TENTATIVE D'UNE EXPÉDITION RUSSE A MADAGASCAR
PAR PIERRE LE GRAND, en 1723.
Vers la fin de l'automne 1723, Pierre l" voulut tenlor une expédition dans l'Océan Indien. Dans les derniers jours de
i. V(Mr dans le t. HI de celte Coll. Ùur. anc, concernant Mioiagascar \v récit de leiivoi de trois (lottes anj^laises dans l'Océan Indien pour réprimrr la piratorie en KiOl), en 1703 et en 1705 (?), pp. 023-626.
2. Voir aussi des n'useicnements à ce sujet à la fin de l'article stiivant. Voir également les •■ Négoriations de Charles XII avec les |)iratcs de Madagascar, en 1716 .., dans le t. III de cette Collection (/es (fur. auc. concernant Mu'lauascar, pp. 631-638, ainsi que le « Mémoire j)résenlé au Hoi d»' Danemark i»ar lluguelan en 1710 », i»p. 026-630.
i:2 OUVRAGES ANCIENS
confectionner seulement à bord où chacun fabriquera lui-môme ses habits; de cette manière, on évitera que Tentreprise soit ébruitée.
V. — En ce qui touche à Tachât des provisions, Messieurs les nobles et illustres intéressés pourront désigner une commission chargée de dresser un compte des dépenses et de les contrôler; ils pourront se rendre compte que les quinze mille piastres qui, selon Tavis de son Excellence Monsieur le Comte de Bonde, seraient nécessaires pour les approvisionnements, suffiront amplement.
VI. — J'ai bon espoir que Messieurs les nobles et illustres intéressés me donneront, en outre de l'avance d'argent qui est convenue, une somme raisonnable qu'ils pourront réunir par une souscription entre eux, et qui me servira non seulement à m'équiper, mais à laisser à ma chère femme et à mes enfants de quoi vivre pendant mon absence. Je fais cette demande afin que les autres marins n'aient pas l'occasion d'exiger d'autres avances que celles qui sont convenues pour chacun.
VII. — Au cas où ma proposition, que je fais dans la meilleure intention du monde, serait différée jusqu'à l'année prochaine ou bien ne serait jamais mise à exécution, je prie humblement et respectueusement Messieurs les nobles et illustres intéressés de vouloir bien m'aider à obtenir que le Roi accej)te ma démission comme capitaine de cavalerie et daigne très gracieusement m'accorder une pension annuelle pour pouvoir vivre dans la ville de Wismar avec ma femme et mes nombreux petits enfants, jusqu'à ce que je puisse de nouveau être utile dans les services de Sa Majesté et de l'État Suédois, m'offrant corps et àme à toujours remplir assidûment et consciencieusement les devoirs qu'on m'imposera. Stockholm, le 20 février 1727, Johan Gustaf Spaak (Underdan Admiuk berat-
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40000 livres sterling [1 million de francs]. Mais, comme cette Ile est au dedans des limites de Toctroi accordé i la Compagnie des Indes Orientales, les Messieurs de cette Compagnie ne vonlurent point entendre à une Colonie séparée d*eux, ni l'entreprendre à leurs dépens.
Voilà la véritable raison pourquoi on ne voit pas à Madagascar, à rtieure qu'il est, une colonie florissante. Du reste, nulle nation ne s'arroge de droit sur cette Ile.
Une entreprise de cette nature est au-dessus des forces des particuliers, qui seraient ennuyés de la longueur de temps requise pour la perfectionner. Il est donc nécessaire que TÉtat y mette la main sous les ordres du Roi et que les dépenses soient remboursées par les droits qui, en tout cas, ne devraient pas pour les premières sept années dépasser 3 p. 100 et 5 à 6 pendant les 14 suivantes.
Pour animer celte entreprise et aboutir à rétablissement d*une colonie à Madaj^^ascar, tout à l'avantage de la Suède, il serait à propos que le roi fournisse deux navires de guerre de 40 et de 50 pièces de canon, ainsi que des navires de transport, et 30 ou 40 pièces de canon, les fusils nécessaires, une quantité suffisante de poudre à tirer, toutes sortes de munitions de guerre et de bouche, le nécessaire pour construire les forts, 300 fantassins, comj)renant des ingénieurs et ouvriers, avec leurs officiers, en nombre double, qui doivent être accoutumés h la fatigue. Sa Majesté devrait nommer un gouverneur et les autres officiers civils, avec plein pouvoir d'y établir telles lois qu'ils jugeront les plus avantageuses pour le bien de la colonie. Il serait aussi pour l'avantage de tous que Sa Majesté envoyât une cargaison pour acheter des natifs les vivres nécessaires jusqu'à ce qu'on en pourrait recueillir du labourage et qu'elle donnât une Église et quelques maisons de bois toutes fabriquées.
naturaliser tous ceux qui se mêleront de ce commerce ou s*embarquoront dans ces expéditions.
Le Remontrant propose d'établir deux colonies i la fois, parce que, par le commerce de Madagascar à T Amérique, on peut y envoyer les nègres et les marchandises à si bon marché que ceux qui y seront établis, aussi bien par le négoce avec les Espagnols et les autres colonies européennes que par le produit de leurs plantations, pourront en tirer de gros profits pour la Com|)agnie, et, par les piastres et les denrées de l'Amérique qu'on enverra en Suède, on donnera lieu de faire le trafic des Indes Orientales sans sortir de l'argent hors du Royaume.
On espère que le capital de la Compagnie sera assez considérable pour faire partir en même temps un navire pour la Chine et que Sa Majesté aura la bonté de prêter à la Compagnie une frégate de 30 pièces de canon pour établir un commerce avec ce [)ays et découvrir sur quel pied on pourrait l'entreprendre de Madagascar. Bien entendu que l'équipage sera aux frais de la Compagnie».
Co navire on revenant visitera les colonies de Madagascar et de rAméri(|ue, qui seront, j'espère, bien avancées avant son retour, et, «le la dernière, il j)Oursuivra son voyage en Suède où il rendra compte à la Comj)agnie de tout ce qui s'y passe. 11 n'est pas nécessaire que la cargaison de ce navire soit fort considérable; la Compagnie y trouvera toujours son compte si le Roi veut bien lui faire celte grAce.
Presque toutes les denrées pour les cargaisons des navires se trouveront en Suède, à la ros<'rve de celle destinée à la Chine qui doit cire de l'argent en telle proportion que la Compagnie trouvera convenable.
Coninu», dans les colonies, une certaine rente sera réservée au Roi sur tout le terrain qui sera occupé, car la terre lui appar-
gênerai des îles de France et de Bourbon pour qu'il y rétablit le bon ordre, car la corruption et Tanarcbie y régnaient en maîtresses.
Pour donner une idée du triste état dans lerjuel ces îles étaient lorsqu'il y arriva, il faut remarquer que, au début, Tîle Bourbon * été peuplée par quelques Français, échappés au massacre de *^ort-Dauphin, et par quelques ouvriers venus à bord de navires, ^^xquels se joignirent des Euro|)éens de diverses nationalités ^t catégories.
Quant à Tîle de France, elle fut inhabitée jusqu'entre 1712 ^11720, et, même à cette époque, le nombre des personnes qui s'y établirent était si peu élevé que la Compa^mio des Indes s'est demandé, jusqu'en 1730, si elle la conserverait ou l'abandonnerait.
Avec le temps, ces deux îles ont eu un sort dilTérent : dans Tune, on s'est livré h la culture du café, iandis (pie l'autre a approvisionné de vivres les navires se rendant aux Indes et en Chine. En effet, le sol de Bourbon convenait aux plantations de café, qui y réussirent et attirèrent un nomhrc considérable de colons, ûans nie de France, qui [présentait d'autres avantages, on eut pour but de fournir aux navires des provisions et des vivres frais, et, pour y arriver, la Compagnie fit aux habitants des avances en bétail vivant et en viande, ainsi (|u'en outils et en esclaves, mais son espoir fut trompé, à cause de la manière peu judicieuse dont ces avances furent faites à toutes sortes de gens sans savoir s'ils avaient les qualités nécessaires pour réussir. Aussi, jusqu'à l'arrivée de M. de la Bounlonnais, cette île fut une lourde charge pour la Com|>agnie qui, épuisée par les subsides continuels qu'elle réclamait, avait donné à M. de la Bourdonnais l'ordre très précis non seulement de refuser toute nouvelle avance aux habitants, mais encore d'exiger le rem-
CONCERNANT MADA«3ASC%R iSI
merce, c est lui qui le premier y planta de la canne à sucre * ^l établit des € manufactures » de coton et d*indigo : le sucre se vendait à Surate, à Moka et en Perse, et le coton et Tindigo en Europe.
^^'agriculture y était également négligée: l'indolence des liabi- *^Qls était telle qu'ils ne cherchaient pas à profiter des richesses 9^e le sol tenait en réserve. M. de la Bourdonnais changea '^^rs habitudes, éveilla en eux Fesprit d'activité et les amena ^ <^ultiver tout le grain nécessaire à la subsistance des deux îles, ^*^ façon qu'on n'y fût plus à l'avenir exposé aux disettes, ^tiparavant si fréquentes; il les obligea à se livrer tous les ans ^ la chasse et à la pêche et à récolter les fruits sauvages et les ^^cines qui pouvaient servir à leur nourriture. C'est dans le *^lême but qu'il introduisit, non sans grandes difficultés, la cul- 'ure du manioc qu'il fit venir de l'île de Santiago- et du Brésil. Il dut, en effet, user de toute son autorité pour forcer les habitants à cultiver cette plante, qui est devenue par la suite une î*essource précieuse contre la famine dont on avait si souvent pâti. Il publia une ordonnance en vertu de laquelle tout colon fut obligé de planter en manioc, par chaque esclave qu'il possédait, un champ de cinq cents pieds. Cependant, la majorité des habitants, par routine et aussi par esprit d'opposition, fit tout son possible pour discréditer cette culture; quelques-uns poussèrent même leur mauvais vouloir jusqu'à détruire les plants en les arrosant en cachette avec de l'eau bouillante. Mais, a la longue, ils reconnurent la sottise de leurs préventions, et aujourd'hui ils apprécient pleinement l'utilité de cette plante
1. l^es sucreries que M. de la Bourdonnais a établies dans l'ile de France donnaient à cette époque (en 1750) un revenu annuel net de 00 000 livres à la Compagnie des Indes.
2. Ile de Farchipel portugais du Gap Vert. Voir plus loin, p. 219.
^"ayant ni ingénieur ni architecte, M. de la Bourdonnais fut coiilraint d assumer lui-même ces deux fonctions ; connaissant '^'en les mathématiques et la science des fortifications, il établit ^^s plans qui furent approuvés par la CompajJtnie. Pour les ^^Ure à exécution, il s'ingénia à former des ouvriers de tous '^ métiers, mettant un grand nombre de nègres en apprentis- ^e chez les quelques maîtres artisans qu'il avait avec lui; on ^^ saurait imaginer les difficultés qu'il éprouva à forcer les uns * donner l'enseignement et les autres à le recevoir. A la longue, Néanmoins , il eut à sa disposition un nombre suffisant ^'ouvriers pour mettre ses projets à exécution. Mais ce ne sont Point là les seules difficultés qu'il a rencontrées, et ce fut une opération ardue que de rassembler les matériaux nécessaires; il fallut couper des arbres dans la forêt, tailler des pierres dans les carrières, construire des chariots pour les transporter. Comme il n'y avait ni routes pour laisser passer ces chariots, ni chevaux pour les traîner, il dut ouvrir dos routes, dresser de jeunes taureaux au joug, avec l'aide de gens dont l'indolence paralysait tout efîort et que ne touchaient nullement l'intérêt public ni le bien général. Pourtant, M. de la Bourdonnais réussit, en employant, suivant les occasions et les caractères, tantôt la douceur, tantôt la sévérité, à ériger des constructions très importantes dont l'utilité est aujourd'hui universellement appréciée.
Ce n'est pas la Compagnie seule qui a tiré profit de ces travaux. Les colons y ont trouvé d'immenses avantages, depuis que, par la construction de routes et l'emploi de chariots et, surtout, par l'émulation que M. de la Bourdonnais a suscitée entre eux, le prix de revient de la majeure partie des matériaux nécessaires, tels que le bois, la chaux, etc., a été ramené au cinquième de leur valeur antérieure.
^^ec tant de violence contre lui , et il réussit à le faire d'une '^oo complète en publiant sa justification. Le public lui fut de Nouveau favorable comme autrefois et les ministres lui témoignèrent, eux aussi, leur approbation de sa conduite.
Il s'aperçut néanmoins qu'il avait des ennemis secrets dans ^ Compagnie; ce fut, pour lui, une nouvelle source de chagrin ^^ de mécontentement, et il en fut extrêmement affecté (Charles ^t*ant,.7'Ae Uislory of Mauritius^ composed from the papers and ^^^emoirs of Baron Grant, Port-Louis, 1801, pp. 198-203).
RAPPORT DE JOHN DEAN, UN DES MARINS DU SVSSEXK ^E LA COMPAGNIE ANGLAISE DES INDES ORIENTALES 2 (^38).
Le 9 mars 1738, le Sussex, (|ui allait de Canton en Angleterre, fut assailli dans Test du Cap de Bonne-Espérance par une tempête furieuse; toutes les voiles étaient en place, on se hâta de carguer les huniers et de les serrer, sans prendre de ris; celui de misaine creva. A huit heures, le vent augmentant de violence, la voile de misaine se déchira et le navire se coucha, le plat-bord de tribord dans Teau. Le charpentier, ayant sondé la cale, y trouva trois pieds d'eau; on eut beau pomper sans trêve ni repos, elle continua à monter tellement que, à dix heures du soir, il y en avait dix pieds. Pour faire virer le navire de bord, on
i. Le Sussex était un navire de l'Iionorable Compagnie unie des marctiands d'Angleterre traliquanl aux Indes Orientales, commandé par le capitaine Gostlin.
2. On peut, dit-on, considérer comme autln*nli«iue cette relation, qui a été imprimée sans aucun cliangiîment d'après une copie certifiée conforme par les otTiciei^s du navire où a pris passiige le survivant; on a conservé dans toute sa simplicité le récit tel que l'a écrit le brave John Dean, de Scarborough en Yorksiiire, qui, tout courageux qu'il était, n'était pas un habile écrivain. Il nous semble probable que l'éditeur a puisé certaines idées dans Drury, dont on retrouve ça et là l'orthographe fantaisiste (ex. : Moharboj.
coupa le mât d* artimon et, comme le virement se faisait très lentement, on coupa encore le grand mât dans la crainte d'être pris de nouveau par le vent arrière; il vira alors et se redressa. Toutes les pompes furent mises en jeu et on gagna tellement sur Teau (]ue, à cinq heures du matin, il n'y en avait plus dans la cale que deux pieds et demi; on ne fit plus alors marcher qu'une pompe à chaîne et une pompe à main qu'on arrêtait même par moments. Quoique le navire se relevât peu à peu, sa proue s'enfonçait. John Dean dit que, deux jours avant le cyclone, on avait fait la visite en détail dans l'entrepont et que, quand on eut fini le branle-bas, le navire donna une forte bande.
Le lu mars, on remplaça la voile de misaine, mais le hunier <|ui avait été déchiré, quoiqu'on en eût un autre tout prêt sur le fj^aillard d'arrière, fut bien détaché de la vergue, mais resta toutefois pendu à la hune. John Dean n'a pas compris pourquoi on a agi ainsi.
Toulo la nuit, on navigua de conserve avec le Winchestei^, capitaine D., avec la seule voile de misaine et pompant seulement de temps en temps avec une pompe à main et une pompe à chaîiK». Le malin, le capitaine Francis Gostlin réunit tous les officiers dans la chambre du conseil, afin de décider les mesures à prendre, puis, montant avec eux sur le gaillard d'arrière, il appela tous les hommes et leur demanda s'il y en avait parmi eux qui étaient disposés à aller à bord du \Vtnchesle)\ ajoutant, sans leur donner le temps de répondre, que tous les officiers avaient décidé d'y aller, le charpentier ayant déclaré sous serment que le navire n'était pas en état de doubler le Cap, et il leur conseilla de faire comme eux, disant que, s'ils étaient assaillis par un coup de vent en doublant le Cap, ils auraient beau prier Dieu d'avoir pitié d'eux, ils regretteraient d'être restés sur le Sussex et de ne point être à bord du Winchester.
liams, resta à bord jusqu'au départ du dernier canot * ; à la rcquôlc du groupe de marins qui ne voulaient pas abandonner le navire et qui désiraient avoir un certificat régulier pour le cas où ils seraient saisis comme pirates dans le premier port qu'ils atteindraient, il leur délivra une lettre certifiant que le capitaine, les officiers et le reste de Téquipage avaient quitté le navire de leur propre gré, personne, en dehors des seize hommes dont je vais tout à Theure donner les noms, ne voulant y rester.
Ils prièrent aussi Mr Williams de leur indiquer à quelle distance était Java; il s'y refusa, mais ils découvrirent dans sa Cabine le calcul qu'avait fait à ce sujet M. Powell.
Dès que Mr Williams fut parti et qu'il n'y eut plus qu'eux
Beize sur le Sussex^ ils virèrent de bord et mirent le cap sur la
^inte sud de Madagascar. Pour alléger le navire, ils jetèrent
^eux canons à la mer par le tribord du gaillard d'avant; puis
dis enverguèrent un hunier d'arlimon à la place du hunier de
misaine. Pendant tout ce temps, le Winchesfer resta à la cape,
sans chercher, à aucun moment, à s'approcher du Siissex, dont
il laissa aller la yole à la dérive ; |)uis, vers trois heures de
l'après-midi, il mit à la voile et s'éloigna; à cinq heures, il était
hors de vue.
Voici les noms de ceux qui sont restés à bord du Snsscx : 1 et 2. James Ilolland et Andrew White, (jui prirent le commandement; 3. William Hro^vll (aide-calfal); 4. John Bowell (aide-canonnier) ; 5. Hichard Drinkall (menuisier); 6. Stephen Wicks (boucher); 7. James Arnoll; 8. William Watts; 9. John Mellon; 10. John Carr ; H. William Sjiencer; 12. William
1. Les embarcations qui ont tianspoilc rrqiiipage du Sussex à bord du Wiîichester sont la pinasse et la yole du Winchester^ ainsi (lue la yole du Suêsex.
Étant retournés à terre le lendemain, ils ramenèrent à bord
du 5ti5sex, dans la pinasse, quatre des principaux chefs du pays,
qui y passèrent la nuit. Ces chefs leur dirent que le roi arrivait
de la guerre et était campé à Julcar [Salara] avec son armée et
qu'il serait heureux de voir le capitaine. Celui-ci se rendit donc
en pirogue à Julcar [Salara], où il fut le bienvenu; le roi lui
demanda combien il avait d'hommes à bord, et, sur sa réponse
qu'ils étaient trente, il lui demanda de prendre h son bord un
Français et un Portugais qui étaient ses hôtes, mais ceux-ci ne
voulurent pas. Après avoir passé deux jours à terre, le capitaine
retourna à bord, où on lui apporta des provisions en abondance.
Le surlendemain, le roi vint visiter le SusseXy amenant avec lui
le Français et le Portugais; il fut reçu de la meilleure façon
possible, mais, voyant si peu d'hommes sur le pont, il demanda
où étaient les autres; le capitaine répondit qu'ils étaient dans
l'entrepont, malades. On troqua contre des vivres divers articles
de Chine, articles qui avaient été achetés pour le compte de
particuliers et qui n'appartenaient pas à la Compagnie. Dès que
les indigènes eurent constaté qu'il n'y avait que très peu
d'hommes à bord, ils devinrent importuns et insolents, à tel
point qu'il fallut mettre une sentinelle à chaque passavant pour
les empêcher d'envahir le bord, comme ils ne cessaient de l'essayer.
Les Anglais transformèrent le grand hunier en grande voile
et en hunier de misaine; puis, ayant enlevé la flèche du grand
tuât et l'ayant jetée par-dessus bord, ils le remirent en place
et fabriquèrent, avec une vergue de hunier brisée, un mût de
grande hune, gréant ensuite le tout comme ils purent. Ils
achetèrent en échange de trois barils de poudre six esclaves
qu'ils faisaient travailler pendant le jour et (jue, la nuit, ils
mettaient aux fers.
la cale et y trouvèrent seize pouces d'eau, qu'ils épuisèrent de suite. Le soir, le temps se couvrit, et, à dix lieures, la fatalité voulut que le navire touchât et perdit son gouvernail, et qu'au second choc il s'arrêtât immobile. Voyant le navire échoué et n'ayant pas la possibilité de le remettre à flot, ils s'embarquèrent dans la chaloupe, toute défoncée qu'elle était; étant peu nombreux et la mer brisant avec violence, ils ne purent rien faire que d'amener la pinasse au long du bord, où ils la laissèrent toute la nuit, puis ils consultèrent le « Waggoner » [recueil d'instructions et de cartes pour la navigation] ' et constatèrent qu'ils étaient sur les « Bassas de India » ; d'après l'observation méridienne qu'ils avaient prise la veille, ils se croyaient au nord de la région où ces hauts-fonds sont marqués sur la carte, ce qui les avait induits en erreur. Ils mirent dans la pinasse un compas, le « Waggoner », quelques armes, de la poudre et divers outils de charpentier, puis ils firent leurs prières. Pendant toute cette nuit, la mer brisa avec violence sur l'arrière du navire, dont la poupe s'etTondra et ne tarda pas <à disparaître complètement. A six heures du matin, ils se décidèrent à mettre la pinasse à l'eau et neuf hommes y prirent place; les autres restèrent à bord, préférant y attendre les événements, car ils pensaient qu'il n'y avait aucune chance de se sauver dans lapinasse. Par suite d'une fausse manœuvre, celle-ci fut en effet renversée par les vagues qui déferlaient très haut et entraînée au large; dans cette manœuvre, John Dean se foula le poignet gauche et le doigt médian dont il perdit l'usage; un des hommes put remonter à bord; des huit autres, qui étaient tombés à la mer, trois se noyèrent et cinq ayant gagné tant bien que mal le haut-fond à la nage, revinrent à bord du navire dont une partie était encore hors
1. Voir la note 3 de la page 407 du tome IV de cette Collection des Ouvrages anciem concernant Madatjiucar.
[Baba] et lui n*osait pas y retourner. Au matin, ils passèrent à la nage [!] une rivière qu'ils prenaient pour Julcar [le Saint- Augustin?]; ayant fait environ un mille dans la direction du nord, ils rencontrèrent le Français et, un peu plus loin, ils trouvèrent une autre grande rivière sur la rive de laquelle il y avait beaucoup de cabanes et qu'ils prirent pour Youngowl *. Ils y allèrent, mais ne trouvèrent point d'habitants ; revenant alors sur leurs pas, environ à mi-chemm, ils ramassèrent des fèves sauvages qu'ils mangèrent; ils passèrent la nuit en ce lieu. Le lendemain matin, le Français les quitta. Dean et Stephen Wicks remontèrent la rivière, à la recherche d'indigènes qui pussent leur venir en aide, car leurs deux compagnons, qui étaient très malades, étaient incapables de se bouger. Le soir, ils revinrent auprès d'eux, ayant inutilement couru le pays, e les trouvèrent sans connaissance; ils passèrent la nuit à leurs côtés. Au petit matin, l'un des malades recouvra la parole et les pria d'aller chercher de l'eau, car il mourait de soif; ils par tirent, mais n'en trouvèrent pas; les malades leur demandèrent alors de se mettre en quête d'habitants, mais, avant de partir, de leur uriner dans la bouche, ce qu'ils firent, après quoi ils se mirent en route.
Ce n'est que six jours après avoir atterri qu'ils rencontrèrent plusieurs noirs qui les traitèrent fort bien; ils étaient du reste à ce moment en meilleure condition que lorsqu'ils avaient quitté leurs compagnons malades, car, dès le second jour, un peu avant de rencontrer ces noirs, ils avaient trouvé de l'eau. Ils revirent aussi le Français qui cueillait des prunes dans les bois et qui se joignit à eux. Ils revinrent alors sur leurs pas avec les indigènes qui, peu après, allumèrent du feu et firent rôtir pour
1. Youngowl (baie de Lovobo) est à 360 kilomètres de Saint-Augustin!
ûafo?], le roi des Sacclavcr [Sakalava]; comme il ne revenait pas, après deux mois de séjour chez Ramcovers [?], peu salisfaits du traitement qu'ils recevaient, ils se décidèrent à aller à JMoharbo [Mahabo] qui est la ville où réside le roi; en consé- <|uence, ils partirent furtivement tous les quatre pendant la lïuit, pressant le pas dans la crainte d'ôtrc poursuivis; le Français les quitta deux jours après. Étant arrivés à Tembouchure d'une grande rivière, William Eadnell et Stephen Wicks la passèrent à la nage, mais Ilolland et Dean, qui étaient de médiocres nageurs, n'osèrent s'y risquer et, souhaitant à leurs camarades de réussir dans leur entreprise, ils s'en retournèrent auprès de Ramcovers [?], qui les traita mieux qu'avant. Une semaine après, les deux autres revinrent, n'ayant pu atteindre Moharho [Mahabo] à cause des nombreuses rivières qui barraient la route. Après leur retour, ils furent traités plus mal que jamais, parce que, pensèrent-ils, les noirs jugèrent qu'ils étaient entièrement dans leur dépendance.
Une quinzaine de jours plus tard, leur ami revint et leur dit qu'ils les mènerait le lendemain chez le roi ; mais, à leur grand chagrin, il partit sans prendre congé d'eux. Us résolurent alors de se mettre en route pour Moharbo [Mahabo]. Après une demi-journée de marche, ils rencontrèrent trois noirs qui leur promirent de les conduire au[>rès du roi en dix jours. Au bout de deux jours et demi, ils arrivèrent chez un nommé Ilasfaharo [Rafaraharo], personnage très important, le plus considérable du pays après le roi, qui leur témoigna une grande bienveillance quand il sut qu'ils étaient Anglais, de sorte qu'ils restèrent chez lui. Ce chef, qui parlait un peu anglais, confia James Ilolland et Stephen Wicks aux soins de sa femme principale et les deux autres aux soins d'une autre de ses femmes, avec l'ordre de ne les laisser manquer de rien et de les traiter comme leurs enfants.
de terre glaise et à les choquer l'une contre Tautre dans les mains. II y avait environ un mois qu'il résidait chez Rabolow, lorsqu'il apprit qu'un navire français était arrivé à Youngowl [baie de Lovobé].
Le capitaine, un des lieutenants et le maître d'équipage, en se rendant à Moharbo [Mahabo] où ils allaient présenter leurs hommages au roi, s'arrêtèrent chez Rabolow; Dean fut immédiatement enfermé et reçut l'ordre de ne pas chercher à leur parler, mais il put s'échapper pendant la nuit et se rendre ^ïirtivement auprès d'eux qui furent enchantés de le voir et ^© causer avec lui, car le maître d'équipage parlait anglais. Le ^^ndemain, les Français se rendirent auprès du roi pour régler '^Urs affaires et revinrent le jour suivant chez Rabolow, où ils Posèrent la nuit. Dean s'en fut encore causer avec eux, et ils ^Ui témoignèrent beaucoup de bienveillance et lui donnèrent du **oeuf à emporter dans sa hutte, après lui avoir fait manger du ï*îz, du poulet et divers autres mets. Ils [lartirent le lendemain Uiatin pour Youngowl [baie de Lovobé^. Rabolow et d'autres Malgaches les suivirent peu après, emmenant avec eux John iDean, et ils les rattrapèrent après avoir marché pendant environ SiO milles, pendant qu'ils étaient en train de j)rendre leur repas. Ils eurent la bonté d'inviter Dean à partager ce repas, et le maître d^équipage lui donna un mouchoir qu'il noua autour de sa tète. Rabolow, soupçonnant que Dean avait l'intention de le quitter et de partir à bord du navire sur rade, l'appela; Dean refusa de venir et, comme le repas était terminé et que les Français se remettaient en route pour Youngowl ^Ony ola (baie de Lovobé)], il les suivit, mais, comme ils avaient pris un peu d'avance, un certain Revoy [Ravoay] avec l'aide de quelques autres Malgaches, profitant de ce qu'il était un peu en arrière d'eux, s'élança sur lui par ordre de Rabolow et, lui passant une corde
CONCKHNANT MADACASCAH 205
le COU à l'un des nobles qui avait cassé la patte à un chien. Le matin, le roi demanda un peu de tabac à Dean qui ne put naturellement pas lui en donner, n'en ayant pas, puis il ordonna qu'on le conduisit à sa mère Rytempitls [Ratampesina (?)], ne voulant pas lui permettre de raccompagner jusqu'au bord de la mer, sous le prétexte que les Français n'étaient pas ses compatriotes. Ce contretemps fâcheux désespéra Dean qui, du coup, crut ne jaipais recouvrer sa liberté. Quinze jours après environ, le roi s'arrêta chez sa mère en revenant de Youngowi [Ony ola (baie de Lovobé)] ; il était vôtu à l'européenne.
A son grand chagrin, il emmena avec lui à Moharbo ■ Mahabo] Dean qui eut beau le supplier de le laisser aller à Youngowi, mais en vain. Ils s'arrêtèrent à Munhavo 'Manava] et accomplirent auprès des tombes royales la cérémonie habituelle, puis ils rentrèrent à Moharbo [Mahabo]. Lorsqu'ils y furent arrivés, le roi lui ordonna de se rendre chez Renose [Ranosy], auprès de qui il avait déjà séjourné près de quatre mois. Une semaine après, vint à Moharbo [Mahabo] un Français qui se trouvait alors dans l'île, non pas celui (|ui avait débarqué avec Dean et qui était mort; il dit au roi que le capitaine du navire était très fâché qu'il retînt l'Anglais contre son gré et ne le laissAt pas venir à son bord à Youngowi |^Ony ola (baie de Lovobé)]. Par un hasard heureux, Dean était présent. Séance tenante, le roi lui donna la permission d'aller à Youngowi.
Dean s'en fut aussitôt à son logis, où il prit sa natte et sa sagaie, et il fit ses adieux aux femmes de Renose [Ranosy], leur exprimant toute sa reconnaissance pour les bontés qu'elles avaient eues pour lui; il fit ca<leau de son mouchoir à l'une d'elles, c'était tout ce rju'il avait h offrir. Étant ensuite • retourné auprès du roi, il hii demanda un peu de viande de bœuf, mais on ne lui donna qu'un peu de graisse; il le remercia
eavoyé à sa poursuite le trouva à mi-chemin, assis dans le sable, car il était obligé de se reposer fréquemment à cause du triste état dans lequel étaient ses jambes et ses pieds, par suite de la marche à pieds nus dans la forôl. Il arriva à trois heures de l'après-midi à la factorerie française et eut la très grande joie d'y trouver le capitaine anglais qui Taccueillit avec beaucoup de plaisir et de bonté et qui promit d'avoir soin de lui. Dean prit un peu de nourriture et fit brièvement le récit de son naufrage et des infortunes qu'il avait eu à subir.
Celte nuit-là, il coucha à la factorerie; le lendemain, le capitaine lui demanda s'il préférait aller à bord de son navire ou rester avec lui h terre; il lui répondit (ju'il préférait aller de suite à bord, car il avait une grande peur que les noirs ne cherchassent à s'emparer de lui en cachette et ne l'emmenassent au loin dans l'intérieur. Il mangea donc et, après s'être réconforté, il s'embarqua dans le premier canot qui partit ce matin-là et, vers les dix heures, il arriva sain et sauf à bord du navire le Prince Williams que commandait Thomas Langwo.rlh, marin de la Compagnie Unie des Indes Orientales, et (|ui allait de Madagascar à Bombay. Grande fut la joie de Dean de se retrouver au milieu de ses com[)atriotes qui lui souhaitèrent tous chaleureusement la bienvenue, se réjouissant de tout cœur de ce qu'il eût si heureusement échappé à tant de terril)h?s dangers par un miracle que Dieu avait [)u seul opérer dans son infinie bonté et miséricorde. Que son saint nom soit donc loué maintenant et à tout jamais! Ainsi soit-ilî John 1)i:an * (John Dean, A
1. Le Winchester, h bord «luquol s'«''t;iiiMit rcfugi(^s los Ijiches officiers du Sussex, arriva le IS avril ITIJH (n) à Sainte- Ht'd Ane où il débarqua une partie de Téquipage de c«' n.iviro. C»' n'est (|ue par une lettre datée de cette île du 29 juin que \os subrécargucîs donnèrent au Conseil des Direc-
[n) D'après les renseigncinenls recueillis dans les Records of the India office.
genuine account of Ihe ship « Sussex » in the service of Ihe East- India Company^ from Ihe time she tcas deseried by the officers and the grealest part of the crew till she wa$ unfortunately tcrecked on the • Bassas of India » 'in 1738\ with a narrative of tchal happened to the sixteen brave saitors tcho staid on board^ by J, S. D,.n, the only one of them now alive 'Relation authentique du \avire le c Sussex », au service de f honorable Compagnie des Indes Orientales, depuis le moment oit il fut abandonné par les officiers et la majeure partie de son équipage jusquà ce qu'il fit
teurs le premier avis de l'abandon du Sussex; le 5 du mois suivant, le capitaine Cjostlin et les subrécargues comparurent pour fournir des explications à ce sujet, explications qui ne furent certainement pas jugées satisfaisantes puisqu'on interrogea d'autres personnes les 12 et 10 août et que, W 18. le consi'il décida que ni les capitaines, ni les officiers, ni les matelots du Winchester et du Susscx ne seraient à l'avenir admis au service de la Compagnie des Indes, à moins d'avoir passé devant le " Comité de navigation »> et avoir été reconnus comme ayant fait tout leur devoir au moment de l'abandon du Sussex, Sept mois plus tard, il fut décidé que ni le capitaine Cosllin, ni le capitaine Dove ne seraient employés sous aucun prétt'Xle.
Pendant longtemps, on fut sans nouvelles du navire abandonné; en effet, à cette é[>oque, les nouvelles arrivaient lentement. Ce ne fut qu'en octol^ro 1730 qu'on en reçut un premier avis; le 17 de ce mois, fut lue au Conseil des Directeurs une lettre d'un M. Harrison qui disait avoir appris (jue " le Sussex avec un petit nombre d'hommes à bord s'était éelioué sur la côte sud de Madagasrar, près de Fort-Dauphin, croyait-on, par b's 2"»" de latitude, et qu'une grande partie des porcelaines de Chine avaient été sauvées ". Une semaine plus tard, une lettre de Lisbonne donnait un récit à peu prés semblable, récit venant de Saint-Thomas. Il paraît vraisemblable que, peu après, il vint des détails officiels de Port- Saint-(ieorges 'Madras et de Dombay, mais les lettres de cette époque man(|uent jiour la jiluparl dans les Hecorth of the India office. On trouve pour la première fois le nom de John Dean dans les Archives de la (^)mpagnie des Indes en septembre 1740; le 17 de ee mois, on lut devant le (^ins(;il des l)ir«(:trurs le récit de ses aventures et de son interroualoir«*. dat«' de Bombay du -ô d« c^'mbn* 1739. A la suite de cette lecture, des jioursuites furent, deux jours après, ordonnées contre le capitaine du Sussex et il semble qu'on actionna Aynsworlh, le principal subrécargue, mais il a été impossible de trouver quelle sanction a eue leur lâcheté.
Quant à John Dean, on sait, par une lettre adressée à l'Amirauté par le Secrétaire de la Comj)agnie des Indes en date du 20 avril 1741, qu'il est
malheureusetnenl naufrage sur les « Bassfis de India », avec le récit de ce qui arriva aux seize vaillants marins qui restèrent à bord^ par John Dean, seul survivant aujourd'hui], Londres, Manuscrit de la Guildhall Library et de V India office Record, Traduit dans le t. II de V Histoire des Naufrages d'Eyriès, 1825, pp. 354-398 (où il y a de nombreuses erreurs : voir Ilamélius, Rev. de Madagascar, nov. 1901, pp. 442-4 i;3). Voir aussi Antananarivo Annual , 1897, pp. 94-100 [reproduction d'un article de M. W. Forster dans llndian Magazine and Review\.
arrivé en Angleterre à bord du navire de celle compaiïnie, le llicslinijfield, parti du Cap de B )nne-Espérance en décembre 17 iO. Goinnie son témoignage était d'une haute valeur, il avait été recommandé qu'on prît toutes les précautions pour qu'il arrivât sain et sauf en Angleterre et ne fût pas capturé par les écumeurs de mer alors si nombreux. Quoiqu'on ne lrouv«> dans les Archives de la marine aucune pièce concernant le ju^Mnent de Gostlin et d'Aynsworth, il n'est pas douteux qu'il y a figuré comme principal témoin, et la preuve que les Directeurs s'oiNuipaient activement de cette cause, c'est qu'on y trouve une décision du 28 novembre ITiO, d'après laquelle le navire Oa$lo'v a été envoyé dans les parages de Madagascar pour aller cher.her sur l»>s « Bassas do India >• quelques épaves du S«ssex et tâcher de ravoir la lettre laissé»; entre 1rs mains du roi Baba, ct; qui eût été une confirmation du récit do Dean.
La Compagnie récompensa gén«'reusemenl le hardi marin. Par une décision du 10 novembre 17t3, «db* accorda à John Dean une somme de cinquante livres sterling |^1 2!'>() francs , plus un«' pension annuelle de cent livres sterling [2 500 francs sa vie durant, rcversiblo ])ar moitié sur sa femme si elle lui survivait. En outre, elle lit faire son portrait par un peintre hollandais de naissance, mais naturalisé Anglais, Willem Verelst, qui, moyennant une somme de cinquante livres, en lit deux originaux et une copie. Un des originaux fut donn«'' à Dean; l'autre et la copie furent pendus, en souvenir de son acte héroïque, dans Tune des salles de l'w India Ilouse », d'où, plus tard, ils furent transférés dans le « Revenue Department of the India otlice » ((/ .
Qu'est devenu par la suite John l)<'an ? un n'en sait lien William Forster, The ïnduin Magazine and Revicir).
(a) Ce portrait, dans bMiuel John Dean lient à la main la lettre adressée au capitaine d'Anjouan et l.iisst'e au Uoi H.iha, est repnxluit on photolitliographic dans {'Antananarivo Annual de W.)'.
Les forêts ont été en partie déboisées, surtout autour de Port- Louis, et, à leur place, on a établi des plantations.
11 n'y a qu'une heure de différence entre les jours les plus lon^s et les jours les plus courts.
Je ne parlerai pas ici des vents, qui y sont violents, devant en parler ailleurs en détail; mais je ferai observer que les pluies y sont les bienvenues, non seulement parce (|u'elles rafraîchissent Tair et ne durent jamais longtemps, mais aussi parce qu'elles soot la principale cause de cette fertilité dont nous sommes fiers.
La chasse y est facile et toujours fructueuse; c'est une de nos principales ressources. Il y a trois espèces de |)ordrix dont aucune n'est la môme que celle de France : néanmoins l'une d'elles [Francolinus ponticerianusy ressemble à nos perdrix à pattes rouges; à cause de la chaleur du sol, elles sont forcées de se percher sur les arbres. Les pintades^ sont communes dans les bois, et il v avait abondance de lièvres blancs, dont la chair est médiocre, mais ils sont devenus très rares aujourd'hui.
Les singes, les perro(|uets, les roussettes ou grandes chauvessouris abondent et on leur fait une chasse acharnée. Généralement, les colons admettent sur leur table les perro(|uets et les roussettes malgré la répugnance qu'au début la chauve-souris inspire en tant que nourriture; mais, quant aux singes, il n'y a que les Portugais qui en man^'ont.
On compte aujourd'hui lOi plantations dans l'île, réparties
1. Les deux autres espèces sont la Marfjaropcrdix madagaticariensis et peut-être YExcnlfacloria sincmis.
2. Francolinus chincnsia. La j»intade ou i^'idrix piiitadve de l'île de ^'rance, que Sonnerai a dt'criU» sous le nom d»* Francolin de Vile de ^fancCj a été importé*^ de Cliin«» et de Tlndo-Cliine par les Hollandais ou, plus probaMement, par les Franrais. Elle a été sii^^nalée par Hrissou sous 'c nom de Perdrix de la Chine,
CONCEHNANT MADAGASCAK 213
Les maisons de la ville sont Inities en bois et couvertes «le bardeaux ou de feuilles de palmier; elles n'ont qu'un rez-dechaussée, à cause des vents et do la chaleur, et elles sont au milieu d'un jardin qui les sépare les unes des autres; les rues sont toutes droites et on y devrait planter des arbres pour y apporter un peu de fraîcheur. Il est à refrretter que les forêts «jui couvraient les environs aient été détruites, crar elles auraient protégé la ville et le port contre les vents qui y sont violents. Le sol est semé de pierres et de rochers.
excellente description dans les deux premières pa^'rs de son roman « Paul et Virginie *> : « Sur le eolt'* oriental de la monla^n<* (|iii s'i'lève «lerrière le Port-Louis de Tlle de France, on voit, dans un terrain jadis cultivé, les ruines de deux petites rabanes. Klles sont situt'-es presque au milieu d'un bassin, formé par de grands rochers, qui n'a (prune seuir ouverture tournée au Nord. On aperçoit à franche la montagne a]»pelée le Morne de la Découverte, d'où l'on signale les vaisseaux qui abordent dans Tile, et, au bas de cett«* nn»nlagiie, la villr nommée le Porl-Louis; à droite, le chemin qui mène du Port-Louis au quartier de Pamplemousses; ensuite Téglisc de ce nom, qui s'élève avec s»'S avenues de bambous au milieu d'une grande plaine; (^t, plus loin, um' funH qui s'étend jusqu'aux extrémit»'s de l'Ile. On distinuuf devant soi, sur les bords di^ la mer, la baie du Tombeau; un peu sur la droite, le cap Malht*ureux; et, au delà, la pleine mer, où paraissant à lleur d*«*au (iuelqu«'> ilôts inliabités, entn^ antres le Coin de Mire, qui rfssemble à un basti«in au milieu d«'s Ilots.
•1 A l'entrée de ce bassin, d'nù l'un découvn* tant d'objets, les échos de la montagne répètent î^ans r»'ss<' \v. bruit d(•^ v»'nts qui ai:ili'nt b*s fnréts voisines et le fracas des va;;u«'s qui se brisent au Injn sur b's récils; mais au pied mémi' des cabanes on n't'utmd plus aufun bruit, et on ne voit autour de soi qu<* de grands nM'her> escarjn's cnnimr drs inurailb'S. Des bouquets d'arbres crois<«'nt à leurs bas«*s. dans b'urs fentes et jusque sur leurs cimes où s'arréi»'nt les nuages. Lrs plui«'s, «pie leurs pitons attirent, peignent snuvenl les enulenrs «le Tarc-in-ciel >ur leurs flancs verts et liruns et «'ntr«'ti«'nm'nt à leur pie.l les sources dont se forme la petite rivière drs Latani«rs. In grand >il«in'»' rèiine dans leur oni-einte, où tout est pai>il»l<', l'a-r, l''> «'aux «t la liiini»''i«'. A p«'in«» l'écho y répète le murmure «les |»alniist«'S «pii croissent sur b'urs plateaux élev«*s et dont on voit les Ioulmhs lb''«lhs tnuj«»urs balan<éi's par b^s vents, l'n jour doux éclaire le fond d«* ««• bassin, où le soleil n«* luit «pi'à midi: mais dès l'aurore ses ray«»ns «'n frappent le c«>ur«»nn«'nient, «bml b's i)i«'S, s'élevant au-dessus d«'> nmbr«'S d«- la montagn»', paraiss«.'nt «l'or «-t d«* pourpre sur l'azur «les citux. •
avaient des crampes et les personnes qui en buvaient prenaient la dysenterie; mais toute eau froide, soustraite par un ombrage touiTu à l'action du soleil, aurait produit les mômes elTets.
S'il est en effet peu judicieux de dépouiller complètement de ses forêts un pays chaud, il est cependant dangereux d'y habiter lorsqu'il est tout boisé, particulièrement au bord des cours d'eau. Le climat d'un pays nouvellement découvert peut être modifié entièrement par la destruction des forêts; on ne devrait opérer le déboisement qu'après mûre considération, en tenant compte de la température du pays et de la nature du sol ; il est utile de laisser les montagnes boisées et dans les plaines une certaine quantité d'arbres, afin d'attirer les nuages et d'alimenter les sources des cours d'eau qui, une fois sortis des ombrages touffus, seraient purifiés par le soleil avant d'arriver dans les régions basses, où les colons s'établissent de préférence. Ces cours d*eau rafraîchiraient le fond des vallées qui pourrait former de bons pâturages; du reste, les prés aussi bien que les terres cultivées devraient être semés de boutjuets de bois ou bordés d'arbres qui, tout en laissant l'air circuler librement, protégeraient les récoltes tout à la fois contre les ouragans qui les dévastent et contre la chaleur qui les dessèche.
Les forêts qu'on coupe doivent être brûlées, car les cendres, non seulement fertilisent le sol, mais le pur.i^ent des reptiles et des insectes malfaisants. 11 faut toutefois avoir soin de ne pas brûler les arbres dont le bois |>eut être utilisé, et qu'on conservera en magasin. Il y a lieu aussi d'en réserver pour les besoins de l'avenir.
Au début de la colonisation il'un pays, il serait utile de dresser un plan d'ensemble d'après lequel on c>)ii luirait toutes les opérations futures. Si les colons, à cause de leur petit nombre, n'ont d'autre moyen pour défricher la terre *quc
seil, m'ayant exprimé le désir de me garder dans le pays afin que j'y continue mon service, on me concéda une certaine étendue de terre non cultivée, prête à être défrichée; on me donna aussi six esclaves, deux nègres, deux négresses, un jeune garçon et une jeune fille, les hommes au prix de trois cents livres Tun, les femmes au prix de deux cents Tune et les deux autres au prix de cent cinquante chaque, ce qui faisait un total de treize cents livres que je devais rembourser sur le produit de ma terre dès qu'elle serait entrée dans la période de production . Cette petite troupe d'esclaves avait déjcà été employée pendant quelque temps dans une plantation où ils avaient appris à travailler et à gagner leur subsistance qui consiste en maïs; je commençai néanmoins par leur faire cultiver du manioc pour leur nourriture. Le capitaine de ïllercule, le navire qui m'a amené ici, a été le premier qui a eu Tordre de prendre du manioc à l'île portugaise de Santiago \ où nous nous sommes arrêtés dans ce but.
Mon lot de terre est compris entre deux rivières qui la limitent, et dont l'une d'elles forme, à peu de distance de mon domaine, une belle cascade de [)lus de trois cents pieds de haut, c'est dire que je suis dans le voisinage des montagnes. J'eus vite fait de défricher le sol, c'est-à-dire de le déboiser, car toute la partie de ce pays qui n'est pas en culture est toute couverte d'arbres. Je consacrais à ce travail le temps que ne me prenait point le service militaire, lequel, à vrai dire, n'est pas bien occupant ici en temps de paix; on coupe les arbres à hauteur d'appui et on y met le feu; on prépare ensuite le sol pour rensemencement et la culture commence. Suivant l'usage du pays, mes voisins, avec leurs esclaves, m'ont aimablement
1. Ile de Tarchipel portugais du Cap Vert. V«)ir plus haut, p. 181.
qui a en somme fort bon goût, quoique le petit moulin à main dont nous nous servons pour le moudre donne une farine grossière. C'est très avantageux pour nous, car la farine qu'on apporte d'Europe se gâte souvent pendant la traversée et le pain atteint alors des prix extravagants (Grant, Hist. of Mauritius, lettre III, pp. 209-212).
Ile de France, /" juin ///,*?. — Je vais maintenant vous donner des détails sur ma situation actuelle. Je vous ai dit que le Conseil m'a accordé six esclaves; le plus vigoureux d'entre eux s'est sauvé et a rejoint une bande de nègres marrons qui vivent du produit de rapines nocturnes et que nous considérons comme des animaux nuisibles; nous les exterminons comme tels : ce fut le sort de mon esclave fugitif qui, dans Tune de ses expéditions de maraude, fut tué d'un coup de fusil. Il m'avait coûté trois cents livres, mais, depuis le retour du gouverneur, des esclaves de celte sorte se vendent mille livres; c'est donc pour moi une perte considérable, sans compter (|ue son travail m'était bien utile, je m'en suis toutefois consolé, ayant reçu de mes voisins et amis une assistance empressée. Depuis, j'ai acheté dans une vente ]>ubliquc une négresse pour trois cent cinquante livres, soit cent piastres qui en France équivaudraient à plus de cinq cents livres, payables on blé dans le courant de l'année.
M. de la Bourdonnais m'a promis de me procurer, à son retour de l'île Bourbon où il est en ce moment, quatre noirs au prix de sept cent vingt livres cluuiue, un tiers de cette somme payable en blé à leur réception el le restant dans trois ans; comme j'ai déjà livré aux magasins, pour son compte, du maïs pour une valeur de neuf cent cinquante livres, valeur d'ici, j*aurai mes esclaves dès qu'il sera revenu.
Nous avons à lutter contre des diflicultés de toutes sortes;
CONCERNANT MADAGASa\R 225
Les maladies sont communes dans le porl, dont Pair est vicié, mais, comme je ne suis obligé d'y aller (|u'une fois par mois pour assister à la revue et que je n'y passe jamais plus de vingt-quatre heures, j'ai eu jusqu'à présent la bonne fortune d'y échapper. Je ne pourrais du reste m'absenter plus longtemps de mon domaine, car il est indispensable de surveiller d'une manière continue les nègres, sans quoi il faut recourir à des punitions fort sévères, et j'aime mieux prévoir que punir. A vrai dire, les occupations rurales me plaisent beaucoup et j'aime infiniment mieux vivre dans ma plantation que dans le brouhaha affairé du port.
L'Ile de France a cependant ses inconvénients, mais on les oublie facilement au milieu des avantages de toutes sortes qu'elle présente et des conditions agréables où Ton y vit. Qui ne désirerait habiter un pays où il n'y a ni impôts ni procès? En ce qui me concerne, je n'ai qu'à m'en louer; j'ai quelques esclaves et une étendue de terre suffisante pour les occuper, ainsi que du grain pour l'ensemencer; je suis content de mes récoltes ainsi que de mes plantations d'arbres fruitiers, qui me donnent de belles j)éches de plein vent et des pommes de Normandie et qui forment une j»artie de mon revenu; car, comme ces fruits mûrissent en janvier, qui est l'époque à laquelle arrivent les navires, je les vends à un bon prix aux marins qui sont allâmes de fruits et de légumes. Nous avons encore d'autres fruits, tels que figues, bananes vertes et jaunes, ananas, dattes, etc.
Nous attendons avec impatience par le prochain courrier d'Europe les nouvelles qui nous diront si nous avons la paix ou la guerre. A tout événement, nous faisons les préparatifs nécessaires pour nous défendre en cas d'attaijue; tous les créoles
sont soldats, mais le surplus de notre })opulation comprend des v. 15
obligés de les visiter (Grant, History of Mauritius, lettre XII, pp. 370-371).