AU PRINCE DE CONDÉ
t>n faire du cardinal Mazarin , après tant de désordres causez , fomentez et^entretenus dans toute l'Europe par ses brigues et ses fourberies ? après avoir soulevé les sujets contre leurs princes et fait assassiner un million d'ames dans la rage et la furie des rébellions? après la persécution de plusieurs personnes de toutes conditions ? après le violement de toute justice , tant divine qu'humaine? après le vol de toutes les finances? après avoir succé le sang du peuple jusques dans les mouëlles? s'estre porté dans cet excez de hardiesse et d'insolence que d'entreprendre sur la personne du Roy ? le faire comme son prisonnier? l'enlever en pleine nuict, sans considérer le péril de sa vie dans la tendresse de son âge ? le tirer de son palais et du centre de la seureté de sa personne pour le conduire où bon luy semblera , dans la créance qu'il a que monsieur le Prince luy servira de bouclier» ou plustost de prévost, d'archer, de concierge et de sergent ? Peut-on s'imaginer un plus grand aveuglement , et faut-il douter que Dieu, voyant la mesure de ses crimes à son comble, n'ayt permis qu'il l'ayt surchargée de ce dernier attentat, qui seul mérite l'exécration du ciel et de la terre, afin d'en faire un exemple de punition, pour les siècles futurs, à tous ceux qu'un orgueil furieux comme le sien pourroit solliciter à des desseins si estranges et si inutiles?
Si vous n'estiez pas tout clairvoyant comme vous estes» ou si vous aviez moins d'expérience de sa conduite et de ses actions que vous n'avez, je vous dirois une partie de ce qu'il est et ce qu'il a esté , et il seroit aisé d'entirer la conséquence certaine et démonstrative de ce qu'on se doit promettre d'une* personne de sa naissance et de son tempérament. Son origine n'est pas de ces illustres et de ces conquérans qui ont esté autre-