‹ Collection des meilleurs dissertations: notices et traités particuliersChapitre 12 sur 30 · DU CARDINAL MAZARIN · texte numérisé non relu

DU CARDINAL MAZARIN

JlTOC exhortation audit seigneur prince d'abandonner

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AVERTISSEMENT

Jamais ministre, chez aucune nation de l'Europe moderne, ne se vit en botte à une opposition populaire , nous ne dirons pas plus puissante, plus tenace, mais plus bouillante, plus animée, plus active que celle dont Mazarin eut à soutenir les efforts après les premiers jours paisibles de la minorité d'Anne d'Autriche. Pour se faire une idée voisine de la vérité du nombre et de la vivacité des antipathies dont le Cardinal avait à triompher, il n'est peut-être rien de mieux à foire que de jeter un coup d'oui sur ces volumineux recueils de pièces appelées Mazarinades ; recueils toujours incomplets , puisqu'on porte jusqu'à cent mille le nombre des petits libelles qu'ils devraient contenir.

Parcourir une collection de Mazarinades, c'est être réellement transporté aux jours de la Fronde , c'est entendre retentir à ses oreilles toutes les voix discordantes qui s'élevaient contre le ministre tant détesté. On sait, en effet, qu'une des armes de la Fronde , et non pas peut-être la moins sérieuse, ce fût la plume. Gomme toutes les autres émeutes, la Fronde n'exhala pas toute sa haine dans les rumeurs du carrefour et de la place publique, elle chargea encore le pamphlet de faire parvenir jusqu'à la postérité les mâle cris dé son indignation. L'indignation en effet, qui fait quelquefois poète, comme le prétend un ancien, semblait avoir tout-à-coup transformé le peuple de Paris en un peuple de libellistes. On apprend la disparition du Roi à la suite de son ministre, et voilà qu'en un instant chacun dans Paris se fait auteur pour la circonstance avec la même facilité qu'on s'y fait soldat en toute ^ntre. Le Mazarin est honni, hué, exécré, moqué envers, en prose et sur tous les tons; la Maiarinade revêt tous les styles, depuis le sublime jusqu'au grotesque , depuis le théologique jusqu'au burlesque

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et au macaronique ; elle s'arrange de toutes les formes littéraires et non littéraires ; elle s'étend en remontrances et en avis , s'épuise en déclarations, se déchaîne en manifestes et en sermons, se boursoufle en dissertation et en question théologique , se déguise en apologue, en parabole et en logogriphe, s'aiguise en épigramme, s'improvise en chanson; enfin elle envahit tous les recoins du domaine littéraire, et Dieu sait si ce domaine vit jamais reculer plus loin ses limites ! le plus mauvais patois, le jargon le plus baroque, le plus équivoque, ont droit aux honneurs de l'impression. Lisez plutôt: Les trois parties de la conférence entre deux paysans de Sainct-Ouen et de Montmorancy, le Dialogue des deux Guépins, et la Question d'asticotée entre la Suisse et le Hollandais; pièces, du reste, dont la naïveté ne manque ni de grâce ni d'agrément Tant il est vrai que tout ce qui maudit Mazarin est français et bon français 1 Et à ce compte , rien de plus académique que la Gazette des Halles, les Harangues , Dialogues et Remerciemens des Harangères , Fruitières, etc. , car Mazarin donne de l'esprit à tous. Que d'esprit, en effet, de savoir, de génie même dépensés dans ces Mazarinades! Pour ne considérer que ce qui nous touche, que de renseignements curieux, précieux, introuvables, y sont enfouis! La société qui se révoltait contre le ministre d'Anne d'Autriche a laissé là son empreinte tout entière ; chaque classe de cette société est là vivante avec ses mœurs, ses habitudes, ses traditions, sa science, ses préjugés, son langage ou son idiome à part.

Jugeant que, dans un recueil conçu comme le nôtre, le lecteur voudrait pouvoir se faire au moins une idée des pièces dont nous parlons, nous en avons placé quelques-unes à la fin de ce volume. Parmi celles-ci , la Lettre d'un Religieux au prince de Condé est peut-être le meilleur spécimen qu'on puisse désirer d'une Mazarinade ; elle résume à peu près toutes les inculpations capitales , fondées ou non, auxquelles Mazarin se voyait en butte ; tous ses titres, vrais ou supposés, à la haine publique; elle reproduit, pour ainsi parler, le véritable thème populaire qui se trouve dispersé et varié à l'infini dans les autres documents du même genre. Déplus, la Lettre du Religieux est peut-être, de cette nuée de flèches dirigées contre le tuteur de la royauté de Louis XIV, celle dont Mazarin sentît le plus vivement la pointe ; c'est au moins ce qu'on serait porté à croire lorsqu'on considère l'importance que Naudé accorde à cette pièce

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