II. IO« LIV. I
lions. Suivant ce premier système, les Français, en adoptant Tusage des tournois , n'auraient fait que suivre l'exemple des Romains 9 qui tenaient ces pratiques des Troyens, dont ils se glorifiaient de descendre.
Hune morem, hos cursus, atque hcec certamina primus AscarduSf longam mûris ciim dngeret Albam, Retulii y et pnscos docuit celebrare Latinos , Quo puer ipse modo secum, quo Trdia pubes* Albani docuire suos ; lune maxima porrà Accepft Borna, et patrium seroaoit honorem ; Trojaque nunc pueri, Trojanum dicitur agmen.
( Virg., J£/i., L. 5.)
Le mot tournois serait de lui - même une preuve de cette origine. Les uns le font dériver du bas latin tomeamentum j équivalent du verbe grec fopcùw, tourner; d'autres le tirent de l'expression Troïanum bidunij jeu troyen, et par contraction Troïamentum^ tournois.
On appelait à Rome jeua: troyens des espèces de carrousels où la jeune noblesse se formait en quadrilles, et donnait elle-même cette fête au peuple.
Sed et Trojœ ludos edidit frequentissimè majorumj minorunwe puerorum dilectUj prisci decorisque maris existimans clarœ stirpis indolem sic clarescere. (Sueton., in Aug., cap. 42.)
Les Romains, si avides de spectacles, préféraient celui-ci à tous les autres jeux du Cirque , où l'on ne faisait paraître, pour les divertir, que des esclaves ou des gens à gages.
Justinien, au rapport de Procope, ayant cëdë par un traite les Gaules aux enfans de Clovis, un des premiers usages que ces princes firent de leur souveraineté fut de donner à Arles des jeux a )a troyenne , auxquels ils présidèrent. (Procop., de bello Goth.^ lib. 3, cap. 33.) C'est la première fois qu'il soit ques* tion de spectacles dans l'histoire de notre monarchie. Jusque-là, la guerre et la chasse avaient été les seules occupations des Francs ; et toujours employé à Tune ou à l'autre, ce peuple à demi -sauvage ne s'était pas seulement avisé de chercher son amusement dans l'image de ce qu'il pratiquait continuellement*
La cession des Gaules changea les choses de face , en procurant aux Francs' un état tranquille ; et nos rois, par l'établissement des spectacles militaires, trouvèrent à la fois deux avantages : le premier, d'amuser un peuple belliqueux pmr la représentation des combats ; le second , de se concilier les cœurs des Ro* mains, leurs nouveaux sujets, en leur faisant voir qu'ils cherchaient à s'approcher de leurs usages. Ce fut sans doute la raison qui engagea les enfans de Clovis à donner des jeux aussitôt qu'ils se virent maîtres des Gaules; et entre ces exercices, ils n'en pouvaient choisir de plus convenables que les jeux à la troyenne , si l'opinion que les Francs descendaien t des Troyens, opinion que nous trouvons à peu prèséta- Uie du septième au huitième siècle , toute fabuleuse qu'elle est, avait déjà pris crédit au conunencement du sixième. L'idée de ces jeux , également flatteuse pour les Francs et pour les Romains, ne pouvait que
contribuer à les unir, en leur rappelant une origine commune.
Quoi qu'il en soit, les jeux à la troyenne prirent faveur, puisqu'au rapport de Grégoire de Tours, le roi Chilpéric fit bâtir des cirques à Paris et à Soissons , et qu'il y donna des spectacles.
Apud Suessiones et Parisios circos œdificare prœcepity eoque populis spectaculum prœbens. (L. 5, CI 8.)
C'est à ces spectacles, et particulièrement aux jeux à la troyenne, qu'il est permis de rapporter l'origine des tournois, si célèbres dès le temps de Charlemagne, et auxquels nos rois présidaient, lorsque, dans les grandes fêtes ou pbur quelques grands évènemens, ils assemblaient leur noblesse et tenaient leurs cours plénières. On annonçait quelquefois ces fêtes dans toute l'Europe ; et la fleur de la chevalerie y accourait pour faire preuve de force , d'adresse et de valeur (i).
C'est ainsi que s'explique l'opinion des savans qui regardent les tournois comme une institution des plus anciennes. Il en résulte bien que le goût des exercices militaires et des spectacles qui les rappelaient fut commun aux Français et aux Romains, ce dont personne n'a jamais douté, mais cela ne prouve point que l'usage des jeux propres à la chevalerie, qu'on a nommés tournois^ nous soit venu de Rome ni de la
(i) Extrait des recaeîls de la bibliothèque royale, F. Fon tanieu, manuscrit
Grèce; et c^est uniquement de ces sortes de spectacles qu^il est ici question.
Les tournois, et par suite les carrousels, qui en sont une faible image, étaient des exercices militaires à la vëritë, mais particulièrement chevaleresques; c^étaient les dëlassemens auxquels, en temps de paix, se livraient nos chevaliers du moyen âge. La recherche de leur origine est donc subordonnée à celle de Torigine de la chevalerie elle - même ; ils ne peuvent avoir existé avant elle.
Not|s ne donnerons point le nom de tournois aux exercices des Grermains, représentés par Tacite, quoi- ' que Ton y reconnaisse déjà Tintrépidité et Tagilité qui brillèrent depuis dans nos jeux chevaleresques. Ceux qui avaient lieu du temps de Charlemagne, et dont Nithard , neveu de ce monarque , nous a laissé une description, y ressemblent davantage; mais ce n^étaient encore que des combats en troupes. Us se perfectionnèrent dans le siècle suivant; et Ton arriva enfin à la joute, qui était proprement le duel ou le combat singulier.
Ce n'est point ici le lieu d'examiner l'époque à laquelle la chevalerie prit la forme qu'elle conserva jusqu'au moment où l'usage des armes à feu étant devenu général, rendit la force et l'adresse des qualités moins nécessaires à la guerre, et diminua par conséquent l'influence que. des actes de valeur personnelle pouvaient avoir sur le résultat d'une bataille , ou même d'une campagne . entière : il suffit de faire observer que les tournois n'ont pu précéder l'institution de la
chevalerie elle-même, et que Thistoire n'offre aucune preuve qui la fasse remonter au-delà du onzième siècle , si , par chevalerie , on entend cette dignité qui donnait le premier rang dans Tordre militaire, et qui se conférait par une espèce d'investiture, accompagnée de certaines cérémonies et d*un serment solennel ; toutes choses qui paraîtront inséparables du tournois, d'après Fidéeque nous en avons aujourd'hui.
La France , FAUemagne et l'Angleterre se disputent la première idée de ces nobles jeux, qui du reste ont un si grand rapport avec le caractère brillant et valeureux |de la nation française , qu'il y aurait lieu de s'étonner qu'elle en eût laissé l'initiative à une autre.
Le nom même de tournois est un premier motif qui milite en faveur de leur origine française. Tous les auteurs conviennent que ce mot vient de tourner , parce que les, cony3attans faisaient, avec leurs chevaux , plusieurs mouvemens en tournant. Or, ce nom a été généralement adopté, même en Allemagne (tumier), où son étymologie ne trouve plus de source dans la langue du pays.
Les Anglais fondent leurs prétentions sur l'ancienneté des chevaliers de la Table-Ronde, dont ils font remonter l'origine à leur roi Artur, et aux jeux auxquels ces chevaliers se livraient; mais on remarquera que la date de l'institution des chevaliers de la Table- Ronde a été reculée par les romanciers bien audelà de sa véritable époque , et , d'ailleurs , que
Texistence du roi Artur est généralement reconnue aujourd'hui pour fabuleuse. 11 y a même tout lieu de croire que la Table - Ronde n'a jamais été un ordre de chevalerie, mais simplement une fête d'armes du genre des tournois , et qui tirait probablement son nom de ce qu'elle commençait par un festin où les chevaliers étaient assis autour d'une table circulaire, afin de prévenir toute discussion sur les rangs. En réalité, les tournois ne commencèrent à être connus dans la Grande Bretagne que sous le roi Etienne, et Richard fut le premier qui en introduisit la pratique dans ses Etats.
Quant aux Allemands , ils attribuent l'invention des tournois à l'empereur Henri-l'Oiseleur. Un ouvrage curieux, composé au commencement du seizième siècle par Jérôme Rodler, et dédié à Charles- Quint , donne une description détaillée de tous les tournois qui ont eu lieu en Allemagne, depuis celui de Magdebourg en 988, jusqu'à celui de Worms en 1487. L'auteur cite par leurs noms tous les chevaliers qui ont combattu ou paru, même dans le plus ancien de ces jeux, tous les juges du camp, et jusqu'aux dames qui ont délivré des prix aux vainqueurs ; mais ce livre , que Modius n'a fait que copier sous beaucoup de rapports ( i ), et qu'on peut croire digne de foi pour les tournois qui se rapprochent du
(i) L'ouvrage de Modius n^a été imprimé qu'en i58o, et nous avons vu un exemplaire de celui de Rodler, portant la date de i53o.
tempsoùRodleravécu, contient des faits évidemment fabuleux par rapport h. ceux des premiers siècles de la chevalerie. Il est probable qu'en le composant Fauteur avait pour but de flatter Tamour-propre de quelques familles nobles de TEmpire, qui, dans les exploits fie* lits qu'il décrit, trouvaient un utile supplément aux titres qui leur manquaient.
Nous admettrons sans difficulté que Henri-rOiseleur institua certains jeux militaires ou équestres; mais les écrivains les plus graves de rAllemagne conviennent que ces jeux ne portaient point encore le nom de tournois. Ce n'est que vers le milieu du douzième siècle qu'ils paraissent avoir reçu une forme régulière et le nom sous lequel ils furent connus j usqu'à leur abolition. U y a lieu de penser que le même empereur engagea les ducs, qui commandaient sous lui les armées, a établir dans leurs provinces, à certaines époques de l'année, de semblables exercices, et que ceux-ci convinrent entre eux d'y inviter mutuellement leurs guerriers , en nommant des commissaires pour les surveiller.
Lorsque , par la suite , la constitution de l'Allemagne changea, il se forma quatre grandes sociétés sous le nom de Sociétés du Rhirij de Bavière^ de Souabe et de Franconie; elles firent en commun des lois pour les tournois , et partagèrent les dépenses de ces jeux. Dans le quatorzième siècle, ces sociétés en firent naître d'autres composées, chacune, d*un plus petit nombre de guerriers; changement nécessité par la difficulté que les quatre chefs éprouvaient à con-
server Tordre dans les jeux. Chacun des quatre pays se divisa donc en trois parties, haute, moyenne et basse : il en résulta ces associations secondaires, distinguées entre elles par des signes ou emblèmes différens que tous les membres étaient obligés de porter, non seulement dans les tournois, mais encore dans toutes les fêtes et les solennités où ils paraissaient. Ces signes étaient d'or ou dorés pour les chevaliers, d'argent pour les gentilshommes, et d'or et d'argent pour les pages.
Après avoir expliqué les prétentions des Anglais et des Allemands au titre di inventeurs des tournois j nous devons faire connaître aussi celles des Français.
L'auteur du Pandectœ triumphalesj cijté par Favin , dit que l'empereur Henri-l'Oiseleur introduisit en Allemagne l'usage des tournois , jusqu'alors inconnu h cette nation, mais qui était pratiqué par la noblesse de France et d^ Angleterre. Les mots. . . Francorum more relusto cingula militke nova prœbuitj dont se sert Guillaume le Breton dans sa Philippide^ lorsqu'il parle de Philippe- Auguste , qui donna la chevalerie au jeune Artur en laoi ; les termes de con- JUctus galUcij employés par Mathieu Paris, écrivain anglais sous l'an 1179, pour exjN:imer les tournois, et la manière dont Raoul de Coggerhall, dans sa Chronique manuscrite, rend compte de la mort de Geoffroy de Mandeville, qui fut blessé en joutant more Francorum^ élèvent des présomptiâiis bien favorables à la cause française. Il est probable que de nos cours les tournois passèrent à celles d'Angleterre et
d'Allemagne ; et de Faveu même des auteurs de V Histoire byzantine y les peuples d'Orient en ont appris de nous et Tart et la pratique. Les Français s'y sont toujours distingues au-dessus des autres nations, jusqu'au temps de Brantôme. Cet écrivain dit, en parlant du départ de Charles VIII de Naples : « Après que ce gen- (( til roy eut laissé son royaume paisible, et donné aux (( seigneurs et dames du royaume force beaux plaisirs (c et passetems , de beaux tournois à la mode de France , (c qui ont toujours emporté le prix pardessus les au- (( très, et où il estoit tousjours des premiers tenans et <( des mieux faisans, n
Quoi qu'il en soit, c'est à Geofiroy de Preuilly, mort en 1066, que plusieurs auteurs ont attribué l'invention des tournois : d'autres ont conjecturé , peutêtre avec raison, qu'il n'avait fait que rédiger les lois qui devaient s'y observer ; car nous lisons dans Lambert d'Ardue que Raoul , comte de Guines, fils du comte Adolphe, étant venu en France pour y fréquenter les tournois, reçut dans un de ces combats un coup mortel : or, Raoul vivait environ un demisièd^ avant Geofiroy de Preuilly.
A cet égard , il ne faut pas perdre de vue que les nobles et même les chevaliers n'avaient pas tous le droit d'assister aux tournois ; on avait déterminé par des lois les qualités qui le leur conféraient : ces qualités étaient la naissance^ Vétat et les mœurs.
Quant à la naissance et à l'état , on exigeait pour Fadmission aux tournois à peu près les mêmes preuves qu'il fallut fournir dans la suite pour entrer dans
les principaux ordres de chevalerie : ainsi, Ton n'y admit d'abord que les nobles d'origpie qui paumaient prouver quatre générations; plus tard, cependant, les anoblis obtinrent les mêmes privilèges que les gentilshommes.
Les lanciennes familles patriciennes des villes furent , sous quelques r^erves , admises aux tournois ; mais on en excluait celles dont les membres habitant les villes, avaient obtenu le droit de bourgeoisie, et participaient aux fonctions municipales , et plus particulièrement tous les individus , même nobles, soit des villes, soit des campagnes, qui se livraient au commerce.
Un noble qui épousait une femme roturière perdait, pour lui et ses descendants jusqu'à la troisième génération, le droit de se présenter aux tournois: néanmoins, cette loi s'adoucit par la suite; elle ne s'étendit que jusqu'aux enfans de celui qui épousait la fille d'un ouvrier j d'un cabaretier ou d'un serfj tandis qu'on n'excluait plus, même en A.llemagne, celui qui, pour améliorer ses affaires, se mariait avec la fille d'un honnête bourgeois.
Les enfàns naturels, lors même qu'ils avaient été légitimés par le mariage de leurs parens ou par un privilège du souverain , étaient exclus des tournois : cette tache ne s'effaçait non plus qu'à la troisième ou quatrième génération, sauf quelques exceptions rares que pouvait justifier une grande illustration.
Outre la naissance , on exigeait encore , pour l'admission aux tournois, des vertus personnelles. On en repoussait :
I ** Tous ceux qui s^étaient rendus coupables d'hé^ résie ou de sacrilège.
2^ Ceux qui dépouillaient de leurs biens les églises ou les couvents, et ceux qui avaient maltraité des prêtres.
3" Ceux qui, de quelque manière que ce soit, publiquement ou en secret, par paroles ou par actions^ avaient voulu nuire au souverain.
4° Ceux qui avaient agi ou parlé contre leur suzerain, qui Favaient abandonné dans un combat, qui avaient occasionné une fuite dans une bataille , ou qui seulement y avaient pris part.
5"* Ceux qui avaient été parjures ou infidèles à leur parole.
6"* Les assassins, voleurs de grand chemin et perturbateurs du repos public.
7"* Ceux qui abusaient du duel judiciaire.
8"* Ceux qui levaient de nouveaux droits ou impôts.
Q"" Ceux qui pillaient les veuves et les orphelins , et même ceux qui manquaient à les protéger.
10** Les séducteurs et tous ceux qui attaquaient rhonneur, la vertu et la réputation des femmes.
II** Enfin, les adultères et tous ceux qui vivaient publiquement dans la débauche.
Les tournois étaient publiés, tantôt par les souverains , à Foccasion de grandes réjouissances publiques , tantôt par de simples chevaliers, pour répondre à des politesses qu'ils avaient reçues; l'histoire du chevalier Bayard en offre de nombreux exemples. Les hérauts d'armes invitaient aux tournois les chevaliers de divers royaumes.
Tandis cp^on préparait les lieux destines à ces exercices, on suspendait, le long du cloître de quelque monastère voisin, les écus armoriés de ceux qui prétendaient y prendre part ; ils y restaient plusieurs jours exposés à Texamen des seigneurs, des dames et des demoiselles. Il était expressément défendu aux roturiers de se présenter dans les tournois, et d'étaler leur casque ou leur écu(i). DW autre côté, les nobles qui entraient en lice sans avoir observé cette formalité, étaient sévèrement punis.
Cet examen ne portait pas seulement sur la naissance et les armoiries du prétendant : un héraut nommait à haute voix ceux auxquels appartenaient les armes ; et s^il s'en trouvait quelqu'un dont une dame eût à se plaindre , elle touchait Fécu de ses armes, pour le faire remarquer aux juges du tournoi, et leur demander justice. Ceux-ci prenaient les informations nécessaires; et si l'accusation était prouvée, la punition ne se faisait pas attendre. Le chevalier se présentaitil au tournoi malgré les ordonnances qui l'en excluaient, une grêle de coups, portés avec une houssine ou baguette appelée ramon de behoursy c'est-àdire branche , rameau pour le tournoi , que tous les chevaliers et peut-être les dames elles-mêmes faisaient
(i) Depuis Charles V, qui anoblit les bourgeois de Paris» les familles distinguées de la bourgeoisie adoptèrent souvent des armoiries. C'est là sans doute ce qui a donné lieu à cette disposition.
tomber sur lui, le châtiait de sa témérité, et lui apprenait à respecter Thonneur des dames et les lois de la chevalerie. La merci des dames, quHl devait réclamer à haute voix , était seule capable de mettre des bornes au ressentiment des chevaliers et à la peine du coupable.
Les rois d'armes tenaient des registres dans lesquels ils inscrivaient les noms des prétendans, en présence des trois hérauts. Le tournoi fini , les chevaliers qui y avaient assisté s'adressaient au roi d'armes qui les avait enregistrés , et obtenaient de lui une attestation qui prouvait qu'ils étaient entrés, et servait eusuite à l'admission de leurs descendans.
Si les armoiries d'un prétendant n'étaient pas connues, ou s'il avait perdu ses lettres de tournoi, il ne lui restait d'autre moyen que de produire des témoins qui attestaient, par serment, qu'il jouissait des avantages nécessaires à Tadmission.
Le lieu où se faisaient les exercices s'appelait la iice. On choisissait pour cela, soit une vaste place dans l'intérieur de la ville , soit un champ , autour duquel des tentes et des pavillons superbes couvraient au loin la campagne. Les hours, c'est-à-dire les échaiauds dressés autour de la carrière, étaient souvent construits en forme de tours, partagés en loges et en gradins, et décorés, avec toute la magnificence possible, de riches tapis, de pavillons, de bannières, de banderoUes et d'écussons. Us étaient destinés aux rois, aux reines, aux princes et princesses, et à tout ce qui composait leur cour ; aux dames et aux demoi-
selles; enfin, aux anciens chevaliers qu'une longue expérience du maniement des armes avait rendu les juges les plus compëtens.
Ija veille du tournoi était pour ainsi dire solennisée par des espèces de joutes appelées^ tantôt essais y éprouves j épreuves, tantftt les vêpres du tournoi , et quel([uefois escrimées j c'est-à-dire escrime. Lesécuyers les plus adroits y combattaient les uns contre les autres avec des armes plus légères , plus aisées à manier que celles des chevaliers , plus faciles à rompre , et moins dangereuses pour ceux qu'elles blessaient. Quelques-uns d'entre les chevaliers surveillaient ces combats, et des dames enflammaient par leur présence le courage de ces jeunes guerriers. On donnait des prix aux plus braves , qui souvent même obtenaient pour récompense, ou la dignité de chevalier, ou la permission de combattre avec leur seigneur au grand tournoi du lendemain, dans lequel, pour me servir d'une expression du temps, « prouesse était vendue et ache- «tée au fer et à l'acier. »
Enfin s'ouvrait le grand tournoi , le maître tournoi, la maistre éprouve. Les liours se garnissaient de leurs nobles hôtes; les étoffes les plus riches, les fourrures, les pierreries les plus précieuses brillaient de toutes parts; les juges nommés exprès, les maréchaux du camp, les conseillers ou assistans, les dames qui faisaient partie du tribunal du tournoi prenaient les places qui leur étaient destinées ; ime multitude de rois, de hérauts et de poursuivans d'armes, répandus de tous côtés, tenaient les yeux fixés sur
les combattans , pour faire un rapport fidèle des coups qui seraient portés el reçus. Ils averlissaieût les jeunes chevaliers qui faisaient leur première entrée dans les tournois, de ce qu'ils devaient à la noblesse de leurs ancêtres, (c Souviens-toi , s^écriaient-ils, de qui tu es (( fils 9 et ne forligne pas! » Une foule de ménestriers , avec toutes sortes d'instrumens d'une musique guerrière^ étaient prêts à célébrer les prouesses qui devaient éclater dans cette grande journée. Des valets ou sergens prompts et actifs avaient ordre de se porter de tous les côtés où le service des jeux les appelait , soit pour donner des armes aux combattans, soit pour contenir la populace dans le silence et le respect. Les valets étaient armés de bâtons.
Quelques momens avant l'ouverture du tournoi , les hérauts d'armes en lisaient hautement les statuts et règlemens. Les conditions les plus ordinaires du combat étaient de fi*apper du tranchant de l'épée, et jamais de la pointe ; de* ne pas combattre hors de son rang ; de ne point blesser le cheval de son adversaire ; de ne porter des coups de lance qu'au visage et entre les quatre membres , c'est-à-dire au pla<nron ; de ne plus frapper un chevalier dès qu'il avait levé la visière de son casque ou qu'il s'était déheaumé ; de ne point se réunir plusieurs contre un seul dans certaines luttes, comme dans celle qui était proprement appelée joute. Le juge de paix, choisi par les dames avec une attention scrupuleuse et l'appareil le plus curieux, était toujours prêt à interposer son ministère pacifique lorsqu'un chevalier, ayant violé par inadvertance
les lois du combat, avait attiré contre lui seul les arunes de plusieurs combattans. Le champion des dames , armé d'une longue pique ou d'une lance surmontée d*une coiffe , n'avait pas plutôt abaissé sur le heaume de ce chevalier, le signe de la clémence et de la sauvegarde des dames , que Ton ne pouvait plus toucher au coupable.
Indépendamment de ces lois, qui étaient communes à tous les tournois, le cri que l'on publiait avant la célébration de ces jeux, faisait connaître les règlemens qui devaient s'observer dans chaque occasion particulière. On remarquera, d^ai Heurs, que pour en faci« liter l'exécution , on ne se servait point dans les tournois des mêmes 'armes qu'à la guerre. Le Traité des chevaliers de la Table-Ronde nous apprend que ces chevaliers ne portoient miles espéeSj fors glawes cour-lois, qui estaient de sapin ou d'ifj as^ec cours fers j sans estre trenchont ne esmoulus. Même les diseurs ou juges des tournois faisaient prêter serment aux chevaliers qui devaient y combattre, quils ne porte* raient espéeSj armures ne hastons qffiistiezj ne enfonceraient leurs armes ne estaquettes assistés par iceux diseurs ; mais qu'ils combattraient h espées sans pointes rabatuesj et aurait chascun tournoyant un baston pendu à sa selle, et feraient des dites espées et basions tant qu^il plairait ausdits diseurs*
Parmi les femmes qtd assistaient aux tournois, plusieurs y avaient des fonctions à remplir. Quelques dames étaient chaînées de Texamen des armes et de II. io« LIV. a
la distribution des casques. Dans les tournois généraux de la noblesse allemande, chacune des quatre grandes sociétés choisissait une femme mariée , une veuve et une demoiselle, ce qui portait à douze le nombre des dames, auxquelles étaient confiés les intérêts de leur sexe , et qui avaient voix délibérative en ce qui le concernait. Dans les tournois particuliers, il y avait aussi des dames chargées de ces fonctions.
Le bruit des fanfares annonçait Farrivée des chevaliers, superbement armés et équipés, suivis de leurs écuyers, tous à cheval ; ils s^avançaient h pas lents , avec une contenance grave et majestueuse. Des dames et des demoiselles amenaient quelquefois sur les rangs ces fiers esclaves attachés avec des chaînes , qu^elles leur Ataient seulement lorsqu^entrés dans Tenceinte des lices ou barrières, ils étaient prêts à s'élancer. Le litre à^ esclave ou de serviteur de la dame, que chacun prononçait hautement en entrant au tournoi, était im titre d'honneur qui ne pouvait être acheté par de trop nobles exploits ; il étak regardé , par celui qui le portait, conmieuB gage assuré de la victoire, comme un engagement à ne rien faire qui ne fût digne d'une qualité si distinguée^ De même que le vassal, à la guerre, prenait le cri du seigneur dont il relevait, de même aussi les chevaliers demandaient ^ aux dames dont ils étaient serviteur», quels Cris elles voulaient qu'ils fissent retentir en combattant pour elles dans les tournois. Ces cris furent l'origine des devises.
De leur côté, les dames étaient obligées de traiter leurs chevaliers avec égards et courUnsie. Il existe un
arrêt de. la cour d^amour par lequel une dame, qui avait refuse de donner sa bënédiction à son chevalier partant pour un tournoi j est conclanm^ à « habiller, {( armer et vêtir ledit amoureuic demandeur la pre- « mière fois quUl voudra jouter ; à conduire son cfae- « val par la bride tout le long des lices , un tour seuc( lement, et à lui bailler sa lame en disant : Adieu, (( mon ami; ayez bon cœur, ne vous souciez de rien , u car on prie pour vous.vD^
Au titre de servant dt amour ^ les dames daignaient joindreordinairementcequ'onappelait/fii>^ar,/o/tf«^ noblesse j nobhjr ou enseigne^ : c'était une échai^pe, un voile, une coiffe, une manche, une mantille, un bracelet» un nœud ou une boucle ; en un mot, quelque pièce dëtaçhëe de leur habillement ou de leur parure ; quelquefois un ouvrage tissu de leurs mains, dont le chevalier favorisé ornait le haut de son heaume ou de sa lance ^aim ëcu, sa cotte d^armes ou toute autre partie de son arattH» ou de son vêtement. Souvent, dans la cfaaleor 4e Paction, le sort des armes faisait passer ces gages précieux au pouvoir d'un ennemi vainqueur, ou divers accidens en o(5casionnaient la perte; dans ce cas, la dame en renvoyait d*autres à son chevalier pour le consoler et pour relever ^ùn courage : ainsi, elle Fanimait'à se venger et à conquérir à son tour les faveurs dont ses adversaires étaient parés , et dont il devait ensuite lui £ure une offrande. Ces feveurs étai^it un moyen que Ton avait imaginé pour mettre les spectateurs à même de distinguer chaque cavalier dans la fbule des combattans, et pour
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que les dames pussent reconn^tre celui qu'elles ne voulaient point perdre de vue, et dont la gloire devait rejaillir sur elles.
Chaque coup de lance ou d'épée extraordinaire ou singulier, tout avantage remarquable que remportait quelqu'un des tournoyans, ëtait célébré par les sons éclatans des ménestriers et par les cris des hérauts; mille cris perçans faisaient retentir à plusieurs reprises le nom du vainqueur ; -usage qui, dans notre langue, a donné lieu au mot renommée^ comme à celui de grido dans celle des Italiens, qui disent un cas^a-- Uere di gran grido ^ pour signifier un gentilhomme de grande réputation. Souvent aussi les hérauts ne désignaient les vainqueurs que par ces acclamations : Honneur aux fils des preux ! afin de les avertir que ce n^était qu'à la fin d'une vie illustre et sans tache que le titre de preux les attendait
A proportion des criées et huées qu'avaient excitées les hérauts et les ménestriers , ils étaient payés parles champions, dont les préaens étaient reçus avec d'autres cris; les mots largesse ou noblesse^ c'està-dire libéralité, se répétaient à chaque distribution nouvelle. Les débris qui tombaient dans la carrière , les éclats des armes, les paillettes d'or et d'argent dont était jonché le champ de bataille appartenaient encore aux hérauts et aux ménestriers.
Le tournoi fini, on s'occupait du soin de distribuer, avec toute l'équité et l'impartialité désirables, les prix qui avaient été proposés suivant les divers genres de force et d'adresse par lesquels les chevaliers se dis-
tinguaienty soit en rompant le plus grand nombre de lances, soit en faisant le plus beau coup de lance ou d^épée, soit en restant le plus long -temps à cheval sans être- démontes ni désarçonnes, soit aussi en tenant le plus long-temps de pied ferme dans la foule du tournoi , sans se dëheaumer et sans lever la visière pour prendre haleine ou se délasser.
Ces prix consistaient en pièces d'armures ou d'ornement plus ou moins précieuses, telles que casques, épées, baudriers, chaînes d'or et couronnes.
Un des tournois les plus brillans de TAllemagne , et un des plus remarquables par les prix qu'on y distribua, fut celui que donna à ISordhausen, en inôS , Henri, margrave de Misnie et landgrave de Thuringe. La lice représentait un jardin au milieu duquel se trouvait un arbre portant des feuilles dW et d'argent; ces feuilles étaient les prix des vaii]K{ueurs. Ceux qui rompaient une lance recevaient une feuille d'argent ; ceux qui désarçonnaient leur adversaire en recevaient une d'or.
Les officiers d'arpies, dont les regards avaient été continuellement fixés sur les combattans pour observer tout ce qui se passait, en faisaient le rapport devant les juges; on allait ensuite recueillir les voix, et lesprincessouverains ainsi que les anciens chevaliers se réunissaient a;ux juges nommés exprès, avant le tournoi, pour proclamer le nom du vainqueur. Souvent on a vu la question portée devant le tribunal des damies et des demoiselles, qui pour lors adjugeaient le prix comm^ souveraines du tournoi. Il arrivait aussi
que, lorsque ce prix n'ëtait point accordé au héros qu'elles en avaient jugé le plus digne y elles lui eii donnaient un autre, qui n'était guère moins glorieux que le premier.
Enfin , lorsque le prix avait été adjugé , les officiers d'armes allaient prendre , parmi le» dames ou les demoiselles , celle qui devait le porter et le présenter au vainqueur : celle-ci le lui donnait au son des fenfares et au milieu des apjdaudissemens des spcctateuris. Le vainqueur avait le droit d'embrasser et de faire danser celle d<mt il tenait le monument de la gloire qu'il venait d'acquérir.
Conduit ensuite dans le palais 9 il y était désarmé par les dames, qui le couvraient de superbes vétemens, et le menaient, aussitôt qu^l était remis de 9a fatigue, dans la salle de festin, où le prince l'attekidait, et le faisait asseoir à ses icAtés , tandis qu*il était servi par des dames. Le^ offieiert» d'armes inscrivaient au registre authentique soii nicun, qui était répété dans les poésies que les femmes s'empressaient de chanter, et qui se répandaient dans toute l'Europe.
Le festin terminé , la soirée était consacrée à des jeux qui ofiràient encore aux chevaliers de nouvelles occasions d'exet*€er leur adresse, leure^rit, leur imagination et leurs tâlens : ils jouaient aux éthecs et aux dames ; ils prêtaient l'cnreille aux éloges des chevaliers qui avisent paru dans lès jôûtels; avec le plus d'éclat, et aux témoignages d'estime et dé reconnaissance que les dames prodiguaietit à leurs serviteurs , lorsqu'ils s'étaient distingués dans l'action.
Quoique les inventeurs des tournois et de leurs lois eussent pris à tâche de ne liëgliger aucune précaution pour éviter les inconvëniens qui en pouvaient résulter, cependant, en rompant une lance ou en tombant de cheval , on risquait de se blesser. D^ailleurs , lorsque d^anciennes haines ou Tesprit de parti animaient les diampions, ces joutes, malgré toute la prévoyance des réglçmens, finissaient par la mort de plusieurs guerriers : c'est pomtpioi Ton jugea à propos d'obligei* ceux qui se faisaient faire ohevaliars, de prêter serment qulls ne fréquenteraient les tournois que pour y apprendre les exercices de la guerre.
Les funestes accidens qui arrivaient aux tournoie , accidens dont les histoires sont remplies et dont nous ne citerons qu^m seul exemple , celui du tourne» de Nuys , près de Cologne , où soixante tant chevaliers qu'écuyers perdirent la vie , en i ^4^ 9 '^ plupart suffoqués par la poussière, donnèrent lieu aux papes d'interdire ces jeux, sous les peines les plus sévères; Innocent II excommunia ceux qui y assistaient , et défendit d'inhumer suivant les rites deTEglise, ceux qui y périssaient. Weihmann , archevêque de Magdebourg, ne voulut point accorder la sépulture au (ils de Dietrich , margrave de Misnie , tué dans un tournoi en II 76, avant que son père n'eût promis solennellement de ne plus donner de semblables sp^tacles. Dès lors ces fêtes trouvèrent une forte opposition dans les papes et ime grande partie du clergé , quoiqu'elles eussent encore des partisans dans l'Eglise : beaucoup de chanoines ne s'abstinrent pas d'y assister ;
et Diether, archevêque de Mayence, prit même leur défense dans un écrit adressé au pape.
D'un autre côté, Tautorité ecclésiastique ne fut pas seule à s'élever contre Tusage des tournois ; le pouvoir civil crut aussi devoir y mettre des bornes. On commença par en dispenser les souverains et les princes de leur sang^ à cause de Timportance de leurs personnes. Du Tillet raconte que Philippe -Auguste fît jurer à ses deux fils qu'ils n'iraient en aucun tournoi sans son consentement. Pétrarque écrivant à Hugues, marquis de Ferrare, dit qu'il n'appartient qu*à de simples chevaliers de se trouver aux tournois, parce qu'ils n'ont pas d'autres occasions de donner des preuves de leur valeur et de leur adresse, et parce que leur mort est de peu de conséquence ; mais que les princes pouvant faire éclater leur courage en mille autres rencontres, et d'ailleurs leur vie étant précieuse à leurs peuples, ils devaient s'en abstenir.
Quelquefois les souverains n'interdisaient les tournois que pour un temps, parce qu'ils avaient euxmêmes besoin des services de leurs chevaliers ( i ).
Il est certain , soit qu'il faille l'attribuer à une de ces causes ou à la réunion de toutes, que le goût de ces exercices éprouva à diverses reprises quelques relâchemens passagers; mais la chevalerie, tant qu'elle exista, ranima toujours dans ses membres la passion
{i)Voyez, ci-après, les observations de VEdit C. L. sur les Tupineiz^
de ce divenissemenl. Philippe Mouskes, un de nos anciens poètes historiens , déclamait contre la négligence de son siècle pour les tournois et autres louables coutumes des temps antérieurs. Ces plaintes furent renouvelées sous Charles YII, en 144^9 par Fauteur du Journal de Paris : cependant, Charles VI avait eu pour les tournois une passion si vive , qu^elle lui avait attiré de graves reproches, dans le temps même où ces jeux étaient le plus en honneur. Contre Tusage ordinaire des princes et surtout des rois, il s*y mesurait avec les plus braves et les plus adroits jouteurs, sans examiner s^ils n'étaient point dWe naissance trop disproportionnée à son rang ; il compromettait sa dignité ; il exposait témérairement sa vie en se mêlant avec eux. Juscpie vers la fin de son règne, en 14^49 malgré Tétat déplorable de sa santé, ce prince ranimait les restes d'une vigueur presque éteinte pour se montrer encore les armes à la main. U voyait avec complaisance dans le duc de Guienne, son fils, un digne émule de son adresse et de son amour pour les exercices de la chevalerie.
Le funeste accident qui fit périr, en iSSq, Henri II de la main de Montgommery, au milieu de sa cour et sous les yeux d'une nation à laquelle il était cher, est la dernière atteinte portée à Fesprit et aux mœurs de Tancienne chevalerie. Le coup mortel que reçut ce prince éteignit dans le cœur des Français l'ardeur qu'ils avaient jusqu'alors témoignée pour les joutes et les tournois : on craignit de rappeler, à la vue de ces spectacles, l'idée d'un malheur qui avait jeté la France
dans la consternation , et sans doute aussi d*en causer d'autres semblables.
. Les tournois, dont l'influence était si puissante sur la destinée des chevaliers, ayant cessé presque entièrement, entraînèrent par leur chute celle de la chevalerie elle-même. La valeur française, toujours bouillante au sein même d'une cour voluptueuse, n'étant plus occupée hors des champs de bataille, ni retenue dans les bornes du devoir, par Içs sages lois de la chevalerie, dégénéra bientôt en une aveugle fureur, pour les duels. Les tournois de plaisance et les joutes de courtoisie se convertirent en nouveaux gagés de bataille, en combats à outrance, qui, joints aux guerres civiles, faillirent causer la destruction de la noblesse française.
Les tournois ne lurent pourtant pas absolument abolis h. la mort de Henri II : la rèine-mère, malgré le serment qu'elle avait frit en cette circonstance, permit des combats à la barrière i où Charles IX et son 'frère firent armes l'un contre l'autre en champ clos; les joutes se renouvelèrent encore sous les règnes suivans. Bientôt enfin ils cédèrent partout le pas aux carrousels, qui en offraient une image moins dan* gereuse et non moins divertissante, quoique très^affaiblie.
L'Allemagne , où les mœuils du moyen âge se sont perpétuées jusqu'au siècle dernier, eut encore, de temps à autre, des tournois en différentes, occasions solennelles. On en donna même un à Rudolfstadt en 1798; et quelques années après on en publia un
second, qui n^eut pas. lieu, mais dont le projel peut être regardé comme le premier effort de ces confédérations particulières, qui contribuèrent si puissamment à renverser la domination gigantesque dont l'Europe entière était alors menacée.
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