LES EUROPÉENS A MADAGASCAR
RELÂCHE DU NAVIRE .LE BARNEVELD-, DE LA COMPAGNIE DES INDES ORIENTALES, V
SUR LA CÔTE OUEST DE MADAGASCAR DESCRIPTION DE L'ÎLE ET MOEURS DES SAKALAVES,
EN l'an 1719.
On sait par expérience que, lorsqu'au début d*un grand voyage, tel que celui des Indes Orientales, par exemple, un navire subit divers accidents et trouve une fortune adverse, ce sont souvent des signes avant-coureurs de plus grandes calamités à venir. C'est du moins ce qui a eu lieu pour le navire « Barneveld », qui est parti de Texcl, vers la fin de Tannée 1718, avec la flotte envoyée parla Compagnie unie des Indes Orientales {Vereenifjtc Oostindische Maatschappy).
Le o août, ce navire se trouvait, par estime, à loou 16 milles
au Nord du Cap des Aiguilles
Quoique, depuis quelque temps, on eût réduit la ration d'eau, ainsi que celle de vivres, il n'en restait plus que pour quatre ou cinq semaines, ce qui était fort inquiétant.
En conséquence, le Conseil du navire résolut d'aller se ravitailler soit à Anzuany [Anjouanj, l'une des îles Majotze i^Mayotle ou plutôt Comores}; soit à l'un des ports de Madagascar, qui étaient les points les plus proches et les mieux situés, espérant
2 OUVRAGES .VNCIEXS
(le cette manière, avec Taidc de Dieu, sauver le beau navire de la Compagnie ainsi que les gens qui étaient à hord. C'était leur seule chance de salut; les tempêtes terribles auxquelles ils étaient en butte depuis trois semaines, et ([ui soulevaient d'énormes vagues dans les parages toujours si dangereux du Cap des Aiguilles, les obligeaient en effet à rester h la cape et à laisser aller à la grâce de Dieu le navire qui à tout instant menaçait <le sombrer.
Afin qu'il plût à Dieu de les conduire à un bon port, où ils pussent se ravitailler, ils firent dire la « prière de détresse » par le Révérend Philippe Capelle, qui, les jours précédents, après la prière quotidienne, les avait exhortés à se préparer à une mort chrétienne et à implorer la miséricorde et l'aide paternelle de Dieu. Puis ils mirent le cap sur Madagascar.
Le 20 [août] fut consacré à des prières et à des actions de grâces afin de remercier Dieu tout-puissant et miséricordieux de la grande bonté qu'il leur avait témoignée malgré leurs démérites et de lui demander de leur continuer sa protection, de les sauver des dangers sans nombre qui les entouraient et de les faire aborder le plus tôt possible h un port siir, où ils fussent à même de trouver des vivres frais pour les soixante-dix marins malades du scorbut, dont le nombre allait en augmentant de jour en jour.
Le 28, ils passèrent près des fameux et dangereux bavS-fonds nommés « Baxos d(» India », qui se trouvent au milieu du canal de Mozambique et qui ont 16 milles de long sur 8 à 9 de large; ils sont du reste bien connus grâce aux diverses cartes des Compagnies et autres.
Le lendemain matin, à leur grande joie, ils aperçurent l'île de Madagascar à o ou G milles au Sud-Est et à l'Est. On n'en vovait que certains points isolés; on eût dit des navires ou des troncs d'arbres morts au milieu d'une plage blanche. A midi, la sonde
4 OUVHAGKS ANCIENS
riques d'eau, maigre provision pour les 260 personnes qui étaient sur ce navire, et dont plus de 120 étaient alitées avec le scorbut ou d'autres maladies.
Poussés par la nécessité, ils mirent donc le cap, conformément à la décision du Conseil, vers TEst, afin de se rapprocher de la côte et ils naviguèrent, pendant toute l'après-midi jusqu'au coucher du soleil, sur un fond de sable et de corail avec une profondeur d'eau variant de 23 à 17 brasses. Au début du second quart, ils jetèrent Tancre par 17 brasses, car ces côtes leur étant inconnues, il eût été imprudent de s'en approcher davantage.
Le lendemain, ils mirent à l'eau la scute [bateau plat] et la chaloupe qu'ils firent marcher à la voile en avant du navire; ils continuèrent ainsi jusqu'au o, où ils laissèrent tomber l'ancre par huit brasses sur un fond de sable fin. Ils se trouvaient alors à environ 2 milles ou 2 milles et demi de la terre; il v avait, au Nord-Est, une grande bouclic qu'ils pensèrent être celle du Sadian Bon Porte* [Rafinenta, une des bouches N. du Tsiribihina ■ et, à l'Est, une autre ([u'ils jugèrent être ccllo du Mania [Mania ou Tsiribihina .
C'est vers cette dernière baie qu'avec l'approbation unanime du Conseil fut envoyée en reconnaissance la chaloupe du navire, avec un certain nombre d'hommes armés, sous le commandement du quartier-maître et du troisième sous-lieutenant Jan Klevn, afin de rechercher un lieu de ravitaillement propice et de faire les sondages nécessaires; car on voulait s'approcher de la terre le plus |)rès possible. Dans cette chaloupe se trouvait aussi le matelot Jan Bosman qui, pour le plus f»rand bien de tous, connaissait la langue des habitants de
1. Plus loin; il vsl dit que Sadian Bon Porte est par 10*'3(V(Ie lat. S. Ha(in«'nla est en réalité par 19'' 33'.
Madagascar. Les Français, qui s'étaient emparés, il y avait huit à neuf ans, du navire Schoonhouwen à bord duquel il était, l'avaient déposé à terre à Maçalena Nova [Nouveau Masselage ou Boina] où il avait vécu pendant quatre ou cinq ans, de sorte qu'il était un excellent interprète.
Le lendemain matin, ne voyant pas revenir la chaloupe, les officiers furent fort inquiets et, ayant mis le pavillon en berne, ils firent tirer plusieurs coups de canon; la chaloupe apparut alors du côté Nord, mais elle n'atteignit le bord qu'à midi. Les hommes rapportèrent qu'ils n'avaient trouvé âme qui vive, mais qu'ils avaient relevé sur un sentier sablonneux allant vers l'intérieur des traces de pas d'hommes et de bœufs et qu'ils avaient vu aussi une cabane construite avec des branches d'arbres et des feuilles, d'où ils concluaient qu'il y avait dans ces parajjcs quelques gardiens de bétail. Ils ajoutèrent que le navire pouvait se rapprocher d'un mille ou d'un mille et demi de la baie où se jetait la rivière Sadian Bon Porte [une des branches du Mania] ' et où il trouverait encore par 6 ou 7 brasses un bon fond de sable et un ancrage excellcnl.
A la suite de ce rapport, le 7 au matin, ils levèrent l'ancre et, mettant à la voile, firent route vers la baie du Nord Est, regardant comme certain que c'était l'embouchure du Sadian Bon Porte [une des branches du Mania]. Après avoir navigué dans «les eaux ayant une profondeur de 8 à 10 brasses sur un fond de sable blanc, ils arrivèrent à un excellent ancrage par 6 brasses i/2 d'eau à basse mer, où ils laissèrent tomber l'ancre à moins d'un mille de terre et à 1 mille 1/2 ou 2 milles au S.-S.-O de la baie de Sadian Bon Porte. Ils calculèrent que la terre qu'ils voyaient le plus loin dans le Nord était le Johannimans hoek ou pointe de Johanniman [Soanamana?], à 3 ou l milles au N.-N.-O., et que celle qu'ils voyaient le plus loin dans
k >fii. < ^r^i-^-^irt là fKHnUr s>i it Mana 'Mania', était aa S-'^--^i * 1» Es-rflW: 'il«UiK<r «p^ SalUii Boo Porte, de sorte qa'iU étairût <oclcl« dui^ joe aikî«. La marée y était, diaprés kor érdo^tiob. «k 1 hnaèt 1 2 à ± brasses.
11^ ruvovrrebt ilvrs -i^ D«>uveaa à terre la chaloupe, toujours
fDOûtre jn^r Je^ bomcQe^ ann«r^. aTe»r i'onJre de passer toute la
jooni^ a re^oQoaitr^ la c->Dtrêe et à tâ-rber d'entrer en rela-
tiori.« ave< les habiUnU. La cbaloape reTÎnt le 8, au coucher du
ftokîl. rameuant Jeux p^rbeurs malgaches et apportant la bomie
nouvelle, qui nous réjouît fort, qu'il y avait eu aboodance dans
k pay* de l'excelleute eau. aiosi que des bœufs, des moutons,
des chèvres, des |M>ules. du riz. etc.. et une sorte de pourpier de
mer Atrif^x hahmu^i^ qui est un léeume parfait pour les
hommes atteints du scorbut. Cette nuit-là. les deux indigènes
restèrent à bord, et on leur flt cadeau de 6 livres de poudre.
\jt récit de> marins qui avaient fait la reconnaissance donna à tous du counure, car ils avaient maintenant res|>oir d'être tôt délivrés «le leurs misères et de leurs maladies. Ils étaient en effet a bout de fones et ils avaient toute raison de l'être puisqu'ils ne voyaient |>oint de salut pour eux et qu'ils étaient persuadés qu'ils allaient périr misérablement, soit de maladie, hoil de faim et de soif. Cent trente de nos compagnons étaient alités, très gravement malades et, chaque jour, leur nombre augmentait; aucun de nous ne pouvait être assuré que son tour ne viendrait pas. En réalité, nous avons été bien près de perdre â la fois et notre navire et notre vie, si Dieu tout-puissant n^nt daigné veiller sur nous, et ne nous eût fait découvrir a temps ce pays; aussi ne pourrons-nous jamais lui témoigner assiîZ de gratitude pour ce bienfait immérité?
Le îl, le ca|)ilaine Jan de Koning se rendit à terre dans la seule, i.„„nenant les deux indigènes et notre interprète Bosman; il
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COXCEHNANT MADAGASCAR 9
pas sans leur causer une certaine inquiétude; mais il n'y avait pas à hésiter : ils étaient en route et, suivant le vieux dicton, il leur fallait aller jusqu*au bout. Ils envoyèrent donc à la cour du roi, dont le nom est Romeny [Ramena], sous la conduite de Tun des malgaches qui étaient venus à bord, l'Esquimau Jan Dirksz de Groot et l'interprète Jan Bosman, avec un mousquet comme cadeau et la mission de demander à Sa Majesté malgache de bien vouloir leur permettre d'acheter dans ses Etats les vivres qui leur étaient nécessaires. Au bout de trois jours, les envoyés revinrent avec le fils du roi, le prince Ramenette [Ramanetra], qu'accompagnaient une cinquantaine de noirs presque tous armés de mousquets et qui venait dire que le roi désirait beaucoup voir les chefs blancs et trafiquer avec eux. Ils* se résolurent donc à lui donner satisfaction, car ils virent bien qu'ils n'obtiendraient rien autrement.
Le prince Ramonette [Ramanelraj donna aux Hollandais, de la part de son père, deux moutons et un bœuf pesant environ 800 livres, ainsi que 20 corbeilles contenant environ 130 livres de riz. En échange, les Hollandais lui firent cadeau de deux mousquets, de deux barils de poudre de huit livres chacun, de trois bouteilles d'eau-de-vie et d'une tabatière. Ne se contentant pas de ce présent, le prince se saisit, sans le demander, du petit miroir du Maître, dont on lui fit alors cadeau.
Après avoir échangé c[uelques phrases banales, le prince demanda qu'on lui donnût des vêtements hollandais, afin de paraître à la cour de son père habillé à l'européenne. On y consentit et on fit endosser à Son Excellence noire un habit en étoffe légère doublé de soie rouge; on l'avisa ensuite que le capitaine et le sous-chef [de traite iraient le lendemain faire visite au roi, suivant le désir que celui-ci avait manifesté. Il promit de venir à leur rencontre, ce qu'il fit. Le 15 sop-
tembre *, les quatre principaux officiers du navire se mirent donc en route à dix heures du malin; après avoir marché le long; de la mer vers le Sud pendant environ trois heures, ils se dirigèrent vers TEst et pénétrèrent dans Tintérieur; à deux heures de l'après-midi, ils firent halte pour déjeuner et laisser passer la grande chaleur ; puis ils se remirent en marche. Nous ne parlerons pas ici de ce qu'ils ont vu de remarquable pendant ce voyage tant au point de vue du gouvernement du pays que des mœurs de ses habitants, nous y reviendrons plus loin; disons seulement qu'ils ne rencontrèrent sur leur route aucune ville, ni aucun village dignes de remarque.
Le 17, arrivés auprès de la résidence du roi Romeny ^^ Ramena?], ils envoyèrent ({uelqu'un en avant pour le prévenir de leur venue (*t lui demander de bien vouloir leur donner audience. Sa Majesté ayant consenti, le lendemain matin, à huit heures, ils se présentèrent devant Elle et lui remirent les cadeaux qu'ils avaient apportés à son intention et qui comprenaient : 4 mousquets, 4 barils de i)Oudre de 8 livres chacun, 12 bouteilles d'eau-de-vie, 1 coutelas, 5 livres de tabac, une demi-grosse de longues pip(»s; à ses femmes et à ses concubines, ils donnèrent un petit miroir, quelques bagues, des perles de verre, des ciseaux, des boutons et divers autres bibelots. Tous ces objets parurent leur faire grand plaisir.
Ils exposèn^nt ensuite au roi qu'ils seraient aises s'il daignait leur |)erinetlre d'acluîler du riz et d'autres vivres à un prix raisonnable. Il consentit, mais à la condition que les achats ne se feraient (|u'en échange de mousquets et de poudre, et il fixa à deux mousquets le [)rix d'un bœuf et à un mousquet les 100 livres de riz; les Hollandais, jugeant que ces prix étaient
I. Par un«* «'rnuir typograi)lii([ue. le toxte hollandais porte 15 novembre au lieu il»* []\ scplrmiav.
et auraient ensuite tourné leurs colères contre nos malades qui, au nombre de cent, étaient couchés sous la tente et n'auraient pu leur échapper.
Pour toutes ces raisons, les chefs hollandais, prenant un air content, lui dirent qu'ils s'étaient mis d'accord et avaient décidé de donner conformément à son désir deux mousquets pour un bœuf, que, toutefois, ils ne prendraient pas plus de bétail qu'ils ne pensaient en avoir besoin et que, aussitôt les bœufs reçus, les armes seraient remises soit à Sa Majesté elle-même, soit à son fondé de pouvoirs. Ces paroles réjouirent le ladre, comme il le marqua en Irur tendant la main.
Il leur demanda ensuite s'ils ne voulaient pas de riz; ils lui répondirent d'un air cordial qu'ils ne demandaient pas mieux, pourvu toutefois qu'il plût à Sa Majesté de fixer un prix raisonnable. Il demanda pour deux corbeilles de riz, qui pouvaient en contenir chacune de 21 à 22 livres, un petit baril de poudre de huit livres, ce qui mettait le prix de cha<jue corbeille à 24 ou 25 stuivers [2 fr. 40 à 2 fr. 50), puisque chaque livre de poudre valait environ 6 sluivers [0 fr. GO], et il ajouta d'un air dur ([u'ils devraient en prendre au moins six cents. Ils lui firent observer que ce prix était trop élevé et que c'était beaucoup trop peu de riz pour une aussi grande quantité de poudre. Ce despote jura qu'il ne diminuerait pas d'un grain ses prétentions. Ils jujjièrent ino|»portun, dangereux même de prolonger la discussion ou de présenter de nouvelles observations, d'autant ([u'ils avaient le plus urgent besoin de riz. En outre, ils étaient encore sous l'impression de la menace (ju'il avait tout récemment proférée contre eux et la crainte qu'il ne la mît à exécution les força à céder à ses exigences pour le troc du riz, tout comme ils avaient du le faire pour l'achat des bœufs.
Je laisse à ]>enser à tous les hoimétes gens dans quel état
tenaDi en état de continuer le voyage jusqu'à la Baie de la Table, car il y avait de Teau et du riz pour trois mois^ ordre fut donné aux hommes restés à terre de regagner de suite le bord, aGn de se mettre en route sous la [protection de Dieu et de quitter le plus tôt possible cette île inhospitalière, dont les barbares habitants ne cessaient de leur infliger d'indignes traitements. Les chefs avaient d'autant plus de raisons de hâter leur départ que cette canaille avait < débauché » quelques-uns des mstrins : en eiïet, douze Hollandais, oubliant Dieu et leur religion, désert<>rent chez ces païens sauvages.
Le 18 octobre, la chaloupe ramena à bord les derniers hommes qui étaient à terre. Le second raconta qu'il avait tâché d'emporter les quehjues objets qui leur apppartenaient, mais qu'il ne |)ut mettre pied à terre, des centaines d'indigènes ayant ac<ouru sur le rivage en voyant accoster la chaloupe et s'étant opposés il son débanjuement, il avait donc été obligé d'abandonner les ustensiles de table et de cuisine et divers objets appart«»nant au bosseman [(juartier-maîtrej et au constable, qui r(?slèreiil entre les mains de ces brigands.
Avaiit (h.» raconter notre voyage de Madagascar au Cap de nonn(î-Ks|)érancc, nous allons décrire tout ce que les hommes du '( Harneveld » ont vu et observé dans cette île, tant en ce qui concerne son as|)ect et la situation de Sadian Bon Porte qu'en cr (pii touche au gouvernement, à la religion et aux mœurs <l(»s Sakalav(îs; on peut avoir confiance dans la véracité de notre récit, car nous ne rap[)()rtons que ce que les hommes du « Bariievrld » ont de leurs yeux vu ou ce (ju'ils ont appris de la bouche drs habitants.
Voici d'abord rénuniération des marchandises qui ont été données en cadeau aux chefs <le ce pays ou troquées par les gens au service de la Compagnie en échange d'objets divers :
CONCERNANT MADAGASCAH 17
1° Par le capitaine de navire Jean de Koning : 1 cloche en verre anglaise, 2 verres à bière anglais taillés, 6 chaînes de corail hrut, 3 boites avec poupées, 12 paires de boucles d'oreilles dorées avec pierres fines, 60 paires de boutons de chemise en argent avec de petites pierres d'Amersfoort et 36 de plus belle qualité, 24 bagues en acier avec des pierres fines et 24 avec des pierres d'Amersfoort, 36 couteaux à manche noir et 6 à manche blanc, i porte-épée et 2 grands miroirs en forme de livres.
2** Par le sous-chef de traite, Servais Geursen : 1 cave à liqueurs de France, 1 tabatière en ivoire avec une belle miniature, i petits sabres, 4 bagues en argent avec pierres fines, 8 douzaines de longues pipes fines, 3 petites bagues de Spa, 2 petits boutons en métal doré, 1 paire de bas bleus neufs, 1 habit en étoffe mince, doublé de soie rouge.
3** Par le prédicateur Philippe Capelle, qui, ainsi que les suivants, a troqué un certain nombre de menus objets pour se procurer des provisions et des vivres frais, tels que chèvres, poules, œufs, lait frais, sel, riz, fèves, etc., nécessaires à la nourriture des hommes du bord et des malades : 3 douzaines de couteaux, i douzaine de paires de [petits ciseaux fins en cuivre et 1 douzaine de paires de ciseaux en fer, 2 500 aiguilles, 2 grands couteaux avec manche en bois de gaïac, 1 lentille en verre, 6 petits miroirs en forme de livres.
4" Par le premier chirurgien Pietor van Boeymeer : 10 douzaines de couteaux, 11 douzaines de paires de ciseaux en fer.
5" Par le passager Willem Caaf : 45 1/6 douzaines de couteaux, 5" miroirs (16 petits carrés avec cadre doré, 6 ovales garnis de peau de chagrin, 10 petits, 5 à coulisse, 12 tout petits également à coulisse, etc.), 16 rangs do corail rouge, 46 boutons argentés, 1 tire-bouchon, 5 paires de petits ciseaux et 11 paires
de boucles de souliers en métal.
20 OLVRAGE.S ANCIENS
[Iles Stériles et le petit récif du Roi, vers le NorJ-Est : c'est le nom qu'ils donnèrent à ces îlots et à ce petit récif, qui n'en avaient pas auparavant '. L'extrémité Sud, qui est la plus étroite, n'a qu'une largeur de l milles; elle est située par le travers du cap Saint-Vincent par 21''20' de lat. S.; à l'ouest de Sadian [Kafinenta sa largeur est d'environ 14 milles.
De ce récif, le navire < Barneveld » se dirigea vers la rivière de Sadian Bon Porte Baie de Rafinenta, l'une des bouches du Mania ou Tsirihiliina, trouvant un fond de sable et de vase qui se relève rapidement, de sorte que le capitaine dut faire jeter continuellement la sonde et avancer avec toutes les précautions qu'on a l'habitude de prendre en entrant dans un port. Nous naviguâmes au Nord-Nord-Est, longeant la côte, jusqu'à ce qu'ayant trouvé un fond de 6 brasses, à 3/4 de mille environ de la terre et h 1 mille 1/2 de Sadian Bon Porte [Ralinenta], nous y jetâmes Tancre, ayant la pointe la plus septentrionale visible au Nord-No rd-Ouesi et la plus méridionale au Sud-Sud-Ouest. La côl(î dans ces parages a une direction Sud-Nord.
L'ne fois le navire à l'ancre devant cette rivière de Sadian Bon Porte | Raflnenta), nous constatâmes que l'embouchure, (|ui esl large d'un mille et qu'abrite le « Récif des Pirates », se trouve par Vr lUÏ \\d" XV do latitude Sud, entre la pointe Janneman LSoanamana] et la pointe Koning [1]. Ce récif passé, on contourne la [»oinle Sud ou pointe Koning et, après avoir franchi la barre sur laquelle il y a de 3 à 4 brasses d'eau, on pénètre dans Tintérieur de la rivière où l'on trouve de 4 à 5 brasses sur une largeur d'un quart de mille. De là, on voit que
1. Cosl uiu^ (îrreur, car, «1rs t!')20, li*s fn;ros Paimcnlier leur avaient donn»'' l<î nuui (V « Nos d(; la Crainte » |Voir Vllistoirc de la Géographie iVAlf. firtindiiiin- 1 18'.I2 , p. 117. ri W. t. 1 de U\ CoUirl ion des i ouvrages anciens cftnccrmint Madtitjfiscar^ pp. H:i-S4;. Le nom d* « Iles Stériles |Droogtens KylandtMi; •• leur a élé donnr par J. Van Keulen en 17o3.
cette rivière a une direction Sud-Sud-Est, mais nous n'avons pu apprendre d'où elle venait et quelle était sa longueur. Autant qu'il a été possible d'en juger, de petits bî\tinients légers pourraient y entrer en toute sécurité el faire le commerce avec les habitants du pays.
La région de Madagascar que les marins du « Barneveld » ont vue ne présente rien de particulier; elle est accidentée et même montagneuse et, le long de la mer, elle est marécageuse; l'intérieur est tout boisé; le sol est sablonneux et argileux et il n'y a pas beaucoup de rochers. En de nombreux endroits, il y a de la bonne terre, où l'on pourrait cultiver les céréales avec succès. Sur la côte, il y a des endroits |)ropres à l'établissement de salines.
Il n'y a pas, dans cette région, de villes remarquables, si ce n'est celle qu'habite le roi et qui, à vol d'oiseau, est située à 8 ou 10 milles de la côte. Cette ville n'est point fortifiée et les maisons, qui sont petites, isolées les unes des autres, y sont disposées sans ordre et n'ont rien de monumental, mais elle est très peuplée tant en hommes qu'en femmes et enfants. L'enceinte royale a la forme d'un (juadrilatère allongé dont les côtés sont orientés Est-Ouest et Nord-Sud; elle est close par une palissade faite avec des troncs d'arbres et des pieux reliés entre eux, qui ne constitue en aucune façon une défense sérieuse en cas d'attaque. Tout à côté, sur la rive Nord d'une petite rivière, se trouvent des champs cultivés.
Le roi Romeny [Ramena?], qui réside dans cette ville, a un pouvoir absolu sur ses sujets, qui le vénèrent et ont pour lui le plus profond respect, à tel point que les Hollandais ont entendu quelqu'un de sa suite dire qu'ils l'honoraient presque à l'égal de Dieu. Tous ses ordres sont obéis et exécutés avec un zèle vraiment stupide. Il n'a pas d'armées permanentes, ni
2i OUVRAGES ANCIENS
en majeure partie, sans excepter le roi et les princes, des plus habiles voleurs, des mendiants les plus effrontés, des plus roués menteurs et des coquins les plus fieffés qui se puissent rencontrer dans n'importe quel pays sur toute la surface de la terre.
Comme la plupart des peuples d'Orient, ils sont lùches; vils et humbles devant leurs supérieurs cl même devant leurs égaux, ils se comportent, en revanche, avec une tyrannie et une barbarie extrêmes vis-à-vis de leurs inférieurs ou dos grens incapables de leur résister.
Entre eux, ils sont peu enclins à se battre ou à se dire des injures; certes, ils sont bruyants dans leurs relations ordinaires et ils ne se font pas faute de se quereller, mais ils s'injurient rarement et, plus rarement encore, ils se donnent des coups.
Ils avaient autrefois, comme armes, des sagaies ou lances et des arcs et des flèches î , mais, depuis que les Européens viennent dans cette ile el que les Anglais et d'aulres y ont acheté pour leurs colonies des esclaves en échange de mousquets, de poudre et de plomb, — il n'y a pas longtemps que les indigènes ont reçu <le celte manière i 000 mousquets, — ils sont bien approvisionnés en armes à feu; aussi leurs guerres sont-elles devenues beaucoup plus meurtrières, car ils les manient fort bien et tirent avec autant d'adresse que n'importe quel Européen, comme l'ont constaté les Hollandais, qui en furent d'autant plus étonnés qu'ils savaient qu'il n'y avait pas encore un siècle qu'ils en avaient une telle peur qu'un seul homme armé «l'un mousquet snflisait à mettre en fuite toute une troupe de ces sauvages : c'est ce (jue racontent les premiers navigateurs hollandais qui sont allés aux Indes.
La religion des Malgaches, si l'on peut se servir à leur égard de ce mol, n'est pas la même pour tous; les Hollandais ont en eflet observé qu'il y a parmi eux trois sortes d'idolâtres.
28 ol'vhagp:s anciens
chanls avaient pour but (rempêcher le diable et les méchaiils sorciers de jeter un sort sur le malade et de détourner le mal qu'ils pourraient être tentés de lui faire, et que, s'ils lui montraient son tombeau, c'était pour qu'il se rendît compte s'il lui convenait et pour lui permettre de dire s'il était, oui ou non, à son goût. Quand le malade est mort, les amis du défunt creusent dans une grosse bille de bois dur une sorte d'auge qu'ils aspergent de sang de bœuf avant d'y mettre le cadavre; ils aspergent également de sang le cbemin que doit suivre le cortège entre la maison et son tombeau. Une fois le corps lrans|)orlé au cimetière, cbaque assistant dépose une pierre sur lui : on en met autant qu'il en faut pour le recouvrir complètement; puis on élève un mur tout autour du tombeau, qui a la forme d'un paralléli()ipède. Après ([uoi, ils s'en vont tous abattre un nombre ])lus ou moins grand de bœufs, suivant que le défunt était plus ou moins ricbe et plus ou moins considéré. Leur but est d'apaiser l'esprit du défunt et de le bien approvisionner en vivres; les têtes de ces bœufs avec leurs cornes sont rangées autour du tombeau, <omme nous l'avons vu à celui du père du roi.
Lorsqu'un de ses sujets meurt sans laisser de bétail et sans avoir les movens d'en acbeter, le roi en fournit et fait accomplir la cérémonie, car elle est indispensable; mais la veuve et les enfants deviennent ses esclaves et doivent le servir comme tels; ils sont nourris.
Pendant leur séjour sur la cote Ouest de Madagascar, les marins du « Harneveld » n'ont pas eu l'occasion de voir célébrer do mariages; ils ont toutefois recueilli à ce sujet les renseignemenls suivants : dès que quelqu'un veut prendre femme et est on mesure de l'entretenir, il se met à la recherche d'une compagne qui soit d'un rang égal au sien, et, quand son choix est fait, il va la prendre chez ses parents, qui ne lui permettent pas
(l'emporter (le leur maison autre chose (|u'une natte pour dormir, natte que sa future a tissée elle-même, et une espèce d'épongé ou torchon, pour laver et nettoyer. C'est toute la dot que ces demoiselles noires apportent à leurs époux. On voit qu'à Madagascar les parents n'ont pas besoin de se donner autant de peine et de soucis qu'en Europe pour constituer une dot à leurs enfants.
Voyons maintenant de quoi se compose le mobilier des Souklaves [Sakalavesj. Leurs maisons sont, pour la plupart, semblables à celles des Javanais et des Malais, même le € Pagger » ou résidence du roi qui s'en rapproche aussi beaucoup; elles n'ont pour ainsi dire pas de mobilier, qui ne consiste d'ordinaire en effet qu'en une natte et un petit coussin pour dormir et un vase pour cuire le manger; il n'y a rien d'autre pendu à la muraille.
Les hommes du peuple ont pour tout vêtement un petit lambeau d'étoffe fait avec les fibres d'écorce d'un certain arbre qui leur couvre les parties honteuses; ils possèdent l'art d'ouvrer et d'apprêter cette écorcc pour pouvoir la lisser. Les gens plus fortunés et d'un rang supérieur portent un vêtement [un lamba] de couleur brune, qui est orné à sa partie supérieure de perles de verre de tout genre et de toute couleur et est effilé, à son bord inférieur, en franges. Ce ne sont pas eux qui fabriquent ces vêtements; ils leur sont vendus par une peuplade qui habite les montagnes de l'intérieur [les Arindrano (Betsileo)]. Ils portent sur la tête une espèce de bonnet ou de calotte tressée en jonc.
Le roi porte aussi un bonnet ou « mitre » de ce genre, qu'orne de cha(|ue coté un joli « falbala » ; le roi seul peut orner son chef de ce « falbala » '. Mais lorsqu'il reçoit des étrangers,
1. Il ne semble pas douteux que cette description de la « mitre •> du roi sakalava est prise dans Houtman qui Ta vue sur la tête du roi de la baie d'Anlon^Ml (voir Ouvrages anciens concernant Madagascar, t. I, p. 202 bis).
34 OIVUAGES ANCIENS
Il n'est pas possible trimliquer avec quelque certitude le prix (les toiles meutionnées ci-Jessus, mais il est hors de doute que, tant à l'aller qu'au retour, elles donnent aux Arabes des bénilices très élevés. D'autre part, on peut se rendre compte, puisque le navire ne fait le voyage que tous les deux ans, que les Malgaches n'ont pas besoin d'une bien grande quantité de ces marchandises.
Dans le cas où nos compatriotes seraient disposés à aller acheter des esclaves adultes à Madagascar, le troc pourrait s'opérer facilement avec dos mousquetons de Liège, des mousquets, des pistolets, de la poudre, des balles et d'autres objets de ce genre; on pourrait de cette façon se procurer chaque année quelques centaines d'esclaves; car ces populations sont très avides d'armes à feu, de poudre, ainsi que de certaines verroteries, de corail, de miroirs, de couteaux, de ciseaux et d'autres bimbeloteries de Nuremberg. On peut aussi leur vendre de l'eau-de-vie ordinaire ou même additionnée d'eau, ainsi que tout<îs sortes de liqueurs fortes, car ils en sont très amateurs; leur passion pour ces boissons est telle qu'on les entend continuellement prononcer le mot « Schaff » ', qui est le terme sous leciuel ils désignent <lans leur langue l'eau-de-vie et les liqueurs fortes.
Tels sont les renseignements que nous pouvons donner sur la religion, le gouvernement, les mœurs et le commerce des Souklaves [Sakalaves]. Nous allons maintenant parler de leurs principales occupations, de leurs métiers et de leur navigation.
Us ont en somme très peu de métiers, ne s'adonnant qu'à ceux (jui leur sont de toute |)remière nécessité. Pendant leur
1. Probablomonl Sakaf'o, mot qui ne veut pas dire liquour forte, mais siinplcmonl repas, luaniior.
séjour, les Hollandais n'y ont vu que des forgerons fabriquant des sagaies, des tisserands et des maçons. A vrai dire, il n'existe point chez eux d'industrie. Ils sont assez experts dans la navigation, pour laquelle ils emploient des pirogues de diverses grandeurs qui sont creusées dans un arbre; les plus grandes et les plus fortes ont de 30 à 40 pieds [soit de 8 à 1 1 mètres] de long et de 8 à 9 pieds [soit de 2 m. 25 à 2 m. 50] de large ; ce sont celles-là qui leur servent de vaisseaux de guerre pour faire leurs campagnes dans les pays voisins. Quelquesunes peuvent porter de 40 à 50 hommes. Ils ont aussi des canots plus petits et de petites barques de pêcheurs; mais en somme le nombre d'embarcations y est restreint.
Quittons maintenant la cour et les sujets nègres du farouche et irascible Rameny [Ramena] et allons dans la campagne, qui est belle et agréable, et arrêtons-nous à contempler les produits de leur agriculture, ainsi que les plantes et les fruits que donne naturellement ce délicieux climat; mais avant tout il convient de dire que c'est pitié que, dans un paysage aussi exquis, dans une contrée qui est propre à toutes les productions et qui, bien cultivée, donnerait en abondance toutes sortes de céréales, vivent dans l'oisiveté et la sauvagerie de semblables brutes, et que ces lieux enchanteurs ne soient pas tombés en partage à une nation plus civilisée.
On trouve près de Sadian Bon Porte [Rafinenta], comme dans la plupart des pays situés entre les tropiques ou dans leur voisinage, des fruits universellement connus, tels que pisang {bananes], pamplemousses, citrons, limons, limons d'eau, oranges, tamarins, etc. Les produits des champs sont les céréales, telles que le riz, les fèves, la canne à sucre et le tabac.
Afin que les habitants puissent se mettre à l'abri des rayons brûlants du soleil des tropiques, le sage et prévoyant créateur
Lorsque leur riz ou toute autre plante vivrière a atteint sa maturité, ils en font la récolte avec Taide de leur famille, sans excepter les enfants qui peuvent à peine marcher. Comme cette époque est une de celles qui se fixe le mieux dans leur mémoire, elle leur sert à calculer leur âge et celui de leurs enfants; lorsqu'on leur demande l'âge qu'ils ont, ils cherchent dans leur mémoire et répondent : je me souviens de tant de récoltes ou de tant de semailles de riz et, comme ces deux opérations n'ont lieu qu'une fois par an, ils peuvent à une ou deux près évaluer le nombre d'années (ju'ils ont vécu.
Quoi qu'ils ne soient pas capables dans leur langue décompter au delà de dix^ ils indiquent néanmoins d'une manière exacte, à l'aide de leurs mains et de leurs doigts, un chiffre plus élevé. Par exemple, quelqu'un, prié d'indiquer les 53 années ou récoltes dont il a mémoire, étendra cinq doigts et dira : je me souviens d'autant de fois 10 années, plus 3.
Ils n'ont pas pour la culture d'outils, tels que charrues, herses, pelles ou boches, ce qui montre bien quelle est la paresse et l'indolence do cette race fainéante; tout bon chrétien ne peut s'empèclier de déplorer que ce beau et luxuriant pays, que la nature a doté de tant de richesses merveilleuses et dont une nation intelligente et laborieuse tirerait tous les avantages imaginables et désirables, soit occupé par un peuple impie, paresseux et ayant tous les vices, qui a sous la main en abondance, sans prendre aucune peine, tout ce qui est nécessaire à son entretien.
Quels magnifiques résultats n'obtiendrait-on pas en installant une colonie à Mada^^ascar ! beaucoup de pauvres ménages, ruinés en Europe par la terrible maladie qui a sévi sur le bétail,