‹ Collection des meilleurs dissertationsChapitre 6 sur 54 · I. 7« uv · texte numérisé non relu

I. 7« uv

seulemeni tuteur de Charles, et régent de la monarchie; mais 9 outre qu'ils sont contredits par les monu^ mens, que nous avons cites , et par les témoignages d'un plus grand nombre d'historiens, dont trois sont contemporains, le continuateur d'Aimoin n^est pas d'accord avec lui-même; car il dit, une ligne plus bas, qu'Eudes ittt sacré à Reims : on n'a jamais sacré les régens du royaui;Kiei Dâjos un autre endroit, cet historiea donne à Eud^s le titre de roi. Albéric tombe pareillement dans une contradiction manifeste , en l'appelant Eudes j roi et régent On ne peut être plus mal instruit, et par conséquent mériter moins de créance que Richard de Poitiers. Il dit que lorsque Charles -le -Simple fut en âge de gouverner, Eudes remit le ro jaunie entre ses mains, et que Charles lui en rendit une partie* Ce fait est démenti par tous les écrivains du temps. L'historien anonyme des rois des Français ne se soutient pas dans sa narration; car après avoir dit que les seigneurs de France, de Bourgogne et d'Aquitaine choisirent pour tuteur de Charles et régent du royaume, Eudes, que Gautier, archevêque dje Sens, sacra, quelques lignes plus bas il donne deux fois à Eudes le titre de roi.

Je ne m'attache pas ici à prouver qu*une nation rentre dans le droit de se choisir un maître, lorsque la maison dans laquelle elle avait fixé le trône vient h finir; c'est une maxime du droit publiq qui n'est contestée de personne.

iV* PROPOSITION.

Charîés-Ie'Sim'plc parvint à la côni-onné par électioti»

On pourrait se dispenser de prouver cette proposition. On a montré plus haut que Charles -le -Simple n^avait aucun droit ad trône par sa naissance; c^est donc le choix de la nation qui Ty a placé. Quelque certaine que soit cette induction , on ne veut pas s'en contenter^ et l'on va établir ce fait par des preuves directes.

Il y avait cinq ans que toute la nation française reconnaissait Eudes pour son roi, lorsque Foulques, archevêque dé Reims, souleva contre lui la plus grande partie des seigneurs, qui firent sacrer Charles-le- Simple (i). On ne se persuadera point que ce prélat ait mis ce jeune prince sur le trône par un sentiment d'équité. Après la mort de Carloman , il avait appelé

(i) Odone regê in Aquitardâ commorante, Francorum prindpâs ex permaodmâ parte ah eo defidunt, et agentibus Folcone ûrchiepiscopo , Henèerio et Pippino œmitibuSf in Remormn dvitate Carolus JUius Ludotdd, ea; Adeibàde^ id suprà memini^ mus, natuSf inregno eletfatur, (Annales de Metz, an. 892.)

Odone rege per consilium Francorum in Aquitaniâ demoranie, frand Karobûn pumon doodennèm Ludooid Balhifilîum in fegmmt patemum revocant, et Remis à Fukone arçfiiepîscope in regem henedid fadunt, et oritur longa contricaiio inier eum et Odoncm,,., Hoc igitur qnno fuit initium regni KaroU pu^fL (Albericus, anno 894*)

Gui, duc de Spoleite, pour venir se meure en possession du royaume. Eudes ayant oblige ce seigneur italien à repasser les monts, Foulques écrivit à Ar« noul, roi de Germanie, pour lui offrir la couronne de France. Enfin cet ëvéque, en 896, reconnut Eudes pour son souverain; par conséquent, il ne croyait pas que Charles fût Thëritier légitime du sceptre. Ainsi on ne peut attribuer la démarche de ce prélat qu'à sa haine pour Eudes, ou à Tespérance quil conçut d'avoir grande part aux affaires sous le gouvernement d'un prince qui lui devrait sa couronne. Quoi qu'il en soit de son motif, ce fut le choix de ces seigneurs qui plaça Charles-le-Simple sur le trône (i).

Eudes et Charles-le-Simple se disputèrent le trône pendant quatre années. La guerre fut vive et sanglanie; les Normands^ par leurs ravages, la firent cesser. Les deux rois, pom^ s'opposer à ces redoutables ennemis , firent la paix , et partagèrent le royaume qu'ils n'avaient pu se ravir. Eudes mourut une année après ce traité, et laissa un fils nommé Anioulj qui fut proclamé roi par les seigneurs qui avaient constamment suivi son parti (2). Ce jeune prince étant mort trois mois après son élévation sur le trôné, tou» les grands qui lui avaient été attachés reconnujrent Charles-le-Simple pour leur souverain (3).

(i) Voyez les Annales VédasUnès, tradaites par M. Lelieiif, au 24^ vol. des Mém. de VAcad. (a) Vie de saint Genulfe, 1. 2.

(3) Otto rex asgritudine pulsatur, et mensis jctnuani die tertio

Lorsque ce prince se trouva seul maître de la France, il prit pour ministre un nomme Hagatwn, homme de médiocre naissance , mais habile dans le maniement des affaires. Yoici comme le Père Daniel peint la confiance dont le roi Thonorait :

(( Le roi répondait au zèle et à Tapplication de son « ministre par une confiance entière , mais qui paie raissait trop. Il ne consultait que lui ; il ne s'entre-* u tenait presque qu'avec lui, et à peine les seigneurs u pouvaient - ils trouver quelques mbmens pour faire c< leur cour. Quand ils se présentaient pour entrer c< cbez le roi , on leur répondait presque toujours que u le roi était avec Haganon. Cette réponse se faisait si H souvent , qu'elle passa, conime en proverbe, et fut a tournée en ridicule^ Mais un jour, comme la cour u était à Aix-U- Chapelle 7 Henri, duc de Saxe, et c( qui fiit depuis roi de Germanie, étant venu pour « saluer le roi, et n'ayant pu pendant quatre jours ob- « tenir audience, choqué de cette réponse, qu'on lui ce fit comme aux autres, qu'Haganon était avec le roi: « De deux choses l'une, dit- il, ou Haganon sera bience tôt roi avec Charles, ou Charles sera bientôt simpl<^ a gentilhomme comme Haganon.. ))

Oserait-on menacer ainsi un prince que la naissance aurait placé sur le trône ?

diem clausit eastremum, et apitd Dionysium cum débita honore $ef»dturœ mandatur. Principes in unum œngregati, pari consUio et ooàiniate, Carohan super se constituant (Régine, 1. 9) anna IhviiniciZ. Incamationis 8g^.)

- U y avait vingt -deax ans que G)iarles gouveftiait seul U monarchie, lorsque les seigneurs, mécontens de Tadministration de ce prince , élurent le comte Robert, frère d'Eudes, pour roi (i). Celui-ci ayant été tuë dans une bataille quHl livra à son compétiteur, ils déférèrent le sceptre à Rodolphe, duc de Bourgogne (2). Herbert , comte de Yermandois, fei-* gnant de vouloir rentrer dans le partî de Charles, attira ce prince dans ses Etats , où il le retint prison* nier* a Ensuite il alla, dit le Père Daniel, en Bour-^ (c gogne , rendre compte au nouveau roi du succès de « sa trahison. Comme cette prison de Charles ne finit u quWec sa mort, continue cet écrivain, et que Rofc dolphe fiit toujours possesseur du royaume , sans (( que personne le lui disputât, on le met dans notre K histoire au nombre de nos rois (3) , et j[\)n com*

(i) Frqnci Rot^ertum eSgiUif, ipsfqve sese çQmmiUunt* Rot^ hertus itaque rex Remis qpud sanctum Remigium qb episcopfs et primatibus regrd constitidtur. (Chroniq. de Frodoard, an. 922.)

(2) Roduifitm cuncti eïigunL Rodulfus filius Richardi rex apud vrbem Suessîordcam in monasterio Sancti MedarcU, constitidtur^ (Le même aateur, anno 928.)

(3) Tous nos historiens et nos chroniqoears traitent Rodolphe de roi : liber de dioersis casibm ccenobS Deiveasfs. Dans ]a Collection des hist des Gaules et de France, t. 9, p. 7. Cfur)" nicum Sancti Medardi Suessionensis , îbid., p. 56. Chronicwn Vezeliacense, ibid., p« 89. Liber de Castré Amèasiœ, ibidem, p. 32. Ordericos Vitalis, ibid., p. 16. Chwdatm Twxmense, ibid., p. 5i. Aimoînus, h 1^ de MiraeuUs sancti Benedicti.

On voit trois iponnaîes de ce prince dans le Blanc, une

«[ mence à y compter les années de son règne depuis <c Tan 923 , où toutes ces choses se passèrent. Il ne i< parut plus alors parmi les Français aucun reste <( du parti de Charles; et la reine Ogive, sa seconde u femme, se saura en Angleterre, dans le royaume <( de son père, avec le petit prince Louis, son fils, <( qui n'avait que trois ans. »

Voilà le tahleau fidèle du règne de Charles -le- Simple. 11 est placé sur le trône par la volonté de quelques-uns des grands. Après la mort de son compétiteur et du fils qu*il avait laissé, les autres seigneurs le reconnaissent librement pour maître. Un d'entre eux annonce hautement qu'on le dépouillera de la royauté, s'il ne change de conduite. Ces menaces sont suivies de l'effet; tous les grands dans l'assemblée de Soissons, prennent la résolution de lui ôter le sceptre. Sur des représentations faites en sa faveur, et sur des paroles données de sa part , on promet de lui obéir encore une année. La condition qu'il avait stipulée n'étant pas remplie, on le déclare privé de la couronne; on élit un autre roi. Celui-ci ayant été tué dans un combat, on lui nomme un successeur, qui fut unirers^lement reconnu, et que la nation a constam-

frappée à Sens^ une autre à Lyon, avec ^eite légende : Rodage roi. Mous avons de }al des diplômes concernant àe$ établissemens formés dans les différentes provinces du royaume : preuve certaine que sa souveraineté était universellement reconnue. (^Histoire de Lyon, du Père Méneslrier, p. 258.)

çien^ compte parmi ses rois. Il n*y eut donc jamais d*aotoritë plus dépendante du choix des sujets, que celle de Charles. Il ne porta le sceptre que lorsque les grands Xç voulurent, qu^autant qu'ils le voulurent , qu'aux conditions qu'ils y mirent. Çharle^le-Simple ne jouit de la royauté qu à ti^re de précaire, s'il na'est permis de parler ainsi. Ce fut pour lui une espèce de dépôt qu'on lui cour fia volontairement, et qu'on oru\ pouvoir lui redemander quand on le trouva à propos, ^es hommes d'Etat porteront un jugement convenable sur la conduite que tinrent les seigneurs du royaume en cette occasion; ij ne m'appartient pas de prononcer sur de si grands intérêts; je me contente de rapporter les faits, desquels il suit, par une induction l^gitiivie, que Charges -le- Simple posséda la couronne par le seul chpi^ de 1^ nation. Ce prince en a fait luirméme plusieurs fois l'aveu le plus solennel. L*an 894 9 il donn^ une charte en faveur de l'Eglise ^e Li^ge ; il appelle cette année la seconde de son règne. Il en plaçait dpnc le com-r mencement à 898, qui est le temps de son élection* S'il eût cru tenir la couronne par le droit de sa naisr sance, il eut diji nommer l'année 894? la dixième de son règne , puisque son^ frère Carloman était mort le 6 décembre 884- J'ai dit qu'il a fait plusieurs fois cet aveu, puisqu'il a toujours suivi constamment cette date dans le grand nombre de chartes qu'il a données pendant tout le temps qu'il a été sur le trône. Aussi Albéric , dans sa Chronique , ne compte les années du règne de ce prince que depuis son élection.

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