II. IO« LIV
chevalerie, avec leurs supports et cimiers, pour raison de (juoi la taxe d*iin marc dVgent leur est faite. Dans la dernière création des chevaliers du Saint- Esprit y qui fut faite à Fontainebleau le i4 mai i633, non seulement le hëraut de Tordre y assista, mais aussi Mont-Joye Saint-Denis, roi d'armes de France, et quatre de ses hérauts y furent employés en toutes les cérémonies.
Et anciennement, lorsque quelques seigneurs ou chevaliers desiraient de lever bannière , les rois ou les hérauts d'armes étaient premièrement commis pour vérifier si les requérans avaient suffisamment de quoi pour en supporter la dépense , et si dans leurs terres ils avaient assez de vassaux pour les accompagner en guerre et garder leur bannière ; car du moins ils devaient avoir de quoi entretenir à leurs dépens vingt-quatre gentilshommes bien montés et bien armés, avec chacun son sergent, lesquels, avec Tépëe et la jacque de maille , portaient la masse d'armes , Técu et la lance de leurs maîtres, à cause dé quoi ils ont depuis été appelés ëcuyers. Que si par surprise , ou autrement par vanité , quelqu'un s'était ingéré de demander à pouvoir lever bannière sans avoir moyen de fournir à toute cette dépense, chacun se moquait de lui , et on l'appelait par dérision le chevalier au drapeau carré. La cérémonie qui s'observait en telle rencontre était que les rois ou hérauts d'armes développaieiil le pennon du chevalier, et lui coupaient les deux bouts avec des ciseaux, et le rendaient carré en forme de bannière , laquelle ils repliaient jusqu'à ce
que le prince ou le général d'armée lui eût permis de la déplier et ficher à terre. Ainsi nous lisons dans Froissart, lorsqu'il parle de la bataille qui fiit donnée en Espagne par messire Bertrand duGuesclin, depuîii connétable de France y pour le roi Henri d^ Castilk contre le {Mrince de Galles 9 auquel devant la bataille se présenta un chevalier anglais nonuné messire Jean Chandos; « lequel a[^rta sa bannière entre ces ba- (( tailles, laquelle il n'auoit encore nullement boutée <( hors de Tost du prince , auquel il dit ainsi : Mon- « seigneur, veez-cy ma bannière ; ie la vous baille par (( telle manière qu'il vous plaise la deuelopper , et (( qu'auiourd'huy ie la puisse leuer, car Dieu mercy « i'ay bien dequoy, teiTe et héritage, pour tenir estât (( ainsi comme appartiendra à ce. Ainsi prit le prince (c et le roy dom Pierre qui là estoit la bannière entre (( leurs mains, qui estoit d'argent à vn pieu (c'était u vn pal) aiguisé de gueules , et la luy rendirent en « disans ainsi : Messire lean , veez cy vostre ban-* (( niere, I^u vous en laisse vostre prou faire. Lors H se partit messire lean Chandos, et rapporta entre (( ses gens sa bannière , et dit ainsi : Seigneurs, vees- « cy ma bannière et la vostre , si la gardes comme la « vostre. » Que A le chevalier ou le seigneur qui levait bannière était c«f>itaine de gens de cheval, il devait AUX officiers d'annes qui avaient assisté à la cérémonie tm miffc d'or ; et s'il n'était que capitaine 4e gens de (Hod, il leur devait un marc d'argent scmIc* ment.
Aux tournois, joutes, combats à ia barrière et au-
très ëbattemens guerriers, les rois et les hérauts d'armes donnaient tous les ordres nécessaires. Premièrement, c'étaient eux qu'on envoyait aux royaumes et aux provinces étrangères pour en faire les publications et convier tous nobles chevaliers et écuyers d'y venir pour acquérir de l'honneur ; après ils faisaient faire les lices, les barrières, les échafauds, les arcs de triomphe, et toutes autres choses nécessaires, suivant la volonté des rois , des princes ou des seigneurs qui en étaient les chefs et les entrepreneurs. Ce sont eux aussi qui doivent faire les cris, les proclamations et les défenses accoutumées ; qui expliquent les emprises, lesblasonset les livrées des chevaliers; qui appellent les combattans, tant les tenans que les assaillans; qui leur départent également le vent et le soleil, et qui, avec les juges du camp établis par le Roi, jugent des coups et tiennent des registres et des mémoires de tout ce qui se passe dans ces nobles pardons d'arniieSj et qui ensuite donnent leur avis pour résoudre à qui l'on doit adjuger le prix et l'honneur du tournoi. Aussi, anciennement, tout ce qui tombait à terre entre les lices durant le combat, appartenait aux officiers d'armes, comme les chevaux, les bardes, les chanfreins, les caparaçons, les lances, les écus, les casques, les cimiers, les harnais, les plumes et les plumars, excepté le livre et les reliques. Que si les chevaliers à qui telles choses appartenaient les voulaient racheter desdits officiers , ils étaient obligés de les satisfaire à leur volonté : et auparavant que de pouvoir être admis au nombre des combattans , il fal-
lait faire une légitime preuve de nom et d^armes ^ et faire voir ses blasons et ses devises aux juges et aux hérauts, qui, les ayant tous fait ranger dans le cloître d'une église, y conduisaient les dames et les demoiselles, afin que si, entre tous ces noms et écus, elles y rencontraient quelquW qui leur eût manqué de foi ou de parole, ou duquel autrement elles se pussent plaindre , alors , quand le fait était suffisamment vérifié, les rois et les hérauts d'armes renversaient son écu, et le rejetaient du nombre des combattans. Que si quelqu'un était reconnu n'être pas gentilhomme , et qu'il eût faussement usurpé un nom et des armes pour être reçu au tournoi, alors ces oflîciers d'armes le dépouillaient honteusement de sa cotte d'armes, de son casque et de son écu, et lui faisaient chevaucher la barrière ou les lices du champ, où tout le monde se moquait de lui , pendant que les autres vrais gentilshommes recevaient des acclamations et des louanges de tous ceux qui les regardaient combattre : ce que je décrirai plus amplement au recueil que je fais des Tournois des anciens, lequel nous donnerons au public dans peu de temps.
Aux combats à outrance , qui se faisaient par permission du Roi, du connétable ou des maréchaux de France, ou même des parlemens ou autres juges compétens, les rois et les hérauts d^armes faisaient les cris et les proclamations, tant pour appeler l'appelant comme le défendant, conune aussi pour défendre à tous ceux qui les regardaient de ne faire aucun signe ni de la voix ni de la main qui pût aider ou nuire
aux combattans ^ ni aucun bruit ou dëaordre qui pàt fâcher le Roi et ceux qui regardaient le combat; à propos de quoi j^ai trouve, dans le Roman de Raoul de Cambrai, des vieux vers que le curieux prendra plaisir de lire :
Car çil Héraut, à la cherc membrée.
Tient en sa main vne verge pelée, Il s'escria à moult haute halenëe :
Ojrez Barons, France gent honorée, Quelle parole (i) ly Boys vous a mandée, Ny il celuy , si céans fait meslée , Qui ains le vespre n'ait la teste tranchée.
J^ai lu ailleurs que les cris et les proclamations se faisaient en telle rencontre aux peines , si c'était un gentilhonune , de perdre son cheval , et aux roturiers d'avoir l'oreille coapée ; ce qui était une coutume pratiquée anciennement par les Grecs et par les Romains en pareil cas. Les rois et les hérauts assistaient aussi au serment que les champions étaient oblige de Ëdre par trois fois , sur le crucifix et sur les saints Evangiles , auparavant que de se battre ; et s'il était question de les séparer et de les accorder par le conunandement du Roi , qui prenait sur soi leur querelle et ne voulait pas perdre deux si vaillans hommes , alors 1^ hérauts mettaient leurs verges ou caducées entre
(0 Le Roi en pluriel. (^Note de Vauteuri)
deux y et faisaient retirer les combattans chacun dans son pavillon ; de même que les poètes feignant que Mercure , qui ëtait le héraut des dieux , fit pour ac* corder deux serpens qui se battaient , lesquels depuis ce temps- là ont été représentés entortillés à Tentour de son caducée , lequel pour cette raison est toujours pris pour le symbole de paix et d'accord. Que si le combat s'achevait en sorte qu*il y en eût un vaincu , les officiers d'armes accompagnaient le victorieux avec grand honneur jusqu'à son legb ou jusqu'à l'élise principale de la viUe où le combat avait été fait ; où il allait rendre grâces à Dieu de sa victoire, et appendre ses armes en quelque lieu éminent , pour servir de signe et de mémorial à la postérité de l'heureux succès que Dieu avait donné à son bras et à ses armes, combattant pour une bonne et juste cause. Ainsi Jarnac, après avoir vaincu la Châtaigneraie l'an 1 547 en combat singulier, en prince du roi Henri II et de toute la cour, à Saint-Germain-en-Laye, fiit conduit par les hérauts , et par un grand ncnnbre de ses amis, à l'^Use de Notre-Dame de Paris, oùj ayant rendu grâces h Dieu, il fit apendre pour trophée ses armes. E\ tout au contraire , lorsque le combat se Élisait pour quelque trahison, fdi mentie ou crime de lèse-majesté, les hérauts dépouillaient honteusement le vaincu, rompaient sa cotte d'armes en mille pièces , qu'ils semaient partout le champ , et faisaient trainer son corps par les boues en grand opprobre , et puis le faisaient jeter sur une claie noire ou sur une civière, et le conduisaient ainsi au supplice, s^il
était en vie , ou bien à la voirie ou aux fourches patibulaires , s*il était mort : et outre cette ignominie, Ton pendait à un pilori trois jours de suite Técu de ses armes ; et après Tavoir fait traîner à la queue d*un cheval, Ton le brisait en pièces à coups de marteau devant tout le monde y et on déclarait ignobles et roturiers tous ses descendans; et toute sa dépouille, comme cheval, armes et harnais , appartenait aux officiers d'armes, auxquels aussi lé victorieux était obligé de faire des présens et des largesses.
Ce sont à peu près les plus importans emplois où nos officiers d'armes étaient occupés près de la personne de nos rois et ailleurs ; mais celui qui les a toujours rendu plus considérables à la noblesse , c'est ce privilège particulier qu'ils ont de composer et dresser des armoiries aux nouveaux annoblis , et leur donner ce caractère de vertu et d'honneur, et généralement d'avoir droit de dresser les généalogies et preuves de noblesse , de régler et corriger tous les abus qui se commettent pour ce sujet. C'est pourquoi tous les différends qui survenaient jadis entre les nobles pour la conformité de leurs armes , ou pour l'antiquité et prééniinence de leur race , leur étaient léservés pour en être les juges et les arbitres ; pour preuve de quoi nous alléguerons ce que dit Schoyer en son livre de l'Etat et compartement des armes , attestant d'avoir vu un jugement de l'an i53i, donné par trois hérauts , à savoir, Champagne , Bretagne et Dauphinë , sur le différend qui était entre les seigneurs de Cunchy, au pays d'Artois, concernant letu*s pleines ar-
mes. Carondâs y en son premier livre des Pandectes , fait mention d*un arrêt donné sur le même sujet par le Parlement de Paris y qui ordonna que les hérauts seraient ouïs, comme s*agissant d'une affaire de leur connaissance; teUement quMl ne faut point douter que ceux qui obtiennent des armoiries ou qui chan gent les leurs , ou y ajoutent quelque nouvelle pièce honorable par concession du prince pour quelque sujet important, ou bien qui prennent des cimiers, des supports ou des casques autres que leurs prédécesseurs n'avaient portés , ils ne le peuvent faire que par Tavis et consentement des officiers d'armes, desquels jils doivent subir le jugement pour être véritablement et sans contredit réputés gentilshommes de nom et d'armes. A ce propos, nous lisons dans Froissart que le sire d' Albret ayant obtenu privilège du roi Charles VI d'écarteler les armes de France avec les siennes (qui étaient de gueules tout simplement) , il fit de grands dons aux hérauts qui les lui apportèrent et blasonnè-^ rent de la sorte.
Or, parce que ce n'est pas une chose si facile que de composer des nouvelles armes aux annoblis, et qu'il y en a peu , au siècle où nous sommes, qui soient capables de cela, les rois et les hérauts d'armes doivent prendre garde aux belles actions qui sont énon-^ cées dans les lettres du nouveau annobli, et lui donner des armes qui aient du rapport et de la convenance avec ce qu'il aura fait de plus remarquable pour le service de son prince ou de sa patrie, parce que le blason n'est aulre chose qu'un symbole rac-
courci et un hiéroglyphique qui dé^gne les faits d'armes et autres actions vertueuses de ceux qui ont mérité de les porter et de les transmettre à leurs descendans , qui sont excités par cette figure mystique de les imiter et de se rendre aussi dignes héritiers de leurs vertus qu'ils le sont de leurs illustres blasons; étant certains que cette marque d'honneur ne se doit donner qu'avec grande connaissance de cause, et selon le mérite des personnes, auquel celte sorte de récompense est proportionnée; et que ce n'est pas sans sujet que l'on donne à l'un un aigle tout entier, et à l'autre seulement une partie , conmie la téta, les serres ou le vol ; qu'à celui-ci l'on ne donne qu'un lion naissant, et à l'autre un tout entier. Ainsi à on guerrier fort et généreux qui aura fait des merveilles de sa personne dans un combat, dans une bataille, ou dans mi assaut , l'on donnera im lion ou un léopard ; et à im autre qui aura servi son prince dans des négociations importantes ou dans des ambassades, ou même dans l'administration de la jusUce, Ton ne donnera qu'un renard , parce que le premier à qui Ton donne un lion ou un léopard est représenté par ces animaux , qui sont le symbole de force et de courage ; et Tautre est signifié par un renard , qui dénote l'esprit et la prudence. Bref, il faut que le jugement opère en ce choix , et que tout soit proportionné avec prudence et raison. Il faut aussi qu'un héraut prenne bien garde de ne donner des armes à un qvû sera nouvellement annobli , qui soient semblables à celles de quelque famille ancienne , afin que cela n^apporle des
querelles et des jalousies entre les nobles , qui ne doivent rien usurper les uns sur les autres. Particulièrement aussi ils doivent bien avoir soin de ne composer des nouvelles armes, des figures ou pièces qui appartiennent aux souverains; comme en France personne ne peut ni ne doit jn^ndre des fleurs de lis sans ime particulière concession du Roi , en Espagne des lions et des tours, en Angleterre des léopards, et en Allemagne des aigles ; car ce sont pièces qui composent les armes des souverains , que leurs sujets ne peuvent prendre sans en avoir une particulière permission et privilège. Il faut aussi que les hérauts sachent bien les places principales de Tëcu d^armes, afin que les pièces quHls y poseront soient ordonnées avec une égale symétrie et une proportion bien or* donnée ; qu'ils sachent la nature et le sens mystique des métaux et des couleturs, et de toutes les pièces qui peuvent être posées dessus ; quHls les appliquent bien à propos pour éviter les faussetés qui se rencontre-
^ raient , s'ils ne savaient pas les règles de Tart héraldique : bref, il hut qu'ils soient universellement doc-
' tes, et, pour dire en un mot, autres que ne sont la plupart de ceux qui possèdent aujourd'hui ces charges. Que si c'est du gibier des hérauts de donner des armes à ceux qui, pour leur vertu, sont récompensés du titre de noblesse, c'est aussi de leur office de les ôter à ceux qui en sont dégradés par levur lâcheté , trahison ou autres tels vices contraires à la noblesse,. qui doit être pure, sans tache et sans reproche. La cérémonie que les anciens observaient en ces owîa-
siohs mërite d*étre décrite , après quoi nous finirons ce Tlraitë , puisque la dégradation est le dernier point duquel on doit parler en cette matière.
Premièrement, on assemblait vingt ou trente anciens chevaliers sans reproche , devant lesquels le gentilhomme ou chevalier traître était accusé de trahison et foi mentie par un roi ou héraut d^armes, qui déclarait le fait tout au long, et nommait ses témoinis les tenans et aboutissans. L'accusé était, par lesdits chevaliers ou anciens nobles, condamnera la mort, et qu'auparavant icelle il serait dégradé de rhonneur de chevalerie , et ses armes renversées et brisées.
Pour Texécution de ce jugement étaient dressés deux théâtres ou échafauds , sur Tun desquels étaient assis les nobles et chevaliers juges , assistés des rois , hérauts et poursuivans d'armes, avec leurs cottes d -armes et émaux. Sur l'autre était le chevalier condamné, armé de toutes pièces, et son écu blasonné et peint de ses armes planté sur un pal devant lui, ren* versé et la pointe en haut. D'un côté et d'autre, à l'entour du chevalier, étaient assis douze prêtres revêtus de leurs surplis, et le chevalier était tourné du' côté de ses juges. Eh cet état, lesdits [»rétres commençaient les vigiles des morts, depuis Dilexi jusqu'à Miserere j et les chantaient à haute voix après que les hérauts avaient publié la sentence des juges. A la fin de chacun psaume , les prêtres faisaient une pause , durant laquelle les officiers d'armes dépotdllaient le condamné de quelque pièce de ses armes, commençant par le haume, continuant jusqu'à ce
qu^ils eussent parachevé de le d&armer pièce à pièce ; et à mesure qu'ils en étaient quelqu'une^ les hérauts criaient à haute voix : Cecy est le bassinet du traistre cheiiàUerl et faisaient et disaient tout de même du collier ou chaîne d'or, de la cotte d'armes , des gantelets, du haudrier, de la ceinture, de l'épée, des éperons, href de toutes les pièces de son hamois, et finalement de l'écu de ses armes , qu'ils hrisaient en trois pièces avçc un marteau. Après le dernier psaume , les prêtres se levaient et chantaient sur la tête du pauvre chevalier le 109* psaume de David, Deus laudem meam ne tacueris, auquel sont contenues les imprécations et malédictions fulminées contre le traître et détestable Judas et ses semblables.
Et comme anciennement ceux qui devaient être reçus chevaliers devaient, le soir auparavant, entrer dans un bain et être lavés pour être plus nets, passer la nuit eniière en prières dans l'église , et se préparer d'âme et de corps à recevoir l'honneur de chevalerie, ainsi, le psaume des malédictions étant parachevé , un poursuivant d'armes tenait un. bassin doré plein d'eau chaude; et le roi ou héraut d'armes demandait par trois fois le nom du chevalier dépouillé, que le poursuivant nommait par son nom , surnom et seigneurie ; auquel le roi ou héraut d'armes répondait qu'il se trompait, et que celui qu'il venait de nommer était un traître , déloyal et foi mentie ; et pour montrer au peuple qu'il disait la vérité , il demandait tout haut l'opinion des juges; le plus ancien desquels répondait à haute voix que, par sentence des
chevaliers présens, il éuil ordonné que ce déloyal que le poursuivant venait de nommer était indigne du titre de noble et de chevalier, et, pour ses forfaits , dégradé de noblesse et condanmé à la mort.
Ce qu'ayant prononcé, le roi d'armes renversait sur la tête du condanmé ce plein bassin d'eau chaude; après quoi les chevaliers juges descendaient de Téchafaud , et se revêtaient de robes et chaperons de deuil et s'en allaient à l'église. Le dégradé était aussi descendu de son échafaud, non par le degré, mais par une corde qui était attachée sous ses aisselles, et puis on le mettait sur une civière et on le couvrait d'un drap mortuaire , et était ainsi porté à l'église, les prêtres chantant dessus lui vigiles et les oremus poui* les trépassés; ce qui étant parachevé, le d^^dé était livré au juge royal et à l'exécuteur de la haute justice , qui l'exécutait à mort , suivant ce qui avait été ordonné : que si le Roi lui donnait grâce de la vie , on le bannissait à perpétuité , ou pour un certain temps , hors du royaume.
Après cette exécution , les rois et hérauts d'armes déclaraient les enfans et descendans du dégradé ignobles et roturiers, indignes de porter armes et de se trouver et parsdtre es joutes, tournois, armées, cours et assemblées du Roi , des princes, seigneurs et genûlshommes, sur peine d'être dépouillés nus et être battus de verges , conune vilains et infâmes qu'ils étaient.
Toutes lesquelles cérémonies furent pratiquées au temps du roi François I" contre le capitaine Frangei, vieux gentilhomme qui , ayant été établi gouverneur
de Fontarabie par le maréchal de Chabanes , et honore par le Roi de la charge de capitaine de cinquante hommes d'armes pour la garde de cette place importante, très-bien munie de gens et de vivres et de toutes choses nécessaires à soutenir un long siëge, la rendit au connétable de Castille sans avoir soutenu aucun assaut ni fait aucune résistance , par une lâche et honteuse capitulation ; de laquelle s'étaiit voulu venir excuser à Lyon, où le Roi était, n'ayant pu justifier son dire , au contraire , étant convaincu de trahison , il fut sur Téchafaud désarmé de toutes pièces , son écu portant ses armes cassé et brisé en pièces par les hérauts d'armes , baptisé du nom de traître et de perfide , et jeté du haut de Téchafaud , la vie sauve à cause de sa vieillesse, mais dégradé de noblesse, déclaré roturier lui et tous ses descendans , taillables et incapables de porter les armes.
Cette coutume était très -bonne et très - excellente pour porter tout le monde à bien faire ; car si les vertueux font de belles actions par Tafiection qu'ils ont à acquérir de la gloire et de l'honneur, les méchans en font aussi quelquefois , appréhendant les supplices et infamies qu'on inflige à ceux qui sont convaincus de telles perfidies qui ne doivent jamais entrer dans un noble cœur, qui doit plul6t souffrir mille fois la mort que la perte de son honneur et de sa qualité.
Le serment qu'on faisait faire anciennement au Roi d'armes de France nommé Mont-Joye Saint- Denis.
(Extrait d*an vieux Hëraat.)
Quand le Roi a conclu et par son conseil délibéré de faire son principal roi d'armes, nommé Mord- Joye, il dit à son connétable qu^il assemble son conseil , comme éiant chef des armes , ou autrement à son premier maréchal, où seront pour celle cause plusieurs princes, seigneurs, barons et gens d'Etat, qu'ils nonuneront, sur le serment qu'ils ont «au Roi, celui qui mieux et suffisant leur sentiblera. C'est à savoir tout premier noble , vaillant chevalier ou écuyer sans reproche de son corps , qui ait exercité les armes et fait long-temps voyages, et qu'il soit sage et ancien en sorte qu'il ne puisse plus porter les armes ; sachant bien lire et écrire , à cause des ambassades et charges secrètes qu'on lui pourrait donner.
Et quand il est élu, le connétable le fera à lui venir; et s'il n'est présent, on lui fera tantôt écrire. Lors lui dira la nouvelle de son élection , et saura de lui s'il voudra ou pourra exercer et servir loyalement ainsi qu'il appartient honnêtement et diligemment à son pouvoir ; et s'il l'accorde , on le fera venir devant Je Roi et son conseil j et lors le Roi lui dira ou fera dire par son connétable ou premier maréchal, que pour les vaillances , honneurs et autres biens qui sont en lui, le Roi l'a élu en l'office de son premier roi d armes des Français; et lors ledit chevalier ou écuyer
Yen remerciera. Ensuite de quoi lui sera donne jour préfixe et terme de aucune solennelle feste la plus prochaine qui viendra se autres grands affaires ne anticipoient cedit jour auquel il se trouvera.
Et quand celui jour sera venu, ledit esleu ce matin s'en ira en une chambre en Thostel du Roi , et là seront les valets de chambre qui le vestiront de tous les habits royaux, comme la personne du Roi propre, qui seront d'escarlate, et tous fourrés de menu vair que le Roi lui donnera.
Et quand le Roi sera presque prest pour aller à la grand'messe, lors viendra le conneslable comme chef des armes , et les mareschaux aussi accompagnés de plusieurs chevaliers, escuyers, capitaines de guerre et autres, le mieux qu'on pourra trouver, pour accompagner l'esleu à •la grand'messe où chapelle , la où le Roi voudra ouïr le saint service de Dieu celuy jour.
Alors se partiront premier deux à deux tous poursuivans, puis les hérauts, puis les rois d'armes des marches, puis des autres princes sujets; et puis ceux du Roi tous les derniers-, selon l'ordonnance de leurs anciennes et nobles marches , et des hérauts les premiers créés. Et se aucun roi d'armes ou héraut d'autre roi ou prince estranger y estoit, on le mettroit au rang des rois d'armes ou hérauts du Roi , en leur disant que c'est chose pour l'honneur de leur seigneur.
Après tous ces officiers d'armes, se l'esleu n'est chevalier, il viendra un chevalier tout seul qui portera
une espée de chevalier en son fourreau, la croix con* IL 10* Liv. aH
tre-mont, de laquelle il sera fait chevalier ; et se il est chevalier, il n^en faut point porter.
Après ces officiers d^armes et chevaliers , pour la dignité et excellence des armes du Roi , viendra un autre chevalier qui dessus une lance croisée , en façon d'un gonfanon, portera sa tunicle ou cotte d'armes du Roi, en laquelle sera fichée en la poitrine une couronne d'or, et chargée de fines pierres précieuses , où sera seulement esmaillé le blazon du Roi , et sera tenu de jamais en porter nul de quelque seigneui* que ce soit.
Après viendra un autre chevalier qui en ses mains portera la couronne telle, et à l'honneur du Roi, que son bon plaisir sera.
Après celui-là viendra le connestahle, se il y est, qui tiendra l'esleu à sa dextre main; et se il n'y est, il sera mené entre les deux premiers mareschaux.
Après le connestahle ou mareschaux et l'esleu viendront les autres seigneurs et capitaines de guerre, chevaliers ou escuyers, qui pour l'honneur sont là venus , comme dit est.
Après cette ordonnance , ledit esleu sera mené en l'esglise ou chapelle où le Roy voudra le service d'icelui jour ouïr ; el là, vis-à-vis du grand autel ^ plus bas que l'oratoire du Roi, sera dessus une chayere mis le tapis velu couvert moult honorablement, en laquelle ledit esleu sera assis, et à ses deux lez les deux ou trois chevaliers qui porté auront la couronne, la cotte d'armes et l'espée , se il n'est chevaher, tant que le Roi soit venu.
Et quand le Roi est arrive, l'esleu se lèvera de sa chayere, en laquelle le Roi se assiéra. Alors le connestable ou premier mareschal prend l'esleu , et , estant à genoux, dit au Roi : « Mon très-excellent prince et souverain seigneur, vecy messire tel, ou tel s'il n'est chevalier, vostre esleu, qui est ici venu qui se présente pour vous obëir. » Et l'esleu dit après : « Nostre souverain seigneur, il est ainsi. » Après ce, le connestable ou le mareschal se lève sur pied, auquel il dit qu'il die ce qui lui a dit.
Après il lui dit : u Messire tel , ou simplement tel s'il n'est chevalier, le Roi nostre sirej^ qui ci est, m'a commandé vous dire que pour la prud'hommie , honneur, vaillance et autres biens qui sont en vous, il vous a esleu pour son roi d'armes , vous nommant de son très-noble et victorieux cri d'armes et de messeigneurs de son sang, qui est Mont-Joye Saint-Denis j auquel seigneur présentement, comme vrai chrestien, jurez et promettez sur Dieu et les saintes Evangile^ écrites ci-dessus en ce messel, » sur leqjiel à genoux il tiendra ses deux mains :
(( Et premièrement , que surtout vous servirez le Roi de tout vostre pouvoir et savoir, et loyalement lui garderez en tous lieux son honneur et son bien là où vous serez, et de messeigneurs ses enfans, se il en a , et lui révélerez son contraire se le savez, ou à ses offî-r ciers à qui il appartiendra, le plus tost que pourrez, se autrement par vous n'y est pourveu ; laquelle chose ja pour ce que dit est ne changerez ne retiendrez, comme le très-honneste et honorable office le requiert ;
car celui à qui cet office appartient est et doit, par tous les princes chrestiens, estre faiie cette ordonnance en Yostre office de roi d'armes des François , dit Mont- Joye , et de tous autres rois d'armes des marches et hérauts et aussi poursuiyans d'empires , de royaumes et de seigneuries chrestiens, comme aux personnes publiques, que vous ferez et les autres font, se faussement ils ne se parjurent de ce qui s'ensuit.
«'C'est à savoir que vous ne direz ne révélerez les choses secrettes que vous pourrez ouïr ou présenter au conseil du Roi, ou autre seigneur qui se fiera en vous , sans commandement et ordonnance de celui ou ceux à qui il sera commis à le vous dire ou charger ; et ce par nulle voie directe qu'il soit dit ou su.
(( Itenij que vous ne révélerez en nulle façon que ce soit emprises secrettes d'armes d'amis à ennemis, et d'ennemis à amis chrestiens , quant au regard de vostre office de personne publique , quand ils se fieront en vous , si par eux n'en estes commis.
(( Itenij que toutes charges d'ambassades , de rapports et de commissions qui vous seront, par le Roi ou ses conseillers, enchargées, dites et commises loyalement et diligemment à vostre loyal pouvoir, vous le direz et ferez, et vous en acquitterez , soit de la part des amis ou des ennemis, de quoi vous en prenez la charge totalement.
<( Itenij que pour amour ne pour haine , pour don ne pour promesse , ne en faveur de nully, ne blasmerez ne amendrirez l'honneur de nul quel qu^il soit
pour le donner, estre porté ne accroistre à nul autre, ne aussi en fait d'armes blasmerez nuUy se il ne vous est conunandë par le Roi ou par ceux à qui il appartiendra, ou à son commis, se il ne Ta par trop dëshonnestement desservi.
(( Itenij que par vous ne sera fait rapport , ne à vos • tre pouvoir souffrirez qu'il soit fait nul poursuivant , se il n'est premièrement noble homme, habile, sain et entier des choses esvidentes de son corps, et sachant lire et escrire nécessairement, et autrement non, et non point par nécessité.
(( Item^ par la requeste de nul quel que il soit ne sera fait par vous rapport à quelque seigneur ne autre, que son poursuivant soit fait héraut , se il n'est noble , sage , habile , honneste et suffisant pour ce faire et servir l'office d'armes à honneur ; c'est à savoir qu'il ait suivi les frontières dans les faits d'armes à la guerre en ce royaume, se elle y est, ou autres seigneurs en leurs guerres ou voyages, desquels il doit porter tesmoignage et enseignement comme il soit ainsi, et ce par l'espace de sept ans, se il n'a dispense de son prince d'un an sans plus.
Itentj que par vous ne sera fait rapport ne pétition de quelconque qu'il soit , de tesmoigner que un héraut portant vice deshonneste sur lui soit digne et suffisant d'estre roi d^armes de aucunes marches ; et se son prince le veut faire, vous vous en deschargerez paisiblement devers lui.
ItenijSe vous savez certainement que aucun roi d'armes, héraut ou poursuivant, eust failli en son bon-
neur (ce que Dieu ne veuille) par aucun vice détestable conire les commandemens de sainte Eglise , vous le direz au Roi ou au connestable, ou à son conseil; ce sera le plaisir du Roi.
Item, se certainement vous savez q\ie aucun héraut, roi d^armes ou poursuivant, quelque notable qu'il soit, continuast dans son vice, seront par vous repris, et leur deffendrez cette déshonneste vie; en laquelle , se il continue , vous le direz à son seigneur et maistre, afin qu'il lui defîende de ce jour en avant de plus porter son blazon ne d'autres , et qu'il le rende courtoisement, ou autrement vous le lui ferez honteusement arracher de sa poitrine. Et semblablement le ferez d'un roi d'armes ou d'un héraut, après que le Roi ou le connestable , ou le mareschal , en auraient eu la connaissance.
Item, que de tout vostre sens et pouvoir exaucerez l'honneur et les prouesses, sans rien celer, de tous les bons et vaillans hommes , soit par journées ou autrement, quels qu'ils soient, riches ou pauvres.
Item, aussi vous garderez l'honneur de toutes dames etdamoiselles, riches ou pauvres, quelles qu'elles soient , espécialement sans certains reproches ; et se par aucuns vous les oyez blasmer , vous les reprendrez honnestement et les ferez taire, ou autrement, monstrant que telles choses mal dites vous desplaisent , vous en départirez.
Item,, et que de tout votre pouvoir vous aiderez , conseillerez et jemployerez aux joustes et raisonnables querelles que certainement vous saurez en la faveur
desdites dames et damoisellessans nuls ëvidens reprovicheSy et de tous les enfans orphelins.
Iterrij le bon plaisir du Roi sera que vous alliez par toutes les provinces de ce royaume > ainsi qu'on vous le donnera par escrit, en la compagnie de cinq nobles rois d'armes ou hérauts , avec la commission du Roi par les lettres patentes à tous les princes, comtes, vicomtes, barons, bannerets, baschcliers ou autres nobles hommes tenant dignités ou autres fiefs nobles quels qu'ils soient, desquels par leurs dociles instrumens et prévileges seulement pour savoir la noblesse de son royaume , et lesquelles sont les plus anciennes ; et de ceux faire un extraict à la façon d'un livre à part soi, de chascune Marche, où seront leurs noms et surnoms, leurs cris et leurs armes, blazons et timbres naturels.
Itenij que depuis ce, de trois ans en trois ans une fois, vous acquitterez de faire assembler tous les rois d^armes et hérauts de ce royaume en un lieu par le connestable à ce ordonné. Et avec ce devez avoir en escrit la- connaissance de tous les nobles, chascun de sa Marche, tant princes que seigneurs et autres pour lors vivans , et comme dit est leurs noms , blazons , timbres et nobles fiefs , tant de par eux que de par leurs femmes , afin que le Roi soit souvent informé de la noblesse de son royaume.
Itentj s'il se faisoit aucime infasme ou déshonneste coustume au préjudice de l'honneur de chevalerie ou d'escuyerie et de noblesse , en aucunes Marches ou Estours es cours des seigneurs de ce royaume dont la
cognoissance venist à vous, alors le direz au Roi j ou se il lui plaist, à son connestable , là où il sera promptement assigné.
Itenij derechief toutes ces choses que j*ai dites vous jurez et promettez par la foi de bon chreslien , et sur la foi que vous devez au Roi , les tenir et entretenir, et à votre loyal devoir ou pouvoir accomplir, sans les enfreindre le moins que vous pourrez.
Comment on doit couronner Messire Mont-Joye, le roi d^ armes des François
Alors, lui estant à genoux, les sermens faits, le connestable le despouille de son royal manteau ; puis le chevalier qui apporte Tespée baise la croix en la baillant au connestable, qui la trait, et en la baisant la baille au Roi, qui en fait son esleu chevalier, puis la rend au connestable qui la lui ceint.
Lors l'autre chevaherqui apporte la cotte d'armes la baille au connestable, qui la baille au Roi, qui, en la vestant audit esleu, dit : (c Messire tel, par cette coste et blazon couronné de nos armes , nous te establissons perpétuellement en l'office de nostre roi d'armes. » (Et ce disant, lui accroche en la poitrine ledit blazon esmaillé des armes de France. )
Et ces paroles dites, le chevalier viendra qui porté aura la couronne , et la baillera au connestable , qui en la baisant la baillera au Roi , lequel la prendra à (»es deux mains, et, la asséant sur le chief de son roi
d^armes , doit dire : (( Nostre roy d'armes , par cesie couronne nous te nommerons par nostre nom Mont" Joyej qui est nostre cry d'armes , au nom de Dieu , de Nostre-Damesa benoiste mère, et de monseigneur sainct Denys nostre patron ; » et en disant ces paroles , il lui assiet la couronne. Et alors tous les rois d'armes, hérauts et poursuivans, ayant leurs cottes d'armes , crieront par trois fois : Mont-Joye Saint-Denis au très-excellent et noble roi de France ! Et ce fait, le Roi entre en son oratoire pour ouïr le service ; et ladite chaire, tout ainsi qu'elle est, sera portée à l'autre lez vis-à-vis de l'oratoire du Roi , en laquelle messire Mont-Joye, tant que le service durera, sera assis.
Alors le connestahle lui fait tourner son manteau royal durant tout le service, estendu en la façon d'un dossier entre le mur et lui par deux ou trois rois d'armes ou hérauts , qui pour l'ennui de fois à autre seront changés; et quand le service sera fait, l'un des rois d'armes prendra son manteau, et l'emportera dessus son bras jusqu'au logis, que messire Moni- Joye se despouillera de tous ses habits royaux.
Alors le Roi repart après le service pour, aller disner, et messire Mont-Joye le suit, qui est conduit de plusieurs seigneurs. Et quand le Roi est assis à table, on fait au haut front de la seconde table asseoir Mont- Joye , qui est servi de deux escuyers de coupe dorée descouverte, et à pan soi : et puis ceux qui sont ordonnés pour cette fois, et tel pourroit-il estre que pour la dignité de la couronne et pour les biens qui seroient
en lui pour cette fois, il seroit assis au bas bout de la table du Roi, comme furent messire Robert Dauphin, <{uand le roi Dagobert le fit son roi d'armes , et ainsi fit le roi Philippe -le -Conquérant à son roi d^armes François de Roussy ; mais des autres je n'en trouve plus. Et quand la table est desservie, le Roi lui fait présenter la coupe dorée couverte où ledit messire Mont- Joye aura heu , et fera mettre dedans en or ou en monnoye ce qu'il lui plaira ; après seront prises les espices et yin de congié. Avant que le Roi se retire , messire Mont-Joye lui viendra , à genoux très-hiimblement, le remercier; et en ce faisant, il tiendra par la main aucun noble et honorable roi d'armes ou héraut , disant au Roi :
(c Sire , par le serment que ie vous doy et aux armes, voicy tel roi d'armes ou héraut qui a très grande et bonne renommée de preud'homme, sage et suffisant , lequel je vous présente pour mon mareschal d'armes et lieutenant. » Et lors il office au Roi une vergettedebois pelé, que le Roi prend et la baille au roi d'armes ou héraut, lui disant telles paroles: (( Par caste verge , nous te consentons estre mareschal d'armes et lieutenant de Mont-Joye nostre roi d'armes des François; » et ces paroles dites, le Roi repart.
Alors messire Mont-Joye couronné, et la cotte d'armes dessus l'habit royal, après ce qu'il a disné, se part en la compagnie de deux mareschaux et de ceux qui, pour l'honneur du Roi, le vont accompagner à son hostel, le roi d'armes, hérauts et plusieurs, ainsi que dit est par ordonnance.
Audespouiller de sa couronne, de sa cotte d'armes et de ses habits royaux , viendra un des valets de chambre du Roi , qui lui apportera une robe et une couronne de chevalier que le Roi lui donne, en laquelle se fichera la couronne du blazon en sa poitrine , qu'il portera et sera tenu de porter à jamais ; ne doit nul autre blazon porter que du Roi.
Cy après s'ensuit ce que ledit roi d'armes est tenu
défaire en son office.
Le jour passe ledit messire Mont-Joye, pour s'acquitter, ira de seigneur en seigneur en leurs hostels, les remercier des honneurs qu'ils lui auront faits , soi recommandant à eux accompagné de plusieurs hërauts, les suppliant que l'office d'armes leur soit pour recommandé.
Ledit Mont- Joye tiendra en tous honneurs son lieu de chevalier comme par-devant il estoit, à présent est, excepté aux solemnellès et royales festes que le Roi tiendra estât royal, couronné pu non. Premièrement, tous les poursuivans, puis tous les hérauts, puis les irpis d'armes deux à deux , et messire Mont- Joye tout seul et le dernier en habit royal, couronné se le Roi l'est, se ils ne sont ordonnés sur l'eschafaud , ils iront devant les maistres d'hostel au partir du dressoir. Et quand les mets seront mis dessus la table , messire Mont -Joye ira s'asseoir au haut firent de sa table, qui sera vis-à-vis du Roi j et là sera servi d'un
cscuyer à part soi , et près de lui sera le plus ancien roi d^arihes de la Marche qui y sera, et une place vide entre deux ; et puis les autres rois d'armes selon leurs anciennetez de noblesse de leurs Marches; et puis les hérauts, ainsi qu'ils seront premiers créés, et les poursuivans à l'autre table derrière eux.
Itenij le Roi , à cause de son office , le logera près de lui , et sera tenu de lui donner pension pour chascun an telle et si bien assignée, que il pourra bien et honnestement tenir son estât de chevalier et de roi
d'armes toute sa vie.
Itemj le Roi sera tenu de lui donner tous les ans sa robe de livrée, telle que il la portera le jour de Noël.
Item^ le Roi lui payera ses despens toutes, les fois qu'il Tenvoyera en ambassades et commissions.
Itenij la couronne dont il sera couronné, et l'autre du blazon, seront siennes pour servir à prier pour son âme à la fin de ses jours.
Item, à cause de son office, aura lettres-patentes du Roi adressant à tous les seigneurs, capitaines de gens d'armes et de trait , de bonnes villes et chasteaux, gardes de ponts , de ports et de passages , et à tous autres officiers , pour lui faire ouverture de jour tl denuict, lui donner guides condignes et toutes autres choses nécessaires, en les payant, se par eux il est requis.
Iterrij aura du Roi lettres - patentes et prévileges d'estre franc de tous guets et gardes de portes, tant de jour que de nuici, de tailles, de gabelles, d'imposi-
lions et de txius autres subsides mis et à mettre quels qu'ils soient, comme à noble homme appartient. Et lui estant en Toffice royal pour Testât de sa maison , quelques gens d'Esglise et nobles y fussent pourveus.
Itenij aura de toutes les provinces et seigneurs qui porteront cri de Mont-Jojrej lettres de pension ordonnée du jour de sa création, telle qu'il leur plaira ordonner à leur honneur et à leur condition.
Item, de tous les chevaliers nouveaux, princes, seigneurs et autres qui nuement porteront leurs surnoms , et sur le domaine du Roi seulement , lui seront tenus de donner une robe à la value de leur honneiur.
Item, de tous les dons et largesses qui seront donnés, tant à sa création se le Roi les donne, comme à toutes les autres festes royales et solemnelles que le Roi tiendra, et aussi" des autres festes armigeres ou courtoises , lui présent ou non , par le prévilege du roi d'armes, il partira en la cinquiesme partie des autres rois d'armes et hérauts.