PAR DU GANGE
Les tournois dont je viens de parler ( i ) n'étaient que jeux et passe-temps, et ne se faisaient que pour exercer la noblesse; c'est pourquoi on n'y employait que des armes innocentes ; et s'il y arrivait quelquefois de funestes accidens, c'était contre l'intention et l'esprit de ceux qui les inventèrent, lesquels tâchèrent d'y remédier par les règles et les lois qu'ils y prescrivirent. Mais, dans la suite des temps, on en mit d'autres en usage, où l'on combattait avec les armes dont on se sert dans les guerres, c'est-à-dire avec des lances et des ëpées dont les pointes n'étaient pas émoussées : d'où Mathieu Paris a pris sujet d'appeler cette espèce de tournoi torneamentum aculeatum et hostile j parce que les deux partis y venaient aux mains avec des armes offensives comme avec des ennemis. Nos Français lui ont donné le nom Ôl^ armes à
(i) Dans la Dissertation YI de son édition dé Joinville, in-fo ; elle précède immédiatement celle-ci. [Edlt. C L.)
outrance, d*autant que ces combats ne se terminaient presque jamais sans effusion de sang, ou sans la mort de ceux qui entraient en lice, ou sans Taveu et la confession de celui qui était terrasse et vaincu.
LWdonnancé de Philippe-le-Bel pour les duels, et Hardouin de la Jaille , en son traite sur le même sujet, qu^il dédia à René, roi de Sicile, admettent plusieurs cas auxquels on était tenu pour vaincu dans les duels. Le premier est lorsque Tun des combattans avouait le crime dont il était accusé, et se rendait volontairement à son accusateiu*. L^autre était quand l'une des parties était jetée hors des lices ou qu'elle avait pris la iuite. Et enfin le troisième était lorsqu'eUe avait été tuée dans le combat. Car en tous ces cas le gage de bataille était outré, ainsi que parle le Roi (auquel endroit André Favyn a mis mal à propos le mot ottroié), c'est-à-dire qu'il était terminé par la moit, la fuite ou la confession de l'une des parties. Car outrer signifiait proprement percer son ennemi de l'épée ou de la lance; d'où nous disons il lui a perce le corps d'outre en outre. Robert de Bourron, en son roman de Merlin : // ne cuide pas qu'il ait un seul chevalier el monde qui dusques h outrance le puest mener ou dusques à la mort. Georges Châtellain, en l'histoire de Jacques de Lalain, chevalier de la toison d^or, a aussi usé de ce mot en cette signification : Mais ne demeura gueres de grand haste et ardeur que le seigneur de Haquet auait deferir et outrer messire Simon de Lalain.
On appelait donc particulièrement armes h ou^
ttûnce les combats qui se faisaient avec armes offensives, de commun accord et de commun cooâentement y sans aucune ordonnance de juges, et néanmoins devant àe» juges qui étaient nommés et choisis par les parties et sous des conditions dont on demeurait d^acoord réci{Hroquement; en quoi ces ^mbats, S'ils étaient aînguliers, c'est-à-dire d*bomme à homnae^ différaient des duels , quiseiàâsatôutloujouns par Fordonnance du juge.
Les armes à outrance se faisaient ordinairement entre ennemis ou entre pesroonhes de diiSéreiilês nations, sons de différens princes^ avec lea défis et les conditions du combat qui étaient portés par les rms d'armes et les hérauts; les prince& donnaient à oft effet des lettres de sauf-conduil^ à ceux qui devaient combattre dans les endroits des deux Etats dont on convenait. Les juges du combat étaient aussi choisis par les princes, et même les princes s'y trouvaient en cette qualité. Souvent ces défis se faisaient en ier^ mes généraux, sans désigner les nom^ des personnes qui devaient combattre; on y marquait seulement le nombre de ceux qui devaient &iire le combat, la (qualité des armes et le nombre des coups qu'on devait dcoiner, d'où vient que Jacques Yalère, en son Traité ^ la Noblesse, appelle ceti« espèce de combal ehamps à articles ou à wimncoj ài cauae de^ condi* tiens qui y étaient apposées; et Froissart,/o2^^e# mofh telles et à champ-
Quoique le noinbre des coups qu'on devait donner fût ordinairement limité , souvent néanmoins le& par-
lies ne se séparaient point sans qu^il y en eût de morts ou de grièvement blesses. Oe&i pourvoi Froissart décrivant le combat d*entre Renaud dëlloye, chevalier picard y et Jean de Holland , chevalier anglais, tient ce discours : Or regardez lé péril on tels gens 40 melteient pour leur honneur exaucer; car en toutes choses n*a tju^nfie seule mesmienture et qu'un coup à meschef. Et ailleurs racontant le combat d'entre Pierre de Courienay, chevalier anglais, et le seigneur de Clary, en Picardie : Puis leur fièrent baillés leurs glaii^es à pointes acérées de BoordeauXj trànchans et affilez. Es fers iCy auait point d'espargnè fors Vauenture telle que les armes l'enuoient.
Ces combats, quoique mortels, se faisaient ordinairement entre de6 pei^nnes qui pour le plus souvent ne se connaissaient pas, ou du moins qui n'avaient aucun démêlé particulier entre eux, mais seulement pour y /aire paraître la bravoure, la gënërositë et l'adresse dans les armes. C'est pour cela qu'on avait encore établi des loiâ dtdeâ réglés générales pour cette daanièrede combattre^ auxquelles héanmoins oh dérogeait quelquefois par des conditions dont on Convenait ou qu'on proposait. La plus ordinaire de ces lois était que si on combattait avec l'épée ou la lance, il fallait frapper entre les quatre membres ; que si on frappait ailleurs on était blâmé et condamné par les juges; d'où vient que Froissart, parlant d'un chevalier qui en cette occasion avait frappé sur la: cuisse de son ennemi, écrit : qu'iljut dit que c' estait villainemenLpoussén La peine de ceux qui n'observaient
pas la loi du combat était la perte de leurs armes et de leurs chevaux. Le même auteur, ailleurs : les Anglois virent bien qu'il s'estait mes fait j et qu'il auoit perdu armes etcheualsi les François voulaient. Il y a une infinité d^exemples de cette espèce de combats dans Mathieu Paris , dans le même Froissart , dans Thistoire de Louis, duc de Bourbon, écrite par d'Oronville , dans Georges Châtelain, Montreslet, Coxton et autres auteurs, qui font voir qu^ils se faisaient pour l'ordinaire en attendant les occasions d'un combat général entre les nations ennemies, en étant comme le prélude, ainsi que parle Roderic, archevê'que de Tolède : jégareni etiam in niodum torneamenti, circh ullimam partem castrorum y quœdam àelli prœludia aUentabant. De sorte qu'on usait du terme vulgaire de tounioier lorsqu'on faisait de légers combats contre les ennemis avant la bataille, que le$ écrivains nomment bellum campale. La lettre d'Arnaud, archevêque de Narbonne, au sujet de la victoire remportée par les rois de Castille, d'Aragon et de Navarre sur les Maures, l'an 121 2, parlant des escarmouches qui se firent la veille du combat : Arabibus etiam ex parte ipsorum tomeantibus cum nostrisj non more francieo^ sed secundàm aliam suam consuetudinem tomeandi cum lanceis sine cannis. Le sire de JoinviUe parle d'une joute mortelle que fit un chevalin génois contre un Sarrasin.
Quelquefois les armes à outrance se faisaient entre des personnes qui n'étaient pas ennemies d'état, le défi se proposant contre tous ceux qui voudraient en-
trer en lices, suivant les conditions qui étaient arrétëea par ceux qui faisaient les défis. Ce genre de combat est appelé , par Mathieu Paris, tomeamentum quasi hostile; car comme il ne se faisait pas entre des personnes ennemies, les effets néanmoins étaient semblables, puisque Ton y employait les armes dont on se sert dans la guerre contre les ennemis, et que les suites avaient les mêmes périls. Nous avons un exemple singulier d'un tournoi de cette nature, qui fut proposé et entrepris par Jean, duc de Bourbon, en Tan i4i4 ! ^ parce que les lettres de défi qu'il fit publier nous découvrent Tusage de cette espèce de combat, outre que d'ailleurs elles n'ont pas été publiées, je les insâ*erai en cet endroit , après avoir reconnu que je les ai tirées des Mémoires de M. de Peiresc.
(cNous, Iean dvc d1e Bovrbonois, comte de Cler- ((mont, de Fois, et de Tlsle, seigneur de Beaujeu, « per et chambrier de France, desirans escbiner oisi- ((ueté, et explecter nostre personne, en aduançant (( nostre honneur par le mestier des armes, pensant y <( acquérir bonne renommée, et la grâce de la tresn belle de qui nous sommes seruiteurs, auons n'ague- (( res voiié et erapris que nous , accompagné de seize «autres cheualiers et escuyers de nom et d'armes, ((c'est asauoir l'admirai de France, messire Iean de ((Chalon, le seigneiu* de Barbasen, le seigneur du (( Chastel , le seigneur de Gaucourt, le seigneur de la (( Heuze, le seigneur de Gamaches, le seigneur de S« « Reniy, le seîgneur de Monsures, messire Guillaume (( Bataille, messire Droiiet d'Asnieres, le seigneur de
<v la Fayette et le sei^eut de PcMilarques, cbeualiers: « Garmal^, \jojs G)ch6t, et lean da Pont escnyen, <t porterons en la jambe senesire chascun Th fer de <c prisonnier pendant à vne chaisne , qui aaront d*or ^cpoiir les cheualiers et d'ai^ent pour les escuyers, « par tous le» dimanches de deux ans entiers ^ oom»it mençans le dimanche prochain après la date de ees « présentes ) ou cas que plûtost ne trouuerons pareil « nomhre de cheualiers et escuyers de nom et dW*^ <(mes, sans reproche, que tous ensemblement nous «veuillent ccnnhattre à pied jusques à ontrande, « armez chascun de tels harnois qu^il luy plaiirà , per^- «tant lanée^ hasche^ espée et dague, ou moins et « baston de telle longueur que chascun voudra aueir, « pour estre prisonniers les vns des autres , psr telle « condition que ceux de nostre part qui senmt ou- (( très soient quittes en baillant chascun vn fer et ^ « chaisne pareils à Ceux que nous portons : et ceux « de Tautre part qui seront outres seront quittes chas- <( cun pour un bracelet d^or aux cheualiers, et d'ar- « gent aux esoniers, pour donner là où bon leur semer Uera, etc«i> Yn autre article &it voir que des artftes se devaient Ëiire en Angletesre. « Itsmj et serons tenu « nous duc de Bourbonnois quand nous irons en Angle- « terre, ou deuant le iuge que sera accorde ^ da le faire « sçauoir k tous ceux de noslre connpaignie que ne seu roîeni pandeçà, et de bailler à nosdits compagnons tel- « les lettres de monseigneui: le Roy, qui leur seront f< nécessaire pour leur licence et congé , etc. Fait à «Paris le premier de ianuier Tan de grâce i4t4*^^
Gomme il se &Mait des tournois de cette nature , c*es^à-dûre des combats généraux , il s'en faisait aussi d^ particuliers : tel fut le combat de Philippe Boyle^ eberaHer aragoimais, contre Jean Astley, écuyer an* glais*, ipsà se fit en la ville de Londres en pi*ésenoe d^HèniiTI^ qtti en voulut être le juge, et qui, après «fu'U fiu achevé, fit Astley chevalier, et Im dcmna cent marcs d*aiigent# Le méine écuyer (kvak con^battu aapanvrant de cette sorke de combat contre Pierre Masse, écuyer français » avec cette condition, que ce^ lui fpn serait vainqueur remporterait le heaume du vaincu, par finrmede prix, qu'il présenterait à sa mattresse. Ce eooabatae fil à Paris, devant Saint- Antmne, is 39<* jour d'août Tan 1438^ en présence du roi Charité YII9 dans lequel l'Anglais perça de sa lance la tête ioM Français. Quant au chevalier aragonaisi, il avait spécifié dans son défii qm'il lui avait été com* mandé de se battre à outrance contre toute sorte dtà chevaliers ett d'écuji^s ,. pour Thonneur et le service du rot d'Aragon et de Sicile, son maître; et que, n'arj^ant trouvé personne en France qui eût voulu en* trer dans le combat avec lui , il avait passé dans l' Anf^eteire pour acocnnplir aon emprise, avec cette conditina^ que le vainqueur rempoirterait pour marque àfi la victdre le heaume ou l'épée du vaincu. Tels fwent encove leSiConxbats que Poion de Sadntraille , chevalier, entrepritau mois d'avril l'an 14^35 en la ville d'Arraa, contre Lionel de Yandonoie^ chevalier boulon ais; et en l'an 14999 contre Nicolas Menton, chevalier, au mikne lieu^ en présence d'un grand nombre denoMesse.
Le mot de Tournoi était un terme général qui comprenait tous les combats qui se faisaient par forme cl*exercice ; mais proprement on appelait ainsi ceux qui se faisaient en troupes , et où plusieurs combat^ taient en même temps contre plusieurs , représentant la forme d*une bataille. C'est ainsi que Nicéphore Gregoras décrit les tournois des Latins : lupOZwrm x^cyranSk
Et Thomas de Walsingham y racontant le tournoi de Chalon, dont j*ai parlé ailleurs : Die itaque statuto congrediuntur partes ^ gladusque in alterutrum ingemenantes ictus j vires suas exercent.
Après que ces combats généraux étaient achevés, on venait aux combats parliculiers ; car alors ceux qui avaient dessein de donner des preuves de leur adresse et de se faire remarquer comme vaillans , entreprenaient des combats singuliers , et y combattaient ou de leurs épées ou de leurs lances contre ceux qui se présentaient. Les coups qu'un chacun devait donner y étaient limités pour l'ordinaire à trois. Ces combats étaient appelés, par nos FrançaoLS, joustes. Guillaume de Malmesbury : Tentauere primb regii prœludium pugnœ facerey quod Justam vocant, quia tali arte erant peritL II n'est pas aisé de deviner l'origine de ce mot, si ce n'est que nous disions qu'il vient du latin juœtaj et du français jouxte j parce qu'ils se faisaient de près comme se font les combats singuliers. Aussi Gregoras, qui les appelle joustesj t^ouorpa, aussi bien que Jean Cantacuzène, dit qu'ils représentaient une forme de duel, ei avaient fiovofAoïxioiç cv^ccÇcv. Jean,
moine de Maimoutier, en THistoire de Geoffroy, duc de Normandie , dëcrivant le tournoi qui se fit entre les chevaliers normands et les Bretons, en suite du mariage de ce duc y dit qu'après que Ton eut combattu en troupes , les Normands proposèrent la joute aux Bretons : Normanni verà confusîone inopinatâ dejecti, singulare certamen Britorubus proponunU Et de là vient que le reclus de Moliens, en son Miserere^ a use des termes de gagner joustes au tour-nor, c'est-à-dire remporter le prix du combat singulier dans le tournoi. La grande Chronique de Flandre décrit ainsi la joute que fit Jean, duc de Brabant, en Tan 1 294 : Sed nobilissimus princepSj cum eo die .... ab omnibus optaretur^ vt suœ milidœ probitatem armorum exercitio prœsentibus osterUaretj annuit votis optantiumj et circà horam 'vesperUnam armis accinctusj vnum ex prœsentibus prœcipuœ prohitaJds nàlitem ad singularem concursum elegUj cui scilicet eques occurreretj et ambo se se lancearum incursionibus per deputatas ad hoc vices exercèrent, etc.
Les joutes ne se faisaient pas seulement dans les occasions des tournois, mais souvent séparément: on en faisait les publications et les cris de la part des chevaliers qui les proposaient, lesquels s'offraient de combattre contre tous venans seul à seul , dans les lieux qu'ils désignaient, et aux conditions qui étaient portées dans les lettres de leurs défis. Ces combats sont appelés , en l'Histoire du maréchal Boucicaut , loustes à tous venans j grandes et plenieres.
Or, il éuit plus honorable de combattre aux tournois qu^aux joutes; ce qui paraît en ce que celui qui eombattait aux tournois pour la première fois était oblige, à son départ, de donner son heaume aux rois et hérauts d'armes , comme aussi celui qui combattait aux joutes pour la première fois : mais celui qui^ ayant combattu au tournoi , venait à combattre pour la première fois à la joùie , n'était pas obligé de donner une seconde fois son heaume aux hérauts; ce qui n^étaitpas de celui qui, ayant combattu ï la joûce, venait après combattre au tournoi ^ car il ne laissait pas d'être encore obligé de laisser son heaume. C'est ce que nous apprenons de ces termes d'un Traité des tournois : ce Item poMc les nobles qui tournoient, s'ils n*ont au^ (( trefois tournoie, doiuent leurs heaumes atuc officiers « d'armes , ores qu'ils ont autrefois jousté : car la lance « ne peut affranchir l'espée , mais Tespée af&anchrt « la lance. Mais il est à noter, si vn noble homme <r tournoie, et qu'il ait paie son heamne, il est affracH u chi du heaume de la jouste ; mais le heaume de la (( jouste ne peut affranchir celui du toumoy; » D^ofr on recueille encore que l'épée était l'arme du tournoi , et la lance celle de la joute.
Ces joules plénières, dont je viens déparier, étaient proprement ce que l'on appelait lefs combats dé la Table Ronde j que les auteurs confondent a?vee les joutes ; car ils remarquent qu'ils différaient des txmrnois en ce que les combats des ixmmois éi^àam des combats en troupes, et ceux de lai Table Ronde étaient des combats singuliers. Mathieu Pteîs, en l'an laSa:
Milites 'vt exerciUo militari peritiam suam et stre-niUtatem expenrentur^ constituerunt vnanimiterj. non in kastiludia Ulo quod communiter et ^ulgariter tomeamentum diciturj sed potiùs m illo ludo miUtarij qui mensa rotunda diciturj wres attenta-terent. Puis il ajoute que les chevaliers qui s'y iroaraient y joûtèreni : Et secundùm quod constitutum est in nia ludo martioj illd die et crastànd quidam milites anglici nimis et viriliterj et délectabiliterj, ita "vt omnes alienigenœ ibidem prœsentes admira-rentur, jocabantur. La bulle de Clëment Y, de laquelle j'ai fait mention ci- devant , confoiid pareillement les con[iI)at& de la Table Ronde avec les joutes : Quin eUam infqtciendis justis prœdictis qum tàby- LJE ROTYHDJE in oUquibus partibus vulgariter mtnn cupantur^ eadem damna et pericula imminent quœ in tomeamentis prœdietisj idcirco certa causa idem jus statuendum existit. Cest donc des joutes qu'il fiiut entendre ce passage d' Albéric : MuUi Flandriœ barones opudMescUnum, vbi se exercebant ad Tabulam Rotundanij cruce signantur. Mathieu de Westminster, en Tan i352 : Factum est hastUudiunhj quod Tabula Rotunda vocaUtrj vbi periU strenuissimus Mile^ ffemaldus de Munteinm; ^ Tan ia85 : Multi nobiles transrmrini .... apud Neujrn in Suanduna^ in ctioreis et hastiludOs, Rotunr dam Tabulam çelebrarunt; et en Tan 1 395 : Eodem anno dux Brabantice^ vir magni nominis, feait Rofunda^i Tabulam in partibus suis, ....et ipse dux m primo oongressu à quodam. milite Franciœ
lanced percussusj obiit ipso die. Thomas de Walsingham : Illustris miles Rogerus de Mortuo mari apudKelingworthe (sic) ludum miliuiremj quem vocant Rotundam Tabulamj centum mUitian, ac toi dominarum constituit, ad quam pro armorum exercitio de diuersis regnis confUixit militia miûta nimis. Presque la même chose est rapportée de ce Roger de Mortemer dans Mathieu de Westminster, en Tan 1 279 , et en l'Histoire du prieuré de Wigmore en Angleterre.
Les anciens Romains donnent au fameux Arthus , roi des Bretons, la gloire de Tinvention des tournois, des joutes et de la Table Ronde. Les Anglais même se persuadent que c'est cette table qui se voit encore à présent attachée aux murailles du vieux château de Wincester en Angleterre; ce que le savant Campden révoque en doute avec sujet, écrivant que** cette table est d'une fabrique bien plus récente. Thomas de Walsingham dit que le roi Edouard III fit bâtir au château de Windsor une maison , à laquelle il donna le nom de Table Ronde j dont le diamètre était de deux cents pieds. L'ancienne Chronique de Bohême est en celte erreur à l'égard du roi Arthus : Accesseruntad Regem quidam juuenes baronumfi* Uij pins leuitate quàm strenuitate motij dicentes : Domine ReXj per tomeamenia et hastiludia .... vestra diffundetur gloriaj .... edicite itaque Tabulam Rotundam régis Artusii Curiam^ et gloriam ex hac reportabitis perpetuis temporibus reportandam.
Plusieurs estiment, avec beaucoup de probabilité.
qu'on appela ainsi les joutes, a cause que les chevaliers qui y avaient combattu venaient, au retour, souper chez celui qui était Tauteur de la joute, et étaient assis à une table ronde ; ce qui se pratic(uait à Texemple des anciens seigneurs gaulois, qui, aux récit d'Athénée, avaient coutume de s'asseoir autour d'une table ronde , ayant chacim derrière eux leur écuver, et ce vraisemblablement pour éviter les disputes qui arrivent ordinairement pom* les préséances. Le Traité des tournois remarque que lorsque les chevaliers qui avaient combattu au tournois ou à la joute étaient retournés dans leurs hôtels, ils se désarmaient et se lavaient le visage ; puis ils venaient souper chez les seignetnrs qui faisaient la cérémonie de ces exercices militaires ; et tandis qu'ils étaient assis à la table pour manger, les principaux juges des tournois^ qu'il nomme diseurs j avec le roi d'armes , accompagnés de deux chevaliers qu'ils choisissaient, procédaient à l'enquête de ceux qui y avaient le mieux réussi ,* ce qui se faisait de la sorte : ils demandaient l'avis de chacim des chevaliers qui avaient assisté à ces combats , qui en nommaient trois ou quatre de ceux qui s'étaient le mieux acquitté de lem* devoir, et de ce nombre-là ils s'arrêtaient à la fin à tm, à qui on donnait le prix.
G)mme les Français n'étaient pas moins civils et courtois envers les dames qu'ils étaient vaillans dans les armes, souvent ils les constituaient juges des tournois et des joutes. Le a)ieux Cérémonial : « Le roy (( Artus d'Angleterre et le duc de Lan castre ordon- ((uerent et firent la Table Ronde et les behours, II. io« Liv. 6
a tournois et joustes, et moult d*autres choses nobles, « et jugemens dWmes, dont ils ordonnèrent pour ju- « gâp, dames et damoiselles, roys d'armes et héraux.» L'auieur de la Chronique latine qui commence à Tan i38o et finit à Tan i^iS^ dëcrivant comme Louis II 9 roi de Sicile , et Charles son frère, furent faits chevaliers par le roi Charles YI en Tan iSSg, dit qu'à cette cérémonie on fit des toivnois et des joutes, et que le prix en fut donné par les dames: Tum DomiruBj quorum ex arbitrio sententia brauU dependebatj nominarunt quos honorandos et prœ» miandos singularUer censuerunt. Le Traité des tournois ne dit pas que les dames en aient été les juges, mais bien qu'elles donnaient le prix , qui était « au (( mieux frappant une espée de tournoy, et au mieux « défendant un heaume tel qu à tournoy appartieat. » Chez les Grecs , les lois défendaient aux dames de se trouver aux combats gymniques, ainsi que le remarque le scholiaste de Pindare , dont la raison est rendue par £lian en ces termes : o jub yap xaé r^ç àycovea;,
xfté T^ç xara airrviv 9a>^poauw}ç vofioç iXexuvtc TOtç yuvfleTxaç.
On peut ranger sous les joutes les pas d^armesj car c'étaient des combats particuliers qui s'entreprenaient par un ou plusieurs chevaliers. Ils choisissaient un lieu , pour le plus souvent en pleine campagne , qu'ils proposaient de défendre contre tous venans, comme un pas ou passage qu'on ne pouvait traverser qu'avec cette condition , de combattre celui ou ceux qui le gardaient. Mathieu Paris donne ce nom aux chemins étroits qui sont appelés, dans les auteurs la-
tins y clusuBj clauscBj clausurœ* Dum per quoddam iter arctissimum, quod "oulgariter Passas dicitiirj forent transituri. Les entrepreneurs de ces pas faisaient attacher leurs ai*moiries à un bout des lices , avec quelques autres ëcus de simples mais diflfërentes couleurs, qui désignaient la manière des emprises et des armes avec lesquelles on devait combattre; de sorte que ceux qui se trouvaient là et venaient à dessein de faire des amiiçs, choisissaient la manière du combat en touchant à Tun de ces ééus qui la spécifiait. Au pas de Tare triomphal, qui fut entrepris par François duc de Valois et de Bretagne et neuf chevaliers de nom et d'armes de sa compagnie, en la rue de Saint- Antoine, à Paris, Tan l5i4, pour la solennité du mariage du roi Louis XII , il y eut cinq écus attachés à cet arc triomphal : le premier dWgent, le second dW, le troisième de noir, le quatrième tanné, et le cinquième gris. Le premier signifiait le combat de quatre courses de lances; le second, d'une course de lances et à coups d'épée sans nombre ; le troisième, à pied, à pouls de lance et à coups d'épée d'une main; le quatrième, à pied, à un jet de lance, et à Tépée à deux mains ; et le cinquième était pôtu* la défense d'tm behourt ou d'im bastillon. Ces manières de combattre étaient spécifiées au long dans les défis et les articles qui se publiaient, de la part de l'entreprenant, par les hérauts d'armes, dans les provinces et dans les royaumes étrangers. A l'endroit de ces écus, il y avait des officiers d'armes qui avaient soin de recueillir et d'enregistrer les noms de ceux
qui louchaient aux écus, pour être dépéchés ù tour de rôle , selon qu^ils avaient touché à ces écus.
Il semhle que cette espèce de joute a été la plus en usage dans les derniers siècles; nous en avons des exemples dans l'Histoire de Georges Châtellain, dans la Science héroïque du sieur de la Colombière, et en son Théâtre d'honneur. Le tournoi ou la joute où le roi Henri II perdit la vie était aussi un pas d'armes; et parce que le cartel qui en fut publié pour lors n'est pas commun, il ne sera pas hors de propos de l'insérer en cet endroit, comme une pièce curieuse pour notre histoire.
(cDe par le Roy. Après que par vne longue guerre, « cruelle et violente , les armes ont esté exercées et (( exploitées en diuers endroits auec effusion de sang ((humain, et autres pernicieux actes que la guerre (( produit, et que Dieu par sa sainte grâce, clémence (( et bonté, avoulu donner repos à cette affligée chres-. (( tienté par vne bonne et seure paix : il est plus que (( raisonnable que chacun se mette en deuoir auec ((toutes démonstrations de joyes, plaisirs et allegres- (( ses , de louer et célébrer vn si grand bien , qui a (( conuerty toutes aigreurs et inimitiez en douceurs et (( parfaites amitiez, par les estroites alliances de coure sanguinité qui se font moiennant les mariages ac- « cordez par le traité de ladite paix. C'est à sçauoir . (( de très-haut, .tres-puissant et tres-magnanime prince ((Philippe, roy catholique des Espagnes, auec tres- (( haute et très-excellente princesse madame Eliza- (( beth , fille aisnée de très-haut , tres-puissant et très-
(( magnanime prince Henry second de ce nom . ires- « chrestien, roy de France nostre souuerain seignem* : «et aussi de très -haut et puissant prince Philibert- (( Emmanuel, duc de Sauoye. auec très-haute et tres- (( excellente princesse madame Marguerite de France, <t duchesse de Berry, sœur vnique dudit seigneur roy (( tres-chrestien nostre souuerain seigîieur. Lequel con- 'f sidérant que , auec les occasions qui s'offrent et prec( sentent, les armes, maintenant esloignées de toute (c cruauté et violence, se peuuent et doiuuent eîn- (( ploier auec plaisir et ytilité par ceux qui désirent (c s'esprouuer et exerciter en tous vertueux et loiia- <f blés faits et actes : Fait à sçauoir à tous princes, sei- (cgneurs, gentils-hommes, cheualiers et escuyers sui- (cuant le fait des armes, et desirans faires prenne de (t leurs personnes en icelles , pour inciter les jeunes à (( vertu et recommander la proiiesse des experimen- <( tez,' qu'en la ville capitale de Paris, le Pas est ou- «uert par Sa Majesté Très - Chrestienne et par les <( princes de Ferrare , Alfonse d'Est , François de Lor- (( raine duc de Guyse , pair et grand chambellan de (( France, et lacquesdeSauoye duc de Nemours, tous il cheualiers de l'ordre ; pour estre tenu contre tous <c venons deuëment qualifiez, à- conunencer au sei- « ziesme jour de iuin prochain , et continuant jusques n à l'accomplissement et effet des emprises et articles « qui s'ensuiuent. La i. emprise à chenal en lice, en «double pièce 4* coups de lance et vne pour la dame. c< La 2. emprise, à coups d'espée à cheual, vn à vn , H oud eux à deux à la volonté des maistres du camp.
La veissiez le ban chastel garnir, Tresches et baqs encontre lui venir, £t des valiez bohorder plus de mil.
Alain Chartier, au Débat des deux fortunes d'Amour :
loustes, essais, bouhors et toumoiemens.
Lambert d'Ardres ; vt tlUc, bohordica frequentaret et tomiamenta. On a ensuite abrégé ce mot en celui de border. Le Traité des tournois des chevaliers de la Table Ronde : a Ainsi bordoient, et brisoient lance ces jusques à basses vespres, que la retraite estoit (( sonnée. )) De là celui de burdarej dans une semonce d'armes qui se lit aux Additions sur Mathieu Paris, ad turniandunij et burdandum. Je crois même que c'est de ce mot qu'il faut tirer l'origine du terme de bourde et débourderj dont nous usons ordinairement pour une chose feinte, et mentir, à cause que les combats des bohom^s n'étaient que combats feints. Les statuts de l'ordre de la Couronne d'épines usent du mot de bourdeur : a En cetui saint disner soit bien a gardé que hiraux et bourdeurs ne facent leur of- (( fice , » où les bQurdeurs sont ceux que les histoires appellent ménestrels.
Plusieurs écrivains usent aussi du terme de behourd et de behourder. La Chronique de Bertrand duGuesclin :
Encore vous vaulsist il miex aler esbanoier, Et serur les behours, iouster et tournoier.
Robert Bourron , au Roman de Merlin : (( Alerent li
(f Paris le 22 may iSSg. Signé, Henry et dvThier. » Montjoye, roi d'armes de France, en la Description du pas d'armes de Tare triomphal dont je viens de parler, remarque que la cinquième emprise de ce pas était a que les tenans se trouueroient dans vn be- «hourt, autrement dit bastillon, délibérez se deffen- «dre contre tous venans, auec harnois de guerre. » Ainsi, le. behourt était une espèce de bastion ou de château fait de bois ou d'autre matière, que les tenans entreprenaient de défendre contre tous ceux qui voudraient l'attaquer. Cet exercice militaire était encore une dépendance des tournois, dont le terme comprenait tous ceux qui se pratiquaient pour apprendre à la iioblesse le métier de la guerre, et ne fut inventé que pom* lui enseigner la manière d'atiaquer et d'escalader les places. Spelman ne s'est pas éloigné de cette signification , ayant expliqué le mot de bohçrder ou de bordiarCj ad palos dànicai^j c'est -à - dire combattre aux barrières des places ; œ que nos écrir vains français appellent vulgairement paleterj, qua^i ad pcdos pu^arCj combattre aux lices à^ villes assiégées.
Le nom de cet exercice militaire est différemn;ieDt écrit dans lesautc\irs, qui le nomment tantôt ^Aoare/^ tantftt behourd; mais le premier est le plus conup.UA. Le roman de Garin , dont l'auteur vivait sous Loui^h le- Jeune, usa toujours du mot de bohorder:
Ses escus prejiinenl, bohorder vont éjs prés. Ailleurs:
la chambre des comptes de Paris , sous le cfaa^Htre intitule Recepte des hehourdichs : m Cest asauoir que « tous ceus qui vendront poissons à haut estai ou mar- <( quiet de Boulogne^ doiuent ce jour jouster, ou fidre <( jouster à la Quintaine que monseigneur leur doit n trouuer; et doiuent jouster de tilleux pelez, ou de <( planeons d^armes, et les doit-on montrer au vi* (c comte, qu'il ne soient cassez de cousteaux, ou au* n trement. Et ou cas qu'ils ne joustent ou font jous- <( ter, ils doiuent à ce jour à ladite vicomte 3. sols par. <c Néant receu pour Tan de ce compte, pour œ qu'ils (c firent tous courre. » Ce qui fait voir que Ton exerçait encore les communes aux isKercices de la guerre, pour pouvoir se servir des armes lorsqu'elles seraiem obligées de se trouver dans les guerres de leurs seigneurs ou des princes. C'est à ce même usage qu'il faut rapporter les jeux de Vespinette^ (pii ont été si fréquens dans la ville de Lille en Flandre , qui étaient des espèces de tournois et de yoàtss qui se faisaient par les habitans, et dans lesquels les grands seigneurs ne faisaient pas de difiieulté de se trouver. Ces jeux et ces tournois étaient appelés du terme général de bouhourdj ainsi que Buzelin a remarqué, qui ajoute que quelques-uns en rapportent T'Origine et l'insditution au roi saint Louis.
Après tous ces exercices militaires, que je viens de nommer est celui de la quintaine ^ qui est \m» e^)èce de but posé sur un poteau, où il tourne sur un pivot, en telle sorte que celui qui avec la lance n'adresse pas au milieu de la poitrine , mais aux extrémités , le
fait tourner; et comme il tient dans la main droite mi bâton ou une épée, et de la gauche un bouclier^ il en frappe celui qui a mal porte son coup. Cet exer^ cice semble avoir été inventé pour ceux qui se servaient de la lance dans les joutes, qui étaient obligés d*en frapper entre les quatre membres, autrement ils étaient blâmés comme mal adroits. Il est parlé de la quintaine dans Robert le Moine , en son Histoire de Hiérusalem : Tentoria varus ornamentorum generir bus venustanturj terrœ ir^xis sudibus scuta apponuntuTj quihus in crastinum Quintanœ ludus scilicet equestris exerceaiur. Mathieu Paris : luuenes Londinenses^ iftatuto patume pro brauiOj ad starUum, quod vulgarUer Quintena dicitur^ a>iFes proprias et equorum cursus sunt expertL Tusl Chronique de Bertrand du Guesclin :
Quintaines y 6st drecler, et jouster y faîscit, Et donnolt un beau prix celai qui mieux joustaît.
Une autre Chronique manuscrite du même du Guesclin : « FJ6t iaire Quintaines et joustès d'enfans , et « manieras de tournois» » Enfin le Roman de la Ma* lemara»tre : << Emmy les près auoit vne assemblée de (( baroots de cette ville, et tant que ils drechoient une «Quintaine, et qui mieux le faisoit, » auoit grant n loange. » Les Grecs niâmes ont connu cet exercice , que Balsamon appelle KvycovoxovraÇ, parce que Ton s'y exerçait avec le contas ou la lance; mais je crois qu'il n'a pas bien rencontré lorsqu'il a dit que ce jeu a été ainsi appelé du nom de Quintus, son inventeur.
« par les Arthisiens et les Flamens, de par les Cham- <( penois et les Normans, de par les Angeuins^ Poite- « uins et Tourangeaux , de par les Bretons et Man- « ceaux, depar IesRiues(i)etHasbegnons(3),etdepar (( tous autres cheualiers qui accordes s*y sont, et ac- « cordèrent qui venir y vouldront , à estre aus hosrr tieux accompagnez le dimanche aprës S. Remy ; et «les diseurs prins Percheual de Varennes et Wi- (f tasse sire de Campregny (3), et conseillers le sire de <( MeuUant et le sire de Hangest ; et pour faire fec( nestre le lundy, pour tournoier le mardy (4), et de bâte tesist martfae, pource qu^il ne auroit pas ses che- « uaus ne son hamois, il pourroit faire cesser le tourte noy jusques à ieudy, qu^il est fin de la sepmsdne; et (( qui ne le voudroit attendre, et que Ton tournoyas^ u ce seroit vn tournoyement sans accord , et doiuent <cle héraut crier, que Ton boute hors les bannières, (( blasons, ou housses d^escu , ou enseignes d^armes, (c pourquoi on puisse tournoyer par accord.
(( Item doiuent les diseurs aller auec les hérauts
a aux lieux où les seigneurs donnent à manger aux <( cheualiers , ou aux places où ils pourroient trouuer <( lesdits cheualiers, qu'ils viennent armez pour tource noier, et prendre les fois desdits cheualiers, qui ne <( porteront espëes, armures, ne basions afiustiez, n*en-
(i) Bipuarilf Allemands vers le Rhin.
(a) Navarraîs, UasbatUetises.
(3) Campremy.
(4) Sic in MS.
fc forceront les armes , estaquettes assises par lesdits <( diseurs, et tiendront le dit desdits diseurs.
(c Item la yeille du tournoy doiuent faire, s^il leur « plaint, les cheualiers mettre les selles sur leurs cheffuaux, et de leurs escuiers, pincheres et chamfroy (f de leurs armes, affin qu*on puisse voir et connoistre (( Testoffe et Testât de chascun endroit soy, et ne peut ce auoir chascun cheualier que deux escuiers , s^il ne « veut mentir, tant soit grand sire.
« Item le jour du tournoy doiuent les cheualiers (t aller aux messes, et faire faire les places à Fespëe, (( et doiuent les diseurs aller voir la place où le tour- (( noy doit estre fait sans aduantage , et attacher les «attaches en chascune route; es batailles il y doit (( auoir deus estachettes de part, et Tautre d'autre part; (( et là doiuent les cheualiers essongniës chenaux et (chamois tout asseurex, sans qu'on leur puisse lien « meflaire , s'ils ne veulent fiancer leur serment et <( mentir leur foy.
« Item doiuent les diseurs à l'heure qu'ils verront a qu'il sera temps, soit à jour de tournoier au matin (( ou aux ves[H*es, faire crier, laisser (i) : et lors sedoiuent « toutes manières de cheualiers et escuiers eux armer, a et doivent les hérauts assés-tost après crier, issez hors , a seigneurs cheualiers , issez hors. Et quand les che- ((ualiers sont hors, et chascun est retrait en sa han- » niere et en sa route, oii en la route de son issue.
(i) L' issez.
u les diseurs viennent pardeuant les batailles, et font (( passer ceux qui ont ordonne pour passer, pour faire « le tournoy à compte de chascun cheualier, toutefois t( au dit des seigneurs sous qui ils sont.
«Item ce fait, les deux diseurs se doiuent mettre « en place deuant les batailles , et se doiuent quitter « la foy Tvn à l'autre ; et lors est le tournoy par ac- <c cord,* et se mettront les pays cbascun au droit de (( son issue ; et doiuent les herauz porter les bannie- « res, et des communes de cbascun pays, selon ce que (( ils ont accoustumé , et au cas qu'ils ne voudroient «c quitter leur foy Tun à l'autre, le tournoy seroitsans <r accord.
«Item si-tost que le roy des beraux et les autres u beraux verront que le tournoy aura assés dure , et u qu'il sera sur le tard et temps de partir, ils doiuent ((faire leuer les estacbes, et crier, seigneurs cbeua- «liers, allez -vous en, vous nepouuez buymets ne «ne perdre, ne gagner, car les estacbettes sont le- (K uëes.
t< Item quand les cbeualiers seront reuenus à leurs « bostels, ils se désarmeront et laueront leurs visages, (( et viendront manger devers les seigneurs qui don- (( nent à manger; et tandis que les cbeualiers seront (cassis au soupper, seront prins lesdits diseurs, avec (( le roy desdits beraux, accompagnez de deux cheua- (diers tels comme ils voudront prendre, pour faire « l'enqueste des bienfaisans : et en l'enqueste faisant, (( les cbeualiers qui parleront diront leur aduis , ils en (( nommeront trois ou quatre, ou tant qu'il leur plaira
((des bienfaisans, et au derrain ils se rapporteront à rcvn, lequel ils nommeront, et celui emportera (( la voix, et ainsi ce fait de main en main à tous les (c cheualiers, et prennent morceaux de pain, et celui « qui plus en a c'est celluy qui passe route : et ceux ((qui font Tenqucste font serment qu'ils la feront « bien et loyaument.
(( Item et ou cas que le tournoy se feroit sans ac- (( cord , la partie cjui seroit déconfite , celui qui de- (( mourroit derrenier à cheual d'icelle partie descon- K fite auroit le heaume, comme le mieux deffendant ; (( et l'autre partie, celui qui seroit le mieux assaillant . (( auroit l'espëe.
(( Item le lendemain du tournoy , s'il y a aucun des- (( tord de droit d'armes , tant de ceulx gagnez ou par- (( dus, conune des cheualiers tirez à terre , depuis les (restaches leuées, et conune de tous autres droits, t( soient d'ostel prins, d'ostel armeures, ou autres cho- (( ses quelconques, il en est à l'ordonnance et juges (( des cheualiers.
«Item on doit parler aux escheuins, aux majeurs (( et gouuerneurs des bonnes villes où le tournoy doit se «faire, d'auoir prix raisonnable de ce qui est ne- ((cessaire^ c'est à sçavoir de foing, auoyne, nappes, (( toiiailles , et de tonte autre vaisselle es hostieux , chas- (( cun endroit soy, là où il sera logié ; ou faire prix ((SUT les hostelaiges, lits et vaisseaux, et au cheual (( foing et auoine dehors ; et est dit que se aucun che- ((ualier n'a decjuoy payer son hostelaige, qu'il fasse a courtoisement fin et accord.