait été instituée héritière par le roi son époux, à condition, d'épouser Hugues Capet; et qu'au moyen
de te mariage, te prince succéda lëgilimemeiit à là couronne.
Ainsi, la diversité des sentiméns des anciens historiens, par rapport à là manière dont Hugues Capet est parvenu à la royauté, se réduit à ces quatre principaux chefs : Force, élection du consentement de là nation , vocation miraculeux , et donation.
Quant aux causés qui ont influé sur cette importante révolution , les mêmes écrivains les attribuent , les uns, à là nonchalance et aux lenteur^ du duc Charles, frère de liOthaire et oncle de Louis V, qui devait succéder à son neveu, si Ton eût eu égard à la loi de rhérédité; d^autres, aux ennemis qu'il s'était faits à la cour et parmi les grands; quelques-uns, à la politique de Hugues Càpet , qui craignait de voir diminuer son crédit ^ si le duc Charles parvenait à la couronne; crainte d'autant mieux fondée, disent quelques historiens^ que Charles, sans en faire part à Hugues Capet, avait épousé la fille d'Herbert, comte deTroyes, de la maison de Vermandois, avec laquelle Hugues était brouillé.
Les historiens modernes ont adopté, chacun suivant son goût et ses vues, les sentiméns des anciens, et y ont ajouté de nouvelles circonstances;
A l'égard de la manière dont Hugues Capet est parvenu au trône > Dupleix et Méeerai^ dans le siècle dernier > ont supposé l'élection et le consentement unanime ou presque unanime de la nation. Au commencement de ce siècle. Le Gendre a dit que Ton ne pouvait satisfaire, sur cet article, la curiosité du lec-
teur; ce qui ne Fempéche pas de rapporter les circonstances favorables à Hugues Capet, contenues dans les anciennes chroniques, comme Tëlection dans une assemblée générale , et même la répugnance que Hugues Capet témoigna d^accepter la couronne. Quelques années après Le Gendre, Daniel a supposé à Hugues Capet le dessein secret de supplanter le duc Charles ; et il a aussi employé les circonstances , vraies ou fausses, rapportées par les anciens historiens, qui convenaient à son système. Plus récemment, Yelly, dans V Histoire générale de France qu'une mort prématurée Ta empêché de continuer, représente cette révolution comme Teffet de Theureux concours de la force et de la prudence ; et ainsi que Daniel, il applique à son sujet tous les détails qu'il a cru pouvoir répandre quelque intérêt dans son Histoire. Depuis Yelly, d'autres écrivains ont attribué cet événement à la force , et ils ont représenté l'élévation de Hugues Capet à la royauté comme une véritable usurpation ; ce qui n'empêche pas le plus moderne d'entre eux de regarder Hugues Capet comme un roi légitime.
Relativement aux causes de cette révolution, les uns adoptent les sentimens des anciens ; d'autres y ajoutent ou y substituent divers motifs dont les anciens n'ont point parlé, comme le prétexte de Texcommunication encourue par le duc Charles, celui de l'illégitimité reprochée à son aïeul Charles-le- Simple, le refus d'un accommodement proposé par Hugues Capet ; et presque tous représentent l'acceptation de la Basse-Lorraine en fief de l'empire , par le
duc Charles, eomme le principal motif de son exclu*sion et de la préférence que la nation donna à Hugues Capet.
Pour parvenir à démêler la vérité dans le conflit de tant d'opinions diverses et souvent contraires , il paraît indispensable d'interroger les anciens écrivains qui ont traité ce point de notre histoire. Il serait imprudent de leur donner notre confiance sans les connaître, et injuste de la leur refiÉiser sans les entendre. Il est également nécessaire de comparer leurs différens témoignages, et d'observer avec soin les nuances qui se glissent insensiblement, dans l'histoire de cetle révolution, sous la plume des historiens, et qui l'altèrent à mesure qu'ils s'éloignent de l'époque de l'événement. Il fant enfin rapprocher ces témoignages des mœurs et de l'opinion du temps, des conjonctures où se trouvait alors la monarchie , du caractère connu des personnages qui y ont joué le rôle le plus important, et des autres circonstances capables de répandre un nouveau jour sur les faits qu'ils racontent, ou de suppléer à ceux qu'ils ont onaiis.
Il nous a paru que c'était le seul moyen de tirer, des témoignages des anciens historiens, les conséquences les plus naturelles et les plus propres à fixer l'opinion; et c'est celui que nous nous proposons d'employer dans cette discussion, en examinant d'abord ce qu'ils ont dit de la nature de la révolution qui a placé Hugues Capet sur le trône, et ensuite ce qu'ils ont pensé de^ causes qui l'ont produite , sans négliger néanmoins quelques circonstances qu'ils di-
sent Vavoir accompagnée. Nous cU^cuterons de même les opinions des écrivains modernes.
Les premiers écrivains qui se présentent à notre examen sont les contempof aiiis , cms. qui oat vécu sous les règnes de Hugues Capet et de Robert, sar voir : Abbon , abbé de Fleury, depuis Saint-Benoîtsur-Loire ; Aimoia , religieux du même monastère ; OdorauQe., de. Saint-Pierre-le-Yif de Sens; Adémarde Chabsoxnojis, de S^int-Cybar d*Angouléme; Tauteur de YInyenti09i des reliques de saint Jossej et celui de la partie de la Chronique de Saxcj, que. Ton croit avdir ,été écrite à la fin du dixième siècle^
Abbon, mort en ioo4> ^^^ Tépître dédicatoire de son Recueil de canons , adressée aux rois Hugues Capet et Robert, suppose évidemment que l'élévation de ces princes au trône est Teffet du cbpix de la nation ( ^). En parlant des élections des différentes dignités, il dit que. Télectioii du roi consiste dans le concert des vœux du royaume : Electionem régis facit concordia totius vegni. Abbon ne. suppose pas pour cela que Hugues Capet et Robert aient été élus dans une a^îsemblée générale du royajume; mais le consentemçnjt de la. nation paraissait sdors sujBisant pour en exprimer le choix.
Aimoin écrivait, en ioo5, que les priuces des Français avaient abandonné le duc Charles , et que s'élant tournés vers Hugues, qui gouvernait le duché
(i) Recueil des lùst de France^, t. lo, p. 62&
de France avec beaucoup de courage , ils rélevèrent sur le trône à Noyon (i).
Odoranne dit que Hugues fut fait roi par les Français en 987 . C'est le premier qui ait avancé que Louis Y avait légué la couronne à Hugues Capet (2); mais il est le seul de cette époque, et de la suivante, qui en parle ; ce n'est que dans le douzième siècle que les chroniqueurs ont adopté cette anecdote, et en ont fait la base d'un roman dont nous aurons occasion de parler.
L'auteur de Tlnvention du corps de saint Josse ne suppose pas seulement le consentement de la nation à l'élévation de Hugues Capet sur le trône , il dit que ce fut malgré lui que ce prince accepta là couronne (3).
Ad^mar de Chabannois écrivait en Aquitaine, dont le duc, Guillaume Fier-à-Bras, s'était d'abord montré défavorable à Hugues Capet , qu'il reconnut néanmoins presque aussitôt pour roi. Cet auteur fait mention des efforts du duc Charles pour succéder à Louis y. Us furent inutiles, dit Adémar, parce que
{ï)Franci pîimaies eo (Carold) relicto, ad Hugonem, qui du^ catum Francicb tune strenuè gubemabat,.^ se$e conferentes, eum NoQÎocomo soUo sublimant regio. (Rec. des hîst. de France , t. 9, p. i^a.)
(2) Obiît Ludooicus rex donato regno Hugom duci, qui
eodem anno rex foetus est à Francis. (Ibid., t. 10, p. i65.)"
(3) Dejimcto LudoQÎco , Hugo tune dux Francorum inoitus ac-. cefit regnum* (Ibid., t lOy p. 366.)
le Jugement de Dieu en avait choisi un meilleur (i). Il ajoute que Hugues fut ëlevë à la royauté par le consentement. d'un très-grand nombre, ou même du plus grand nombre (2).
D'autres chroniques du même temps énoncent simplement que Hugues Capet a été fait roi par les Français (3).
A ces témoignages de nos historiens contemporains, on peut ajouter celui du roi Robert lui-même, associé à son père Hugues Capet, et couronné à Orléans à la fin de novend^re 987, ou le i" janvier 988. Ce prince, dsJX9t le diplôme de Tan ioi5, par lequel il confirme la donation du comté de Beauvais à Téglise de cette ville, atteste qu'il ne tient la couromie que de la libéralité de la nation française (4)*
La partie de la Chronique de Saxe qui passe pour avoir été écrite sur la fin du dixième siècle , ou au commencement du onzième, raconte que les Français voulaient d'abord se porter du c&té du duc Charles j maisque ce prince indécis eut l'imprudence de perdre
(i) Regnum acdpere ifoluit,.* Carobis; sed neqmçii, quia Deus jutUcio suo meUprem elegit (Rec. des hist. de Franc^^ p. i44>
(2) Hugq consensu phuimorum in regem ele^atus esU
(3) Rexfactus est à Francis.
(4) Quoniam diçind propitiante ciementiâ, nos Galiica liùeralitas ad regni prooexit /astigia , dignum ideà duoàmus ecclesianon Dd nostri operam dore profecUbus et consulere udUtat^iks^ (Rec. des hisU de France, t. 10, p. Sgj.)
du temps à prendre conseil sur ce qu^il avait à faire , et que Hugues en profita pour s^emparer de la couronne (i). L^auteur étranger qui a composé cette partie de la Chronique de Saxe , est le seul de cette époque qui ait attribué à la force et à Tusurpation Téléyation de Hugues Capet à la royauté. Le texte que Ton vient de rapporter a servi de modèle, à plusieurs chroniqueurs des époques postérieures^ surtout aux écrivains étrangers ou sujets des grands vassaux du royaume, qui étaient alors en guerre avec nos rois.
Les historiens de notre seconde époque , et que nous appelons presque contemporains ^ appartiennent au règne d'Henri I*', fils de Robert, et petit-fils de Hugues Capet : ce sont, Raoul Glaber, les auteurs de la Chronique de Saint-Benigne de Dijon, de celle de Fleury, d'une Généalogie des rois de France finissant à François !•% et d'une autre courte Chronique du même temps.
Raoul Glaber représente l'élévation de Hugues Capet au trône comme l'effet du concours de tous les grands du royaume (2). Cet historien a mis pour titre du chapitre qui fait mentioa de cet événement : De V élection de Hugues Capet pour roi (3).
(1) Francis regnum ad Carolum ducem patruum defuncti régis, irànsfèrrp oolenUbus^ àum ille, inconsidtè rem ad consiUum de-
fertf regnum Francorum usurpât Hugq. ( Recueil à&s hîst. de France, t; 8, p. 280.)
(2) Simul cum totius regni primatièus coiwenienies prœdictum Hugonem in regem ungi'fecerunt. (Ibid., t. 10, p. la et i?*)
(3) De elecUone Hugonis fn rêgem* (Ibid., p. ^H*)
La Chronique de Saint-Benigne de Dijon copie mot à mot le texte d^Aimoin , qui dit que les Français ayant abandonne Charles , se tournèrent du côté de Hugues, et relevèrent sur le trône à Nbyon.
Celle de Fleury, finissant en 1060 , se contente de dire que Hugues Capet a été élevé sur le trône à Noyon, et qu^il s^associa son fils Robert à Orléans (i).
L^auteur d^une Généalogie des rois de France jusqu'à Philippe I"", et qui témoigne beaucoup de passion et d'animosité contre la maison royale, suppose Tusurpation de la part de Hugues (2) ; et celui d'une courte Chronique du même temps paraît penser de même (3).
Les historiens de la troisième époque , et qui succèdent immédiatement aux presque contemporains , sont ceux qui ont écrit sur le déclin du onzième siècle; savoir : Guillaume de Jumiéges, Tauteur de la Fie de Gamierj prévôt de Saint -Etienne de Dijon; celui d'un fragment de V Histoire de France sous Philippe V'^ et la courte Chronique de Saint- Martin de Tournai.
Guillaume de Jumiéges assure qu'après la mort de Louis y, Hugues Capet lui succéda d'un consente-
(i) Hugo aux, rex Francorum est eleQOtus Nwiomi, qui secum Robertumfilium suum Aurelianis eiei>at (Rec. des hist. de France, t. 10, p. 177.)
(a) Hugo rexfactus per tyrannidem, simulcum ExAertofiMo^ (Ibid., p. 170.)
(3) SubrepsU ïocum regimims» (Ibid*, p. 3 16.)
ment gênerai (i). Cet écrivain ajoute que Richard, duc de [Normandie, eut la principale part. à cet événement; qu'il détermina Arnôul, comte de Flandre, à reconnaître Hugues Capet, et qu'il lui ménagea sa réconciliation avec le nouveau roi et les autres princes des Français (a).
L'auteur de la Vie de Gamier dit aussi que Hugues Capet fut élevé sur le trône, du consentement unanime de tous les grands du royaume (3).
On lit dans le fragment de Thistoire de France, sous Philippe I*', que les Français ayant pris Hugues, rélevèrent à la royauté dans la ville de Noyon; et que, peu après, Hugues fit couronner son fils Robert à Orléans (4).
La courte Chronique de Saint-Martin de Tournai, dépendant de Tempire, et qui finit en 1099, est la seule de cette époque qui s'exprime autrement : elle dit que Hugues Capet s'attribua la royauté (5).
C'est sous cette troisième époque, et vers le déclin du onzième siècle , que l'on conmience à parler de
(i) In ittius {lAédwid) loco ab omnibus subrogatur Hugonis magnifiUus Hugo Capeth. (Recueil des liist. de France, 1. 10,
(2) Vfpacificaret eum cum rege et Francorum principibus. ( Ib.)
(3) Omnium procerum et ducum œnsensu in regnum sublima^ tus est (Ibid., p. 382.)
(4) Franci assumentes Hugonem memoratum ducem, Nooiomo ilium sublimant in regni solio, qui statim Robertum Jilium suum AureUards coronari fedt (Ibid*, p. 21 3.)
(5) Hugq Capetus regnum sibi çinàicaL (Ibid., p. 20^)
rapparition de saint Yalery à Hugues Capet pendant un songe, et de la prophétie par laquelle le saint abbë annonça à ce prince que lui et sa postérité régneraient pendant sept générations, s^il voulait retirer son corps et celui de saint Riquier des mains des Flamands, et les rapporter au lieu de leur sépulture. Cette pieuse feble (car nous prouverons que c'en est une) se trouve, pour la première fois, dans l'histoire de la translation du corps de saint Valéry, d'où elle a passé dans la Chronique de Centule, aujourd'hui Saint- Riquier.
Le douzième siècle, qui nous sert de quatrième époque , abonde en Chroniques , qui ne sont pour la plupart que des répétitions des précédentes.
Une Chronique des rois de France jusqu'au règne de Louis- le -Gros, dit que les grands firent roi Hugues Capet, parce que Louis V était mort sans enfans (i).
Un fragment d'histoire de France copie Aimoin , et dit que les grands de France , par mépris pour le duc Charles, spreta Carolo^ se tournèrent du côté de Hugues, et rélevèrent à la royauté à Noyon.
La Chronique de Saint-Maixent, autrement dite de Maillezais, suit Adémar. On y lit que le jugement de Dieu a fait choix d'un prince meilleur que le duc
(i) LudoQicus obui sine fi&o ; quà dt causây Francomm
primates Hugonem qui tune ducatum Franciœ sttenuè gubemabat, regem fecerunL (Recueil des historiens de France, t. lo, p. 3i6.)
Charles, rejeté par les Français, qui élurent pour roi Hugues avec son fils R<4>eri (i).
L*auteur des Gestes des seigneurs d^Amboise, assure que Hugues* après la mort de son prédécesseur, fut élu roi par les Français, d^im consentement unanime (2).
Une Généalogie historique des rois de France, parmi les manuscrits de la reine de Suède, dit qu*après la mort de Louis Y, les grands établirent roi audessus d^enx le duc Hugues (3).
Mais, d\m autre côté, Sigebert, de Gemblours en Brabant, qui copie mot pour mot la Chronique de Saxe; Hugues de Fleury, suivi par Qarius, par Orderic Yital ei par Richard de Cluny ; Guillaume Godélie, de Saint-Martial de Limc^es, qui Fa été par la Chronique de Strozzi et par celle d'Auxerre, représentent rélévaùon de Hugues à la couronne, sous les couleurs de la révolte et de Tusurpation.
C*est vers le déchn de cette quatrième époque, et dans les chroniqueurs défavorables à Hugues Capet , que rhistoire commence à se charger d^une nouvelle
(i) Deusjudîdo suo meUorem elegU; nam Frand inUo consilio, eum (Caroàun) abjicùaU, et Hugonem ducemfiUum Hvgonis regem eligiml aanfiHo suo Roberto. (Rec. des hist de France, t. 10, p. 23l.)
(2) Electo autem à Francis œmmuni consilio.,.. Hugone Capet in regem. (Ibid., p. a 38.)
(3) LudoQÎco defunctOy proceres regem super se statueront Hugonem ducem. (Ibid., p. 3i6.)
circonstance, dont aucun des écrivains précédens li^d' vait parlé. Guillaume Gpdelle est le premier qui ait dit que Hugues Capet n'a point fait usage du diadème (i) ; et Richard de Cluny a ajouté que ce prince ne s^est point fait couronner, pour expier la faute qu'il avait commise en retenant le duc Charles prisonnier.
On peut (encore remarquer que Clarius, en disant que c'est par usurpation que Hugues est monté stKr le trône, ne laisse pas de rapporter aussi qu'il possé-^ dait la couronne en vertu de la donation de Louis Y. On ne doit pas être étonné de cette éspède de contradiction; la Chronique de Clariùs n'est qu'une compilation de celles d'Odoranne et de Hugues de Fleury, qui souvent ne s'accordent pas. Les chroniqueurs de ce temps-là n'y regardaient pas de si près; ils employaient indifféremment tout ce qu'ils trouvaient, sans trop s'embarrasser si leurs extraits se conciliaient on ne se conciliaient pas.
Les chroniques se multiplient dans le treizième siècle, qui forme notre dernière époque : il serait inutile d'en faire un examen particulier. Les auteurs ne font que copier celles des siècles précédens; mais il importe de faire remarquer les circonstances nouvelles qu'ils ont ajoutées au récit de leurs prédécesseurs, et dont l'origine appartient à cette dernière époque. Ces circonstances sont : l'excommunication
prétendue de Hugues Capet, pour avoir dépossédé
( I ) Non iamen diademate ususi
lés desceiidaiis de Pépin, excommunication allouée, poor la première feis, par les auteors flamands des Chroniques d^Anchin et de Sithsen ; Tintention prêtée à Hugues Capet, par Crervais de Tilbery, dans son liyre de Otiis imperiaUbus^ de procurer la possession de la couronne à un degré de génération de plus dans sa famille, en ne se fidsant point couronner luimême; enfin, suivant le même Gervais, la donation du royaume par Louis Y à la reine Blanche, et le mariage de Hugues Capet avec cette princesse, après la mort du roi son mari.
On pourra être surpris qu'en faisant passer en revue les écrivains qui ont vécu depuis le dixième siècle jusqu'au treizième, nous n'ayons pas nommé le fameux Grerbert, si célèbre sous les règnes de Hugues Capet et de Robert ; l'autorité d'un tel personnage , initié dans les affaires de France et de Germanie, paraît ne pouvoir être que d'un très-grand poids, r^ous avouerons que nous nous sommes trouvés embarrassés à son sujet. Gerbert n'avait point de sentiment à lui : précepteur du roi Robert et de l'empereur Othon, il avait la confiance de ces deux princes, et ménageait son crédit dans les deux cornas. 11 était l'ami de tout le monde , et fidsait sa cour à tous les partis. Secrétaire de tous les grands qui avaient re-^ coiu^ à sa plume; avocat pour et contre en même temps, il jouait, à cet égard, un rôle fort au-dessous de son mérite, et qui, dans pos mœurs présentes, pourrait le faire comparer à ces secrétaires mercenaires du public de la dernière classe, qui vendent
indiffëœmment leur plume à qui veut remployer (i). Il dut peut-être à cette politique la fortune qui le fit monter successivement sur les siëges de Reims, de Ravenne et de Rome ; et partout il porta le même esprit, qui con^stait à se conformer à Fintërét du moment. Il anathématisa, comme pape, les opinions qu^il avait défendues contre les papes, ëtant archevêque (3).
Quant à Tobjet de la présente discussion, Gerbert paraît prendre tour à tour, et quelquefois en même temps , les intérêts de Hugues et de Charles. Quand il écrit aux impératrices, sous le nom de Hugues ou ^sous celui de la reine Emme , veuve du roi Lothaire , et la plus mortelle ennemie de Charles, ce prince est représenté comme un impie, un extravagant follement entêté de prétentionis chimériques qui ne peuvent réussir. Dans le même temps, et dans ses propres lettres à des personnes qui étaient dans les intérêts du duc Charles , il gémit sur le sort de ce prince; il s^emporte contre Tinjustice de ceux qui Tavaient exclu d'un trône dont il le regarde comme Théritier légitime. Si cette politique réussit souvent à Gerbert, elle lui causa aussi quelquefois de Tembarras : il se plaint amèrement, dans Tune de ses lettres, qu^on Tait rendu suspect aux deux partis (3).
(i) Rec. des Mst, t. 9, p. 280.
(a) Lettre de H. C. à Théophanie. (^Ibîd., t. 10, p. 896, 4o2, 4o5, 4-o8.)
(3) Rec. des Idst, t. 10, p. SgS. A l'impératrice Thëopha-
Au reste, si Ton ne peut citer Gerbert comme décidé en laveur d'aucun des sentimens qui partagent les historiens sur notre objet, on peut tirer de ses écrits des lumières propres à éclaircir différens points de la même époque , et nous en ferons usage.
Dans l'exposé que nous venons de faire des lémoignages des anciens écrivains, par rapport à la nature de la révolution qui a placé Hugues Capet sur le trône, on a pu remarquer, et nous avons eu soin d'indiquer les circonstances que les historiens ont successivement ajoutées aux récits de ceux qui les avaient précédés.
De ce genre sont : La donation du royaume par Louis y, soit à Hugues Capet , soit à la reine Blanche;
nie : Qmmodo ille impius Carolus vocem meam audiret Re-
giam urbem occup<wU» Parère alicm non patat suo nondrd œm^eidre.^, — Ibid., p. 4o2. A Adalbéron ou Ascelin, ëvéque de Laon : Dwi Augusti Lothani germanus f rater hasres regrd regno pulsus e5/.... Ejus œmuli ut opinio muUorum est inter reges creati suât.:. Quo jure legitimus hœres exhœredatus est, quo jure regno prÎQatus est? — Ibîd., p. 4-o4- Ad anonymum : Uberadt nos Dominas de are ieonis (CaroK^ — Ibîd., p. ioS. Ad Ecbertom : Perçenit gladùis usque ad ammam. Gladiis hostîum undique perstringimus. Hinc jide promissâ Francorum regibus urgemur; Idnc potestati pnndpis Carali regnum ad se revocarUîs addicUy permutare dominos aut eomles fieri œgimur* — Ibid. , p, 4^8. Ecberto arcb. Trevîr. : MiM metlpsi dispHcere jam cœperamy ed quàd non socius çitlorum, sed princeps dijudicarer maaimorum scelerum (comme adhérant à Charles et à Arnoul, qui avait livré Reims à Charles).