LE PRINCE DE GONDÉ
A SÀINCT-GERMÀIN-EN-LÀYE.
Monseigneur,
Les faveurs et les insignes bienfaits par lesquels vous vous estes acquis les cœurs , les affections et les vœux de tous ceux de nostre ordre, en quelque endroit qu'ils soient dans tontes les parties du monde, obligent à présent, par un malheur inopiné» l'un de ses moindres religieux de mettre la main à la plume pour vous parler sur du papier» ne luy estant pas permis de le faire de bouche comme il avoit ci-devant acccoustumé , lorsqu'il «voit l'honneur de trouver l'accès libre auprès de vostre personne; et je prends cette liberté d'autant plus hardiment que c'est en un sujet où il y va de l'intérest de vostre gloire et de cette grande estime que vous vous este» acquise par vostre générosité incomparable , pour
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la conservation de laquelle nous voudrions sacrifier tout ce qu'il y a de bien , de crédit et de pouvoir dans nostre congrégation; car, Monseigneur» personne n'ignore que vous estes de trop illustre naissance, trop bon François, trop serviteur du Roy, trop vigoureuse branche de la tige de Bourbon , trop sage dans vostre conduite et trop généreux dans vos actions, pour soustenir le party où il semble d'abord que vous vous engagiez. Tout Paris a de la peine de croire (et sans doute toute la France, mais toute l'Europe sera dans ce mesme sentiment) que vous veuillez favoriser de vostre protection , contre le bien du Roy et de l'Estat, une personne que tout le inonde sçait estre le perturbateur du repos public , l'ennemy, le destructeur, la peste et la ruine de. toute la France» et chacun demeure d'accord qu'il faut qu'il se soit servy de quelque puissante magie pour vous charmer les oreilles et siller les yeux , afin de vous empescher de voir l'excès de ses voleries et d'entendre les plaintes de la misère publique, qui sont montées jusques au ciel, et ont attiré la miséricorde de Dieu sur eux et provoqué sa justice à en faire la punition sur l'autheur de tant de maux. C'est dans cette déplorable conjoncture que nous sommes contraints de reconnoistre que tout ce que nous avons enseigné jusques à présent avec tant de contention et d'opiniastreté est notoirement faux, et d'avouer que la grâce de Dieu est nécessaire à toutes les actions des hommes pour estre bonnes; qu'il ne la doit à personne et ne la donne qu'à ceux qu'il luy plais t, et que, la refusant aux meschans, il les abandonne dans la licence de leur vie , les aveugle dans leur conduite , et les laisse dans l'endurcissement pour y finir malheureusement, qui est le sceau et le dernier caractère de la réprobation. Car, quel autre jugement peut-