JUSQUES* A PRÉSENT
Les historiens remarquent qu'Auguste César, prince incomparable, sage en ses conseils, heureux en guerre, adoré des siens, craint des étrangers et admiré de tout l'univers, avoit accoustumé de dire que c'estoit un traict d'un esprit léger et plein de vanité de vouloir hazarder le salut des citoyens pour obtenir un triomphe , et que l'on ne doit jamais entreprendre une guerre que pour un plus grand bien , de peur que l'on n'acheptast la victoire avec plus de dommage que l'oir n'en pourroit recueillir de profit, comparant les ambitieux (qui pour faire une maigre conqueste mettent toute leur fortune en danger) à ceux qui peschent avec un hameçon d'or,
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lequel , venant à se perdre , ne peut estre récompensé par toutes les prises qu'ils peuvent faire.
Geluy qui depuis quelque temps nous a obligez à une juste deffense contre les violences qu'il a cy-devant exercées envers les meilleurs serviteurs du Roy et continuées contre la ville de Paris a fait assez connoistre qu'il est aussi mal instruit de l'histoire que de la politique , puisque tout le profit qu'il pouvoft tirer de son dessein , voire mesme d'une victoire , s'il en eust remporté aucune, luy estoit toujours beaucoup moins advantageux que la crainte du danger oùils'exposoitneluy devoit estre considérable pour le destourner entièrement de son entreprise, laquelle ne réussissant pas selon son intention ne pouvoit tourner qu'à sa confusion et causer sa perte indubitable» au repos et soulagement de tout le royaume de France.
Le mercredy 17 mars 1619, nouvelles sont arrivées de la ville du Mans que monsieur le marquis de la Boullaye, que j'ai dit en la précédente arrivée avoir couru la province du Maine et fait retirer le marquis de Lavardin , l'évesque du Mans et autres qui levoient des trouppes en cette province, contre l'authorité du Boy et du parlement, estoit entré le 13 de ce mois avec soixante mâistres dans ladite ville du Mans, ayant laissé son armée, composée de sept à huit mille hommes, es environs de ladite ville, en laquelle il a esté receuavec applaudissement de tout le peuple et des habitans des bourgs et lieux de cette province, qui tous unanimement ont tesmoigné vouloir servir selon leur pouvoir pour le restablissement de la splendeur de ce royaume et de l'authorité du Roy, usurpée par les mauvais ministres de son Estât.
Le mesme jour l'on a eu advis à Paris que les trouppes
que le mareschal du Plessis-Pr&slin, du party contraire, a voit tirées des garnisons de Sainct-Denis, Mont-Lhéry, Chastres et autres lieux, qu'il avoit fait marcher vers Dampmartin pour entrer en l'Isle-de-France et s'opposer à celles que l'on disoit que l'archiduc Léopold avoit fait entrer en Picardie, estoit retourné en ladite ville de Sainct-Denis et avoit fait retirer lesdites trouppes aux lieux de leurs garnisons , sans sçavoir la raison pour laquelle ils avoient reculé si promptement. Toutefois, contre la surséance d'armes, ils n'ont pas laissé de piller deux bourgs qui estoieùt sur leurs marches et voler des particuliers de Gonnesse et autres villages qui revenoient de Paris sur l'assurance de cette surséance ; ce qui fit faire grande plainte dans la ville.
Le jeudy 18 fut envoyé de Ruel à Paris advis de la continuation de la surséance d'armes accordée pour trois jours, pendant lesquels messieurs les députés du parlement continueront à traiter de l'accommodement pour la paix.
Le mesme jour, monsieur le duc de Bouillon, un de nos généraux, fit faire revue générale de la cavallerie de nostre armée en la plaine de Long-Boyau, au dessus de Ville-Juifve, en la présence de monsieur le prince de Conty, nostre généralissime , et de messieurs les ducs d'Elbeuf et de Beaufort et mareschal de La Mothe ; ce qui fut très agréable à voir à plusieurs personnes de condition et quantité de bourgeois qui y estoient allez, pour le bon ordre auquel cette milice estoit , tant aux personnes qu'en leur équipage.
Le jour d'hier sont partis de Paris, par l'ordre de mondit sieur le duc de Conty et de mesdits sieurs les généraux, monsieur le duc de Brissac et les sieurs de Barière, de Grecy et de Bas, pour aller à Ruel, à la
conférence , y représenter leurs intérests et se joindre à messieurs les députez du parlement.
Le vendredy 19, lettres sont arrivées de Bordeaux, par lesquelles Ton mande que le parlement de Guyenne et les villes de cette province se sont déclarées pour le parlement et la ville de Paris, et qu'en ladite province, par l'ordre de leurdit parlement, l'on fait des levées de gens de guerre pour s'opposer à la tyrannie de ceux qui veulent empescher les bonnes intentions de Sa Majesté de retourner en sa bonne ville de Paris et luy rendre sa splendeur par sa royale présence.
Le mesme jour, autres nouvelles sont arrivées de la ville de Thoulouse, par lesquelles l'on donne advis que le parlement de Languedoc a rendu arrest par lequel il a fait deffenses aux trouppes de gens de guerre qui sont dans la Catalogne d'entrer en France et passer par cette province et celle de Guyenne, par lesquelles Ton disoit qu'ils vouloient venir et quitter leurs garnisons, au préjudice du service du Roy.
Le mesme jour 19, au soir, est arrivé à Paris le sieur comte de Fiesque, un des lieutenans de monsieur le duc de Longueville, par luy envoyé à monsieur le prince de Gonty et à messieurs nos généraux leur faire sçavoir de ses nouvelles et ce qui se passe en Normandie concernant les affaires communes.
Le samedy 20, le parlement, en exécution de son arrest du 11 de ce mois, ordonna qu'il seroit incessamment procédé à la contrainte des taxez pour payer leurs parts des taxes faites pour le payement des frais de l'armement et subsistances des gens de guerre de l'armée levée pour le secours de la ville de Paris. Le mesme jour messieurs les prévost des marchands et eschevins de ladite ville vindrent au parlement pour avoir
Dtr COURRIER FRANÇOIS [16&9]. 397
l'ordre de la procession générale qui a accoustumé d'estre faite par chacun an le vingt-deuxiesme du présent mois, en mémoire et pour rendre grâces à Dieu de l'heureuse réduction de ladite ville de Paris en l'obéissance du très chrestien, très victorieux et très clément Henryle-Grand, quatriesme de ce nom, roy de France et de Navarre, père du peuple, protecteur et asile des oppressez.
Ledit jour, en l'assemblée du parlement, monsieur le prince de Gonty, assisté de messieurs nos généraux, dit que luy et mesdits sieurs déclaroient qu'ils n'avoient donné leurs prétentions, dont estoient chargez leurs députez, que pour la nécessité où ils se sont trouvez de chercher leur seureté en cas que le cardinal Hazarin demeurast dans le ministère, et protestoient de renoncer à leurs intérests particuliers dès le moment qu'il en seroit exclu ; mais en cela comme en toutes autres choses qu'ils se soumettoient au sentiment du parlement, duquel ils protestoient ne se point vouloir désunir, desclarant qu'ils ne se sont jamais joints à cette compagnie que pour la paix générale, le soulagement des peuples, la conservation de la ville de Paris, et que de ce il avoit esté dressé mémoire signé dudit sieur prince de Gonty, lequel il auroit requis estre inséré et mis au greffe; ce que la Cour auroit fait d'un commun vœu , et ordonné qu'il en seroit délivré actes et coppies pour envoyer à messieurs les députez àRuel; et encore ledit sieur prince de Gonty auroit au mesme instant dit que monsieur le duc de Longueville seroit dans les mesmes sentimens.
A mesme temps monsieur le comte de Maure partit de Paris avec copie de la susdite déclaration , pour la porter àRuel aux députez de mondit sieur le prince de Conty et de mesdits sieurs les généraux, avec charge ex-
presse d'en faire une très grande instance à la conférence.
L'on a eu advis de Rouen que le parlement et autres cours souveraines» s'estant assemblés le jour précédent avec monsieur le duc de Longueville, ont nommé des députez, au nombre de seize, pour se trouver à ladite conférence; qu'ils estoient partis de ladite ville pour Ruel, avec pouvoirs et mémoires pour traicter des intérests de la cause commune en général et de leur province en particulier.
Comme le Roy et la Reyne régente sa mère ont tousjours esté portez de bonne volonté pour les peuples de toutes les provinces de leur royaume, et particulièrement pour le bien de la ville de Paris, et que le mal qui y est arrivé, et es environs, a esté, contre leur intention, effectué par 1 ordre de celuy qui abusoit de leur authorité et du pouvoir que luy donnoit la cbarge de son ministère , Leursdites Majestez ont fait publier une ordonnance , donnée à Sainct-Germain-en-Laye cedit jour 20 mars , par laquelle, sur ce qui a eslé représenté au Roy de la part du prévost des marchands et eschevins de la bonne ville de Paris qu'au préjudice de ce qui leur a esté accordé par Sa Majesté aucunes villes estans sur les rivières de Marne et Seine, et autres lieux dont il peut venir des bleds à Paris, ont fait difficulté d'en laisser sortir , pour n'avoir pas receu d'ordre de Sa Majesté sur ce sujet, Sadite Majesté, par l'advis de la Reyne régente sa mère , a ordonné que les bleds et toutes sortes de grains , vins et autres vivres et denrées quelconques, seront tirées et transportées de toutes parts, et passeront en toute liberté etseureté en ladite ville de Paris, tant par eau que par terre , et que le commerce de toutes marchandises y sera entièrement libre et restably tout ainsi qu'il estoit avant le présent mouvement, avec mandement
aux gouverneurs dés places et villes 9 et tous autres, de tenir la main à l'exécution de ladite ordonnance. Nonobstant laquelle les gens de guerre du party contraire ne laissent pas de nous opposer tous les obstacles qu'ils peuvent pour nous en frustrer de l'effet; à quoy la peine qu'ils y prennent n'opère pas beaucoup, puisqo'avec tous leurs efforts la ville ne laisse pas d'estré à présent munie de vivres pour plus de six mois , en sorte que le premier dessein que l'on avoit eu de l'affamer s'en est allé en fumée.
Le dimanche 21, monsieur le duc d'Elbeuf, ayant relevé du camp de nostre armée monsieur le duc de Bouillon, fait travailler incessamment à la continuation des travaux et fortifications dudit camp , à Ville-Juifve , lesquels seront achevez en peu de jours, estans desjà pour la plu spart en deffense, particulièrement du costé de l'abbaye delaSaussaye, lequel costé est flanqué de deux demy-lunes avec très large fossé de chaque costé, bien palissade , et au derrière de deux places d'armes qui peuvent contenir plus de deux mille hommes en bataille*
Quelques compagnies des bourgeois du fauxbourg Sainct-Germain, jusques au nombre de six mille hommes ou environ , firent exercice l'après-disnée de ce jour dans le Pré-aux-Clercs, où monsieur le duc de Beaufort et monsieur le mareschal de la Motte s'y rencontrans, avec combien de zèle chacun se préparoi t pour la deffense de la ville.
Le samedy 22, en l'assemblée du parlement, monsieur l'arcbevesque de Gorinthe, coadjuteur à l'archevesché de Paris y estant venu , dit que monsieur le prince de Gonty , à cause de son indisposition , l'avoit chargé de dire à la cour que le jour précédent il avoit receu des nouvelles de l'archiduc Léopold, par lesquels
400 BXTBAITS
les il luy mande qu'estant entré en France il désiroît lever le soubçon que Ton pourroit prendre de sa marche , et faire connoistre à tout le royaume qu'il y venoit chercher la paix, et non pas faire la guerre; pour cet effect offroit d'arrester ses armes pourveu que la Reyne donnast des députez pour terminer tous les différends des couronnes; que ledit sieur prince de Conty, n'ayant pas jugé à propos de laisser passer cette occasion si advantageuse à la France, si importante et favorable à la chrestienté, avoit pour ce subjet annoncé aux députez de sa part d'insister sur cette proposition, supplioit la compagnie d'en considérer l'importance , et de donner mesme ordre à ses députez, protestant de ne rien tant désirer au monde et d'y sacrifier tous ses intérests particuliers; et si ledit archiduc vouloit se prévaloir de Testât auquel se trouve présentement la France , ledit sieur prince de Conty déclaroit qu'il est prest de rendre au Roy et au public tous les tesmoignages d'affection, de service et d'obéissance que doit une personne de sa naissance. Sur quoy , monsieur le procureur général du Roy ouy et la matière mise en délibération, la cour arresta qu'il serait fait registre dudit dire , autant duquel seroit envoyé aux députez de ladite cour estant à Sainct-Germainpour le faire sçavoirauRoy, pour en disposer selon sa volonté.
Le mesme jour lettres ont esté apportées de la part de monsieur le premier président, par lesquelles, entr 'autres choses, il fait sçavoir à Messieurs du parlement que le Roy et la Reyne régente ont encores accordé surséance d'armes jusques au jeudy en suivant. '
Nouvelles sont arrivées de Tours que les sieurs de la Folaine et chevalier de Gange , accompagnés de quelques autres de leur faction , estoient arrivez en ladite ville quelques jours auparavant , et estans à la porte , comme
l'on soubçonna qu'ils y venoient à mauvais dessein et que Ton les voulut fouiller, ils s'enfuyrent jusques à l'abbaye de Marmoutier, où les bourgeois de Tours (s'estans mis en armes) les poursuivirent, et, pour les prendre, investirent ladite abbaye; d'où ayans esté tirez, furent trouvez chargez de commissions et autres ordres du cardinal Mazarin, tant pour lever gens de guerre, recevoir deniers , que se saisir de la ville ; pour quoy ils ont esté arrestez, et depuis garde a esté faite par les bourgeois, qui sont tousjours sous les armes , attendant l'ordre du parlement pour leur plus grande seureté.
L'on a eu advis de Sainct-Germain-en-Laye que les députez de monsieur le duc de Longueville , du parlement de Rouen, des autres cours souveraines et des officiers de ladite ville, y estans arrivez le 21 de ce mois , y ont eu audience , et ensuitte l'on a commencé la conférence sur les articles par eux apportez pour la réformation du mauvais ordre au gouvernement de l'Estat, introduit par les tyranniques maximes et mauvais conseils du présent ministère, et pourl'intérest commun du public, avec toutes les autres provinces du royaume qui ont pris les armes pour ce sujet.
Le mardy 23, les maire, eschevins et officiers de la ville de Poictiers , au nom de ladite ville et de toute la province de Poictou, ont par leur député fait entendre en l'assemblée du parlement qu'ils avoient pris les armes pour le service du Roy, sous l'authorité du parlement, et qu'ils requéroient qu'il pleust à la cour leur faire expédier commissions pour lever des gens de guerre pour la seureté de leur province, et prendre les deniers nécessaires pour leur subsistance, outre celles que monsieur le duc de La Trimouille y a levées, qui sont desjà sur pied au nombre de sept à huict mille hommes. II* série , t. vu. 26
Gedit jour 28 , la cour a arresté que Ton continuerait la vente encommencée des meubles du cardinal Mazarin, et encores qu'il seroit procédé à la vente de quelques balots de tapisseries et autres meubles appartenans au sieur Petit , receveur des rentes , lesquels il avoit destournez pour plus facilement se ranger du party contraire.
Le mercredy 24, la lettre de monsieur le premier président a esté leue en l'assemblée du parlement, par laquelle il mandoit que la Reyne tesmoignoit souhaitter, non-seulement un accommodement pour le fait particulier de la ville de Paris , de messieurs les généraux et des autres villes du royaume , mais encore qu'elle désiroit avec passion parvenir à une paix générale; et qu'à cette fin elle avoit» par monsieur le comte de Brienne , secrétaire d'Estat, fait dire à monsieur le nonce du Pape «et à monsieur l'ambassadeur de Venise qu'ils donnassent advis à l'archiduc Léopold qu'elle envoyéroit des ambassadeurs avec plain-pouvoir aussitost qu'il y auroit lieu convenu pour en traitter.
AUTRE ARRIVÉE
APPORTANT TOUTES LES NOUVELLES
DE CE QUI fi'EST PASSÉ DEPUIS SA DERNIÈRE ARRIVÉE
JUSQUES A PllÉSENT.
Entre les sages enseignemens que Cicéron , ce grand ornement de l'éloquence , donna jadis à son fils , un des principaux est que l'on doit exactement prendre garde de ne parler d'aucune paix qu'elle ne soit autant bonne et seure qu'exempte de toutes embusches et tromperies de la part de ceux avec lesquels on en veut traiter ; ce que luy-mesme en un autre temps fit pratiquer à ses concitoyens lorsque l'occasion s'en présenta contre Marc-Antoine , les ayant empesché d'entendre à aucune paix avec cetuy leur ennemy, connoissant le peu de foy qu'il y avoit en luy, qui estoit l'escueil, le nœud et l'obstacle de la seureté publique; et c'est sur cette maxime que
UOU EXTRAITS
dos sages députez ont mieux aimé , aux despens de leur patience , examiner une affaire si importante et trouver dans le temps les choses nécessaires à affermir la paix que de se hazarder à des reproches d'avoir esté circonvenus par une précipitation où on eust pu trouver jour à quelque manquement de foy.
Le parlement, les princes, les seigneurs et les provinces» qui n'ont pris les armes que pour la deffense du royaume et des sujets du Roy contre celuy qui les opprimoit, aussi zélez pour l'authorité de Sa Majesté que pour le soulagement de son peuple, après avoir tenté toutes les voyes de douceur pour tascher d'accommoder les présens mouvemens, n'ont pas creu néantmoins que, pour chercher la paix, il fallust rien faire injustement ny souffrir honteusement pour la trouver, et se sont creus obligez, pour sauver l 'Estât d'une entière ruyne , de se déclarer ouvertement contre celuy qui en estoit la principale cause, et requérir avec instance son esloignement, afin que, la racine de nostre malheur estant coupée, cette dangereuse tempeste qui s'apprestoit à tomber sur la France fust aussitost divertie. C'est donc de cette généreuse résolution dont nous vous ferons part avec les autres nouvelles de cette nouvelle arrivée.
Le mercredy 24 mars 1649, monsieur le prince de Gonty, généralissime, et messieurs nos généraux, furent voir faire reveue de nostre cavalerie au camp de Ville- Juifve, où monsieur le duc d'Elbeuf commandoit, qui fut relevé par monsieur le duc de Beaufort; et en cette revue parut que cette cavalerie, au nombre de quatre mille hommes, est des meilleures qui aient esté en France il y a longtemps.
, Le mesme jour le parlement donna aussi arrest sur
les taxes faites pour la subsistance des armées levées pour la cause commune du royaume, et ensuitte la cour délibéra sur la permission que monsieur le prince de Harcourt, fils aisné de monsieur le duc d'Elbeuf, demandoit de lever des trouppes dans le territoire de Montreuil sur la mer, où il est allé à cause de la mort de monsieur le comte de Lannoy, son beau-père, qui en estoit gouverneur ; et fut ordonné que mondit sieur le duc d'Elbeuf, gouverneur de la province de Picardie , dont cette ville dépend, donneroit ordre àlaseureté de ladite place selon qu'il verroit en estre besoin.
L'on a eu advis de Sainct-Germain-en-Laye que messieurs les députez de la province de Normandie avoient fort insisté sur l'esloignement du cardinal Mazarin , et qu'ils attendoient response sur cet article pour procéder à l'accommodement des autres, dont ils sont chargez par leur députation.
L'on a eu nouvelles de Guyse que l'armée de l'archiduc, composée de douze mille hommes de pied et quatre mille chevaux, estoit campée à deux villages à trois lieues de Guyse, l'un appelle le vicomte de Vadencourt et l'autre Meneurel , et que ledit archiduc y est en personne avec le duc Charles, et que le général Lamboy avoit pris sa marche, avec les troupes qu'il conduit, du costé de Champagne.
Comme aussi l'on a eu nouvelles certaines que le général Erlac n'estoit point sorty de Brisac , comme l'a supposé contre vérité celuy qui a emprunté le nom de Courrier de la cour, se monstrant en cela mal intentionné au bon party, puisque cette fausse nouvelle ne pouvoit estre dite que pour mettre de la crainte dans l'esprit de ceux qui n'en ont pas eu jusqu'à présent, mais seulement quelques-unes de ses troupes en petit
nombre ; comme n'est pas plus vraye celle qu'il a inventée que les troupes de la Lantgrave de Hesse n'estoient pas assurées pour nous» puisque monsieur le prince de Talmont, son gendre, est en marche avec ses troupes et quelques autres de monsieur de Turenne pour le secours de Paris et des autres villes du royaume» De quoy j'ai bien voulu icy advertir les bons François , afin qu'ils demeurent fermes dans la résolution qu'ils ont prise et ne se fient pas à toutes sortes de gens qui racontent des nouvelles.
Il y a aussi lettres escrites de Rouen , par lesquelles on donne advis que monsieur le duc de Longueville s'estoit saisi de Montiviliers, et que le sieur de Chamboy, un de ses lieutenans , avec des troupes de gens de pied et de cheval, estoit party de Lisieux pour empescher les levées que s'efforce de faire en ces quartiers le baron de Mare , du parti contraire , et que ledit sieur duc avoit envoyé d'autres troupes pour assiéger la ville de Harfleur, ce qui avoit esté fait le 17 de ce mois par le sieur de Bois-le-Febure , qui, le 20 ensuivant, l'auroit fait sommer de se rendre. Les habitans sçachant que, si cette place n'estoit secourue par la garnison du Havre, du gouvernement duquel elle dépend, ils ne pouvoientpas soustenir ce siège, pour lequel ledit sieur de Longueville avoit envoyé deux mille hommes, en donnèrent advis au gouverneur, qui se mit en devoir de la secourir, y ayant envoyé à cette fin deux cent cinquante hommes qu'il avoit tirez de sa citadelle ; lesquels estant en chemin, ayant descouvert de la cavalerie, l'espouvante les ayant surpris» ils se retirèrent en très grand désordre jusques au Havre dont ils estoient partis, et où ils n'arrivèrent qu'à dix heures du soir, enqores qu'il n'y ait pas une demi-lieue d'une des places à l'autre,
DU GOUHBIBR VB4NÇOIS [1649]. Z|07
et qu'ils fussent partis de grand matin. Le soir du mesme jour, 20 de ce mois , la garnison qui estoit dans ladite ville de Harfleur, au nombre de soixante soldats outre les officiers, se rendit à discrétion, et lesdits soldats furent menez au chasteau de Tancarville et leurs officiers à Rouen. Après la reddition de cette place une partie des troupes qui l'assiégeoient furent au chasteau du sieur Fontaine-Martel, du parti contraire, lequel ils prirent aussi , et en firent emmener cinq pièces de canon qui ont esté conduites à Rouen.
Le jeudi 25, fête de l'Annonciation de la Vierge, le parlement fut extraordinairement assemblé , avec monsieur le prince de Conty et messieurs nos généraux, sur l'arrivée d'un courrier de Sainct-Germain-en-Laye, qui avoit esté envoyé afin de nouvelle surséance d'armes pour la continuation de la conférence qui se tient à Sa i net-Germain , la précédente finissant ce mesme jour, et ayant esté délibéré sur ce sujet, fut accordé une nouvelle surséance jusques à lundy prochain inclusivement, etarresté que les députez seroient advertis et priez de la part de la compagnie de terminer cette conférence dans lesdits quatre jours.
Le vendredy 26, sur la remonstrance faite par les colonels, capitaines et officiers des compagnies des bourgeois de Paris , les prévost des marchands et eschevins ont fait une ordonnance portant injonction aux chefs et officiers des compagnies de continuer lesdites gardes, tant de jour que de nuict, et à tous les bourgeois et habitans de ladite ville d'aller soigneusement à ladite garde et obéir à leurs officiers, suivant les règlemens faits sur ce sujet, avec deffenses de sortir ny désemparer de ladite garde sur les peines portées par ladite ordonnance.
Le mesme jour on a eu nouvelles que les habitans de la Ferté-sur-Jouarre avoient refusé la garnison que le cardinal Mazarin y avoit envoyée; et qu'ils s'estoient mis en armes pour la garde de leur ville, en sorte qu'ils n'y laissent entrer aucuns gens de guerre , sçachans bien les désordres que les garnisons du party contraire ont apportez aux villes où ils sont entrez.
Le samedy 27, en l'assemblée du parlement, monsieur le prince de Gonty dit que, par la déclaration qu'il avoit faite à la cour le 20 de ce mois, tant pour luy que pour insister à l'éloignement du cardinal Mazarin, seul cause de la continuation de la guerre et de tous les autres maux de la France, que les instances que leurs députez en avoient faites à la conférence avoient esté jusques icy sans succez, mais qu'ils l'espéroient tout entier si, par un arrest, la cour faisoit cognoistre qu'outre les anciennes raisons de l'éloignement il y a encores celles d'assoupir le feu qui pour son seul subjet est maintenant dans toutes les provinces et principales villes de ce royaume , et prioit la cour d'en délibérer. Ce qu'ayant esté fait, il fut arresté qu'il seroit fait registre de ladite proposition , autant duquel seroit envoyé aux députez, lesquels insisteraient à ladite proposition du 20 de ce mois pour l'esloignement dudit cardinal Mazarin.
Le mesme jour l'on eut advis à Paris que l'on avoit envoyé des gens mal intentionnez en ladite ville pour y mettre le feu ; c'est pourquoy le prévost des marchands et les eschevins ; ayans délibéré sur ce subjet , ordonnèrent que tous les bourgeois tiendraient des vaisseaux pleins d'eau dans chaque maison , pour donner ordre et empescher ce mauvais dessein; ce que les officiers de ladite ville firent sçavoir par tous les quartiers, et à l'in-
stant y a esté pourveu ; de sorte que ces incendiaires perdroient leurs peines d'attenter cette attroce meschanceté.
L'on a eu advis de Lyon que les habitans de cette ville se mettoient en estât de se deffendre des surprises que l'on voudroit attenter contre eux, et donnoient ordre pour la conservation de leur ville , duquel ordre et du succez d'iceluy on nous a promis envoyer les parlicularitez au prochain voyage ;
Comme aussi, de Siinct-Germain, que le marquis de Gerzay, du party contraire, estoit allé avec quelques trouppes pour empescher le progrez que fait monsieur le marquis de la Boullaye avec les siennes dans la province d'Anjou , où il s'est desjà asseuré de la ville de La Flèche , et ensuitte a pris sa marche vers Angers et Saumur, les habitans desquelles villes se sont déclarez pour la cause commune , et ne sont retenus que par les chasteaux qui sont ausdites villes , commandez par des chefs du party contraire.
Le dimanche 28 , lettres sont arrivées de la ville de Bordeaux, par lesquelles l'on mande que les habitans de ladite ville ont pris les armes pour la cause commune , et qu'ils se sont saisis du chasteau de Hact et ont investy le chasteau Trompette.
L'on a envoyé de Rennes un arrest de la cour de parlement de Bretagne, rendu le 11 de ce mois, les chambres assemblées, sur les lettres de cachet du Roy, données à Saint-Germain-en-Laye le 10 février précédent, l'une adressée au sieur évesque de Nantes, et les autres aux maires , eschevins et communautez des villes de cette province, pour la nomination des députez qui doivent assister aux estats- généraux du royaume, assignez au lô avril à Orléans; par lequel
arrest ladite cour, après avoir veu les lettres-patentes données à Fontainebleau le 15 avril 1661 pour la convocation des estats du royaume, registrées en ladite cour le 29 desdits mois et an» a arresté que le Roy seroit très humblement supplié avoir agréable que l'ordre de tout temps observé pour la convocation des estats , soit inviolablement gardé, et qu'ils ne soient assemblez que par lettres-patentes vérifiées en parlement, et de surseoir la tenue des Estats de cette province; et cependant a fait deffenses à toutes personnes ^de quelque qualité et condition qu'elles soient, de s'y assembler sous prétexte desdits Estats.
Autres nouvelles de Rouen que monsieur de Matignon , lieutenant de monsieur le duc de Longueville , a réduit en son obéissance la ville de Valongne , et que le sieur de Bellefond, du party contraire, qui ycommaqdoit, s'est retiré dans le chasteau plustost à dessein de faire quelque honorable capitulation que de résister aux troupes qui le tiennent assiégé, puisqu'il sçayt bien qu'il n'est pas assez fort pour se garantir de la prise, et que monsieur le duc de Rets est arrivé à Rouen , qui a envoyé trois mille hommes qu'il a levez en Basse- Bretagne pour joindre celles dudit de Matignon.
Le lundy 29, en l'assemblée du parlement, ayant esté délibéré sur la continuation de la surséance d'armes, qui finissoit le mesme jour et que Von requéroit encore pour trois jours , a esté arresté qu'elle seroit continuée pour vingt-quatre heures seulement , et que monsieur le prince de Gonty et messieurs nos généraux en seroient advertis, et priez de se trouver demain à rassemblée dudit parlement.
Le mesme jour, la cour de parlement, toutes les chambres assemblées, a rendu arrest par lequel elle a
ordonné que les précédera arrests donnez sur le fait de l'impression seront exécutez, et a fait itératives deffenses à tous imprimeurs d'y contrevenir et d'imprimer aucune chose sans permission expresse de la cour ou des conseillers d'ycelle à ce commis, à peine de punition corporelle.
L'on a eu advis de Chasteau-Chinon que des troupes du comte Dalets, faisans quelques désordres en Bourgogne , ayant esté poursuivies par les paysans des villages qui estoient sur leurs marches, furent contraints de s'enfuir vers ladite ville de Chasteau-Chinon, où ils n'ont esté receus qu'après avoir rendu leurs armes et équipages, et ensuitte s'en sont retirez séparément, y ayant laissé leursdites armes pour rembourser en quelque sorte les ruines qu'ils avoient causées en ces quartiers.
Le mardy 30, monsieur le premier président a envoyé de Sainct-Germain lettres au parlement par lesquelles il mande qu'il est sur son départ, pour venir instruire la compagnie de ce qui s'est passé en la conférence, et que Ton désiroit encore que la surséance d'armes fust continuée pour quatre jours; laquelle surséance a esté accordée pour ledit temps.
Le mesme jour, sur les quatre heures du soir, mondit sieur le premier président et messieurs les autres députez sont arrivez à Paris suivant sa susdite lettre.
Le mercredi SI et dernier mars , le parlement a esté assemblé, où ont assisté monsieur le prince de Conty et messieurs les généraux , et lecture y a esté faite du procez-verbal de ce qui s'est passé à la conférence de Ruel pour la paix, et la délibération sur le contenu en iceluy remise au lendemain.
AUTRE ARRIVÉE
APPORTANT TOUTES LES NOUVELLES
DE CE QUI s'iiST PASSÉ DEPUIS SA DERNIERE ARRIVÉE
JUSQUES A ÇRÉSENT.
Comme il n'y a rien qui puisse davantage contribuer à raffermissement et agrandissement d'un royaume que l'union et la parfaite intelligence du souverain avec ses subjects , aussi, entre les plus notables altérations qui luy peuvent arriver, il n'y en a point de plus dangereuse que la division et la discorde, qui, s'estant une fois malheureusement introduites dans les Estats les plus florissans, après mille dégasts soufferts par les particuliers, y causent enfin une désolation et ruine universelle.
ki-U EXTRAITS
La France, par telles divisions naissantes» sembloit desjà préparer à toute l'Europe un théâtre funeste pour représenter de si sanglantes tragédies; les dégasts et les désordres arrivez es environs de la ville de Paris n'estoient aussi qu'un crayon des malheurs qui accompagnent ordinairement les guerres civiles, et desquelles il n'y avoit aucun bon François qui n'en souhaittast estre délivré , lorsque le retour de messieurs les députez du parlement, nous ayant assurez d'une ferme paix, nous a en mesme temps fait espérer de jouyr des douceurs que ce beau nom promet à un chacun, avec la tranquillité qui en est inséparable .
Le mercredy 31 mars 1649 a esté envoyé une ordonnance du Roy, donnée à Sainct-Germain-en-Laye le 30 dudit mois» par laquelle Sa Majesté estimant que, pour le bien de son service et le restablissement de la tranquillité de la ville de Paris , il est important que les habitans d'icelle continuent à faire garde aux portes, Sadite Majesté commande la continuation desdites gardes jusques à ce que, les choses estans entièrement pacifiées , Ton la puisse lever sans qu'il en arrive aucun inconvénient.
Le mesme jour ont esté levées les lettres escrites par le parlement de Toulouse au parlement de Paris, avec l'arrest rendu audit parlement le douziesme de ce mois, afin de faire remonstrances au Roy et à la Reyne régente pour l'exécution de la déclaration du mois d'octobre et pour le soulagement des subjets de Leurs Majestez.
Le jeudy 1 er avril 1649, le parlement a esté assemblé, où monsieur le prince de Gonty, messieurs les ducs d'Elbeuf, de Reaufort, de Bouillon, de Luynes, de Brissac et le mareschal de La Mothe ont assisté ; et ledit sieur
duc de Bouillon ayant remonstré, tant pour lu/y que pour lesdits sieurs, qu'ils avoient tousjours souhaitté la paix et qu'ils ne vouloient y apporter aucun retardement pour leurs intérests particuliers, lecture fut faite des responses que le Roy avoit fait dresser aux propositions desdits princes et seigneurs ; et ensuitte messieurs les gens du Roy présentèrent la déclaration de Sa Majesté sur les présens mouvemens, donnée à Sainct-Gerraaia-en-Laye au présent mois de mars, par laquelle, entre autres choses» sadite Majesté a ,
Premièrement : • Ordonné que tous les arrests, commissions et autres actes décernez tant par le parlement que par les prévost des marchands et eschevins de Paris et autres, ensemble tous traictez, lettres, escrits depuis le sixiesme janvier, au subjet des présens mouvemens, jusques au jour de ladite déclaration, demeurent comme non advenus, sans que personne en puisse estre recherché ny inquiété. Demeurent néanmoins en leur entier les arrests rendus entre les particuliers ou avec monsieur le procureur général pour affaires particulières, mestnes les adjudications par décret, réceptions d'officiers, mestnes ceux de la création de mil six cent trente-cinq ;
Secondement : » Que tous les arrests donnez au conseil et déclaration publiés en iceluy, et lettres de cachet, aussi expédiez depuis ledit jour sixiesme janvier, demeurent comme non advenus, et en conséquence que la mémoire de toutes unions, traictez, associations, et ce qui pourroit avoir esté fait pour raison de ce, demeure estcinte et assoupie, sans que ceux qui s'en sont meslez en puissent estre recherchez, mesme pour levée de troupes, prises de deniers publics et particuliers, et
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autres choses généralement quelconques ; mesmes que les princes, prélats, seigneurs et gentilshommes et tous autres, de quelque qualité et condition qu'ils soient, sans aucun excepter, qui se trouveront avoir agi ou contribué en quelque sorte auxdits mouvemens, soient restablis dans tous leurs biens, honneurs, charges, offices et bénéfice, au mesme estât qu'ils se trouvoîent audit jour sixiesme janvier, à la charge qu'ils poseront les armes et se départiront de toutes associations et traictez, si aucun y a , faits pour raison desdits mouvemens, tant dedans que dehors le Royaume ;
Troisièmement : » Que les gens de guerre levez sous les ordres desdits princes et seigneurs seront licentiez, à l'exception de ceux qu'il plaira à Sadite Majesté retenir ;
Quatrièmement : » Que tous prisonniers, tant de guerre qu'autres, qui ont esté arrestez depuis ledit jour sixiesme janvier, seront mis en liberté ;
Cinquièmement : » Que pendant les années mil six cent quarante-neuf et mil six cent cinquante seulement il pourra estre fait emprunt de douze millions par an seulement, et si besoin est, et lesdits emprunts volontaires, sans qu'aucun des subjects de Sa Majesté y puisse estre contraint, et pour ledit emprunt l'intérest payé au denier douze, sans que les sommes dudit emprunt puissent estre employées que pour les affaires présentes et non pour les debtes du passé ;
Sixièmement : * Que les eslections de Xaintes, Cognac et Sainct-Jean-d'Angely, distraictes de la cour des Aydes de Paris, y seront réunies ;
Septièmement : » Que Sadite Majesté pourvoira au soulagement des contribuables aux tailles de l'eslection
de Paris, sans rejetter le soulagement sur les autres eslections ;
Huitièmement : « Que la déclaration portant la suppression du semestre du parlement de Provence soit exécutée aux conditions du traité fait avec ladite cour. Et en dernier lieu Sa Majesté a supprimé le semestre estably en la cour de parlement de Rouen, sans qu'à l'advenir il puisse estre reslably, à la réserve d'un office de président, de treize offices de conseillers et de deux des requestes du palais, qui demeurent incorporez au corps dudit parlement, à la charge depayer par ledit président soixante-dix mil livres, les conseillers trente mil livres chacun» pour estre les deniers payez à ceux qui sont supprimez. Après que la déclaration fut présentée, mesdits sieurs les gens du Roy en requirent l'enregistrement et l'exécution ; sur quoy la cour, toutes les chambres assemblées, ayant délibéré, ordonna que ladite déclaration seroit registrée au greffe pour estre exécutée selon sa forme et teneur, et outre arresta qu'il seroit rendu grâces à Dieu, et le Roy et la Reyne régente remerciez de ce qu'il leur a pieu donner la paix à leurs peuples ; qu'à cette fin seroient députez des président et conseillers pour faire ledit remerciement et supplier Leurs Majestez d'honorer la ville de Paris de leur présence et d'y retourner, comme aussi pour l'exécution des choses accordées de tous messieurs les généraux; et outre qu'il seroit donné ordre à la satisfaction et licenciement des troupes. Ce qui fut publié à son de trompe par les carrefours de la ville et fauxbourgs de Paris le lendemain deuxiesme de ce mois. •
Le soir du mesme jour, premier avril, en réjouissance de cette déclaration qui nous donnoit la paix tant désirée, l'on fit des feux dans les rues de ladite ville et faux !!• SÉRIE, t. vu. 27
bourgs de Paris, et les officiers de la Tille firent retentir les canons et les boettes pour en donner advis aux lieux circonvoisins.
Le vendredy 2, nouvelles sont venues de Laon que l'archiduc a fait advancer son armée vers ladite ville et vers Orecy, village qui en est à trois lieues, où il a fait camper le long de la rivière d'Aisne, et que monsieur le mareschal du Plessis-Praslin est de l'autre costé de ladite rivière avec plusieurs troupes de l'armée du Roy, en attendant encore d'autres pour faire reculer ledit archiduc, qui est allé trouver le duc Charles, qui a aussi fait camper ses troupes entre Marie et Vervins; et que les habitans de Laon se sont mis en estât pour repousser ces troupes ennemies, en cas qu'elles voulussent entreprendre quelque chose sur leur ville, comme pareillement ont fait ceux de la ville de Reims, ayant braqué leurs canons sur les murailles de leur ville et apresté leurs armes à mesme dessein.
Le samedy 3 l'on a eu nouvelles de Calais que le sieur Destrades, à présent gouverneur de Dunquerque au lieu du mareschal de Rantzau, avoit envoyé en ladite ville de Calais madame la mareschale de Rantzau, et qu'elle est logée chez les religieuses de l'Hospital;
Comme aussi de Rouen que monsieur de Matignon est venu trouver monsieur le duc de Longueville, et que leurs troupes avoient esté mises en garnison en plusieurs endroits de la province.
Le mesme jour la cour des aydes de Paris a fait registrer au greffe la susdite déclaration du Roy, donnée sur les présens mouvemens, ensemble les autres déclarations y énoncées, et a arresté qu'il seroit rendu grâces à Dieu, et le Roy et la Reyne régente remerciez par dé-
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putez de ladite cour, qui en outre prieront Leurs Majestez de pourvoir au soulagement des villes, bourgs et paroisses dépendans d'autres eslections que celles de Paris, qui ont souffert des pertes à cause des passages et logemens des gens de guerre.
Le mesme jour, les prisonniers qui estoient détenus au chasteau de la Bastille ont esté mis en pleine liberté.
Le lundy 5, lendemain de Pa&ques, l'armée levée pour le secours de Paris a fait monstre. générale, et tous les gens de guerre payez et ensuite licenciez, sauf quelques régimens de cavalerie qu'il a plu à Sa Majesté de retenir, ayant à cette fin baillé nouvelles commis* sions à leurs chefs pour aller joindre monsieur le mareschal du Plessis-Praslin.
Le mesme jour, messieurs les princes de Gondé et de Conty, et madame la duchesse de Longueville, s'entre* virent à Ghaliot, où monsieur le duc de Bouillon fut saluer monsieur le prince de Gondé.
L'après-disnée du mesme jour, le Te Deum a esté chanté en l'église de Nostre-Dame, cathédrale de la ville de Paris, où Messieurs des cours souveraines et officiers de la ville ont assisté, et ensuite les canons de la ville et de l'arsenal ont tiré plusieurs fois, et le soir des feux allumez par les rues de la ville et fauxbourgs.
Le mardy 6, messieurs les députez du parlement sont partis de Paris pour aller à Sainct-Germaïn pour remercier le Roy et la Reyne régente, suivant ce qu'il avoit esté arresté par la compagnie.
Le mercredy 7, nosdits sieurs les députez sont revenus de Sainct-Germain-en-Laye à Paris.